‹ Leçons de littérature françaiseChapitre 179 sur 187 · LL PHILANTHROPE · texte numérisé non relu

LL PHILANTHROPE

Mon Dieu! des mœurs du tems mettons-nous moins

en peine, Et fesons un peu grâce à la nature humaine ; Ne l'examinons point dans la grande rigueur , Et voyons ses défauts avec quelque douceur. A force de sagesse , on peut être blâmable: Il faut parmi le monde une vertu traitable. La parfaite raison fuit toute extrémité , Et veut que Ton soit sage avec sobriété. Cette grande raideur des vertus des vieux âges Heurte trop notre siècle et les communs usages ; Elle veut aux mortels trop de perfection : Il faut fléchir au tems sans obstination, Et c'est une folie à nulle autre seconde , De vouloir se mêler de corriger le monde. J'observe, comme vous, cent choses tous les jours Qui pourraient mieux aller prenant un autre cours; Mais quoi qu'a chaque pas je puisse voir paraître. En courroux, comme vous, on ne me voit point être ; Je prends tout doucement les hommes comme ils sont, J'accoutume mon âme à souffrir ce qu'ils font; Et je crois qu'à la cour , de même qu'à la ville ; Mon flegme est philosophe autant que votre bile.

Oui, je vois ces défauts dont votre âme murmure, Comme vices unis à l'humaine nature; Et mon esprit enfin n'est pas plus offensé De voir un homme fourbe, injuste, intéressé, Que de voir des vautours affamés de carnage, Des singes malfaisants, et des loups pleins de rage.

Molière. Le Misanthrope.

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