LA MORT
Un fantôme s'élance sur le seuil des portes inexorables: c'est la Mort. Elle se montre comme une tache obscure sur les flammes des cachots qui brûlent derrière elle; son squelette laisse passer les rayons livides de la lumière infernale entre les creux de ses ossements. Sa tête est ornée d'une couronne changeante, dont elle dérobe les joyaux aux peuples et aux rois de la terre. Quelquefois, elle se pare des lambeaux de la pourpre et de la bure dont elle a dépouillé le riche et l'indigent. Tantôt elle vole, tantôt die se traîne ; elle prend toutes les formes, même celles de la beauté. On la croirait sourde, et toutefois elle entend le plus petit bruit qui décèle la vie: elle paraît aveugle, et pourtant elle découvre le moindre insecte rampant sous l'herbe. D'une main, elle tient une faux comme un moissonneur; de l'autre elle ehache la seule blessure qu'elle ait jamais reçue, et que le Christ vainqueur lui porta dans le sein , au sommet du Gol gotha. C'est le Crime qui ouvre les portes de l'enfer, et c'est la Mort qui les referme.
Chateaubriand. Le* Martyrs, liv. ti.