CHAPITRE VII Les facultés cognitives sensibles
216. Les facultés. — Les facultés sont les principes immédiats d'opération. C’est ce par quoi nous agissons. Nos opérations sont de deux sortes : la connaissance et l’appétition, en d’autres termes, nous connaissons et nous désirons ce qui fait l’objet de notre connaissance, nous tendons, nous inclinons vers lui. Il y a donc deux espèces de facultés : la faculté cognitive et la faculté appétitive. De celle-ci, il sera question en Psychologie. Mais nous connaissons de deux manières, par les sens (c’est la connaissance des brutes et de l’homme) et par l'intelligence (c’est la connaissance de l’homme seul).
Il y a donc deux espèces de facultés cognitives, l’une sensible et l’autre intellectuelle. Cette dernière fera l’objet de l’article suivant.
217. Les facultés cognitives censibles. — La faculté cognitive sensible est celle par laquelle la brute et l’homme perçoivent un objet sensible, matériel, en tant que matériel. Cette faculté s'appelle sens. Si elle a pour objet ls choses sensibles du dehors, on l’appelle sens externe ; si elle a pour objet les choses sensibles du dedans, on la nomme sens interne. Les sens externes sont au nombre de cinq : La vue, l’ouïe, l’odorat, le goût et le toucher. Il y a quatre sens internes : Le sens commun ou la conscience sensible, l'imagination, la mémoire et l’estimative. Les cinq sens externes perçoivent donc la chose sensil'+, concrète, matérielle, existant à l'extérieur. Ex. : Je vois telle couleur, j'entends tel son, etc. Quant aux sens internes, ils perçoivent les sensations éprouvées par les sens externes. Ainsi par
le sens commun, nous savons que nos yeux voient tel objet (ont telle sensation), etc.
218. Objet propre de chaque sens. — I] va sans dire que chaque sens a son objet propre, spécifique. La vue a pour objet propre la couleur (nuance, intensité et reflet) ; l’ouie, le son (hauteur, intensité et timbre); l'odorat, les odeurs : le goût, les saveurs ; le toucher, l'étendue résistante (hauteur, largeur et profondeur). — Les sensations des sens externes constituent l’objet des sens internes ; mais ces sensations deviennent objet propre à chaque sens, suivant la manière dont élles sort perçues par ce sens. Ainsi les sensations en tant que discernées, unifiées sont l’objet propre du sens commun ou de la conscience sensible : conservées, elles sont l’objet propre de l'imagination : reconnues, de la mémoire ; estimées utiles ou nuisibles, de l’estimative.
219. Le sensible. — Tout ce qui est perçu par les sens, s’appelle sensible. Il s'appelle sensible pur luimême, si de sa nature, directement, immédiatement, il atteint le sens. Ex. : La couleur. S'il n’atteint pas le sens directement, immédiatement, de sa nature, mais est intimement uni à ce qui le (sens) meut immédiatement, on le nomme sensible par accident. Ex. : La matière du mur que je regarde. Le sensible propre est celui qui est perçu par un seul sens. Ex. : La couleur, le son. Le sensible commun est celui qui est perçu par plusieurs sens, surtout par la vue et le toucher. Ex. : La grandeur d’un objet, sa forme, (par la vue et par le toucher).
220. Erreurs des sens. — Au sujet du sensible propre, le sens ne peut pas commettre d’erreur possible, Le sens en effet, percevant le sensible propre, exerce son opération naturelle ; et la nature ne trompe jamais. Ainsi, en regardant, l'œil ne peut pas ne pas voir la
couleur. Pour ce qui est du sensible commun, un sens peut se tromper, mais l’erreur est vite corrigée, si le sensible commun est surtout l’objet de la vue et du toucher. Un bâton (sensible commun) plongé dans l’eau paraît courbé aux yeux. En mettant la main, on s'aperçoit qu'il n’en est pas ainsi. C'est l’œil qui le voit comme tel. La béton — en tant qu’étendue résistante — n’est pas l’objet propre de l’œil, mais bien celui de la main qui, en le touchant, nous permet de rectifier l’erreur de la vue. Le sensible par accident est cause d’erreur, quand le sens veut déterminer sa nature. Cela regarde la raison. Mais s’il s’agit de constater sa seule existence, à son sujet, la faculté sensible ne se trompe pas. En regardant mon bureau, je vois d’abord sa couleur (sensible propré) et, ensuite, je vois aussi que cette couleur ne se tient pas seule, mais est soutenue par une matière quelconque (sensible par accident). Quant à savoir quelle est la nature de cette matière, cela dépasse les limites du sens de la vue.
