CHAPITRE VIII L'induction
116. Définition de l'induction. — L’induction est un raisonnement qui conclut du particulier au général.
Ex. : Les animaux vertébrés et invertébrés ont la faculté de se nourrir, Or les vertébrés et les invertébrés forment tout le genre animal, Donc tout le genre animal a la faculté de se nourrir.
117. Induction complète. — L’induction complète est celle qui conclut à la généralité des cas en partant de l’énumération complète de ces mêms cas. Ex. :
Chaque élève de la clässe de philosophie est intelligent, Donc toute la classe de philosophie est intelligente.
118. Induction incomplète. — L'’induction incomplète est celle qui conclut à la généralité des cas en partant de l’énumération incomplète de ces mêmes cas.
Ex. : Charles, Henri, Jean sont des êtres doués de raison, Donc tous les hommes sont des êtres doués de raison. 51
119. Induction scientifique. — L'induction scientifique est une induction incomplète qui conclut au général en partant des particuliers considérés dans leur essence ou leurs propriétés essentielles. Ex. :
La table, le livre, l'encrier sont pesants, Or la table, le livre et l'encrier sont des corps, Donc tous les corps sont pesants. — La pesanteur est une propriété essentielle des corps.
120. Induction vulgaire. — L'induction vulgaire est une induction incomplète qui conclut au général en partant des particuliers considérés dans leurs qualités accidentelles. Ex. :
Cette table, ce Livre, cet encrier, sont noirs, Or cette table, ce livre, cet encrier sont des corps, Donc tous les corps sont noîrs.
121. Les phases de l'induction scientifique. — Il y a trois phases dans l'induction scientifique : L'expérience, la vérification et l’enférence.
® Expérience. — Elle consiste à considérer les faits Cette considération des faits comporte deux opérations : l'observation et l’expérimentation. Observer un fait, c’est en être témoin, c’est explorer un phénomène
qui s’est produit indépendamment de la volonté de celui qui l’observe. L'observation existe dans les sciences astronomiques et météréologiques. On observe une éclipse de soleil, on constate qu’il pleut. Expérimenter un fait, c’est le produire à volonté, c’est provoquer son apparition autant de fois que l’on veut. L’expérimentation a surtout sa place dans les sciences expérimentales, physiques et chimiques. On expérimente qu’une molécule d’eau est composée de deux atomes d’hydrogène et d’un atome d'oxygène. Supposons le phénomène suivant : Un fer rougi au feu se dilate. On observe ce fait, on l’expérimente, en faisant rougir le fer autant de fois que l’on veut.
® Vérification. Après avoir observé et expérimenté le phénomène, il s’agit d’en faire la vérification. On constate que le fer rougi se dilate. Tout naturelle-
ment on se demande quelle est la cause de cette dila-
tation. En répétant l’expériente, on constate à nouveau que chaque fois que le fer rougit, il se dilate. Alors par l'emploi de certaines méthodes, on se rend bien compte, on vérifie que le fer se dilate, parce que le feu l’a rougi.
” Inférence. — Cette troisième phase est l'induction proprement dite. Elle est l’œuvre exclusive de la raison, tandis que les deux premières sont l’œuvre des facultés sensibles (expérience), des facultés sensibles et de la raison (vérification). En effet après avoir expérimenté et vérifié que le fer rougi au feu se dilate, on infère cette loi générale : La dilatation du fer rougi au feu est due à la chaleur.
122. Lois de l'induction scientifique. — " L’observation et l’expérimentation des faits doivent être complètes. Si quelques faits étaient laissés de côté, on s’exposerait à attribuer à un phénomène une cause qui n’est certainement pas la sienne. —*” Les hypothèses doivent être possibles et ne contredire aucune loi déjà prouvée certaine. Une hypothèse non fondée, loin de conduire à la certitude, empêche au contraire d’y arriver.
123. Fondement de l'induction scientifique. — Le fondement de l’induction scientifique est ce sur quoi s'appuie l'intelligence pour passer du particulier à l’universel. Qu’est-ce qui lui permet de conclure, par
- exemple, à la pesanteur de fous les corps, après avoir constaté cette propriété dans quelques corps seulement ? C’est parce que la pesanteur tient à la nature même des corps, c’est une propriété qui découle nécessairement de leur essence. Or, nous savons que la nature ou l'essence des êtres est immuable. C'est pourquoi,
une qualité propre qui découle nécessairement de l’essence, existant chez un être, doit se trouver chez tous les êtres qui ont même essence. C'est cette invariabilité des essences, c’est leur immutabilité, qui sert de point d’appui à l'intelligence lorsque de certains cas particuliers elle passe à la généralité. L’invariabilité des essences ou des natures est donc le fondement de l’induction scientifique.
