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CHAPITRE IV Le Jugement

51. Définition du jugement. — Le jugement est un acte par lequel l'esprit affirme ou nie qu’une chose est. Ex. : Dieu est bon. L'homme n’est pas impeccable.

52. Rôle du jugement. — Le jugement, deuxième opération de l'esprit humain, vient immédiatement après la s: 1: appréhension et la suppose. Son rôle est d’affirn, : ; de nier l'identité entre deux idées perçues par {a simple appréhension.

53. Le jugement immédiat. — Le jugement immédiat est celui qui est évident par lui-même, ou encore, celui qui, pour être admis, n’a pas besoin d’être prouvé. Ex. : Le tout est plus grand que l’une de ses parties. Il fait soleil. Le crêpe n’est pas blanc. La neige est blanche. Pas de discussion au sujet des jugements immédiats.

54. Le jugement médiat. — Le jugement médiat est celui qui n’est pas évident par lui-même, ou encore. celui qui, pour être admis, a besoin d’être prouvé. Ex. : Dieue xiste. L'âme humaine est immortelle. Le jugement médiat offre matière à discussion.

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55. Le jugement analytique. — Le jugement analytique est celui dans lequel l’at'ribut convient Ou répugne nécessairement au sujet. On l’appelle analytique parce que cette convenance ou cette répugnance sont connues quand on analyse le sujet. Ex. : L'être infini est éternel. Le mal n’est pas le bien.

56. Le jugement synthétique. — Le jugement synthétique est celui dans lequel l’attribut ne convient Pas Ou ne répugne pas nécessairement au sujet. On l’appelle synthétique parce que l’attribut et le sujet dont on l’affirme, forment ensemble une synthèse, une composition. Ex. : Les caractères bien trempés sont rares. Cette annés-ci, la récolte de pommes n’a pas été abondante.

57. Comment se forme le jugement. — Pour former le jugement il faut d’abord fuir la précipitation et la vanité présomptueuse. La précipitation chasse l'attention et est cause souvent des jugements faux, téméraires. Quant à la vanité présomptueuse, elle se fait fi des appréciations des autres. Le présomptueux croit avoir le mono;,ole du savoir, et c’est pourquoi il n’a confiance qu’en lui-même. Dieu sait où le conduit souvent sa sotte prétention. Il importe de réfléchir beaucoup, d'écouter plus que de parler si l’on veut former son jugement. Ne contentons-nous pas de définitions à peu près, d'explications superficielles surtout lorsqu'il s’agit de questions vitales. Observons les hommes sérieux, rendons-nous bien compte de leur manière de voir dans les diflérents problèmes qui intéressent le monde. C’est à leur école qu© nous apprendrons à juger avec rectitude, c’est-à-dire à bien juger.

58. La proposition. — La proposition est l’ex- Pression du jugement. De même que nous expri-

mons l’idée par le terme, ainsi nous exprimons le jugement par la proposition. Elle contient plusieurs termes, et pour ce motif, elle est une phrase qui énonce qu’une chose est ou n’est pas. Ex. : Les communautés sont utiles. Les hommes ne sont pas parfaits.

59. Opposition des propositions. — L'opposition des propositions est l’afirmation et la négation simultanées du mème attribut du même sujet, au même point de vue. Sont opposées deux propositions dont l’une est universelle, l’autre particulière (différentes par la quantité) — dont l’une est affirmative, l’autre négative (différentes par la qualité). Sont encore oppo- <ées deux propositions lorsqu’elles diffèrent et par la quantité et par la qualité.

60. Opposition contradictoire. — L'opposition contradictoire est celle qui existe entre deux propositions dont l’une est universelle, l’autre particulière, l’une afirmative, l’autre négative. Ex. : Tous les anges sont des êtres spirituels. Quelques anges ne sont pas des êtres spirituels. Les contradictoires s’opposent donc quantitativement et qualitativement.

61. Opposition contraire. — L'opposition contrairé est celle qui existe entre deux propositions universelles dont l’une est affirmative et l’autre négative. Ex. : Toutes ies âmes humaines sont immortelles. Toutes les âmes h:maines ne sont pas immortelles. Les propositions contraires scat opposées qualitativement.

