LE KHAN OU KÏARVANSEÏUÏ
On appelle du mot générique khan tous les lieux publics où les voyageurs sont admis: on donne plus particulièrement le nom de kiarçansarai aux bâtiments assez vastes pour recevoir de nombreuses troupes de marchands, nommées kiarvan^ et que nous appelons assez improprement caravanes. Ces édifices sont dus , presque tous , à la piété des pachas , ou des riches particuliers qui les ont fait construire , et les ont placés sous la sauvegarde de la religion, en consacrant à des mosquées le modique revenu qu'on en retire.
Les kiarvanserai sont presque toujours formés de quatre bâtiments qui renferment une vaste cour: au rez-de-chaussée sont des écuries et des magasins; l'étage supérieur est divisé en un grand nombre
de chambres ; elles ont presque toutes une cheminée, et communiquent par une galerie extérieur; au milieu de la cour est une fontaine abondante et richement décorée; de magnifiques platanes en ombragent le pourtour, et présentent leur abri aux voyageurs fatigués. C'est un spectacle intéressant que celui d'un khan, lorsque , vers la tin du jour, plusieurs caravanes arrivent de divers endroits pour y passer la nuit : de longues liîes de chameaux viennent y déposer leurs charges précieuses ; une foule de cavaliers les accompagnent ou les suivent; ils ont des vêtements variés, des armes, des ligures différentes. Le mouvement est générai; on parie à la fois plusieurs langues; on se retrouve avec surprise; on se reconnaît avec joie : les uns proposent des marchés; les autres s'interrogent sur les dangers de la route : toutes les nations , toutes les religions se rapprochent pour leur intérêt commun. Un vieillard, inspecteur du khan, chargé d'y maintenir le bon ordre, est assis à l'entrée; il accueille les voyageurs, leur rend le salut et les vœux qu'ils lui adressent; il s'informe de ceux qu'il n'aperçoit point encore: tous se félicitent de le revoir , et le traitent avec égards; il veille aux intérêts de ses hôtes, assigne les places, prévient les discordes. Et si, à la suite de ces riches convois, venus des régions lointaines, il se trouve, par un contraste trop fréquent, quelques malheureux dénués de tout, au nom de Dieu et de Mahomet ils sont traités comme des frères qui achèvent plus laborieusement que d'autres le pèlerinage de la vie. Ils n'ont pas craint d'entrer ; sur la porte ils ont lu ces mots gravés en lettres d'or: Le paradis est à ceux qui nourrissent^ pour Vhmour de Dieu , les malheureux sans ressources^ les orphelins et les esclaves.
Dis Choislul-Gouffier. Voyage Pittoresque de la Grèce»
DESCRIPTIONS. 7f