‹ Leçons de littérature françaiseChapitre 42 sur 187 · L'ECUREUIL · texte numérisé non relu

L'ECUREUIL

L'écureuil est un joli petit animal qui n'est qu'à demi sauvage, et qui, par sa gentillesse, par sa docilité, par l'innocence de ses mœurs, mériterait d'être épargné; il n'est ni carnassier, ni nuisible, quoiqu'il saisisse quelquefois des oiseaux; sa nourriture ordinaire sont des fruits, des amandes, des noisettes, de la faine et du gland; il est propre, leste, vif, trèsalerte, très éveillé, très-industrieux; il aies yeux pleins de feu, la physionomie fine, le corps nerveux, les membres très-dispos: sa jolie figure est encore rehaussée, parée par une belle queue en forme de panache, qu'il relève jusqu'au-dessus de sa tète, et sous laquelle il se met à l'ombre. 11 est , pour ainsi dire , moins quadrupède que les autres; il se tient ordinairement assis presque debout, et se sert de ses pieds de devant, comme d'une main, pour porter à sa bouche : au lieu de se cacher sous terre, il est toujours en l'air; il approche des oiseaux par sa légèreté; il demeure comme eux sur la cime des arbres, parcourt les forêts en sautant de l'un à l'autre, y fait

son nid, cueille les graines, boit la rosée , et ne descend à terre , que quand les arbres son agités par la violence des vents. On ne le trouve point dans les champs, dans les lieux découverts, dans les pays de plaine; il n'approche jamais des habitations; il ne reste point dans les taillis, mais dans les bois de hauteur, sur les vieux arbres des plus belles futaies. Il craint Feau plus encore que la terre, et l'on assure que , lorsqu'il faut la passer , il se sert d'une écorce pour vaisseau j et de sa queue pour voile et pour gouvernail. Il ne s'engourdit pas comme le loir, pendant l'hiver ; il est en tout tems trèséveillé; et pour peu qu'on touche au pied de Tarbre sur lequel il repose, il sort de sa" petite bauge, fuit sur un autre arbre, ou se cache à l'abri d'une branche. Il ramasse des noisettes pendant l'été, en remplit les trous, les fentes d'un vieux arbre, et a recours en hiver à sa provision; il les cherche aussi sous la neige, qu'il détourne en grattant. Il a la voix éclatante et plus perçante encore que celle de la fouine; il a de plus un murmure à bouche fermée, un petit grognement de mécontentement qu'il fait entendre toutes les fois qu'on l'irrite. 11 est trop léger pour marcher, il va ordinairement par petits sauts, et quelquefois par bonds; il a les ongles si pointus et les mouvements si prompts, qu'il grimpe en un instant sur un hêtre dont Técorce est fort lisse.

Bl'FFON.

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