L'AUTEUR DRAMATIQUE DURANT LA PREMIERE REPRÉSENTATION DE SA PIÈCE
Je ne me connais plus., aux transports qui m'agitent;
i En tous lieux, gans dessein, mes pas se précipitent. Le noir pressentiment, le repentir, l'effroi, Les présages fâcheux., volent autour de moi.
| Je ne suis plus le même enfin depuis deux heures. Ma pièce auparavant me semblait des meilleures;
I Maintenant je n'y vois que d'horribles défauts , Du faible, du clinquant, de l'obscur et du faux. De là, plus d'une image annonçant l'infamie! La critique éveillée , une loge endormie , Le reste^ de fatigue et d'ennui harassé ; Le souffleur étourdi, l'acteur embarrassé 5 Le théâtre distrait, le parterre en balance , Tantôt bruyant, tantôt dans un profond silence ; Mille autres visions, qui toutes dans mon cœur Font naître également le trouble et la terreur.
(Regardant à sa montre.) Voici l'heure fatale où l'arrêt se prononce. Je sèche: je me meurs. Quel métier ! j'y renonce. Quelque flatteur que soit l'honneur que je poursuis , Est-ce un équivalent à l'angoisse où je suis ? Il n'est force, courage, ardeur, qui n'y succombe. Car enfin, c'en est fait ; je péris, si je tombe. Où me cacher, où fuir, et par où désarmer L'honnête oncle qui vient pour me faire enfermer? Quelle égide opposer aux traits de la satire? Comment paraître aux yeux de celle à qui j'aspire? De quel front, à quel titre, oserais-je mourir 1 Moi, misérable auteur qu'on viendrait de flétrir?
(Après quelques momens de silence et d'agitation.} Mais mon incertitude est mon plus grand supplice. Je supporterai tout, pourvu qu'elle finisse. Chaque instant qui s'écoule, empoisonnant son cours, Abrège, au moins d'un an, le nombre de mes jour. PiROiN. La Métromanie, acl. v, se. K*.
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Prends un siège, Cinna, prends; et, sur toute chose,
Observe exactement la loi que je t'impose.
Prête, sans me troubler, l'oreille à mes discours ;
D'aucun mot, d'aucun cri n'en interromps le cours.
Tiens ta langue captive; et, si ce grand silence
A ton émotion fait quelque violence ,
Tu pourras me repondre après tout à loisirs
Sur ce point seulement contente mon désir.
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Qu'il te sbuviëmiePA
De garder ta parole , et je tiendrai la mienne.
Tu vois le jour, Cinna; mais ceux dont tu le tiens Furent les ennemis de mon père , et les miens. Au milieu de leur camp tu reçus la naissance; Et, I,>rsqd'après leur mort tu vins en ma puissance, Leur haine enracinée au milieu de ton sein T'avait mis contre moi les armes à la main. Tu fus mon ennemi même avant que de naître , Et tu le fus eneor quand tu me pus connaître, Et l'inclination jamais n'a démenti Ce sang qui t'avait fait du contraire parti. Autant que tu l'as pu^ les effets 1 ont suivie; Je ne m'en suis vengé qu'en te donnant la vie. Je te fis prisonnier pour te combler de biens ; Ma cour fut ta prison ; mes faveurs tes liens. Je te restituai d'abord ton patrimoine ; Je t'enrichis après des dépouilles d'Antoine ; Et tu sais que, depuis, à chaque occasion, Je suis tombé pour toi dans la profusion. Toutes les dignités que tu m'as demandées,
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Je te les ai sur l'heure et sans peine accordées ; Je t'ai préféré même à ceux dont les parents Ont jadis dans mon camp tenu les premiers rangs; A ceux qui de leur sang m'ont acheté l'empire , Et qui m'ont conservé le jour que je respire; De la façon, enfin, qu'avec toi j'ai vécu , Les vainqueurs sont jaloux de bonheur du vaincu. Quand Je ciel me voulut, en rappelant Mécène, Après tant de faveurs montrer un peu de haine, Je te donnai sa place en ce triste accident , Et te fis après lui mon plus cher confident. Aujourd'hui même encor , mon âme irrésolue Me pressant de quitter ma puissance absolue, De Maxime et de toi j'ai pris les seuls avis , Et ce sont, malgré lui , les tiens que j'ai suivis. Bien plus, ce même jour, je te donne Emilie , Le digne objet des vœux de toute l'Italie , Et qu'ont mise si haut mon amour et mes soins, Qu'en te couronnant roi je t'aurais donné moins. Tu t'en souviens, Cinna: tant d'heur et tant de gloire, Ne peuvent pas sitôt sortir de ta mémoire. Mais, ce qu'on ne pourrait jamais s'imaginer, Cinna , tu t'en souviens , et veux m'assassiner !