221. Véracité des sens externes. — Pouvons-nous nous fier à nos sens externes? Ainsi — pour ne parler que du sens de la vue— lorsque nous regardons autour de nous, ces objets que nous voyons sont-ils réellement tels que nous les voyons, c’est-à-dire des entités, en elles-mêmes, existant en dehors de nous et bien distinctes de notre moi? Les idéalistes répondent qu’il n’y a rien de réel en dehors de nous, et tout ce que nous percevons, ce ne sont que de pures représentations subjectives auxquelles aucune réalité ne correspond.
La vérité est qu’il y a une réalité en dehors de nous, distincte de nous, perçue par nous telle qu’elle est en elle-même. Aussi bien, nos sens ne nous trompent pas, pourvu qu'ils remplissent les conditions requises. Ces conditions sont au nombre de quatre : » Il faut
que l'organe soit sain ; » l'objet perçu doit être l'objet Propre du sens dont on du't prouver la véracité ; vil faut que l’objet soit placé à une distance convenable ; * il faut un intermédiaire capable de faire atteindre l'objet une lumière suffisante, par exemple, s’il s’agit du sens de la vue.
1) C’est un témoignage spontané, irrésistible, universel, constant, que les sensations éprouvées par les sens externes sont produites par quelque chose complètement distinct de nous. Ce témoignage est la voix même de la nature : il me dit, lorsque je regarde le papier blanc sur lequel, en ce moment, j'écris, que je vois réellement un objet portant couleur blanche et cause de la sensation que je ressens. Or la nature est infaillible.
2) Absurde serait la disposition des organes des sens à la surface du corps. si les sens n'étaient pas aptes à nous renseigner sur l'existence réelle des choses en dehors de nous. Ou encore, inutiles seraient ces organes, si le monde extérieur n’était qu’une simple apparence, un pur fantôme, revêtu d’une existence tout imaginaire.
3) On ne pourrait pas expliquer la sensation, si elle n’avait pas pour cause l’objet extér'zur. A qui faudrait-on l’attribuer alors, cette sensation ? Aux sens eux-mêmes ou à Dieu. Les sens sont indifférents à éprouver telle ou telle sensation. Pour le sens de la vue, la sensation du rouge ou du bleu, lui est bien égale. S’il a la sensation de l’un plutôt que de l’autre, c'est une preuve que l’un s’est présenté à lui plutôt que l’autre. Au reste, l’expérience quotidienne ne démontre-t-elle pas que très souvent, nos sens, malgré eux, subissent certaines sensations . Cela prouve donc qu’il Y à une cause distincte d’eux qui produit ces sensations.
Faut-il recourir à Dieu ? Cette explication est par trop simpliste. Et, dans ce cas, Dieu nous induirait en erreur, puisque, tout naturellement, nous sommes portés à attribuer aux objets extérieurs, la raison, la cuuse des sensations éprouvées. Si Dieu, de ces sensations, était :éellement la cause, nous nous tromperions par sa faute. Ce qui répugne. Conséquemment il reste vrai de dire que les objets extérieurs causer.t nos sensations; mais, pour cela, ils doivent exister (.
222. Véracité des sens internes. — Que les sens internes soient véridiques, personne ne saurait le contester. Puissances cognitives sensibles, ils ont pour objet les sensations éprouvées par les sens externes. Ces sensations constituent leurs objets propres, vers elles ils inclinent de tout le poids de leur nature. Nous pouvons dire que les sens internes par rapport à leur objet. sont comme les sens externes vis-à-vis du sensible paspre. Or nous avons vu que ceux-ci ne peuvent pas se tromper.
