‹ Leçons de logique [microforme] (volume 2)Chapitre 38 sur 51 · L'autorité divine produit la certitude · texte numérisé non relu

L'autorité divine produit la certitude

ce qu'il dit ou écrit, il doit avoir la science et la véracité. Ici le témoin, c'est Dieu. Qui pourrait contester sa

science et sa véracité? Bien plus, Dieu est la science et la véracité mêmes. Il possède donc à un parfait degré les conditions nécessaires pour produire la certitude.

339. La certitude divine est une certitude métaphysique. — Lorsque nous croyons aux vérités que Dieu nous a révélées, c’est parce que nous savons qu’il connaît toutes choses et qu’il ne peut nous tromper. La science et la véracité de Dieu sont bien les causes de cette adhésion ferme que l’on appelle certitude. Mais la science et la véracité divines sont l'essence même de Dieu. Notre assentiment est donc appuyé sur l’essence de Dieu, et pour ce motif, il est une certitude métaphysique (277).

340. Le rationalisme. — Sont rationalistes ceux qui, exagérant les droits de la raison humaine, proclament qu’elle peut tout comprendre, et partant, qu'il n’y a pas de mystères. 1Les prétentions du rationalisme se réfutent en démontrant que, dans l'essence divine, en Dieu, il y a des vérités connues de lui seul et dépassant toute intelligence créée, soit humaine, soit angélique. En ce monde, il y a certaines intelligences supérieures, d’autres moyennes, et beaucoup de médiocres. C’est un fait indéniable. Les intelligences supérieures comprennent certaines choses qui échappent aux intelligences moyennes et médiocres. Tous l’admettent. S'il y a des différences si grandes entre les intelligences humaines, de même nature, après tout, il doit en exister aussi de plus grandes encore, entre des intelligences qui n’ont pas la même nature, ou spécifiquement distinctes. Or l'intelligence angélique diffère spécifiquement de l'intelligence humaine ; les anges ont donc des connaissances que ne possèdent pas lés hommes. Et l'intelligence divine est infiniment au-dessus de

l'intelligence angélique, elle est d’une nature tout à fait différente, A fortiori, l'intelligence divine est de beaucoup supérieure à l'intelligence de l’homme et doit contenir en elle-même des vérités que les humains

ne peuvent pas comprendre. Ces vérités, ce sont les mystères.

341. La science et la foi. — Toutes deux venant de Dieu, la science et la foi ne sauraient se contredire. La science a Pour objet les vérités démontrées, évidentes d’une évidence intrinsèque. La foi porte sur les vérités non démontrées, admises sur le témoignage divin, évidentes d’une évidence extrinsèque on de crédibilité (276). Dans la science, l'intelligence donne né- Cessairement son adhésion : elle ne peut résister à l'évidence intrinsèque. Dans la foi, l'intelligence peut résister, parce que la vérité de foi n’est que croyable, ou évidente d’une évidence extrinsèque, et seule l’évidence intrinsèque est capable d'entraîner, d’une façon irrésistible, l’assentiment de l'intelligence, La science est un acte de l'intelligence seule ; la foi est un acte émis par l'intelligence obéissant au commandement de la volonté. Étant deux actes absolument distincts, la science et la foi, ne peuvent donc pas exister sèmultanément, dans une même intelligence, pur rapport au même objet, mais successivement. — Pour être distinctes, la science et la foi ne s'excluent pas. La foi n’est pas Contraire à la science, et partant, à la raison, mais elle est au-dessus. La foi rend un double service à la raison : elle élargit le champ de ses Connaissances et elle lui est un Puissant appui, Sans la foi, en effet,

jamais {a raison ne pourrait atteindre les vérités surnaturelles. Quant aux vérités naturelles, démontrées

par la raison, la foi les corrobore, les confirme, puisque plusieurs d’entre elles, comme l’immortalité de l’âme, l'existence de Dieu, sont aussi révélées.

