‹ Leçons de littérature françaiseChapitre 24 sur 187 · LES OISEAUX ET LES POISSONS · texte numérisé non relu

LES OISEAUX ET LES POISSONS

Jusque dans les derniers détails, l'économie tout entière des poissons contraste avec celle des oiseaux. L'être aérien découvre nettement un horizon immense; son ouïe subtile apprécie tous les sons, toutes les intonations: sa voix les reproduit: si son bec est dur, si son corps a dû être enveloppé d'un duvet qui le préservât du froid des hautes régions qu'il visite , il retrouve dans ses pattes toute la perfection du toucher le plus délicat. Il jouit de toutes les douceurs de l'amour conjugal et paternel ; il en remplit les devoirs avec courage: les époux se défendent, défendent leur progéniture. Un art surprenant préside à la construction de leur demeure ; quand le teins est venu,' ils y travaillent ensemble et sans relâche: pendant que la mère couve ses œufs avec une constance si admirable, le père d'amant passioné devenu tendre époux, charme par ses chants les ennuis de sa compagne» Dans l'esclavage même l'oiseau s'attache

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à son maître; il se soumet à lui et exécute sous ses ordres les actes les plus adroits \ les plus délicats : il chasse pour lui comme le chien ;, et il revient à sa voix du plus haut des airs: il imite jusqu'à son langage., et ce n'est qu'avec peine que l'on se décide à lui refuser une espèce de raison.

L'habitant des eaux., au contraire, ne s'attache point, il n'a point de langage, point d'affection; il ne sait ce que c'est que d'être époux et père, ni que de se préparer un abri: dans le danger, il se cache sous les rochers de la mer, ou se précipite dans la profondeur des eaux; sa vie est silencieuse et monotone; sa voracité seule l'occupe, et ce n'est que par elle qu'on peut lui enseigner à diriger ses mouvements par des signes venus du dehors. Et cependant ces êtres n à qui il a été ménagé si peu de jouissances, ont été ornés par la nature de tous les genres de beauté: variété dans les formes, élégance dans les proportions, diversité et vivacité de couleurs, rien ne leur manque pour attirer l'attention de l'homme, et il semble que ce soit cette attention qu'en effet la nature ait eu le dessein d'exciter: l'éclat de tous les métaux, de toutes les pierres précieuses dont ils resplendissent, les couleurs de l'iris qui se brisent, se reilèttent en bandes, en taches, en lignes onduleuses, anguleuses, et toujours régulières, symétriques, toujours des nuances admirablement assorties ou contrastées, pour qui auraient-ils reçu tous ces dons , eux qui ne peuvent au plus que s'entrevoir dans ces profondeurs où la lumière a peine à pénétrer? et quand ils se verraient, quel genre de plaisir pourraient réveiller en eux de pareils rapports? Cuvier, Hisl. dts Pointons, liv. II.

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