‹ Leçons de logique [microforme] (volume 2)Chapitre 27 sur 51 · Le sophisme. — Le sophisme est un argument · texte numérisé non relu

Le sophisme. — Le sophisme est un argument

qui, sous l'apparence du vrai, conclut au faux. Ex. : Commettent un sophisme ceux qui, de l’importance de l'instruction, déduisent la thèse de l’école obligatoire.

223. Division des sophismes. — Aristote a divisé les sophismes en deux classes : Les sophismes de mots et les sophismes de pensées. Les sophismes de mots sont : L’équivoque, l’amphilobologie, sophisme de sens composé, sophisme de désiré, le sophisme de l’accent, le sophisme de la figure. Les sophismes de pensées sont : Le sophisme de l'accident, l'affirmation relative pour l'affirmation absolue et réciproquement, l'ignorance de la question, la pétition de principe, le cercle vicieux, la fausse conséquence, l'ignorance de la cause, l’interrogation captieuse.

® Mercier. Ouv. cit. P 334-335.

224. L'équivoque. — L’équivoque est l'emploi d'un même mot dans deux ou plusieurs sens différents. On l'appelle ce sophisme homonymie. Ex. : Platon est un grand philosophe. Or Platon est un mot de deux syllabes, Donc un mot de deux syllabes est un grand philosophe. — L'âme est immortelle, Or les brutes ont une âme, Donc les brutes sont immortelles. 1] est évident qu'il s’agit ici de l’ême humaine. Pour répondre à ce sophisme, on demande à l'interlocuteur de bien définir lés termes dont il se sert.

225. L’amphibologie. — L’amphibologie est l’emploi d’une ou de plusieurs propositions dans un sens ambigu. Ex. : Cette phrase à l’enseigne d’un magasin : «Pourquoi aller ailleurs pour être fraudés ? Venez ici.»

226. Sophisme de sens composé. — Ce sophisme consiste à affirmer de choses unies ensemble ce qui n’est vrai que de ces mêmes choses que prises séparément, ou, à affirmer comme vrai simultanément ce qui,en réalité, ne l’est que successivement. Ex.: Dans l'Évangile, Jésus-Christ dit : Les aveugles voient, les boiteux marchent droit, les sourds entendent. Ces phrases sont fausses dans le sens composé et simultanément. Les aveugles ne roient pas, les boiteux ne marchent pas droit, les sourds n’entendent pas, quand leur infirmité leur est unie, mais quand leur infirmité est séparée d'eux, quand ils sont guéris. — L'exemple suivant est aussi un sophismé de sens composé : 5+3—8 ; Or 5 et 3 sont des nom breés impairs. Donc 8 est un sosbée à impair.

227. Sophisme de sens divisé. — Ce sophisme consiste à affirmer de choses séparées ce qui n ‘est, prai de ces mêmes choses que prises ensemble, ou encore, à affirmer successivement ce qui n’est vrai que simultanément. Ex.: Les incrédules commettent ce sophisme lorsque, de ce

texte de l'Évangile : Allez dans tout le monde, prêchez l'évangile à tnute créature, ils concluent que l'Évangile doit être prêché à chaque individu en particulier, Il est évident qu'il s’agit ici des hommes pris collectivement. —3+3—6. Or 6 est un nombre pair. Donc 3 et 3 sont des nombres pairs.

228. Sophisme d’accent. — Ce sophisme est surtout fréquent dans les langues latine et grecque, langues accentuées. Il consiste à employer un mo: en différent sens, suivant l'accent qu’il comporte. Ex.: Les pêcheurs offensent Dieu. — Les pécheurs n'aiment pas toujours le poisson. — Sol occidit — Sol occidit. Si l’accent de la. seconde syllabe est long, la phrase veut dire : le soleil tue — si l'accent de la seconde syllabe est bref, la phrsae veut dire : Le soleil se couche.

229. Sophisme de figure. — Ce sophisme consiste à prendre au sens littéral ce qui doit être pris au sens figuré. Ex. : Le soleil se couche — donc il est fatigué. Le temps est sombre — donc il a de la peine.

230. Sophisme d'accident, — Le sophisme d’accigent consiste à attribuer comme essentiel à un être ou à une classe d'êtres ce qui ne lui a ppartient qu'accidenteilement. Ex. : Charles est paresseux, Or Charles est un canadien-français, Donc tous les canadiens-français sont des paresseux. — L'homme chante. Or Aristote est un homme. Donc Aristote chante.

231. L'affirmation relative prise pour l’affirmation absolue et réciproquement. — Ce sophisme consiste à admettre comme vrai relativement ce qui n’est vrai qu'absolusnent — et réciproquement — consiste à affirmer comme vrai absolument ce qui n’est vrai querrela-

üvement. Ex. : Il faut rendre à chacun ce qui lui appar-

tient, ‘ Or cette arme à feu appartient à Jacques pris d’un accès de folie, Donc il faut donner à Jacques son arme à jeu. Absolument parlant, il est vrai que chacun doit avoir ce qui lui appartient. — Mais relativement à Jacques — pris d'un accès de folie — il n'est pas vrai qu’il faille lui rendre son arme, puisqu'il pourrait en faire un mauvais usage. Ex. : Il ne faut jamais punir les élèves — Cette affirmation — absolument parlant — est fausse. Mais relativement à certains élèves, elle est vraie.

232. Ignorance de la question. Ce sophisme consiste à prouver autre chose que ce qui est en question. Ex. : Commet ce sophisme un avocat qui, pour défendre son client accusé de vol, s’évertue à démontrer que celui-ci a rendu service à son pays.

233. Pétition de principe. — C’est un sophisme qui suppose prouvé ce qui précisément doit être prouvé. Ex. :

L'âme humaine est mortelle, Donc il ne faut pas craindre les châtiments de l’enfer, Que l’âme est m telle, c’est ce qu’il faut prouver.

234. Cercle vicieux. — Le cercle vicieux est le sophisme de pétition de principe, renforcé. Il consiste non seulement à supposer comme prouvé ce qui doit être prouvé, mais il démontre réciproquement deux propositions l’une par l’autre. Ex. : Prouver l'existence de Dieu par la raison, et démontrer la légitimité de la raison par ce motif qu’elle vient de Dieu qui n’a pu en faire un instrument d’erreur.

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