‹ Leçons de littérature françaiseChapitre 170 sur 187 · A UN PÈRE , SUR LA MORT DE SA FILLE · texte numérisé non relu

A UN PÈRE , SUR LA MORT DE SA FILLE

Ta douleur, Du Perrier, sera donc éternelle!

Et les tristes discours Que te met en l'esprit l'amitié paternelle,

L'augmenteront toujours ?

Le malheur de ta fille au tombeau descendue

Par un commun trépas , Est-ce quelque dédale où la raison perdue

Ne se retrouve pas?

Je sais de quels appas son enfance était pleine,

Et n'ai pas entrepris, Injurieux ami, de soulager ta peine

Avecque son mépris.

Mais elle était du inonde où les plus belles choses

Ont le pire destin; Et rose, elle a vécu ce que vivent les roses,

L'espace d'un matin.

La mort a des rigueurs à nulle autre pareilles:

On a beau la prier , La cruelle qu'elle est se bouche les oreilles,

Et nous laisse crier.

Le pauvre en sa cabane, où le chaume le couvre,

Est sujet à ses lois ; Et la garde qui veille aux barrières du Louvre

N'en défend point nos rois.

Malherbz, LES SOUVENIRS DU PEUPLE.

On parlera de sa gloire Sous le chaume bien longtems; L'humble toit, dans cinquante ans, Ne connaîtra plus d'autre histoire.

Là viendront les villageois Dire alors à quelque vieille:

« Par des récits d'autrefois , Mère, abrégez notre veille.

Bien . dit-on , qu'il nous ait nui , Le peuple encor le révère, Oui, le révère ,

— Parlez-nous de lui, grand'mère, Parlez-nous de lui.

— i Mes enfants, dans ce village, Suivi de rois, il passa.

Voilà bien longtems de ça:

Je venais d'entrer en ménage.

A pied grimpant le coteau Où, pour voir, je m'étais mise; Il avait petit chapeau Avec redingote grise.

Près de lui je me troublai!

Il me dit : Bonjour, ma chère, Bonjour j ma chère.

— Il vous a parlé, grand'mère, Il vous a parlé!

— L'an d'après , moi , pauvre femme , A Paris étant un jour ,

Je le vis avec sa cour:

Il se rendait à Notre-Dame.

Tous les cœurs étaient contents ; On admirait le cortège !

Chacun disait: quel beau tems Le ciel toujours le protège.

Son sourire était bien doux:

D'un fils Dieu le rendait père , Le rendait père.

— Quel beau jour pour nous , grand'mère ! Quel beau jour pour nous!

— Mais quand la pauvre Champagne Fut en proie aux étrangers 1

Lui., bravant tous les dangers, Semblait seul tenir la campagne.

Un soir, tout comme aujourd'hui, J'entends frapper à la porte.

J'ouvre: bon Dieu! c'était lui, Suivi d'une faible escorte !

Il s'assied où me voilà , S'écriant: Ah, quelle guerre!

Ah! quelle guerre!

— Il s'est assis là, grand'mère, Il s'est assis là!

— JJai faim, dit-il; et, bien vite, Je sers piquette et pain bis.

Puis il sèclie ses habits:

Même à dormir le feu l'invite.

Au réveil , voyant mes pleurs , Il me dit: Bonne espérance!

Je cours de tous ses malheurs, Sous Paris, venger la France.

Il part, et comme un trésor J'ai depuis gardé son verre, Gardé son verre.

— Vous l'avez encor, grand'mère, Vous l'avez encor ?

— Le voici. Mais à sa perte

MORCTAUX LYRIQUES. 2G

Le héros fut entraîné.

Lui qu'un pape a couronné, Est mort dans une île déserte.

Longtems aucun ne Ta cru; On disait: Il va paraître:

Par mer il est accouru:

L'étranger va voir son maître.

Quand d'erreur on nous tira , Ma douleur fut bien amère,

Fut bien amère.

— Dieu vous bénira, grand'nière, Dieu vous bénira «.

BÉRANGtR. Ch(l7lSOn$,

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