‹ Leçons de logique [microforme]Chapitre 8 sur 49 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

La simple ay réhension

13. Définition de la simple appréhension.—La ‘simple appréhension est l'acte par lequel l'intelligence perçoit l'essence d'une chose sans affirmer et sans ‘er quoi que ce soit de celle essence.

Cette première opération de l'intelligence est appelée simple parce qu'elle n'affirme rien et ne nie rien de l'objet qu'elle connaît. Quand nous affirmons, dans notre esprit, nous unissons ensemble deux choses : celle de qui l'on affirme (le sujet) et celle que l’on affirme (le régime). Cette union est une composition.—Ce que l'intelligence perçoit, dans sa première opération, n'est pas un objet que nous pouvons voir avec les yeux du corps ou palper avec nos tnains, par exemple. Non, c'est une réalité cachée dans l'objet vu par les yeux, touché par les mains. Cette réanté s'appelle essence, l'intelligence l'extrait des choses sensibles qui nous entourent.

14. Définition de l'idée. — L'idée est la simple représentation d'une chose faite dans l'intelligence. La chose représentée est cette réalité cachée, cette essence que l'intelligence extrait du sensible.

Pour parler le langage de la philosophie, disons que l'essence est ce par quoi un être est ce qu'il est. Ainsi ur homme n’est pas un homme parce qu'il a telle figure, tel nom, telle origine, telle patrie, etc, mais bien parce qu'il a l’animalité et la raisonnabilité. Ces deux éléments forment l'essence de l’homme. Eh bien ces deux éléments invisibles, impalpables, représentés dans l'intelligence se nomment idée. L'idée est donc l’effet de la simple appréhension.

15. Idée et image. — L'idée et l’image d’un objet diffèrent entre elles. L’une ne doit donc être jamais

prise pour l’autre.

1) L'image de l’encrier qui est devant moi est sensible, peut être vue, touchée. L'idée du même encrier est spiriluelle, immatérielle, imperceptible aux sens. L'intelligence seulement peut l’atteindre.

2) L'image de l’encrier est singulière, ne peut convenir qu’à cet encrier devant moi. L'idée de l’encrier est universelle. Elle convient à tous les encriers qui ont été, qui sont et qui seront. L'idée de l’encrier, c’est son essence représentée dans l'intelligence. L’essence de l’encrier, c’est d’être un vase dans lequel on met de l'encre. Cette définition fait abstraction de la forme de l’encrier, de la matière dont il est fait et il sera toujours vrai de l’affirmer de tous les encriers.

16. Compréhension et extension de l'idée.—La compréhension ou le contenu de l'idée est l’ensemble

des éléments que comprend ou que contient une idée. L'idée de pape contient deux éléments : chef et Église Le pape est le chef de l'Église. Ces éléments s’appellent aussi notes constitutives d’une idée. L'extension de l’idée est l’ensemble des individus auxquels l’idée est attribuable. Tous les prêtres, passés, présents, à venir ou simplement possibles, sont contenus sous l'extension de l’idée d'homme.

17. Idée intuitive. — L'idée intuitive est celle que l’on conçoit immédiatement par la vue de l'objet luimême. Ex. : L'idée de Dieu pour les bienheureux dans le ciel. Ils voient Dieu immédiatement, face à face. Dieu lui-même, sans aucun intermédiaire, est connu par les anges et les saints. L'idée du papier sur lequel j'écris est intuitive. L'idée intuitive s’appelle immédiate.

18. Idée abstractive. — L'idée abstractive est celle que l’on conçoit non mar la vue de l’objet lui-même

mais au moyen d’un autre avec lequel il a une certaine ressemblance. Ex. : L’idée de Dieu que nous avons en ce monde. Nous connaissons Dieu au moyen des choses qu’il a créées et dans lesquelles nous trouvons une similitude bien imparfaite de lui-même. De ces mêmes - choses nous abstrayons l’idée de Dieu. L'idée bonne ou mauvaise que nous avons de quelqu'un après l'avoir vu agir. L'idée abstractive est médiate.