124. Induction et déduction. — : L'’induction est employée dans les sciences positives, d’observation, expérimentales. La déduction, on s’en sert dans les sciences rationnelles. Ainsi la physique et la chimie sont des sciences inductives ; l’arithmétique et la-géométrie sont des sciences déductives. — * Pour être différentes, l'induction et la déduction ne s’excluent pas ; loin de là, elles se complètent, elles se rendent de mutuels services. L’une ne va pas sans l’autre. L’induction fournit les principes à la déduction. Ainsi, le principe général Tout homme est mortel est le résultat du procédé inductif qui permet de constater la mort dans chaque homme. D’autre part, la déduction joue le même rôle vis-à-vis de l'induction. C’est par la déduction que les hypothèses sont vérifiées, c’est par elle que l’on applique les lois générales aux cas particuliers. Par exemple, Pierre est mortel (cas particulier) parce que fout ce qui est humain doit mourir (loi générale). — # Certaines sciences sont surtout déductives, d’autres sont surtout inductives. Cependant, il y en a qui emploient indifféremment les deux procédés, telles les sciences politiques, économiques et morales. Ori peut démontrer les avantages de telle forme de gouvernement (science politique) aussi bien par des faits (induction) que par des principes généraux (déduction).
LEÇONS DE LOGIQUE CHAPITRE IX Le syllogisme démonstratif.
125. La démonstration. — La démonstration est un syllogisme qui de prémisses vraies et connues déduit une conclusion vraie causée par ces mêmes prémisses. Ex. :
Il n'y a pas d'effet sans cause, Or le monde est un effet, Donc le monde a une cause.
La conclusion : Le monde a une cause, procède logiquement et véritablement des prémisses, elle est causée par elles.
126. Démonstration parfaite. — La démonstration parfaite est celle dont les prémisses sont la cause nécessaire, intrinsèque, prochaine, ddéquate, propre, de la conclusion. Elle répond à la question : Quelle est la nature d’une chose f Ex. : La démonstration de l’immortalité de l'âme par sa spiritualité est une démonstration parfaite.
127. Démonstration imparfaite. — La démonstration imparfaite est celle dont les prémisses sont la cause contingente, éloignée, extrinsèque, de la conclusion. Elle répond à la question : La chose existe-t-elle f Ex. : La démonstration de l'existence de Dieu par l'existence du monde, est une démonstration imparfaite.
128. Démonstration à priori. — La démonstration a priori est celle qui va de la cause aux effets. Ex. : Prouver l’immortalité de l'âme humaine par la spirit: .: ‘16, c’est faire une démonstration a priori, puisque, réelle. 1, la spirituali!® est la cause de l’immortalité.
129. Démonstration a posteriori. — La démonstration a posteriori est celle qui va des effets à la cause. Ex. : Démontrer l’existence de Dieu par l’existence du monde, c’est une démonstration a posteriori, puisque le monde est l’effet de Dieu.
130. Démonstration directe. — La démonstration directe est celle dont les prémisses sont la cause positive, directe, de la conclusion. Ex.: Prouver que l’homme est libre parce qu’il est intelligent. La liberté découle directement de l'intelligence.
131. Démonstration indirecte. — La démonstration indirecte ou par l'absurde est celle dont les prémisses sont la cause indirecte, négative, de la conclusion. Ex. : Prouver l’immortalité de l’âme par la négation de l’injustice en Dieu. Il est absurde de dire que Dieu est
injuste. C’est ce que, cependant, il faudrait admettre, si l’âme humaine était mortelle,
132. Rétorsion de l'argument. — La rétorsion de l'argument consise à prendre l'argument de l'adversaire pour démontrer le contraire de ce qu’il veut prouver. Ex. : Les tenants de l’école gratuite et obligatoire essaient de démontrer leur thèse en disant que l’état doit promouvoir la cause de l'éducation. Avec le même raisonnement il est facile de prouver le contraire, c’est-à-dire la non-nécessité de l’école gratuite et obligatoire.
133. Démonstration rationnelle. — La démonstration rationnelle est celle dont les prémisses sont des vérités d'ordre absirait, rationnel. Ex. :
Les êtres contingents sont finis, Or les êtres finis sont dnparfuaits,
Donc tes étres vontingenis soni imparfaits.
134. Démonstration empirique. — La démonstration empirique est celle dont les prémisses sont des vérités d'ordre expérimental. Ex. : Cet objet s'est dilaté sous l'influence de la chaleur, Or cet objet est du fer, Donc le fer se dilate sous l'influence de la chaleur.
135. Démonstration mixte.— La démonstration mixte est celle dont les prémisses sont l’une, rationnelle, l'autre, expérimentale. Ex. : Les êtres contingents ont une cause (rationnelle), Or cet objet est un être contingent (expérimentale), Donc cet objet a une cause.
136. La démonstration produit la science.— La science est une connaissance certaine d’une chose par. ses causes. Or la démonstration nous procure une connaissance certaine et causale de la vérité qu’elle démontre. La conclusion, en effet — vérité prouvée —
procède des prémisses,comme de ses causes. Or la démonstration a pour but de nous faire connaître la conclusion au moyen des prémisses. De plus, la conclusion est certaine puisqu'elle découle de prémisses certaines. Donc la démonstration procure la connaissance certaine et causale d’une chose. En d’autres termes, la démonstration produit la science.