‹ Leçons de logique [microforme] (volume 2)Chapitre 37 sur 51 · Le consentement universel est un moyen · texte numérisé non relu

Le consentement universel est un moyen

d'arriver à la certitude. — Il existe des jugements communs portés par tous les hommes, et ces jugements

(1) Farges et Barbedette. Cours de philosophie scolastique, T. ”., p. 183.

ont pour objet les vérités essentielles à la conduite de la vie. Or ces jugements s'appellent le consentement universel et ils sont vrais. Donc le consentement universel est un moyen d'arriver à la certitude, La majeure de cet argument est amplement prouvée par l'expérience quotidienne. Tous énoncent des jugements comme ceux-ci : il faut honorer ses parents, il faut rendre à chacun ce qui lui est dû, etc. Et personne ne conteste la vérité de ces mêmes jugements. Quant à la mineure, la première partie, « ces jugemnets s’appellent le consentement universel », est la définition même du consentement universel (320); la seconde partie, «ils sont vrais », se démontre par ce principe : tout effet a une cause Proportionnée. L’universalité, l’uniformité, la constance du consentement chez les peuples qui admettent, sous toutes les latitudes, à toutes les époques, les mêmes vérités, doivent avoir une Cause aussi universelle, constante et uniforme. Cette cause, ce ne sont pas les préjugés, ni les passions,

ni l'éducation. Les préjugés, les passions et l'éducation sont loin d’être universels, uniformes et constants,

ils varient avec les peuples et les individus. Cette

Cause est la nature humaine elle-même, constante.

uniforme partout, agissant suivant ses propres lois et

ne subissant aucune influence étrangère. Et la nature

ne trompe pas. — On peut ajouter que si le consente-

ment universel n’est pas un moyen d'arriver à la certi-

tude, Dieu, l’auteur de la nature, de cette tendance . instinctive à énoncer des jugements dont l'objet sont

des vérités nécessaires à la vie, nous induirait en erreur.

Ce qui répugne. — N. B.— Il ne faut pas confondre

le consentement commun ou universel avec le sens commun de nature. Le consentement universel est l’assentiment Commun donné à certaines vérités, ou l’ensemble des

jugements formulés par l’ensemble des hommes. Le sens commun de nature est la faculté intellectuelle ellemême inclinée à porter des jugements sur lesquels tous les hommes sont d'accord. Le sens commun de nature est la cause du consentement universel «.

323. Le témoignage oral produit la certitude. — Le témoignage oral, c'est le témoignage humain, le témoignage d’un seul ou de plusieurs qui racontent verbalement ce qu'ils ont vu ou entendu. Peut-on se fier au témoignage d’un seul ou de plusieurs qui racontent un fait vu ou entendu? Certes oui, parce que l’on peut prouver la science et la véracité du témoin : les deux conditions absolument requises pour donner de la valeur à son témoignage. Les faits sont ou conlemporains ou passés. Les faits contemporains, il est facile voire très facile de les connaître. Et le témoin s'expose grandement \, être découvert, s'i: ne les raconte pas tels qu’ils se sont passés. Au sujet de ces faits, la science et la véracité du témoin ne sont donc pas contestables. Quant aux faits passés, le témoignage qui les rapporte s'appelle tradition orale. Celle-ci est la «série non interrompue des témoins qui rapportent de vive voix un fait ancien ; les premiers sont contemporains du fait ; les autres sont de notre époque » ®. Comme on vient de le voir, les témoins contemporains du fait sont dignes de foi. Les témoins encore vivants sont aussi certainement croyables, parce qu'entre eux et les témoins contemporains du fait, il n’y à pas d'interruption. Quant aux témoins intermédiaires, ils sont autant d’anneaux qui relient les premiers témoins à ceux de nos jours, autant de géné-

(1) R. Jeannière, S. J. Criteriologia, p. 586. (2) Farges et Barbedette, ouv. cit., p. 178.