Article X LE CRITÈRE DE VÉRITÉ

342. Définition du critère. — D’après son étymologie, le critère est l’’instrument dont nous nous servons pour discerner la vérité de la fausseté. En général, tout moyen de connaître la vérité, s’appelle critère. On appelle encore critère tout ce qui détermine l'adhésion de l'esprit à une vérité «.

343. Différentes sortes de critères. — Les critères sont intrinsèques et extrinsèques. Les critères intrinsèques sont subjectifs ou objectifs. Les critères intrinsèques-subjectifs sont cèux qui sont inhérents au sujet qui connaît. Les critères intrinsèques-objectifs sont ceux qui sont inhérents à l’objet connu. Ainsi les facultés cognoscitives sont des critères intrinsèques-subjectifs— l'évidence est un critère intrinsèque-objectif. Les critères extrinsèques sont ceux qui sont en dehors de celui qui connaît et de l’objet connu. L'autorité divine et l'autorité humaine sont des critères extrinsèques.

344. Extension du critère. — Si par critère on entend tout moyen d’arriver au vrai, tout ce qui cause, tout ce qui détermine notre adhésion à une vérité, il est évident alors qu’il s’étend à toute vérité : médiate et immédiate, naturelle et surnaturelle. La raison de cette affirmation est que dans toute vérité il y a un quel-

(1) Cfr. Farges et Barbedette, ouv. cit., T. I, P. 148.

que chose qui cause notre adhésion, et que toute vérité est perçue par nos facultés Cognoscitives qui sont des moyens de connaître. Mais le critère de vérité pris Pour cet «instrument judicatoire » dont parle Montaigne, fausseté, à celles q Pas tout doute, c’est-à-dire aux vérités médiates, qui ont besoin d'être démontrées. Les vérités immédiates, s’imposant d’elles-mêmes à l'intelligence de chacun, excluent d’elles-mêmes tout doute, toute fausseté, et, Par conséquent, n’ont pas besoin de critère. Celui-ci, en effet, dans l'hypothèse, éparation entre le vrai et le

345. Critère des vérités médiates. — Les vérités médiates sont celles qui sont démontrées. Ainsi les conclusions sont des vérités médiates. Quel est le critère de ces vérités ? Quel est le moyen de se rendre compte de la vérité ou de la fausseté d’une conclusion ? Ce moyen c’est de voir si réellement la conclusion découle des principes de la démonstration, lesquels principes sont toujours vrais. Une conclusion en effet emprunte toute sa vérité aux prémisses d’où elle découle. Et c’est à cause de cette dépendance de la conclusion des prémisses que nous adhérons à elle sans crainte de nous tromper. Le critère des vérités médiates, c’est donc la liaison nécessaire qu'ont ces vérités avec les prémisses d’où elles découlent.

ce paragraphe le mot critère n’a pas le lui donnons plus loin (352).

(1) Cfr. Lortie, Elementa Philosophie Christiane, T. I, p. 197.

346. Le suprôme critère de vérité. — Quand il est question de suprême critère, de critère universel, nous cherchons si, entre autres motifs qui justifient nos adhésions, il y en a un qui l'emporte, un qui est applicable à toute vérité, et, pour cette raison, nommé critère universel, suprême critère. Tous admettent qu'il y a un motif capable de déterminer notre assentiment à n'importe quelle vérité, appelée suprême critère. Mais l’accord est loin d’exister lorsqu'il s’agit de dire en quoi consiste ce critère universel.

347. Le fidéisme. — Pour les fidéistes, le critère unique et suprême de vérité, c’est la foi divine.— Disons que la foi divine ne peut pas être un critère universel de vérité, puisqu'elle ne s'étend pas à toutes les vérités. En effet il y a des vérités certaines basées sur le témoignage du sens intime, des sens externes, de la raison.

Il n'est p:: besoin de recourir à la révélation pour les admettre. Au reste, ce système confond les vérités surnaturelies avec les vérités naturelles.

