‹ Leçons de logique [microforme]Chapitre 20 sur 49 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Le syllogisme probable et sophistique

137. Le syllogisme probable. — Le syllogisme probable est celui dont l’une ou les deux prémisses sont des propositions probables. Ex. : Tous les méchants sont malheureux (proposition probable), Or Néron était méchant, Donc Néron fui malheureux.

138. L'analogie. — L'analogie est une argumentation qui, à cause des caractères communs constatés dans des cas différents, conclut à la similitude probable de ces mêmes cas. Ex. : Certaines maladies moins connues que le choléra présentent les mêmes symptômes (caractères communs). De là on conclut que ces maladies doivent être semblables au choléra, c’est-à-dire, doivent avoir aussi une origine microbienne. L'analogie est une induction avec une conclusion probable. «

139. L'hypothèse. — L'hypothèse est une supposi- Lion employée pour vérifier l'explication donnée à certains faits dûment constatés. Ex. : « Le jus de raisin fermente. On ne s’explique ni la provenance ni la nature de la fermentation. Pasteur devine que la levure qui fait fermenter le moût de raisin vient de germes déposés à la surface des grains de raisin ou du bois de la grappe. Pasteur émet une hypothèse ». @

146. La statistique. — La statistique est une argumentation qui d’un certain nombre de faits scrupuler 1e-

® Cfr. Mercier. Logique p. 238.

() Mercier. Ouv. cit. p. 334-335.

ment et méthodiquement observés déduit la cause probable d'un phénomène d'ordre politique, social,reiigieux et moral.

141. Valeur des arguments probables. Comme son nom l'indique, l'argument probable ne produit pas la certitude, c'est-à-dire cette adhésion ferme de l'intelligence à une vérité, adhésion qui exclut toute crainte de se tromper. Il engendre l'opinion, parce que la conclusion à laquelle il conduit n’est que probable. La probabilité de la conclusion varie avec celle des prémisses,

142. Le sophisme. —— Le sophisme est un argument qui, sous l'apparence du vrai, conclut au faux. Ex. : Commettent un sophisme ceux qui, de l'importance de l'instruction, déduisent la thèse de l’école obligatoire.

143. Division des sophismes. — Aristote a divisé les sophismes en deux classes : Les sophismes de mots et les sophismes de pensées. Les sophismes de mots sont : L'équivoque, l’amphibologie, sophisme de sens composé, sophisme de sens divisé. Les sophismes de pensées sont : Le sophisme de l'accident, l'affirmation relative pour l'affirmation absolue et réciproquement, l'ignorance de la question, la pétition de principe, le cercle vicieux, la fausse conséquence, l'ignorance de la cause, l'interrogation captieure.

144. L'équivoque. — L'équivoque est l'emploi d’un même mot dans deux ou plusieurs sens différents. On l'appelle ce sophisme homonymie. Ex. : Platon est un grand philosophe. Or Platon est un mot de deux syllabes, Donc un mot de deux syllabes est un grand philosophe. — L'âme est immortelle, Or les brutes ont une âme, Donc les brutes sont immortelles. Il est évident qu’il s’agit

ici de l'âme humaine. Pour répondre à ce sophisme, on demande à l'interlocuteur de bien définir les termes dont il se sert.

145. L'amphibologie. — L'amphibologie est l’emploi d'une ou de plusieurs propositions din: 1n sens ambigu. Ex. : Cette phrase à l'enseigne c'n magasin : « Pourquoi aller ailleurs pour être fraudés # Venez ici.»

146. Sophisme de sens composé. — Ce sophisme consiste à affirmer de choses unies ensemble ce qui n'est vrai de ces mêmes choses que prises séparément, ou, à affirmer comme vrai simultanément ce qui,en réalité, ne l'est que successivement. Ex.: Dau: l'Évangile, Jésus-Christ dit : Les aveugles voient, les hoilcur marchent droit, les sourds entendent. Ces phrases sont fausses dans le sens composé et simultanément. Les arcugles ne voient pas, les boiteux ne marchent pas droit, les sourds n'entendent pas, quand leur infirmité leur est unie, mais quand leur infirmité est séparée d'eux, quand ils sont guéris. — L'exemple suivant est aussi un sophisme de sens composé : 5+3—8 ; Or 5 et 3 sont des nombres impairs. Donc 8 est un nombre impair.

147. Sophisme de sens divisé. — Ce sophisme consiste à affirmer de choses séparées ce qui n’est vrai de ces mêmes choses que prises ensemble, ou encore, à affirmer successivement ce qui n’est vrai que simultanément. Ex.: Les incrédules commettent ce sophisme lorsque, de ce texte de l'Évangile : Allez dans tout le monde, prêchez l'évangile à toute créature, ils concluent que l'Évangile doit être prêché à chaque individu en particulier, Il est évident qu’il s’agit ici des hommes pris collectivement. —23+3—6. Or 6 est un nombre pair. Donc 3. et 3 sont des nombres pairs.

148. Sophisme d'accident. — Le sophisme d’accident consiste à attribuer comme essentiel à un être ou à une classe d'êtres ce qui ne lui appartient qu'accidentellement. Ex. : Charles est paresseux, Or Charles est un canadien-français, Donc fous les canadiens-français sont des paresseux. — L’homme chante. Or Aristote est un homme. Donc Aristote chante.