Sr

rations qui se sont transmis les faits. Pouvons-nous logiquement supposer que toutes ces générations se sont t:ampées, ou se sont entendues pour tromper ? C'est i apossible, Ajoutons que tout homme aime naturellement savoir et dire la chose telle qu’elle est.

324. Le témoignage monumental. — Les monuments sont aussi des témoins. Contemporains des faits qu'ils commémorent, ils sont dignes de croyance Parce que, dans ce cas, il est très facile de prouver leur science et leur véracité. S'ils rapportent les faits passés, ils sont croyables à deux conditions : il faut » qu'ils relatent un fait important ; ? qu'aucun contemporain n’ait protesté 0,

Article VIII L'AUTORITÉ HUMAINE (Suite)

325. Le témoignage historique. — Le témoignage historique est le témoignage écrit. Il est aussi un témoin dont la science et la véracité se prouvent en démontrant l'authenticité, l'intégrité et la véracité du livre (témoignage écrit) qui rapporte les faits.

326. Authenticité, intégrité, véracité. — Un livre est authentique lorsqu'il a été réellement écrit par l’auteur à qui on l’attribue et à l’époque à laquelle on le fait remonter. Se nomme apocryphe le livre qui n'est pas authentique. Un livre est intègre lorsque les faits qu’il rapporte, n’ont pas été changés, du moins substantiellement. On appelle interpolé le livre qui n'a pas l'intégrité. Un livre est véridique lorsqu'il raconte

(1) Cfr. Farges et Barbedette, ouv. cité., p. 182.

les faits tels qu'ils se sont passés. Est faux le livre qui n'est pas véridique.

327. Critique historique. — La critique historique est la science qui a pour objet l’authenticité, l'intégrité et la véracité d’un livre. Elle démontre qu'un écrit possède ou ne possède pas ces trois caractères.

328. La valeur du témoignage historique, —- L: témoignage historique, ou encore, le témoignage écrit, un livre, par exemple, doit être accepté comme moyen d'arriver à la certitude, si l’on peut prouver son authenticité, son intégrité et sa véracité. Et la valeur de ce témoignage sera plus où moins grande, suivant que les p ves apportées en faveur de l'authenticité, de l'intégrité et de la véracité seront plus où moins concluantes.

329. Les preuves de l'authenticité d’nn livre. — Les preuves sont de deus icrtes : extrinsèques et intrinsèques. Preuves extrinseques : le fait que partout et toujours on attribue tel livre à tel auteur. Le Phédon, par exemple, à toutes les époques de l’histoire, a été reconnu comme l’œuvre de Platon. Preuves intrinsèques : le style, la doctrine et les opinions de l’auteur. Il est évident que, dans le cours des âges, la manière d'écrire n’a pas toujours été la même. Les classiques du XVIIe siècle ne s'expriment pas de la même facon que les romantiques du XIXe. Aussi bien il faut en dire autant des doctrines et des opinions émises aux différentes époques. Avant Pasteur, certains croyaient à la génération spontanée (l’origine d’un vivant d’un non vivant). Depuis les immortelles expériences de l'illustre chimiste, cette opinion ne tient plus debout. Avant Galilée, et bien avant lui, on croyait à la rotation du soleil autour de la terre. Aujourd'hui, c'est la

rotation de la terre autour du soleil qui est scientifiquement démontrée et, partant, définitivement admise.

330. Les preuves de l'intégrité d’un livre. - Si l'original du document écrit existe, sa ressemblance avec la copie est une première preuve de l'intégrité. L'original disparu, la confrontation des copies entre elles fournit une preuve nouvelle de l'intégrité. Et d'ail. leurs, la diffusion du livre, son usage constant diffusion et usage qui le font connaître par un très grand nombre — voilà encore autant de raisons qui empêchent son interpolation et en assurent l'intégrité au moins substantielle.