223. Véracité de la conscience. — La conscience sensible, appelée encore sens intime, sens commun, est le témoin de tous les faits d'ordre organique. Cette faculté qui constate les phénomènes sensitifs dont nous sommes le théâtre, se distingue du jugement par lequel l'intelligence apprécie la valeur morale de nos actes. Ce jugement, c’est la conscience morale. — La véracité de la conscience s'impose. Qui ose la nier, voire seulement en douter, par le fait même la déclare certaine. Comment en effet quelqu’un peut-il se rendre compte que le témoignage de sa conscience est faux ou on si ce n’est en faisant appel au même témoignage ?
(1 Cfr., Lortie, vol. I., p. 207.
CRITIQUE 103 CHAPITRE VII Les facultées cognitir-* intellectue!les.
224. L'intelligence et la raison. — L'intelligence et la raison sont une seule et même faculté qui exerce des fonctions différentes. Cette faculté est unique. Elle ‘st aussi complètement distincte des sens puisqu'elle a pour objet l'immatériel, le spirituel. C'est une puissance qui perçoit, qui connaît, partant, cognitive. La faculté cognitive intellectuelle s'appelle intelligence, quand elle cunnaît des vérités indémontrables, évidentes, nommées Premiers principes. Ex. : Le tout est plus grand que sa partie. Elle s'appelle raison, lorsqu'elle a pour objet une vérité démontrable, déduite d'une autre. Ex. : L'âme humaine est immortelle.
225. Véracité de l'intelligence, — Lorsque l’intelligence donne son assentiment à cette vérité immédiate, indémontrable : Le tout est plus grand que sa partie, elle y adhère non parce qu’elle subit l'influence de sa constitution intime, de sorte que ce principe n’est rien de réel, mais bien, parce que ce même principe est une réalité totalement distincte d’elle-même, qui lui impose son évidence, et pour ce motif, l’entraîne, comme malgré elle, à l’admettre.
1) Le témoignage de la conscience, témoignage infaillible, prouve que dans ses opérations, l'intelligence perçoit des réalités objectives distinctes d’elle-même. Lorsque nous adhérons à ce principe : Le tout est plus grand que sa partie, la conscience nous affirme que cette proposition qui entraîne nécessairement notre adhésion, représente une réalité évidente par ell- me et dont l'intelligence n’est pas la cause.
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2) Le scepticisme devrait être admis si l'intelligecen pouvait se tromper lorsque’lle perçoit les vérités immédiates. Ces vérités, en effet, sont évidentes, elles n'ont pas besoin d’être démontrées. Et du moment qu’elles se présentent à l’intelligence, celle-ci ne peut p ne vas leur donner son assentiment. C’est la lumièiv du soleil en plein midi pour quelqu'un qui a de bons yeux. Les vérités immédiates offrent donc toutes les garanties de la certitude. Et donc — étant données ces conditions de sûreté — si l'intelligence se trompe au sujet de ces vérités qui, selon certains philosophes, sont une pure création de !’esprit, et partant, n’ont aucune existence réelle, objective, alors il n'y a plus rien de certain. C’est le triomphe du scepticisme.