19. Idée directe. — L'idée directe est celle qui est le résultat de la première considération de l'esprit. Ex. : L'idée de l’encrier placé devant moi.

20. Idée réflexe. — L'idée réflexe est celle qui est le résultat de la réflexion, ou du retour de l’intelligence sur l’idée directement perçue. Ainsi, déjà en possession de l’idée d’encrier, après réflexion sur cette idée, l'intelligence lui trouve des propriétés qu’elle n’avait pas encore découvertes.

21. Idée positive. — L'idée positive est celle qui exprime une réalité, une entité quelconque Ex. : L'idée de vivant, l’idée de savant.

22. Idée négative. — L'idée négative est celle qui exprime une absence ou une privation. Ex. : L'idée de mort, l’idée d’ignorant.

23. Idée abstraite. — L'idée abstraite est celle qui représente, separé de l'objet, un élément qui est partie constitutive de cet objet. Ex. : L'idée de blancheur. La blancheur est un élément constitutif de l’objet blanc. Séparée de l’objet blanc, et représentée comme telle dans l'esprit, elle est une idée abstraite.

24. Idée concrète. — L'idée concrète est celle qui représente l'objet lui-même, tout entier, avec les éléments qui le constituent. ‘Ex. : L'idée de prêtre, de médecin.

25. Idée réelle. — L'idée réelle est la représentation d'un objet qui existe en dehors de l'intelligence dans la réalité extérieure. Ex. : L'idée de table.

26. Idée logique. — L'idée logique est la représentation d’un objet qui n'existe que dans et par l’intelligence. Ex. : L'idée de genre et d’espèce. Quand nous disons que Pierre aprertient au genre animal et à l'espèce homme, cette classification n'existe que dans et par notre esprit.

27. Idée distributive. — L'idée distributive est une idée universelle qui représente un objet attribuable à plusieurs êtres pris séparément et collectivement. Ex. : L'idée d'homme est attribuable à chaque homme et à tous les hommes.

28. Idée collective. — L'idée collective est une idée universelle qui représente un objet attribuable à plusieurs réunis ensemble, ou pris collectivement. Ex. : L'idée d'armée s'affirme non de chaque soldat, mais de plusieurs soldats réunis, pris en groupe.

29. Idée univoque. — L'idée univoque est une idée universelle qui représente un objet attribuable à plusieurs de la même manière, ou qui exprime la même réalité dans tous les êtres auxquels on l’attribue. Ex. : L'idée d'animal représente un objet (vivant sensible) qui s’attribue de la même façon et à l’homme et à la brute. En d’autres termes, animal exprime la même réalité, c'est-à-dire vivant sensible, dans l’homme et dans la brute.

30. Idée analogue. — L'idée analogue est une idée universelle qui, dans les êtres auxquels elle convient, exprime une réalité un peu semblable, un peu différente. Ex. : L'idée de tête convient au corps humain et au . chef de la cité de Québec. Cette idée, dans le corps humain et dans le chef de la cité de Québec, exprime une réalité un peu semblable et un peu différente aussi, puisque la tête qui gouverne la cité n’est pas. absolument la même que celle qui conduit le corps humain.

31. Idée transcendentale, — L'idée transcendentale est une idée qui représente: un objet attribuable à tout ce qui existe ou peut exister. Ex. : Les idées d’être, de chose, de quelque, de bonté, de vérité, voilà les cinq

transcendentaux. Ce nom leur vient de ce qu’ils ne sont pas localisés dans aucun genre, dans aucune espèce ; ils sont au-dessus de tous les genres, de toutes les espèces, ils les dépassent tous (transcendere) — ils conviennent à tous.

32. Définition du terme. — Le jerme est le signe de l’idée et de la chose perçue par la simpic appréhension. Immédiatement le terme signifie l’idée, et, médiatement, la chose perçue. Le terme livre signifie d’abord l’idée que l'intelligence a du livre, et ensuite, au mo:'en de l’idée (médiatement), il signifie le livre.

