À. LOIS DES TERMES
I 1. Trois termes sont exigés : le grand, le petit et le moyen terme.
IT 2. Les termes, dans la conclusion, ne doivent pas avoir une extension plus grande que dans les Prémisses.
III 3. Le moyen terme ne doit jamais être dans la conclusion. FRS
: IV 4. Le moyen terme doit être universel, au moins une fois.
B. Lois Des PROPOSITIONS :
V 1. Si les deux prémisses sont négatives, pas ‘de conclusion possible.
VI 2. De deux prémisses -afirmatives on ne peut pas { déduire une conclusion négative.
VII 3. On ne peut rien conclure de deux prémisses particulières.
VIII 4. La conclusion suit - toujours la partie la plus faible.
155. Première loi des termes : Trois termes sont exigés : le. grand, le petit et le moyen terme. — Cette loi est basée sur l'essence même du syllogisme. Celui-ci, en effet, consisté dans la. comparaison de deux termes, appelés extrêmes, avec: un troisième nommé moyen terme. Donc, s’il y a plus ou moins que trois termes, la comparaison ne se fait point, et partant, il n’y a pas de syllogisme possible. —.Notons que les termes doivent être trois quant au sens. Il se peut rencontrer, parfois, quatre termes dont deux ont le même sens. Alors la loi est observée.
Ex. :
Bossuet est un grand orateur,
Or Bossuet est un mot de trois syllabes,
Donc un mot de trois syllabes est un grand orateur.
Dans ce syllogisme, quant aux mots, il y a trois termes, mais, quant au sens, il y en a quatre, puisque Bossuet orateur, et Bossuet, mot de trois. syllabes, ce sont deux Bossuet distincts,
:s"Le pape:est partout: respecté, : ; ; : Or celui qui est partout respecté a-bonne réputation, :.: Donc le chef de l’Église a bonne réputation.
Quant aux mots, ce syllogisme possède quatre termes; quant au sens, il n’en a que trois, parce que pape et chef de l’Église ont la même signification.
156. Deuxième loi des termes : Les termes, dans la conclusion, ne doivent pas avoir une extension plus grande que dans les prémisses. — La conclusion donne le résultat de la comparaison faite dans les prémisses entre le. petit, le grand et le moyen terme. Si le netit et le grand. terme conviennent au moyen terme ‘ans. les prémisses, ils doivent convenir entre eux dans la conclusion : si l’un ne convient pas au moyen terme. dans les prémisses, ils ne peuvent convenir entre eux dans la conclusion. Il faut donc que ce soient exactement les mêmes termes. dans la conclusion. Autrement, la conclusion ne serait pas le résultat de la comparaison. ns
Ex. ::
Tout prêtre a le pouvoir d’absoudre les péchés, Or tout prêtre est homme, Donc tout homme a le pouvoir d’absoudre les péchés.
Dans les prémisses, patce que attribut d’une propcsition affirmative, homme est un terme particulier — en effet — tout prêtre est quelque homme. Dans la conclusion, parce qu’affecté du terme tout, homme est universel. Par conséquent, ayant une extension particulière dans la mineure, et une extension universelle dans la conclusion, le terme homshe n’est plus exactement le même. Anssi bien ce syHogisme est-il faux.
FN trié amants
157. Troisième loi des termes : Le moyen terme ne doit jamais être dans la conclusion. — La conclusion énonce que le petit et le grand terme conviennent ou ne conviennent pas entre eux suivant que tous deux ou l’un d’eux conviénnent ou ne conviennent pas, dans les prémisses, âu moyen terme. La comparaison se fait donc dans les deux premières proportions. Et le moyen terme n'est exigé que pour la comparaison. S'il se rencontre dans la conclusion, il n’est donc pas à sa place.
Ex. :
La Mère Marie de l'I ncarnation fut une grande sainte, Or la Mère Marie de l’Incarnation a été la première supérieure des Ursulines de Québec, Donc la première supérieure des Ursulines de Québec a été une grande sainte — et la Mère Marie de l’Incarna-
tion. La « Mère Marie de l’Incarnation » est le moyen terme de ce syllogisme. Ce terme est de trop dans la conclusion.
