CHAPITRE V Le raisonnement
71. Définition du raisonnement. — Le raisonnement est la troisième opération de l'esprit humain. Il est l'acte par lequel un jugement est déduit légitimement de deux autres. Ou encore, il est l'acte par lequel l'esprit humain d’une vérité connue infère une vérité inconnue. Exemple. :
Tout ce qui vit doit se nourrir, Or Charles, Annette vivent,
vérité connue
: . [vérité inconnue lé- Donc Charles, Annette doivent se nourrir, gitimement déduite de la première
Le raisonnement se définit encore comme suit : c’est une opération par laquelle l’esprit humain d’une connaissance donnée déduit une connaissance nouvelle.
72. Le raisonnement est un acte parfait et imparfait. — Que l'esprit humain puisse arriver à la connaissance des vérités inconnues en partant des vérités connues, c’est certainement une perfection. Et le raisonnement lui permet d’atteindre des connaissances nouvelles ; à ce point de vue, le troisième acte de l'esprit est donc parfait. Mais que, pour arriver à l’acquisition de la vérité, notre intelligence doive se condamner à une marche parfois longue et pénible, faire des détours sinueux, quémander l’aide d’un tiers, c’est une imperfection. Aussi bien, à ce point de vue, on peut appeler le raisonnement, acte imparfait. Dieu, Îles anges et les saints au ciel ne raisonnent pas. Ils ont la connaissance immédiate des choses.
73. La matière du raisonnement. — La matière, ou, ce dont est fait un raisonnement, est de deux sortes : matière éloignée et matière prochaine. En analysant un raisonnement on trouve tout d’abord des jugements, et, ensuite, des idées qui constituent ces jugements. C'est dire que les jugements sont la matière prochaine d'un raisonnement et les idées en sont la matière éloignée.
74. La forme du raisonnement. — Comme son nom l'indique, la forme du raisonnement est ce qui lui donne son caractère spécifique, distinctif. Or, la caractéristique d’un raisonnement est qu’un jugement soit déduit légitimement de deux autres. Et pour qu’un jugement soit déduit légitimement de deux autres, il faut qu’il y ait un lien, un trait d’union entre lui et ces deux autres. Ce l'en, ce trait d'union entre les deux pr: r'ers jugements et le troisième, c'est la forme du raisonnement. La forme du raisonnement s'appelle la conséquence qu'il ne faut pas confondre avec le conséquent ou la conclusion qui est le nom du troisième jugement déduit des deux premiers. La matière et la forme d’un raisonnement sont ses éléments.
75. Différences entre la conséquence et le conséquent d’un raisonnement. — Il y a indépendance entre la conséquence et le conséquent ou la conclusion d’un raisonnement. En effet — » La conséquence peut être fausse et le conséquent vrai. L'exemple suivant le prouve :
Tout homme est mortel, Or le pape est un homme, Donc Paris est une grande ville.
Paris cst une grande ville, ce conséquent est vrai. Par contre, la conséquence est fausse, puisqu'il n'y a pas de lien, de trait d'union entre ce troisième jugement et les deux premiers. — » La conséquence peut être vraie et le conséquent faux. Voici un exemple :
Celui qui est libre a le droit de tout faire, Or l'homme est libre, Donc l'homme a le droit de tout faire.
L'homme a le droit de tout faire, ce conséquent est faux. Mais il est déduit légitimement des deux premiers jugements. La conséquence est vraie.
76. Principes du raisonnement. — Le raisonnement s’appuie sur les deux principes suivants : Deux choses qui conviennent à une troisième, conviennent entre elles. Deux choses, dont l’une ne convient pas à une troisième, ne peuvent pas convenir entre elles.
Faisons voir par deux exemples que le raisonnement <st bien l'application de ces principes.
Tout homme est mortel, Or le pape est homme, Donc le pape est mortel.
Nous concluons que le Pape est mortel, parce qu’il est homme. En d’autres termes, l’idée pape et l’idée mortel conviennent entre elles, parce qu’elles conviennent à une troisième idée, celle d'homme. C’est donc l’application du principe : Deux choses qui conviennent à une troisième, conviennent entre elles.
Les hommes ne sont pas infaillibles, Or les politiciens sont des hommes, Donc les politiciens ne sont Pas infaillibles.
dilatation a
Les politiciens ne sont pas infaillibles, c'est parce qu'ils sont des hommes. Il n'y a pas convenance entre les idées politiciens et infaillibles parce que l’une d'elles — idée hommes — ne convient pas à l'idée infaillibles. Ce second raisonnement s'appuie donc sur le principe : Deux choses, dont l'une ne convient pas à une troisième, ne peuvent pas convenir entre elles.
77. Le raisonnement suppose une vérité immédiate. — La vérité immédiate est celle qui ne se prouve pas, qui s'impose fout de suite à l'esprit, qui, pour avoir l'adhésion de l'intelligence, n'a qu'à se présenter. D'une façon prochaine ou éloignée, le raisonnement suppose cette vérité. S'il fallait fout démontrer, le chemin qui conduit à la certitude serait très long, voire, sans issues. Et donc, pour ne pas procéder à l'infini, ce qui est absurde, il faut arriver à une ou à quelques vérités immédiates, indémontrables, base nécessaire de tout raisonnement et de toute argumentation.
78. Espèces de raisonnements. — Il y a deux espèces de raisonnements : le raisonnement déductif et le raisonnement inductif. Le raisonnement déductif est l'acte par lequel l'esprit humain déduit légitimement un jugement particulier d’un jugement universel. — Le raisonnement inductif est l'opération par lequel l'esprit humain déduit un jugement universel d’un jugement particulier.
Ex. :
Raisonnement déductif ou
sants, Or Jean-Marie et Charles sont bien élevés, Déduction | 2onc Jean-Marie si Charies sont reconnaissants.
Tous les enfants bien élevés sont reconnais-
DIALECTIQOÉ 39
Jean-Marie et Charles sont reconnaissants Raisonnement | 0, Jean-Marie, Charles sont des enfants —. bien élevés, Induction (one tous les enfants bien élevés sont reconnaissants.
N. B. — Dans le langage courant, le raisonnement déductif, ou la déduction, se confond avec le syllogisme.