62. Opposition sous-contraire. — L'opposition sous-contraire est celle qui existe entre deux propositions particulières dont l'une est affirmative et l’autre négative. Ex. : Quelques hommes sont instruits. Quelques hommes ne sont pas instruits. Les sous-coutraires différent entre elles par la qualité. 4

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63. Opposition subalterne. — L'opposition subalterne est-celle qui existe entre deux propositions dont l'une est universelle et l'autre particulière. Les subalternes diffèrent par la quantité. Ex. : Tous les hommes sont sages — Quelques hommes sont sages. Aucun homme n’est sage — Quelque homme n’est pas sage.

64. Tableau des quatre oppositions. — On se sert des quatre voyelles A E I O pour nommer les propositions qui sont opposées entre elles de quatre manières différentes. A : La proposition universelle affirmative : E : La proposition universelle négative : 1 : La proposition particulière affirmative ; O : La proposition particulière négative. ,

Le schème suivant représente ces quatre propositions, Tout homme est sage Aucun homme n’est sage Contraires

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sausa1jeqng © Subalternes

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Sous-Contraires Quelque homme est sage Quelque homme n’est pas sage

65. Règles de l'opposition des propositions. — ® Deux contradictoires ne peuvent pas être à la fois vraies ou fausses, si l’une est vraie, l’autre est fausse, et réciproquement. S'il est vrai que tout homme est sage (A), il

est donc faux que quelque homme n’est pas sage (O). Dans deux contradictoires l’une est toujours la négation de l’autre. — ® Deux contraires ne peuvent être vraies à La fois, mais elles peuvent être fausses. Si tout homme est sage (À) il est faux de dire qu'aucun homme n’est sage (E). Mais en supposant qu’il soit faux d'affirmer que tout homme est sage, il peut être aussi faux d'affirmer qu'aucun homme ‘nest sage (E). En effet, du moment qu’on nie la sagesse à tous les hommes, il ne s'ensuit pas nécessairement que personne ne la possède. Quelquesuns peuvent l’avoir. — ® Deux sous-contraires ne peuvent pas être fausses à la fois, mais elles peuvent être vraies. Il est vrai de dire que quelque homme est sage (1) et n'est pas sage (O), parce qu'il n’est pas question du même homme. Mais s’il est faux de dire que quelque homme est sage (1), il s'ensuit que la proposition : Quelque homme n’est pas sage (O) est vraie.

66. La conversion. — La conversion est la transposition des termes de la proposition, du sujet en attribut, de l’attribut en sujet, de manière que la nouvelle proposition soit affirmative ou négative, vraie ou fausse, comme la première. Ex. : La justice n’est pas le courage. — Le courage n’est pas la justice.

67. La conversion simple. — La conversion est simple, quand, après la transposition des termes d’une Proposition, celle-ci garde la même extension. Ex. : Quelques hommes sont savants (1) — Quelques savants sont hommes (I). Aucun homme n’est ange — Aucun ange n’est homme (E)—.

68. La conversion par accident. — La conversion est par accident lorsque, après la transposition des termes de la proposition, celle-ci ne garde pas la même extension.

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Ex. : Tout homme est mortel (A). Quelque mortel est homme (T).

69. La conversion par contraposition. — La conversion est »ar contraposition quand, après la transposition des termes d’une proposition, celle-ci devient indéfinie par la particule négative Non ras. Ex. : Quelques hommes sont justes — Quelques NoN pas justes sont NON PAS hommes.

70. Règles de la conversion des propositions. — Les propositions universelle négative (x) et particulière affirmative (1) se convertissent simplement. Les propositions universelle négative (&) et universelle affirmative (A) se convertissent par accident, Les propositions universelle affirmative (A) et particulière négative (0) se convertissent par contraposition. Les règles de la conversion s'expriment de la man ère suivante :

fE cl se convertit simplement,

E v A se convertit par accident,

A st O se convertit par contraposition, Ainsi s'opère toute la conversion.

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