‹ Leçons de littérature françaiseChapitre 91 sur 187 · LES FLÉAUX DE DIEU · texte numérisé non relu

LES FLÉAUX DE DIEU

C'est le moyen de faire souvent injustice, que de juger toujours du mérite des conseils par la bonne fortune des événements. Ne nous laissons pas éblouir à l'éclat des choses qui réussissent: ce que les Grecs, ce que les Romains , ce que nous mêmes avons appelé une prudence admirable , c'est une heureuse témérité.

Il y a eu des hommes dont la vie a été pleine de miracles , quoiqu'ils ne fussent pas saints, et qu'ils n'eussent pas dessein de l'être ; le Ciel bénissait toutes leurs fautes, le Ciel couronnait toutes leurs folies.

Il devait périr cet homme fatal, il devait périr , dès le premier jour de sa conduite, par une telle entreprise: mais Dieu voulut se servir de lui pour punir le genre humain et tourmenter le monde: la justice de Dieu voulait se venger, et avait choisi cet homme pour être le ministre de ses vengeances.

La raison concluait qu'il tombât d'abord par les maximes qu'il a tenues; mais il est demeuré longtems debout, par une raison plus haute qui l'a soutenu. Il a été affermi dans son pouvoir par une force

loi MORALE RELIGIEUSE,,

étrangère 4 et qui n'était pas de lui, par une force qui appuie la faiblesse, qui arrête les chutes de ceux qui se précipitent, qui n'a que faire des bonnes maximes pour conduire les bons succès. Cet homme a duré pour travailler au dessein de la Providence. Il pensait exercer sa passion, et il exécutait les arrêts du Ciel. Avant de se perdre , il a eu loisir de perdre les peuples et les États, de mettre le feu aux quatre coins de la terre, de gâter le présent et l'avenir par les maux quJil a faits, par les exemples qu'il a laissés.

Un peu cl esprit et beaucoup d'autorité , c'est ce qui a presque toujours gouverné le monde, quelquefois avec succès, quelquefois non, selon l'humeur du siècle, selon la disposition des esprits, plus farouches ou plus apprivoisés.

Mais il faut toujours en venir là. Il est très vrai qu'il y a quelque chose de divin, disons davantage, il n'y a rien que de divin dans les maladies qui travaillent les États. Ces dispositions, cette humeur, cette fièvre chaude de rébellion, cette léthargie de servitude, viennent de plus haut qu'on ne s'imagine. Dieu est le poëte, et les hommes ne sont que les acteurs.

Ces grandes pièces qui se jouent sur la terre ont été composées dans le ciel, et c'est souvent un faquin qui doit en être l'Atrée ou l'Agamemnon.

Quand la Providence a quelque dessein, il ne lui importe guère de quels instruments et de quels moyens elle se serve. Entre ses mains, tout est foudre, tout est tempête, tout est déluge, tout est Alexandre ou César.

Dieu dit lui-même de ces gens-là qu'ils les envoie en sa colère, et qu'ils sont les verges de sa fureur. Mais ne prenez pas ici l'un pour l'autre : les verges ne frappent ni ne blessent toutes seules; c'est l'envie, c'est la colère, c'est la fureur qui rendent les verges terribles et redoutables.

Cette main invisible donne les coups que le monde sent ; il y a bien je ne sais quelle hardiesse qui

OU PHILOSOPHIE PRATIQUE. loo

menace de la part de l'homme; mais la force qui accable est toute de Dieu *.

Balzac.

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