LOGIQUE
ou
5. Définition de la logique. — La iogique est une science ou un art qui dirige les opérations de l'esprit humain dans la recherche du vrai.
6. La logique : science et art. — Le propre de la science est de donner le pourquoi, la cause de ce qu’elle affirme. Et c'est précisément ce que fait la logique. Elle prouve les règles que doit suivre l'esprit humain pour arriver sûrement à la vérité, elle en procure une connaissance causale, c'est-à-dire scientifique. Ainsi, elle ne se contente pas d’énoncer que tout bon syllogisme doit avoir seulement trois termes, quant au sens, mais, en plus, elle démontre cette loi. — L'art, en général, enseigne à bien faire une chose. Il est ün «ensemble de règles directrices de l’action.» ( Or la logique enseigne à bien ordonner les opérations de l'esprit en vue de la vérité, elle fournit des règles pratiques qui dirigent l'intelligence dan: ses recherches. Elle est donc vraiment un art. Cependant, l’art proprement dit a pour objet les opérations extérieures ; la logique ne dirige que les actes intérieurs, les opérations de l'esprit ; et, pour ce motif, elle est un art improprement dit, par analogie.
(1) Mercier — ouv. cité, p. 74.
7. La logique est une science pratique. — Le but de la logique, c’est la conquête du vrai, Et pour arriver à cette fin, elle énonce des lois, elle formule des principes qu'elle applique à l'esprit humain. Son œuvre, son rôle est donc de conduire l'intelligence à la possession de la vérité ; œuvre et rôle certes, éminemment pratiques, bien différents de l'œuvre et du rôle de la science spéculative qui considère son objet pour la seule satisfaction désintéressée de le contempler, sans en faire aucun emploi,
8. Objet de la logique. — L'objet d’une science est matériel et formel (2). La logique, d’après sa-définition, étudie les opérations de l'esprit humain : celles-ci sont donc la matière de ses recherches, Partant, constituent son objet matériel. Les opérations de l'esprit humain, la logique les considère à ce point de vue spécial qu'elle les ordonne, les adapte à la : onquête de la vérité. Cette ordonnabilité, cette adaptabilité des actes de l’in-
telligence en vue du vrai à posséder sont l’objet formel de la logique.
9. Utilité de la logique. — La logique a une double utilité : SUBJECT VE et OBJECTIVE. L’utilité subjective Concerne le sujet qui se conforme aux lois fournies par cette science, c’est-à-dire l'esprit humain ; l'utilité 0bjective regarde l’objet vers lequel tend ce même sujet, c'est-à-dire la vérité.
A. UriuirÉ suByECTI VE. — 0 La logique éduque l'es. prit humain. Éduquer, c'est développer, perfectionner les facultés natives d’un être intelligent. Or la logique,
par ses lois, développe, perfectionne cette aptitude innée de toute intelligence à rechercher et à découvrir la vérité. Cette aptitude naturelle est appelée bon sens. Excellente gymnastique intellectuelle,
la logique
donne encore à l’esprit humain cette clarté, cette précision, cette rigueur que l’on admire chez les philosophes. — * La logique renforce notamment la puissance intellectuelle. Sans l'étude des règles de la logique, l'esprit humain ne dépasserait guère les bornes du simple bon sens, et partant, combien restreint serait le domaine de son instruction. La logique fait aussi découvrir à l'intelligence des aptitudes insoupçonnées. L'étude, en effet, exige des efforts, de l’attention, de la réflexion : autant d’actes qui, nécessairement, arrivent à d’hsureux résultats. Que de gens, faute de culture, n’ont jamais pensé avoir les talents qu’ils possèdent réellement !