158. Quatrième loi des termes: Le moyen terme doit être universel au moins une fois. —- Le moyen terme est répété deux fois dans les prémisses. Supposons qu’il soit particulier les deux fois ; dans ce cas on aura quatre termes quant au sens. Le particulier est une fraction de l’universel, et deux fractions de luniversel sont différentes et constituent deux termes complètement distincts.
Ex. :
Tout péché est mauvais, Or Jean est mauvais, Donc Jean est péché.
Mauvais, parce que attribut de propositions affirmatives (75) est deux fois particulier. Aussi mauvais péché, et mauvais Jean, ce sont deux termes tout à fait distincts. Et ce syllogisme, pour n’avoir que trois termes quant aux mots, en a réellement quatre, quant au sens. — Cette loi n’affecte pas le moyen terme suigulier, Un terme singulier, logiquement, équivaut à un terme universel.
159. Première loi des propositions : Si les deux prémisses sont négatives, pas de conclusion possible. — La conclusion est le résultat de la comparaison faite dans les premisses. Si les deux extrêmes conviennent au moyen terme, la conclusion sera afiirmative. Si l’un des extrêmes ne convient pas au moyen terme, le petit et le grand terme ne conviendront pas entre eux dans la conclusion, et celle-ci sera négative. Il ne peut pas donc pas y avoir de conclusion, lorsque les deux extrêmes ne conviennent pas au moyen terme, par ce que, dans ce cas, il n’y a pas eu de comparaison. Et les deux prémisses sont négatives précisément lorsque le grand et le petit terme ne conviennent pas au moyen terme.
Ex. :
L'homme n’est pas un minéral, Le minéral n’est pas un animal.
Donc...
Que conclure ? rien, c’est évident.
160. Deuxième loi des propositions : De deux prémisses affirmatives, on ne peut pas déduire une conclusion négative. — Cette loi est, pour ainsi parler, l’inverse de la précédente. Quand les deux
prémisses sont affirmatives, les deux extrêmes (grand et petit terme) conviennent au troisième (moyen terme), C’est cette convenance qu’exprime la conclusion, et partant, elle doit être afirmative.
Le vice est détestable, Or la paresse est un vice :
Donc la paresse est détestable.
: C’est la bonne conclusion. Et non pas celle-ci : Donc la paresse n’est pas détestable,
161. Troisième loi des propositions : On ne peut rien conclure de -déux prémisses particulières, — Comme l'extension d’une proposition est la quantité même du sujet de cette proposition, les propositions particulières ont done toujours'comme sujets des termes particulibrs. — On peut supposer trois ca
-Premier cas. — Les deux prémisses particulières peuvent être négatives. Alors, en vertu de la première loi des propositions (159) toute conclusion est impos: sible.
Deuxième cas. — Les deux prémisses particulières peuvent être affirmatives. :
Ex. :
Quelques savants sont'incroyants, Or quelques incroyants sont illetrés, Donc quelques savants sont älletrés.
La quatrième loi des térines. (158) n'est pas obserÿée.
Le moyen, terme incroyants est pris dans deux sens
différents. * En réalité,’ ce syllogisme ‘contient ‘gühtre termes — quant au sens. =
“Troisième cas. — Les deux prémisses particulières peuvent être, l’une affirmative, l’autre négative. Ex. :
Quelques étudiants sont paresseux, Or quelques hommes ne sont pas paresseux, Donc quelques étudiants ne sont pas hommes.
Dans ce syllogisme, la deuxième loi des termes (156) n’est pas observée. Dans la conclusion, parce que attribut d’une proposition négative (75), le terme homme, est universel. Dans les prémisses, il est partiaulier. - Ou encore :
Quelques étudiants ne sont pas hommes, Or quelques étudiants sont paresseux, Donc quelques paresseux ne sont pas hommes.
‘Ici la quatrième loi des termes (158) n’est pas observée. Paresseux, moyen terme, est deux fois particulier,
162. Quatrième loi des propositions : La conclusion suit la partie la plus faible. — Si l’une des prémisses est négative là conclusion est négative ; si lune des prémisses est particulière, la conclusion est particulière. En effet, si l’une des prémisses est négative, c’est que l’un des extrêmes ne convient pas au moyen terme. Et, la conclusion, nécessairement sera négative. Ex. :
!: Tous ceux qui aiment Dieu sont heureux, Or les pécheurs n'aiment pas Dieu, Donc les pécheurs ne sont pas heureux.
