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CHAPITRE XI

L'autorité humaine (suite)

240. Le témoignage historique. — Le témoignage historique est le témoignage écrit. Il est aussi un, témoin dont la science et la véracité se prouvent en démontrant l'authenticité, l'intégrité et la véracité du livre (témoignage écrit) qui rapporte les faits.

241. Authenticité, intégrité, véracité. — Un livre est authentique lorsqu'il a été réellement écrit par l’auteur à qui on l’attribue et à l’époque à laquelle on le fuit remonter. Se romme apocryphe le livre qui n’est pas authentique. Un livre est infègre lorsque les faits qu’il rapporte, n’ont pas été changés, du moins substantiellement. On appelle interpolé le livre qui n’a pas l'intégrité. Un livre est véridique lorsqu'il raconte les faits tels qu'ils se sont passés. Est faux le livre qui n’est pas véridique.

(1) Cfr. Farges et Barbedette, ouv. cité, p. 182.

242. Critique historique. — La critique historique est la science qui a pour objet l’authenticité, l'intégrité et la véracité d’un livre. Elle dém. ntre qu’un écrit, possède ou ne possède pas ces trois caractères,

243. La valeur du témoignage historique, — Le témoignage historique. ou encore, le témoignage écrit, un livre, par exemple, doit être accepté comme moyen d’arriver à la certitude, si l’on peut prouver son authenticité, son intégrité et sa véracité. Et la valeur de ce témoignage sera plus ou moins grande, suivant que les preuves apportées en faveur de l’authenticité, de l'intégrité et de la véracité seront plus ou moins concluantes.

244. Les preuves de l’authenticité d'un livre. — Les preuves sont de deux sortes : extrinsèques et intrinsèques. Preuves extrinsèques : le fait que partout et toujours on attribue tel livre à tel auteur. Le Phédon, par exemple, à toutes les époques de l’histoire, a été reconnu comme l’œuvre de Platon. Prenves intrinsèques : le style, la doctrine et les Opinions de l’auteur. Il est évident que, dans le cours des âges, la manière d'écrire n’a pas toujours été la même. Les classiques du XVIIe siècle ne s'expriment pas de la même façon que les romantiques du XIXe. Aussi bien il faut en dire autant des doctrines et des opinions émises aux différentes époques. Avant Pasteur, certains croyaient à la génération spontanée (l’origine d’un vivant d’un non vivant). Depuis les immortelles expériences de l’illustre chimiste, cette opinion ne tient plus debout. Avant Galilée, et bien avant lui, on croyait à la rotation du soleil autour de la terre, Aujourd’hui, c’est la rotation de la terre autour du soleil qui est scientifiquement démontrée et, partant, définitivement admise.

245. Les preuves de l'intégrité d'un livre. — Si l'original du document écrit existe, sa ressemblance avec la copie est une première preuve de l'intégrité. L’original disparu, la confrontation des copies entre elles fournit une preuve nouvelle de l'intégrité. Et d’ailleurs, la diffusion du livre, son usage constant — diffusion et usage qui le font connaître par un très grand nombre— voilà encore autant de raisons qui empêchent son interpolation et en assurent l'intégrité au moins substantielle.

246. Les preuves de la véracité d'un livre. — La véracité d’un livre 2st celle de son auteur. Celui-ci est-il probe, instruit, son divre sera véridique. Or la probité et la science d’un auteur sont choses faciles à constater. Si l’auteur raconte des faits publics qui ont eu lieu au vu et au su de tout le monde, il lui sera quasi impossible de tromper. Si les faits relatés sont invraisemblables, sa probité sera mise en cause. La véracité de l’auteur est d’autant mieux acceptée qu’il expose les questions avec impartialité, désintéressement et sans passions.

247. Le témoignage historique produit la certitude. — Ce paragraphe est comme le corollaire obligé de tout ce qui a été dit précédemment sur l’autorité humaine en général. Nous venons de voir que le témoignage humain, la tradition orale, les monuments sont des moyens qui nous conduisent à la certitude. Or le témoignage historique — ou l’histoire — se. compose du témoignage humain, de la tro on orale et fait appel aux monuments. Nous sommes donc en droit d’sfirmer que le témoignage historique conduit aussi à la certitude.

248. La certitude du témoignage historique est une certitude morale. — La certitude morale est basée sur les mœurs, les usages, les coutumes. Or il est une loi morale qui veut que les hommes racontent toujours les choses telles qu'ils les ont vues ou entendues et ne mentent jamais, à moins de motifs exceptionnellement rares. Et l'adhésion ferme que nous donnons au témoignage historique a cette loi morale pour appui. Cette adhésion ferme, qui est la certitude, est donc causée par cette loi, et, conséquemment doit être de même nature qu’elle, c’est-à-dire, morale.

249. Le témoignage doctrinal. — Le témoignage doctrinal a pour objet une vérité d’ordre spéculatif, ou mieux, une vérité scientifique. On l’appelle encore l'autorité des .savants. Le témoignage doctrinal constitue un argument de probabilité. I] s’agit ici de vérités que l’on croit sans savoir les démontrer par soi-même. A ces vérités, on adhère parce qu’un tel les enseigne. Mais notre adhésion n’est qu’une opinion probable et non une certitude. Pour qu’elle soit une certitude, l’adhésion doit exclure toute crainte d’errer. Et la crainte d’errer n'existe pas, lorsqu'on peut contrôler la science de celui qui parle. Et comment contrôler la science de quelqu'un au sujet de conclusions doctrinales qu’on ne peut pas démontrer par soimême ? Le témoignage doctrinal ne produit donc que la probabilité. Cette probabilité, certes, est raisonnable et motivée puisqu’elle est basée sur le témoignage de gens sérieux et au courant de ce qu'ils disent ou écrivent.

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