‘ 226. L'universel. — Entre l’idée et l’image d’une chose il y a une grande différence (15). L'idée est perçue par l'intelligence, faculté spirituelle, et elle s'appelle universel lorsque cette même faculté l’applique à plusieurs. Ainsi l’idée d'homme devient un‘ erselle lorsque je l’attribue à plusieurs hommes. S'il faut en croire certains philosophes, l’universel n'existe que dans notre intelligence, sans auc'ine attache avec la réalité extérieure. Ce- philosophes ‘appellent conceptualistes, parce que, pour eux, l’universel n’est qu’une conception de l'intelligence. Selon d’autres, nommés réalistes exagérés, l’universel est une réalité qui existe en dehors de nous comme l’encrier, le papier sur mon bureau. Enfin, les nominalistes prétendent que l’universel n’est qu’un nom, qu’un mot,auxquels ne correspond aucune réalité. La vraie doctrine est celle des réalistes modérés. Aristote et saint Thomas enseignent que l’universel existe et dans l'intelligence et dans la réalité extérieure. L’universel, comme tel, essentiellement, come
entité abstraite, spirituelle ne peut ;as exister en dehors de nous ; dans le monde extérieur il n'y a que du concret, du matériel, du singulier. En effet ce n'est pas l'idée (universel) de bureau que j'ai devant moi, mais bien le bureau, tel bureau, perceptible seclement aux sens. Et donc, essentiellement, en tant que rel, l’universel n'existe que dans l'intelligence. Mais quelqu'un qui n'aurait jamais vu ou touché un bureau, pourrait-il en avoir l'idée? Non, c'est impossible, Ceci démontre que l'idée du bureau suppose la vue ou le toucher d'un bureau. L'idée du bureau est donc d'une certaine façon dans le bureau, lequel est une réalité existant en dehors de nous. C’est ce qu'enseignent les réalistes modérés lorsqu'ils affirment que l’universel (idée) existe fondamentalement dans les choses (réalités extérieures). C'est-à-dire que l’idée que nous avons
d’une chose, suppose l’existence réelle, objective de cette chose, et est fondée sur elle.
227. Véracité de la raison. — La raison st la faculté cognitive intellectuelle qui d’une vérité connue en déduit une autre nommée conclusion. Le passage du connu à l'inconnu s'appelle raisonnement. — Parce qu’elle est faite pour la vérité — nous l’avons démontré contre les sceptiques — la raison n’est donc pas par elle-même portée à l’erreur : ce serait contradictoire. Quand elle se trompe, c’est par accident, c'est-à-dire pour des motifs qui ne sont pas inhérents à sa nature. Ces motifs, ce sont les passions, les préjugés, la paresse, etc. Autant de causes qui l’empêchent de déduire des principes donnés, les conséquences y contenues.
LEÇONS DE LOGIQUE CHAPITRE IX L'autorité
223. Définition de l'autorité. — L'autorité est ce qui nous détermine à admettre un enseignement écrit ou oral.
229. Les éléments de l'autorité. — L'autorité a deux éléments essentiels la science et la véracité. En effet on admet ce que quelqu’un dit ou écrit si l’on sait quii connaît ce dont il parle (science) et qu’il ne nous trompe pas (véracité). )
230. L'autorité divine et l’autorité humaine.— L'autorité est divine ou humaine selon que celui dont on admet l’enseignement est Dieu ou homme.
231. Foi, témoignage, témoin. — La foi est l’adhésion de l'intelligence à un enseignement écrit ou oral. Cette adhésion est l’effet de l’autorité, elle est basée non pas sur la connaissance que l’on a de la question, mais sur la science et la véracité de celui qui expose cette question. — La foi est divine si l’adhésion est donnée à l’enseignement de Dieu ; elle est humaine, si l'adhésion est donnée à l’enseignement de l’homme. Le témoignage est l'acte par lequel quelqu'un raconte un fait ou expose une vérité. Le témoignage est divin ou humain si ce quelqu'un est Dieu ou un homme. Le témoignage divin est appelé révélation. Ce témoignage est encore oral, historique et monumental suivant qu’il est donné par un geste ou la parole (oral), par un document écrit (historique), ou par un monument quelconque (monumental. Si la chose racontée est un fait, alors, plus strictement, le témoignage est historique. Ainsi l’histoire rapporte que Mgr. de Laval est
le fondateur du Séminaire de Québec (témoignage historique). Si la chose racontée est un dogme, le témoignage se nomme fémoignage dogmatique ou doctrinal. Le témoin est celui qui raconte le fait ou expose la question. S'il est Dieu, il est témoin divin, s’il est homme, il est témoin humain. Il est encore oculaire ou auriculaire selon qu’il a vu ou entendu.