Cette conclusion est juste, évidemment.
Si l’une des prémisses est particulière, c'est que l’un des extrêmes ne convient qu’en partie, ou, partiellement,
au moyen terme. . C’est cette partie de l'extrême convenant au moyen terme qui sera exprimée dans la conclusion. Celle-ci sera donc particulière. Ex. :
Tous les cygnes, dit-on, chantent avant de mourir. Or quelques poules d’eau sont des cygnes, Donc toutes les poules d’eau chantent avant de mourir.
Cette conclusion est fausse. Il faut dire quelques poules d’eau...
163. A quoi sert le syllogisme. — Le syllogisme est un excellent moyen de découvrir l'erreur. Celle-ci, ‘pour se faire accepter, se présente aux lecteurs toute enveloppée des ornements et des grâces du style. Dépouillée de ses atours par le syllogisme qui l’exhibe en trois phrases courtes, sèches, précises, elle a moins de chance de se faire admettre. C’est ce qu’enseignent de grands esprits comme Bossuet qui avait soin d’ôter du discours «les figures et les autres ornements de parole ».., pour mieux « voir ce que la logique fait dans ces ouvrages, et ce que la rhétorique y ajoute ». Selon Kant, « tous les vices du raisonnement se découvrent très facilement quand on les fait ressortir en mettant un argument en forme». Et, pour Cousin, {tout raisonnement qui ne peut être mis sous. cette forme, est un raisonnement dont il faut se défier ».— En employant le syllogisme, l'esprit humain acquiert de la précision et de la pénétration. «L'art syllogistique, écrit V. Cousin, est une escrime puissante, qui donne à l'esprit l’habitude et de la rigueur, C’est à cette mâle école que se sont formés nos pères, et il n’y a que de l’avantage à y retenir la jeunesse actuelle.» (1
® Cr. Labr. oùv. cit. T. 1, pp. 432-433.
164. Figures du syllogisme. — La figure d’un syllogisme est la place successivement vouée par le moyen terme dans les prémisses.
165. Différentes espèces de figures. — Il y a trois figures du syllogisme. En effet le moyen terme peut occuper trois places différentes dans la majeure et la mineure.
166. Premiére figure du syllogisme. — Lorsque le moyen terme est sujet dans la majeure et attribut dans la mineure, le syllogisme appartient à la première figure. Ex. :
Toute science mérite le respect, :
Or la. philosophie est une science, Donc la philosophie mérite le respect.
Dans ce syllogisme le moyen terme est science. 167. Deuxième figure du syllogisme.—Si le moyen
terme est attribut et dans la majeure et dans la mineure, le syllogisme appartient à la deuxième figure. Ex. :
Tout homme peut pécher, Or aucun ange ne peut pécher, Donc aucun ange n’est homme.
Dans cet exemple le moyen terme est peut pécher.
168. Troisième figure du syllogisme. — Quand lejmoyen terme est sujet et dans la majeure et dans la "ineure, le syllogisme est appelé ANR de la froi-
ne figure. Ex. :
Tous les papes ont été infaillibles, Or quelques papes furent des allemands, Donc quelques allemands ont été infaillibles.
Ici le moyen terme est papes.
169. Représentation graphique des figures.—En. exprimant le grand terme par la lettre G, le petit terme par la lettre P et lé moyen terme par la lettre M, nous pouvons représenter les trois figures de la manière suivante :
IM=G Majeure 1 G=M Majeure P=M Mineure P=M Mineure Pæ=G Conclusion P=G Conclusion
II M=G Majeure M=P Mineure P=G Conclusion
170. Modes du syllogisme. —- Les modes du syllogisme sont les différentes combinaisons dont sont susceptibles les prémisses d’un syllogisme eu égard à leur quanlité (universelle ou particulière) et à leur qualité (afirmative ou, négative),
171. Modes possibles et modes légitimes.—Pour ce qui-est de leur quantité, les prémisses d’un syllogisme peuvent être combinées de quatre manières : » Toutes les deux universelles ; » Toutes les deux particulières ; s La majeure universelle et la mineure Particulière ; ® La majeure particulière et la mineure universelle. — Pour ce qui est de leur qualité, les prémisses d’un syllogisme sont aussi susceptibles de quatre combinaisons : » Toutes les deux affirmatives ; » Toutes lés deux négatives ; ® La majeure affirmative et la mineure négative; » La majeure négative et la mineure affirmative. Or, chaque combinaison quantitative. est susceptible des quatre combinaisons qualitatives. Ce qui fait 16 modes, c’est-à-dire 4X4 pour chaque figure. Il y a trois figures. Les modes Possibles seront donc au nombre de
quarante-huit. Sur ce nombre il n’y en a que dix-neuf de légitimes. ; $
.172. Conclusion directe et indirecte, — La conclusion d’un syllogisme est directe lorsque ses termes occupent la même place que dans les prémisses. Ex. :
Les enfants intelligents et laborieux sont estimables, Or les enfants de M. X. sont intelligents et laborieux, Donc les enfants de M. X. sont estimables.
