I/13N FORTUNE, LA VERTU ET ^HÉROÏSME
Une enfant, dont la raison et la sensibilité avaient été avancées par le malheur ., tombe du trône dans une prison. Son père, dont elle ne pouvait ignorer tes vertus , périt sur l'échafaud sans qu'on ose le lui cacher , dans la crainte de lui dérober une bénédiction que le ciel doit ratifier ; sa mère dont le courage lui servait d'exemple, et l'amour de consolation , est enlevée à ses yeux pour subir le même supplice ; une seconde mère , son dernier soutien , modèle de piété et d'héroïsme, périt sur le même échafaud. Seule, ou plutôt à son tour, chef de famille dans une prison qui renfermait encore un frère plus jeune qu'elle, elle s'en voit privée, et ne peut ignorer la cause de sa mort. N'ayant connu de la vie que ce qu'elle a de plus amer, résignée à la rendre sans regret au Dieu qui la lui avait donnée, ne pouvant entendre autour d'elle le moindre bruit qu'elle ne prît pour l'annonce de sa dernière heure, elle apprend qu'on l'exile. Selon les lois éternelles de la providence, quelles modifications un tel assemblage de malheurs aura-t-il produites sur le caractère de cette infortunée ? Au-dessus de la vanité, elle en a connu le néant ; au-dessus de l'orgueil , qui ne peut être à ses yeux qu'une faiblesse , c'est dans son âme qu'elle cherchera un refuge , et la
fierté de cette aine deviendra plus puissante que l'injustice des hommes. Douce, parce que la nature l'a faite ainsi, simple dans ses goûts, soumise à tous ses devoirs , et sans efforts , compatissante au malheur, confiante, quand la franchise des sentiments qu'on lui montrera l'éloignera des souvenirs du passé, timide devant la malveillance ; qu'une grande circonstance se présente, et cette femme étonnera le monde par son courage , sans qu'il soit en elle de croire qu'elle ait rien fait d'extraordinaire! Ce qui nous surprend, ce qui excite notre admiration, n'est-il pas le résultat de l'éducation qu'elle a reçue du malheur dans son enfance ? Peut-elle craindre la mort quand son âme est émue ? N'est-ce pas de la mort qu'elle a reçu toutes les émotions qui ont fait battre son cœur, et lui ont appris à connaître le néant de la vie ? Peut-elle craindre le jugement des hommes, et y attacher le moindre prix? Cette àme fière n'at-elle pas été conduite à ne reconnaître que Dieu pour juge ?
FlÉVÉE.