DE BELLOY
trompaient toutefois, et quand il mourut, la France crut avoir perdu son Homère, et vint pendant trois jours contempler les traits de l'illustre mort, exposé sur un lit de parade, au Collège de France, la tête ceinte d une couronne de lauriers.
166. Cependant Ton composait et Ton jouait toujours d*innombrables tragédies dont nous ne savons plus les titres. Une pièce médiocre, mais dont l'histoire est singulière, e Siège de Calais, jouée en 1765, sauvera de Toubli le nom de son auteur, Pierre-Laurent de Belloy^ Représentée au lendemain du traité de Paris qui terminait par une paix sans honneur la funeste guerre de Sept Ans, cette tragédie, où respirent le patriotisme et Torgueil du nom français, sembla comme une première revanche des revers essuyés, et fut, grâce à cette circonstance, accueillie avec des transports d'enthousiasme et d'admiration. On la joua dans toutes les provinces à la fois, on la joua dans les garnisons. On la donna gratuitement au peuple. Ne pas admirer le Siège de Calais, c'était s'exposer au reproche de n'être pas bon Français, que le roi fit, h ce propos, au duc d'Ayen. Le duc répondit plaisamment : a Sire, je voudrais que les vers de la pièce fussent aussi bons Français que moi. » Tant d'enthousiasme dura peu; et les autres tragédies nationales de Pierre de Belloy n'eurent qu'un succès très contesté. Il lui reste l'honneur d'avoir tenté de puiser dans notre histoire des sujets dramatiques ; féconde innovation si elle eût été mise en œuvre par un génie plus hardi ; mais de Belloy voulait enfermer des sujets neufs et vivants dans le cadre suranné, dans le style convenu de la tragédie traditionnelle. Au reste l'idée même n'était pas tout à fait nouvelle; de tout