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CHAPITRE II La Définition

35. Nature de la définition. — La définition est un discours qui exprime ce qu'est une chose. Ex. : Le Pape est le chef de l'Église. La définition est appelée discours parce qu'elle se compose de plusieurs, ou au moins, de deux mots.

36. But de la définition. — La définition a pour but de rendre plus claire, plus distincte, plus complète la connaissance d’un objet. Et ce but, elle le remplit en nous donnant les éléments qui constituent cet objet. L'ensemble de ces éléments appelés notes ou idées constitutives forment la compréhension de ce même objet. La définition a donc pour objet la compréhension

de l’idée et à ce titre elle a tout naturellement sa place dans le chapitre de la simple appréhension.

37. Définition nominale, — La définition r:ominale est celle qui donne la signification étymologique, conventionnelle, commune, d’un mot. Ex. : La Philosophie est l'amour de la sagesse (étymologique). Le laurier est le signe de la pair (conventionnelle). Le roi est celui qui règne — Dieu est le premier être (commune).

38. Définition réelle, — La définition réelle est celle qui nous renseigne sur la nature de l’objet. Ex. : L'hydrogène est un gas incolore, insipide, le plus léger des gas connus. La Philosophie est une science qui nous dit le dernier pourquoi des choses.

39. Définition essentielle. — La définition essenfielle est celle qui explique une chose au moyen des élé. ments constitutifs de la nature de cette même chose. Ex. :

Les corps sont des substances corporelles. L'animal est un vivant sensible. Le vivant est un corps organique. La définition essentielle est la définition rigoureusement scientifique et philosophique.

40. Définition descriptive. — La définition descriptive est l'explication d'un objet soit par ses propriétés, soit par ses caractères purement accidentels. Ex. : L'âne est un animal qui braie (définition propre). Cette définition de l’homme donnée par Platon : L'homme est un bel animal,... bipède, la tête droite, est descriptive, accidentelle. — N. B. Les définitions en usage en chimie, en minéralogie, en botanique, en zoologie, sont descriptives, et souvent accidentelles.

41. La définition doit être claire et juste. — Si la définition n’était pas claire, elle manquerait son but (36). Elle doit donc bannir tout terme équivoque, vague, toute métaphore. Elles sont loin d’être claires, les définitions suivantes : La science est la lumière. La vraie civilisation est le liberté. Cette loi exige aussi que le mot à définir n’entre pas dans la définition, comme dans ces exemples : La simple appréhension est une appréhension simple. La liberté, c'est être libre. Pour être juste, la définition ne doit convenir qu’au seul objet défini. N'est pas juste cette définition de l’homme : L'homme est un animal. Plusieurs, à part l’homme, sont animaux. Cette autre : L'Université Laval est une institution, enfreint aussi cette loi.

42. La définition ne doit pas être négative, ni trop longue. — La définition nous dit ce que la chose est, et non, ce qu’elle n’est pas. Quelqu'un aurait-il une idée bien claire de l’histoire s’il savait seulement qu’elle n’est pas la philosophie? La défini-

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tion négative n’est acceptée que lorsque la chose définie, à cause de sa grande perfection, Dieu, par exemple, ne peut pas être connue directement, positivement, mais uniquement par comparaison avec les autres dont elle n’a pas les défauts. Ainsi on définit la simplicité de Dieu en disant qu’elle est la négation de toute composition. Quant à la brièveté de la défitition, qu’il suffise de dire que la clarté l'exige.

43. La définition essentielle doit être formée du genre prochain et de la différence spécifque. — Comme son nom l'indique, la définition essentielle nous donne les éléments constitutifs de l’essence d’un objet. Or les éléments constitutifs de l’essence d’un objet sont au nombre de deux : le genre prochain et la différence spécifique. Le genre prochain est celui qui, dans la € classification des prédicables », est le plus près de l’espèce dont il est question. Quant à la différence spécifique, c’est celle qui avec ce genre prochain constitue l'espèce. Prenons homme, dans la « classification des prédicables », c'est le genre animal qui est le plus près de lui. Animal est donc le genre prochain de homme. Et, dans la même « classification », la différence spécifique qui qualifie animal, c’est raisonnable. Par conséquent : animal (genre prochain) +raisonnable (différence spécifique) =homme ou espèce homme. L'espèce homme, Par rapport à Pierre, est son essence, ou mieux toute son essence. Les définitions suivantes de l’homme ne sont pas justes : L'homme est une substance corporelle, un corps organique, un vivant sensible ; parce que subslance, corps, vivant sont pour l’homme des genres éloignés ; corporelle, organique, sensible, ne sont pas ses différences spécifiques.