B. UrizitÉ oBsECTIVE. — La logique rend la vérité plus accessible. Sans doute le bon sens arrive souvent à la vérité. Mais ne lui est-il pas plus facile d'y atteindre lorsque les lois de la logique viennent à son secours ? Le voyageur qui a de bons yeux voit certainement les obstacles sur son chemin. Seulement, ces obstacles, il les évitera plus facilement s'il y a des « poteaux indicateurs.» Eh bien «les règles de logique sont comme des poteaux indicateurs qui forcent de voir les fossés et les poudrières, qu’on n’aurait peutêtre pas remarqués sans cela ». ( % La logique rend la vérité plus sûre. Le pourquoi d’une vérité — s’il est connu — fait que cette même vérité est assise sur des bases plus solides. L’éclipse de lune ou de soleil dont l’apparition attire les regards des mortels est, pour l’astronome, une vérité sûre, ferme, qui exclut toute hésitation. Ce phénomène n'offre pas la même certitude à celui qui ignore le premier mot des sciences
(1) Élie Rabier, Leçons de philosophie, Logique, p. 92.
physiques. Or la logique apprend le pourquoi de la vérité, elle enseigne à résoudre l’objection rt à réfuter l'erreur. Grâce à elle la vérité est donc mieux établie.
Il est bon de noter cependant que sans la connaissance des lois d'une science et des règles d’un art, un grand nombre de personnes peuvent avoir une certaine habileté dans cette science ou dans cet art. Ainsi beaucoup savent compter sans avoir jamais appris l'arithraétique, d’autres jouent un instrument de musique sans avoir reçu aucune leçon. De ces faits pouvons-nous déduire l'inutilité : > la science mathématique et de l’art musical? Certainement non. .len est de même pour la logique.
Au reste, la iogique, comme toute science et tout art, ne doit jamais contredire le bon sens. Celui-ci « demeure un précieux instrument de contrôle, toujours bon à consulter dans les questiors de sa compétence ; car, s’il a la vue un peu courte, du moins l'a-t-i claire, et l’on peut conclure d'avance que toute proposition qui lui est évidemment contraire, l’est, par là même aussi, à la saine loyique ».
10. Division de la logique. — La logique étudie les opérations de l'esprit à ce point de vue spécial qu'elle les conduit à la vérité (8). Ces opérations, elle les considère d’abord en elles-mêmes, et ensuite, en vue du vrai à conquérir : pour bien conduire ces opérations il lui est nécessaire de les connaître auparavant. C’est dire que la logique se divise en deux parties. La première partie (étude des opérations de l’esp:it en elles-mêmes) s'appelle Logique formelle où Logique générale. On nomme la deuxième partie (étude des opérations de l'esprit en vue de la vérité) Logique matérielle, Logique appliquée, Logique spéciale, Méthodologie. — Plus couramment la première partie est connue sous le nom de Dialectique, et la deuxième sous le nom de Critique.
(1) Lahr, ouv. cit. I, p. 406.
La logique se divise encore en logique naturelle et en logique scientifique. La logique naturelle est l'aptitude innée de toute intellegence à découvrir la vérité, La logique scientifique est cette même aptitude développée et perfectionnée par l'étude.
11. Les différentes appellations de la logique. — 11 est bien légitime de se demander Pourquoi la première et la seconde partie de la logique s'appellent, celle-ci, Logique matérielle, Logique appliquée, Méthodologie, et celle-là, Logique formelle, T ogique générale. — 11 y a certains principes, certaines lois, comme le principe de contradiction, le principe d'identité, les lois du syllogisme, les lois de la démonstration, qui ont trait à tous les sujets. Ils sont d'un usage général, ils sont romme les formes, les moules de l'esprit humain. Ils s'adressent avant tout à l'intelligence, ils en dérivent Pour ainsi parler. Voilà pourquoi la partie de la logique qui a pour objet les opérations intellectuelles en elles-mêmes et les lois qui les régissent, se nomme Logique formelle, Logique générale. Mais, parce que science pratique (7), la logique emploie les opérations intellectuelles et leurs lois comme moyens d'arriver au vrai. Cet emploi, cet usage n'est ni plus ni moins que l'application de ces opérations avec leurs jois aux differcntes matières sur lesquelles elle porte ses investigations, Mais ces matières ont aussi leurs Procédés propres, leurs lois particulièr ‘ leurs méthodes auxquels l'esprit doit se conformer. C'est pour ce motif que cette partie de la logique s'appelle Logique appliquée, Logique matérielle, Logique spéciale, Méthodologie,
Ordinairement la Logique formelle, parce qu'elle désigne l'art de discuter en honneur chez les anciens, prend le nom de Dialectique (dialectique vient d’un mot grec qui signifie discuter). Quant à la Logique appliquée, elle critique les moyens qu'a l'intelligence d'arriver à la connaissance certaine de son objet, et pour cause, on la nomme Critique.