La conclusion d’un syllogisme est indirecte lorsque ses lérmes n'occupent pas la même place que dans les Drémisses.
Quelques philosophes enseignent l'erreur, Or ces philosophes ne sont pas la Philosophie, Donc la philosophie n'enseigne pas l'erreur.
‘Article III DIFFÉRENTES ESPÈCES DE SYLLOGISMES
173. Syllogisme scolastique. — Le syllogisme scolastique ou en forme est celui qui se compose de trois Propositions arrangées de manière que la troisième se déduise nécessairement des deux autres.
Celui qui accomplit son devoir est heureux, Or Jean accomplit son devoir, Donc Jean est heureux.
. 174. Syllogisme oratoire. — Le syllogisme oratoire est celui qui, pour arriver à une conclusion, dispose ses Propositions et ses termes comme on le fait dans le langage courant. Ex. : En ce monde, ceux qui ne se soumettent
1 mm ha étmiminnne
pas à la volonté de Dieu, sont malheureux. Il est facile de ramener ce syllogisme oratoire à un syllogisme scolastique.
175. Syllogisme simple. — Le syllogisme simple est celui qui est formé de propositions simples. Ex. :
La vertu est aimable, Or l'humilité est une vertu, Donc l'humilité est aimable.
176. Syllogisme composé, — Le syllogisme composé est celui qui est formé de propositions composées. Ex:
La philosophie, l'histoire, sont très utiles, Or la philosophie, l’histoire, sont des sciences, Donc quelques sciences sont utiles,
177. Syllogisme absolu. — Le syllogisme absolu est celui qui est formé de propositions absolues, c’est-à-dire, de propositions dans lesquelles le mode de convenance ou de non-convenance de l'attribut au sujet, n'est pas exprimé. Ex. :
Le travail est la principale cause du succès, Or ces élèves travaillent, Donc ces élèves réussiront.
178. Syllogisme modal. — Le syllogisme modal est celui qui se compose de propositions modales, c’est-à-dire, de propositions dans lesquelles le mode de convenance ou de non-convenance de l’attribut au sujet .est exprimé. Ex. : Il est IMPOSSIBLE que l’homme descende du singe, Or Jtan est NÉCESSAIREMENT un homme, Donc Jean ne descend pas du singe. |
179. Syllogisme mixte. —- Le syllogisme mixte est celui dont les propositions sont absolues et modales. Ex.: Dieu existe NécessaRemENT (modale), Or le monde n'est pas Dieu (absolue), Donc le monde n'existe pas NÉCESSAIREMENT,
180. Syllogisme catégorique. — Le syllogisme ca tégorique est celui dont la majeure est une proposition catégorique, c'est-à-dire, une Proposition qui affirme qu'une chose est ou n'est pas, sans condition. Ex. : Tout ce qui nuit à la santé doit être évité, Or l'alcool nuit à la santé, Donc l'alcool doit être évité.
181. Syllogisme hypothétique. — Le sy!logisnie hypothétique est celui dont la majeure est une proposition hypothétique, c'est-à-dire, une Proposition qui affirme qu'une chose est ou n'est pas, sous condition. Ex. : Quand on sait se taire, on mérite la ronfiance, Or ce monsieur ne sait pas se taire, Donc il ne mérite pas la confiance. — Le syllogisme hypothétique est conditionnel si l'hypothèse est exprimée par la particule conditionnelle, si ; disjonctif, si elle est exprimée par la particule disjonctive, ou.