‹ Leçons de littérature françaiseChapitre 71 sur 106 · De Belloy, né a Saint-Flour (1727), mort en · texte numérisé non relu

De Belloy, né a Saint-Flour (1727), mort en

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temps un certain nombre d auteurs tragiques avaient essayé d'emprunter le sujet de leurs pièces à l'histoire de France. Récemment, en 1747, le président Hénault, plus connu par son Nouvel abrégé chronologique de l'histoire de France (1744), avait fait paraître une tragédie de François II, en prose, accompagnée d'une préface, où il proposait la création d'un nouveau Théâtre Français qui mettrait en scène tous les grands événements de notre histoire, Voltaire lui-même avait tiré de nos annales plusieurs sujets dramatiques.

Harmontel et La Harpe.

16». La Harpe et Marmontel*, deux écrivains du second ordre et peut-être même du troisième, méritent toutefois d'être nommés ici, parce que leur caractère et leur œuvre expriment à un très haut degré les qualités et les défauts courants de leur siècle.

Marmontel, fils de pauvres paysans, mais doué d'une intelligence vive et plein d'ardeur au travail, après quelques succès littéraires remportés dans les concours académiques de Toulouse et de Montauban, vint à Paris à vingt-deux ans, sans autre ressource que les bonnes dispositions de Voltaire à son égard. Tout en remportant deux fois le prix de poésie à l'Académie française, il écrivait des tragédies. Tout homme de lettres en ce temps-là débutait par une ou plusieurs tragédies. Marmontel en fit représenter cinq de 1748 à 1753; les unes échouèrent, les autres réussirent avec éclat, sans qu'on puisse aujourd'hui bien démêler les causes de cette bonne et de cette mauvaise fortune : toutes ces pièces sont également oubliées.

1. Jean-François de La Harpe, né et mort à Pans (175î)-1803). — Jcan-François Marmontel, né en Limousin en 1723, moit près de Gaillon (KÛre le 31 décembre 1799).

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On ne lit guère davantage les Contes moraux^ publiés dans le Mercure j dont il avait obtenu le fructueux privilège; ni le roman philosophique de Bélisatre (1767), ni celui des Incas (1778); mais ces trois ouvrages obtinrent, à Tépoque où ils parurent, un succès éclatant, universel; ces plaidoyers déclamatoires contre le « fanatisme » , en faveur de la « tolérance », ont naturellement perdu pour nous presque tout leur intérêt. Il est vrai que la Sorbonne, en censurant Bélisairey ne contribua pas peu à assurer le succès du livre. En 1 785, Marmontel succédait à d'Alembert comme secrétaire perpétuel de l'Académie française. En 1787 il publiait les Éléments de littérature, où il avait réuni divers articles de critique écrits pour Y Encyclopédie. L'année précédente il était devenu professeur d'histoire au Lycée, établissement d'un caractère tout nouveau, qui venait d'être fondé pour l'enseignement public et mondain des lettres et des sciences. Bientôt la Révolution supprima l'Académie française et le Lycée. Marmontel, retiré en Normandie, écrivit pour ses enfants des Mémoires qui, rédigés familièrement avec une sincérité suffisante, et pleins de faits curieux concernant l'histoire littéraire et anecdotique de son temps, nous paraissent aujourd'hui le meilleur de ses ouvrages et le seul qui n'ait pas vieilli. La plupart des écrits du dixhuitième siècle plairont ainsi désormais d'autant plus que leurs auteurs en les écrivant auront moins songé à leur gloire, et mieux dépouillé leur rôle officiel pour se laisser voir eux-mêmes naïvement.

Les Mémoires de Marmontel sont particulièrement précieux à consulter pour l'histoire des salons, dont l'influence sur la littérature fut surtout sensible pendant ces trente années du xviii« siècle. Un tableau des lettres françaises plus vaste que celui que nous esquissons, devrait faire une large place à la chronique de ces réunions lel-

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trées et mondaines, que présidèrent ensemble ou successivement des femmes éminentes par leur esprit et leur influence; telles que Mme de Lambert (i 647-1 753), Mme de Tencin (1681-i749), Mme du Deffand (1697-1780), MlledeLespinasse (1751-i776), MmeGeoffrin (1699-1777), Mme Necker (1739-1794), femme du célèbre ministre et mère de Mme de Staël. L'esprit de conversation qui fut une des gloires du siècle, et un instrument presque aussi puissant que le livre au service de ses idées, naquit et régna dans ces salons et autour de ces femmes illustres ; c'est par les salons et par les conversations que les écrivains gagnèrent les gens du monde aux idées de réforme politique et sociale; et sans l'adhésion d'une partie au moins de l'aristocratie à la Révolution de 1789, celle-ci n'eût pas été possible.

168. La Harpe est, après Marmontel, le meilleur élève de Voltaire. 11 n'eut aucun génie, mais il avait un réel talent. Né dans la misère, élevé par la charité publique, à vingt-quatre ans il faisait représenter au Théâtre Français une tragédie (Warwick, 1763) qui eut un succès éclatant. Elle n'est au fond ni bonne ni mauvaise; c'est le type le plus achevé de ces œuvres de recette, telles qu'un jeune homme bien élevé et bien doué pouvait en ce temps-là réussir à les composer, en s'aidant des formules toutes préparées, des règles, de la critique et des exemples classiques. La tragédie était devenue un pur travail de métier; tout le monde en pouvait faire, à condition qu'il eût appris. Mais le succès était fort aléatoire, parce qu'il dépendait des circonstances plutôt que de la valeur propre des ouvrages. La Harpe écrivit douze tragédies (dont la meilleure est son Philoctète (1785), imité de Sophocle) ; il ne retrouva jamais le succès de Warwick, Ses éloges académiques de Henri IV, de Fénelon, de Racine,

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