331. Les preuves de la véracité d’un livre. La véracité d'un livre est celle de son auteur, Celui-ci est-il probe, instruit, son livre sera véridique. Or la probité et la science d’un auteur sont choses faciles à

constater. Si l'auteur raconte des faits publics qui ont eu lieu au vu et au su de tout le monde, il lui sera quasi impossible de tromper. Si les faits relatés sont invraisemblables, sa probité sera mise en cause. La véracité de l'auteur est d'autant mieux acceptée qu'il e: les questions avec impartialité, désintéressement ex sans passions,

332. Le témoignage historique produit la certitr de. - Ce Paragraphe est comme le corollaire obligé de tout ce qui a été dit précédemment sur l'au torité humaine en général. Nous venons de voir que le témoignage humain, la tradition orale, les monuments sont des moyens qui nous conduisent à la certitude. Or le témoignage historique — ou l’histoire — se compose du témoignage humain, de la tradition

orale et fait appel aux monuments. Nous sommes donc en droit d'sffirmer que le témoignage historique conduit aussi à la certitude.

333. La certitude du témoignage historique est une certitude morale, — La certitude morale est basée sur les mœurs, les usages, les coutumes (279). Or il est une loi morale qui veut que les hommes racontent toujours les choses telles qu'ils les ont vues ou entendues et ne mentent jamais, à moins de motifs exceptionnellement rares. Et l'adhésion ferme que nous donnons au témoignage historique a cette loi morale pour appui. Cette adhésion ferme, qui est la certitude, est donc causée par cette loi, et, conséquemment doit être de même nature qu'elle, c'est-à-dire, morale.

334. Le témoignage doctrinal. — Le témoignage doctrinal a pour objet une vérité d'ordre spéculatif, ou mieux, une vérité sciehtifique, On l'appelle encore l'autorité des savants. Le témoignage doctrinal constitue un argument de probabilité. Il s'agit ici de vérités que l’on croit sans savoir les démontrer par soi-même. A ces vérités, on adhère parce qu'un tel les enseigne. Mais notre adhésion n’est qu'une opinion probable et non ane certitude. Pour qu'elle soit une certitude, l'adhésion doit exclure toute crainte d’errer. Et la crainte d'errer n'existe pas, lorsqu'on peut contrôler la science de celui qui parle. Et comment contrôk r la science de quelqu'un au sujet de conclusions doctrinales qu'on ne peut pas démontrer par soimême ? Le témoignage doctrinal ne produit donc que la probabilité. Cette probabilité, certes, est raisonnable et motivée puisqu'elle est basée sur le témoignage de gens sérieux et au courant de ce qu'ils diseut ou écrivent.

CRITIQUE 137 Article IX L'AUTORITÉ DIVINE

335. La révélation. La révélation est l'acte par lequel Dieu enseigne aux hommes des vérités naturelles et surnaturelles,

326. La révélation est possible. Parce que tout Puissant et omniscient, Dieu peut révéler aux hommes des vérités qu'ils euveni comprendre où qui dépassent

1 } l leur entendeme nl. Au reste, l'homme est un être susceptible de recevoir un enseignement, Et Pourquoi ne

serait-il pas l'élève de Dieu, comme il l'est de son semblable ?

337. La révélation est absolument et moralement nécessaire. -- Si] s'agit des vérités surnaturelles, leur rév ation est absolument nécessaire, Ces vérités en effet dépassent complètement l'intelligence de l’homme, Et celui-ci ne peut Jamais les connaître si Dieu ne les Jui enseigne pas. Étant données les difficultés dans lesquelles se trouvent la plupart des hommes, Dieu vient à leur secours en leur enseignant en outre des vérités qui en elle-mêmes ne sont pas au-dessus de leur intelligence. Ces vérités, ce sont les vérités naturelles. 1. à cause de ces obstacles nombreux qui rendent leur acquisition difficile, l’intervention de Dieu en quelque sorte s'impose. Et voilà Pourquoi, on dit que la révélation des vérités naturelles est moralement nécessaire,

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