‹ Leçons de littérature françaiseChapitre 27 sur 187 · PAYSAGES DE LA SUISSE · texte numérisé non relu

PAYSAGES DE LA SUISSE

La beauté des paysages de la Suisse est un sujet inépuisable pour le poète et pour le peintre. Cependant, lorsqu'après avoir lu leurs descriptions et vu leurs tableaux , on voyage sur les Alpes , on sent vivement 1 impuissance où est l'art de rendre sensibles les beautés sublimes de la nature. Ce calme et cette pureté de l'air qu'on y respire , l'aspect imposant de cent montagnes colossales enfoncées clans les nues et chargées de glaciers, la multitude de fleurs qui émaillent, au printems, les pâturages des hauteurs et contrastent par la vivacité des couleurs avec la sombre verdure des bois d'arbres résineux; ces chalets solitaires adossés contre les rochers ou protégés par les tiges élancées des sapins; ces troupeaux qui animent les tapis de verdure, et que l'on

Leçons de Ut. fr, 4

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voit paître jusqu'aux bords des abîmes: la fraîcheur des eaux vives qui jaillissent sur les flancs des montagnes et dans tous les vallons ; ces nappes d'eau bleuâtre qui remplissent plusieurs bassins des vallées et brillent dans le lointain : la situation pittoresque de tant de hameaux et d'habitations isolées, tous ces objets divers font sur le voyageur une impression que ni le pinceau de l'artiste ni la plume du poète ne peut se flatter d'égaler. L'imagination peut se la figurer , cependant la réalité est encore au-dessus des effets de l'imagination; elle y ajoute toujours des incidents dont on n'a guère d'idées dans les pays de plaine. Tantôt ce sont des vapeurs qui couronnent la cime du rocher d'où se précipite un torrent en sorte que la masse d'eau parait tomber des nues j tantôt ce sont des brouillards blanchâtres qui remplissent les vallées et toute la région inférieure, au point de faire croire au voyageur, arrivé au sommet d'une montagne , qu'il est entouré d'un vaste océan ; tantôt c'est la foudre qui de toutes parts s'élance d'épais nuages d'une teinte de cuivre rouge , et sillonne les airs a,u dessous du spectateur, autour duquel l'air conserve une sérénité parfaite ; tantôt ce sont les derniers rayons du soleil qui éclairent les pyramides, plateaux et masses de glace au haut des Alpes , les transforment €n objets fantastiques et leur prêtent les couleurs les plus variées et les plus vives , les rapprochent de l'œil du spectateur, et leur laissent en se retirant une teinte pâle et grisâtre qui les a fait comparer à des fantômes gigantesques ; quelquefois il semble que les arêtes et les brèches des rochers et des glaciers s'appuient sur des nuages et composent des citadelles aériennes; d'autres fois les nuages paraissent s'étayer à leur tour sur deux montagnes opposées, et former, en se rejoignant, une arcade immense au-dessous de laquelle on aperçoit en perspective un paysage riant, éclairé par le plus beau soleil. En un mot, la nature réserve toujours à Téitranger qui voyage en Suisse, et même à l'indigène,

TABLEAUX. o!

des sujets de surprise, et il serait souvent tenté de croire qu'il est transporté dans un monde nouveau.

Depping. La Suisse.

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