33. Terme en philosophie et en grammaire. — En philosophie le terme est un signe logique parce qu’il représente un être logique, c’est-à-dire un être qui n'existe comme tel que dans l'intelligence. En effet, l’être que signifie le terme, c’est l’idée. Celle-ci, comme telle, n'existe que dans et par l'intelligence. Cette signification du terme s’appelle formelle. En gram-

.maire, le terme est étudié au point de vue matériel, c’est-à-dire en tant qu’il est composé de syllabes.

34. Emploi des termes.— Les termes d’une phrase peuvent être pris en différents sens. Pour éviter toute erreur, il importe de connaître les lois qui régissent leur emploi. Dans une phrase ils sont ou sujet ou attri. but. Ily a des lois qui concernent le sujet et l’attribut, À la fois ; d’autres qui se rapportent au sujet seul ; enfin celles qui regardent l’attribut.

IL. Lois pu suser er DE L’ATrRIBUT. Il faut bien s’enquérir du sens de ces deux termes. Et pour ce faire, il est nécessaire de tenir compte : a) de la mentalité de l’orateur ou de l’auteur ; b) du génie de la langue dans laquelle il parle ou il écrit ; c) du sujet traité ; d) des circonstances. Après le’ sens des termes, c’est leur extension qu’il importe de connaître. Chaque terme pris séparément a son extension propre. Voici leurs lois. Il va sans dire qu’il s’agit d’un sujet et d’un attribut qui ne sont déterminés par aucun signe extensif.

IT. Lors pu suyer. ! Dansioute Phrase dont l’attribut convient ou répugne nécessairement au sujet, celui-ci est un terme universel. La raison est parce que ce qui convient ou répugne nécessairement à un sujet, doit exister ou ne pas exister Partout où se trouve ce sujet ou tous les autres qui sont de même nature. Ex. : Les chrétiens sont ceux qui ont reçu le baptême. Il est vrai de dire : Tous les chrétiens — parce que « ont reçu le baptême » convient nécessairement à «les chrétiens », en est inséparable. — Les cercles ne sont pas des carrés. Ça revient à dire : Tous les cercles... — *) Dans toute Dhrase dont l’attribut ne convient Pas ou ne répugne pas

nécessairement au sujet, celui-ci est un terme particulier. Si l’attribut ne convient ou ne répugne pas nécessairement, c’est signe que parfois il convient ou ne convient pas, et parfois aussi répugne et ne répugne pas ; par

‘conséquent, le sujet, et tous ses semblables, n’ont pas toujours cet attribut — quelques-uns l’ont, quelques-uns ne l’ont pas. Ex. : Les riches sont heureux — dites — Quelques riches... le bonheur ne convient pas nécessairement à la richesse, il n’en est pas inséparable. Les pauvres ne sont pas instruits. Être instruit ne répugne pas nécessairement aux pauvres, c’est un attribut qui leur convient, et que plusieurs possèdent. Cette phrase équivaut à la suivante: Quelques ou plusieurs pauvres ne sont pas instruits.

III. Lois DE L'aATrRIBUT. © Dans toute phrase affirmative l’attribut a une extension particulière. Quand une parase est afirmative, l’attribut contient le sujet dâns seu extension. Ex.: Les hommes sont mortels. L'idée { mortels » contient dans son extension « les hommes ». Mais du moment que l’attribut « mortels » contient € hommes », cela ne signifie nullement qu’il ne contient qu'eux. Et donc les hommes sont quelques êtres contenus dans l’idée « mortels ». En fait, à part les hommes, il y a les brutes qui sont mortelles. * Dans toute phrase négative l’attribut a une extension universelle. Quand une phrase est négative, l’attribut exclu: de toute son extension le sujet. Voilà pourquoi cet attribut tout entier ne convient pas à tel sujet. Ex.: Les anges ne sont pas des corps, c’est-à-dire, tous les corps excluent les anges de leur extension.

Page 1