348. Le traditionalisme. — Selon ce système la tradition est le suprême critère de vérité. — Les partisans du traditionalisme partent d’un faux principe : l'incapacité radicale de la raison humaine. Pour eux, la tradition est l’enseignement des vérités fait par Dieu à l’homme et transmis de vive voix de génération en génération. Voulant réagir contre le rationalisme (340), ils sont tombés dans l’excès contraire dont les conséquences ne sont pas moins funestes.

349. Le mennésianisme. — De Lamennais (1782- 1854) auteur de ce système, enseignait que le consentement universel est l’unique et suprêm2 critère de vérité. — Le consentement des peuples n’est pas applicable à toutes les vérités. Bien restreint est le nombre des

vérités qui sont de son ressort. Quelle autorité à le consentement des peuples lorsqu'il s’agit des vérités d’ordre purement scientifique ? Dans ce domaine, il constitue tout au plus une probabilité, mais non un motif de certitude.

350. L'instinct invincible, — Thomas Reid, philosophe écossais (1710-1796) a enseigné que le suprême critère de vérité réside dans un instinct invincible, aveugle que l’on ne peut comprendre ni expliquer. — Comment attribuer à cet instinct invincible, inexplicable, mystérieux, le rôle si important échu au critère suprême ? Celui-ci n'est-il pas le motif pour lequel nous adhérons à toute vérité ? Il remplit la fonction de guide. Et, Pour ce ixire, il ne doit pas être aveugle, mais voir clair et bien connaître.

351. Le sentimentalisme, — Un sentiment, une impulsion de sympathie ou d'amour que provoque la. présence de la vérité et qui nous attache à elle, voilà, d'après Jocobi, philosophe allemand, (1743-1814), le: suprême critère de vérité. — Le sentiment de Jacobi appartient à la faculté appétitive, laquelle suppose, suit la connaissance, mais ne connaît pas. Or le critère, et a fortiori, le critère suprême, fait voir la vérité, l’indique. Le sentiment, aveugle de lui-même, est certainement incapable de jouer ce rôle.

352. L'évidence est le suprôme critère de vérité. — Encore une fois, ici, Par critère, nous entendons /e motif qui détermine notre adhésion à une vérité. L’évidence est la splendeur de la vérité, la manifestation de la vérité à l'intelligence, splendeur et manifestation auxquelles la faculté intellectuelle ne peut pas résister, — Le critère suprême de vérité doit réaliser trois conditions : » I] doit s'étendre à toute vérité, c’est-à-dire

être universel ; ® il doit être le dernier motif pour lequel nous adhérons à une vérité ; ” en lui-même, et par lui-même, il doit être infaillible. — Or l’évidence remplit ces trois conditions. — ! La vérité devient évidente lorsqu'elle brille, se manifeste à l’intelligence. L'évidence c’est donc la vérité elle-même qui s'impose à l'esprit, soit d’une façon immédiate, soit d’une façon médiate (275). Par conséquent foute vérité — sans exception aucune — se fait admettre à l'intelligence parce qu’elle lui apparaît clairement, sans ombre, bref, parce qu’elle est évidente. L'évidence s'étend donc à doute vérité, elle est universelle. N. B.— Il va sans dire qu’il s’agit seulement des vérités naturelles. ? Lorsque nous faisons une démonstration, nous n’avons qu’un but, c’est d'arriver à la certitude, ou encore, à la possession parfaite de la vérité. Et la conclusion, nous l’acceptons parce que, grâce à la démonstration, elle s'impose, elle est évidente. Là s'arrêtent nos recherches. Pourquoi aller plus loin ? Nous avons ce que nous voulions. L'évidence de la conclusion est donc le dernier motif. * Parce que dernier motif l’évidence est infaillible en elle-même et par elle-même. Si cette infaillibilité, c'est-à-dire, l'impossibilité de tromper, l’évidence ne l’a pas en elle-même, et par elle-même, elle 1 + nprunterait d’un autre qui, lui, serait le dernier motif Le notre adhésion.

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