232. Fait, dogme. — Le fait est un évènement quelconque connu par les sens. Il est public ou privé, de grande ou de peu d'importance. Le dogme est une vérité immédiate ou médiate d'ordre spéculatif connue par l'intelligence. Monsieur X est mort — voilà un fait. — Tout effet a une cause — voilà un dogme.
233. L'autorité produit la certitude. — La certitude est l’assentiment ferme de l'esprit à une vérité, assentiment qui exclut toute crainte d’errer. Or l’autorité produit cet assentiment ferme qui exclut toute crainte d’errer. L'autorité en effet a deux éléments essentiels : la science et la véracité. Là où existent la science et la véracité il y a ni ignorance ni erreur (opposées de la science) ni mensonge (opposé de la véracité). Il ne reste plus que la vérité parfaitement connue et sincèrement exposée : tout ce qu’il faut pour rendre ferme l'adhésion de l'intelligence, c’est-à-dire pour produire la certitude.
234. Importance du témoignage. — L'importance du témoignage se prouve par sa nécessité. Que l’on considère l’homme comme individu, comme membre de la famille et comme membre de la société, à ces trois points de vue, le témoignage lui est extrémement nécessaire.
a) L'homme comme individu. Son éducation morale
et intellectuelle nécessite le témoignage. Ses maîtres en effet, parents ou étrangers, tous les jours, ont besoin de mille renseignements dont ils ne contestent nullement la source et qu’ils acceptent sur les dires des autres. Les éducateurs vont-ils se mettre à refaire tous les travaux, à vérifier toutes les expériences de leurs prédécesseurs ? C’est impossible.
b) L'homme comme membre de la famille. La famille, composée du père, de la mère et des enfants, ne pourrait pas exister sans le t‘rnoïignage. Jusqu'à un âge très avancé, les fils et les filles admettent telle ou telle chose parce que leurs père et mère l'ont dit. Même, plus tard, ils font encore appel au témoignage de leurs parents. Sans le témoignage, comment croire aux vertus, aux belles actions, etc. des ancêtres ?
c) L'homme comme membre de la société. La société
est basée sur un ensemble de relations, de lois, qui supposent le témoignage. Elle vit de traditions, de faits : autant de choses qu’on ne peut pas expliquer si l’on rejette le passé.
Et nous pouvons donc conclure que la croyance au témoignage est à la base de la vie individuelle, familiale et sociale.
CRITIQUE CHAPITRE X L'autorité humaine
235. Le consentement universel. — L'autorité est le motif capable de nous faire adhérer à ce que dit ou écrit quelqu'un. Ce quelqu'un peut être le genre humain. Dans ce cas, l’autorité s’appelle consentement universel. Le consentement universel est « un jugement commun pc"té par tous les hommes sur des vérités élémentaires
surtout sur les vérités nécessaires à la direction de la vie ».
236. Objet du consentement universel.—Le consentement universel n’a pas pour objet propre toutes les vérités, encore moins les vérités difficiles à comprendre, comme les vérités d'ordre scientifique par exemple, mais seulement les vérités élémentaires, et surtout celles qui sont nécessaires à la direction de la vie, comme celles-ci: il faut faire le bien et éviter le mal, l'existence d’une autre vie, l’existence d’un être suprême rér::'nérateur du bien et du mal, etc. Pour que le consentement soit universel, il n’est pas nécessaire qu’il n'existe aucune exception. Il s’agit ici d’une uni-ersalité morale, c’està-dire de celle qui comprend la majorité des hommes.
237. Le consentement universel est un moyen d'arriver à la certitude. — Il existe des jugements communs portés par:tous les hommes, et ces jugements ont pour objet les vérités essentielles à la conduite de la vie. Or ces jugements s'appellent le consentement universel et ils sont vrais. Donc le consentement universel est un moyen d'arriver à la certitude. La
(1) Farges et Barbedette. Cours de Philosophie scolastique, T. I. P. 183.