149. L'afrmation relative prise pour l’affirmation absolue et réciproquement. — Ce sophisme consiste à admettre comme vrai relativement ce qui n’est vrai qu’absolument — et réciproquement — consiste à affirmer comme vrai absolument ce qui n’est vrai que relaüivement. Ex. : Il faut rendre à chacun ce qui lui appartient, Or cette arme à feu appartient à Jacques pris d'un accès de folie, Donc il faut donner à Jacques son arme à feu. Absolument parlant, il est vrai que chacun doit avoir ce qui lui appartient. — Mais relativement à Jacques — pris d’un accès de folie — il n’est pas vrai qu’il faille lui reudre son arme, isqu’il pourrait en faire un mauvais usage. Ex. : L' ": faut jamais punir les élèves — Cette affirmation — absolument parlant — est fausse. Mais relativement à certains élèves, elle est vraie.

150. Ignorance de la question. — Ce sophisme consiste à prouver autre chose que ce qui est en question. Ex. : Commet ce sophisme un avocat qui, pour défendre son client accusé de vol, s’évertue à démontrer que celui-ci a rendu service à son pays.

151. Pétition de principe. — C’est un sophisme qui ‘suppose prouvé ce qui précisément doit être prouvé. Ex. : L'âme humaine est mortelle, Donc il ne faut pas

craindre les châtiments de l’enfer, Que l’âme est mortelle, c'est ce qu’il faut prouver. .

. 152. Cercle vicieu:. — Le cercle vicieux est le s0phisme de pétition de principe, renforcé. Il consiste non seulement à supposer comme prouvé ce qui doit être prouvé, mais il démontre. réciproquement deux propositions l’une par l'autre. Ex. : Prouver l’existence de Dieu par la raison, et démontrer la légitimité de la raison par ce motif qu’elle vient de Dieu qui n’a pu en faire un instrument d'erreur.

153. La fausse conséquence. — Ce sophisme consiste à déduire d’un antécédent une conclusion que celuici ne contient pas. Ex.: Commettent ce sophisme ceux qui concluent à la fausseté de la religion catholique (conséquence fausse) parce que celle-ci, dans certaines circonstances, mal interprétée (antécédent), a été l’occasion de certains désordres.

154. Ignorance de la cause. — Ce sophisme consiste à prendre comme cause véritable d’un événement, d’un fait un antécédent qui ne l’est pas. Ex. : L'alcool abrutit, Donc :l est mauvais. Ce n’est pas l'alcool, mais son abus qui abrutit. — Des gens instruits se conduisent mal, Donc il faut condamner l'instruction. Cz sophisme confond la concomitance, la succession avec la causalité. Parce que le fait B suit le fait À, on conclut que A est la cause de B ; B vient après À,. donc B n'existe qwà cause de A. . Post hoc, ergo propter hoc. Après cela, donc à cause de cela.

155. L’interrogation captieuse. — L'interrogation captieuse consiste à poser à quelqu'un une ou plusieurs questions, de sorte que sa réponse, ou affirmative, ou

négative, est toujours prise en un sens défavorable. Ex. : Vous avez ce que vous n’avez pas perdu? Si vous répondez oui — l'interlocuteur reprend : Vous n'avez pas perdu mille piastres, Donc vous les avez. — Si vous répondez, non : Vous n’avez pas perdu les yeux, et cependant vous les avez. — Cette autre question. La vertu et le vice sont-ils bons ou mauvais ? — Si vous répondez : ils sont bons, alors il faudra dire que la paresse, l’orgueil sont bons. Si vous répondez : ils sont mauvais — alors il faudra admettre que la douceur et la charité sont mauvaises. L’interrogation captieuse est surtout employée par les avocats en cours de justice. Ainsi on demande à un accusé : pourquoi avez-vous volé? Cette question captieuse suppose au préalable que le prévenu a volé.

156. Les préjugés. — Au nombre des sophismes — avec raison — on met les préjugés. Ce sont des maximes, des opinions courantes, adoptées sans examen, el pour ce motif, accueillies sans défiance, mais qui n'en sont pas moins erronées ou équivoques. Ex. : Le grec et le latin ne servent à rien. Il faut être de son temps. Tous les hommes sont égaux, etc., etc. Les préjugés se rencontrent partout. La vie individuelle, familiale et sociale en est saturée.

157. Le paradoxe. — Sans être absolument un sophisme, le paradoxe, cause de multiples erreurs, trouve ici tout naturellement sa place. (C’est « un jugement qui contredit une opinion commune ». Cette opinion contredite peut être vraie ou fausse. Pour être véritablement paradoxe, le jugement énoncé doit contredire

@) Cfr. Mercier ouv. cit. p. 246.

@) Mercier, ibid. p. 268.

une opinion vraie. Ainsi il est vrai de dire que nous sommes essentiellement supérieurs aux animaux brutes, c'est la vérité commune, c’est l’opinion courante. Et lorsque Montaigne prétend le contraire, il commet un paradoxe, ou mieux, une erreur.

Les grandes vérités de la religion contredisent des opinions dominant en certains milieux. De prime abord, elles semblent être paradoxales, mais elles ne le sont pas. @?

® Mercier, ibid. p. 270.

Fin LE LA DIALECTIQUE

Page 1