Cinna.
Moi, seigneur, moi que j'eusse une âme si traîtresse! Qu'un si lâche dessein ....
Auguste.
Tu tiens mal ta promesse :
Sieds-toi ; je n'ai pas dit encor ce que je veux ; Tu te justifîras après, si tu le peux. Écoute, cependant, et tiens mieux ta parole.
Tu veux m'assassiner demain au Capitole, Pendant le sacrifice, et ta main, pour signal Me doit, au lieu d'encens, donner le coup fatal. La moitié de tes gens doit occuper la porte, L'autre moitié te suivre , et te prêter main-forte. Ai-je de bons avis , ou de mauvais soupçons ? De tous ces meurtiers te dirai-je les noms ? Procule , Glabrion , Yirginian, Rutile ,
Leçons de lit fr. 19
Marcel, Piaule , Lénas , Poinpone , Albin, leile,
Maxime, qu'après toi j'avais le plus aimé;
Le reste ne vaut pas l'honneur d'être nommé:
Un tas d'hommes perdus de dettes et de crimes ,
Que pressent de mes lois les ordres légitimes ,
Et qui , désespérant de les plus éviter ,
Si iout n'est renversé , ne sauraient subsister.
Tu te tais maintenant, et gardes le silence, Plus par confusion que par obéissance.
Quel était ton dessein , et que prétendais-tu , Après m'avoir au temple à tes pieds abattu ? Affranchir ton pays d'un pouvoir monarchique ? Si j'ai bien entendu tantôt ta politique, Son salut désormais dépend d'un souverain Qui , pour tout conserver , tienne tout en sa main ; Et, si sa liberté te fesait entreprendre , Tu ne m'eusses jamais empêché de la rendre ; Tu l'aurais acceptée au nom de tout l'État , Sans vouloir l'acquérir par un assassinat. Quel était donc ton but? D'y régner en ma place? D'un étrange malheur son destin le menace , Si , pour monter au trône et lui donner la loi , Tu ne trouves dans Rome autre obstacle que moi ; Si jusques à ce point son sort est déplorable, Que tu sois après moi le plus considérable , Et que ce grand fardeau de l'empire romain Ne puisse, après ma mort, tomber mieux qu'en ta main.
Apprends à te connaître et descends en toi-même. On t'honore dans Rome, on te courtise, on t'aime; Chacun tremble sous toi, chacun t'offre des vœux ; Ta fortune est bien haut, tu peux ce que tu veux: Mais tu ferais pitié, même à ceux qu'elle irrite „ Si je t'abandonnais à ton peu de mérite. Ose me démentir, dis-moi ce que tu vaux ; Conte-moi tes virtus, tes glorieux travaux , Les rares qualités par où tu m'as dû plaire , Et tout ce qui t'élève au-dessus du vulgaire. Ma faveur fait ta gloire , et ton pouvoir en vient ; Elle seule t'élève, et seule te soutient; C'est elje qu'on adore, et non pas ta personne ;