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majeure de cet argument est amplement prouvée par l'expérience quotidienne. . Tous énoncent des jugements comme ceux-ci : il faut honorer ses parents, il faut rendre à chacun ce qui lui est dû, etc. Et personne ne conteste la vérité de ces mêmes jugements. Quant à la mineure, la première partie, (ces jugements s'appellent le consentement universel », est la définition même du conseutement universel ; la seconde partie, «ils sont vrais », se démontre par ce principe : tout effet a une cause proportionnée. L’universalité, l’uniformité, la constance du consentement chez les peuples qui admettent, sous toutes les latitudes, à toutes les époques, les mêmes vérités, doivent avoir une cause aussi universelle, constante et uniforme. Cette cause, ce ne sont pas les préjugés, ni les passions, ni l'éducation. Les préjugés, les passions et l’éducation sont loin d’être universels, uniformes et constants, ils varient avec les peuples et les individus. Cette cause est la nature humaine elle-même, constante, uniforme partout, agissant suivant ses propres lois et ne subissant aucune influence étrangère. Et la nature ne trompe pas. — On peut ajouter que si le consentement universel n’est pas un moyen d'arriver à la certitude, Dieu, qui est l’auteur de la nature et partant de cette tendance instinctive à énoncer des jugements dont l’objet sont des vérités nécessaires à la vie, nous induirait en erreur. Ce qui répugne.— N. B.—Il ne faut pas confondre le consentement commun ou universel avec le sens commun de nature. Le consentement universel est l'assentiment commun donné à certaines vérités, ou l’ensemble des jugements formulés par l’ensemble des hommes. Le sens commun de nature est la faculté intellectuelle elle-r.ême inclinée à porter des jugements sur lesquels tous les hommes sont
URITIQUE 111
d’accord. Le sens commun, de nalure est la cause du consentement universel «1.
238. Le témoignage oral produit la certitude, — Le témoignage oral, c'est le témoignage humain, le témoignage d’un seul ou de plusieurs qui racontent: verbalement ce qu’ils ont vu ou entendu. Peut-on se fier au témoignage d’un seul ou de plusieurs qui racontent un fait vu ou entendu ? Certes oui, parce que l’on peut prouver la science et la véracité du témoin : les deux conditions absolument requises pour donner de la valeur à son témoignage. Les faits sont ou con- ‘temporains ou passés. Les faits contemporains, il est facile voire très facile de les connaître. Et le témoin s'expose grandement à être découvert, s’il ne les raconte pas tels qu’ils se sont passés. Au sujet de ces faits, l2 science et la véracité du témoin ne sont donc Pas contestables. Quant aux faits passés, le témoignage qui les rapporte s'appelle tradition orale. Celle-ci est la «série non interrompue des témoins qui rapportent de vive voix un fait ancien ; les premiers sont contemporains du fait ; les autres sont de notre époque » ®. Comme on vient de le voir, les témoins contemporains du fait sont dignes de foi. Les témoins encore vivants sont aussi certainement croyab'es, parce qu’entre eux et les témoins contemporains du fait, il n'y a pas d'interruption. Quant aux témoins intermédiaires, ils sont autant d’anneaux qui relient les premiers témoins à ceux de nos jours, autant de générations .qui se sont transmis les faits. Pouvons-nous logiquement supposer que toutes ces générations se sont trompées, ou se sont entendues pour tromper ?
(i) R. Jear :,S.J. Criteriologia, p. 586.
(2) Farges vede*te, ou. cit., p. 178.
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112 LEÇONS DE &vGIQUE
C’est impossible. Ajoutons que tout homme aime naturellement savoir et dire la chose telle qu’elle est.
239. Le témoignage monumental. — Les monuments sont aussi des témoins. Contemporains des faits qu’ils commémorent, ils sont dignes de croyance parce que, dans ce cas, il est très facile de prouver leur science et leur véracité. S'ils rapportent les faits passés, ils sont croyables à deux conditions : il faut ” qu’ils relatent un fait important ; * qu'aucun contemporain n’ait protesté (1.