DIALECTIQUE 27 CHAPITREIII La Division

44, Nature de la division. — La division est un discours qui di iribue un tort en ses parties. Comme la définition (35), !: di.ision s'appelle discours parce qu’elle se forme de plusieurs mots. Elle énumère les objets auxquels un tout convient. Et c’est pourquoi elle appartient à l'extension de l’idée, et partant, à la simple appréhension. Ex. : Les hommes se divisent en américains, européens, africains, etc. Américains, euro- -Déens, africains sont des individus auxquels le “tout hommes s’étend comme à ses parties.

45. Le tout. — Le tout est ce qui peut se ramener à Plusieurs éléments ou Parties. Ex. : Livre, table.

46. Le tout actuel et potentiel. — Le tout actuel est celui dont les parties sont actuelles et réelles. Ex. : Le bureau. Le tout Potentiel ou logique est celui dont les parties n'existent qu’en puissance, et seulement dans et par l'esprit. Ex. : Le genre est un tout potentiel ou logique. Ainsi, animal, comme genre, est une notion logique, c’est-à-dire, une notion qui n’existe que dans et par l'intelligence. Il contient toutes les espèces, non pas comme le bureau contient les morceaux qui le composent. Ces espèces sont en Puissance à être placées sous l’extension du genre animal. Mais, elles aussi, en tant qu’espèces, sont des êtres qui n'existent que dans l'esprit.

Les espèces sont comme si elles étaient les parties du genre; en réalité, elles ne le sont pas. Elles le sont mentalement, logiquement.

47. Le tout moral. — Le tout moral est celui dont les parties sont des êtres intelligents qu tendent à une même fin. Ex. : La société.

48. La division doit être complète, — La somme des parties doit constituer le tout. Cette loi est fondée sur la nature même de la division. Toute division qui contient plus ou moins de parties que n’en renferme la chose divisée, manque à cette loi, Ex. : Le globe terrestre se divise en trois parties : Europe, Asie, À (frique— (incomplète, pas assez de parties) — ou bien : Europe, Asie, Afrique, Amérique, Océanie, Canada — (trop de parties).

49. Les parties du tout doivent être distinctes entre elles. — Si une partie est contenue dans une autre, n’en est pas distincte, séparée, elle n’est pas

réellement partie du tout divisé. Si une partie égale le tout ou le dépasse, elle n’est plus aussi réellement partie, puisque Le tout est plus grand que sa partie. Il faut donc qu’une partie ne se confonde pas avec une autre partie, ni n’égale, ni ne dépasse le tout. Les exemples suivants n’observent pas cette loi : La province de Québec se divise en comtés nommés : Québec, Montmorency, Charlevoix, etc., etc. etc. et la paroisse de Beauport. — Beauport est compris dans le comté de Québec. Montréal se divise en plusieurs paroisses et le diocèse. Le diocèse, partie, dépasse le tout, puisqu'il contient Montréal et d’autres paroisses.

50. La division doit être brève et immédiate.— Quand la division est trop longue, il y a confusion, et elle manque son but qui est de mettre de la clarté dans nos idées. Elle doit d’abord partager lé tout en ses parties primaires, immédiates, et

ensuite, en ses parties secondaires, médiates. Quelqu'un qui diviserait la logique en simple appréhension, jugement et raisonnement enfreindrait cette loi, puisque la simple appréhension, le jugement et le raisonnement ne sont pas les parties primaires ou immédiates de la logique. Celle-ci, tout d’abord, se divise en Dialectique et Critique.

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