ARTICLE PREMIER
Moyens propres a faire reconnaître si la mort est réelle ou apparente.
Des observations nombreuses rapportées par Lancisi, Zacchias, Philippe Peu, Misson , Guillaume Fabri,Pechlin, Falconnet, Piigaudeaux, etc.; l’histoire généralement connue de François de Giville , qui fut enterré trois fois et qui sé qualifiait dans les actes de trois fois mort^ trois fois enterré^ trois fois ressuscité par la grâce de Dieu; celle du célèbre Winslow que l’on ensevelit deux fois, et les méprises qui peuvent se commettre journellement , nous autorisent a consacrer quelques pages à l’examen de cette question , d’autant plus que les dispositions législatives actuellement en vigueur, relatives aux inhumations , en supposant même quelles soient rigoureusement observées, peuvent ne pas empêcher dans certains cas que l’on n’en-
terre des individus vivans. Voici les articles de nos Godes concernant cet objet :
« Aucune inhumation ne sera faite sans une autorisation , sur papier libre et sans frais , de 1-officier de l’état civil , qui. ne pourri la délivrer qu’après s’étre transporté auprès de la personne décédée, pour s’assurer du décès (ou sur le rapport d’un officier de santé commis par lui pour le constater ), et que vingt-quatre heures après le décès , hors les cas prévus par les règlemens de police. ( Code civil, art. 77.)
« Ceux qui , sans l’autorisation préalable de l’officier public , dans le cas où elle est prescrite , auront fait inhumer un individu décédé > seront punis de six jours à deux mois d’em-r prisonnement, et d’une amendé de 16 francs à 5o francs, sans préjudice de la poursuite des crimes dont les auteurs de ce délit pourraiei>t être prévenus dans cette circonstance. La même peine aura lieu contre ceux qui auront contrevenu, de quelque manière que ce soit , à la loi et aux règlemens relatifs aux inhumations précipitées.» ( Code pénal, art. 356.)
« En cas de décès dans les hôpitaux militaires , civils , ou autres fiiaisons publiques , les supérieurs , directeurs , administrateurs ou maîtres de ces maisons, seront tenus d’en donner avis dans les vingt- quatre heures à l’officier de l’état civil, qui s’y transportera pour s’assurer du décès, et en dressera l’acte sur les déclarations qui lui auront été faites, et sur les renseignemens qu’il aura pris. » ( Code civil , art. 80. ) « En cas de décès dans les prisons ou maisons de réclusion et de détention, il en sera donné avis sur le champ , par le concierge ou gardien, à l’officier de l’état civil , qui s’y transportera, comme il est dit en l’article 80 , et rédigera l’acte de décès. » ( Code civil , art. 84. )
« Lorsqu il y aura signes ou indices de mort violente , ou d autres circonstances qui donnent lieu de la soupçonner, on ne pourra faire l’inhumation qu’après qu’un officier de police , assisté d’un tlocteur en médecine ou en chirurgie , aura dressé procès-verbal de l’état du cadavre et des circonstances y re-
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ïatives J ainsi des^ ;rens«£neme,ns:j^u’il.au:Ea pu reeueiUir sui’ les prénoms^ noin, âge , professiou , lieu de naissapc© et domicile de la personne décédée. » (.cJade pénal ^ art. 8i.)
« ^Uicdft^ue aura' rèc'êfé^^ôù cacKé le” cadavre d’une personne homicidiee oü mbrté' dés suitek de 'c6ups~ou Blessiîrés'^ serjLpuni'-d’ûn emprisonnement de six mois à dé& âns , et d%ne amende dec^ro francs a 4 ïo francs , sans préjudice dé peines plus graves, s lap it cipé au orimè. » (Gode pénal , art. . .
' Nous croyons devoir considéreé elans cet article : X® les signés de la mort reelle;^ 2® les maladies qui peuv:ént produire dalmort apparente et exposer aux inhumations précipitées:*? 3*^ les ^preuves que Ton a proposées pour constater si la mort est réelle.
- Bes signes de- la mort réelle. - ^
Les signes indiqués par lés auteurs comme propres à distinguer la mort réelle de la mort apparente , sont 11^ Il offrent pas tous la meme valeur et doivent par conséquent être, examinés séparément.
1° La J'açe est cadavéreuse . Voici comment Hippor çrate a décrit cet état de la faee, désigné par quelques auteurs sous , le nom à’ hippocratique (De morbis., liv, 2, sect. 5. ) .« front ridé et aride j -yeux caves 5 nez pointu, bordé d’une couleur noirâtre; tempes affaissees, creuses et ridees; oreilles retirées en haut , lèyjPés pendantes ; pommettes enfoncées ; menton ridé etracr corni; peau sèche et livide ou plombée,; poils des^ narines ou des cils parsemés d’une sorte de, poussière d.\m blan,c terne; visage d ailleurs quelquefois forte-.
Hteii® contourné et méconnaissable. » S’il' est vrai queîa face de la plupart des cada-v^res présente plusieurs de ces caractères , il est également certain qu’ils man-^ quent souvent chez les-p,ersonnes mortes subitement, où à la suite d’une maladie de- courte, durée ; d’ailleurs les malades âgés qui succomben-t a uife affectien chronique , -ceux qui s’effraient faeilèmeht et 'qùi redoutent la mort, ceux qui sont en proie à des névroses ou à-, des affections, carotiquesÿda plupart des criminels que l’on conduit au supplice, etc,'j offrent quelque temps avant la mort, une- altéra tiori semblable dans quelques-uns des traits de la face ; ce serait donc à tort que l’on regarderait ce signe comme caraotéristique. - 2° Le refroidissement du corps ^ est un phénomènecadavérique qui ne manque jamais ; mais il n’a lieu que graduellement, et il n’est oïdmairement complet qu’au bout de quinze à vingt heures ; on observe même que chez îù plupart dés malades îés extrémités et la surface du corps corhmencent â se refroidir avant la mort. Plusieurs cirGohstancés cohcouféht â accélérer ou à retardèf le refroidissément, et il irnpofte de les connaître. Le genre dé mulddié : il est beaucoup plus lent lorsque la môrt est produite par Tapoplexië et par lés maladies aiguës , que lorsqu’elle est lé résultat d une maladie cbroniqüé, d’une béraorragiej les cadavtcsdes asphyxiés par la vapeur du charbon , par suite de la strangulation , conservent la chaleur pendant long-temps, tandis que dans l’asphyxie par submersion , lé refroidissement rie tardé pas à avoir lieu. h , If état d^ obésité ou d’ amaigris sement plus le corps est gras, plus il met de temps à se refroidir, tout étant,
égal d’ailleurs, c.. L’âge : la chaleur se dissipe plus lentement chez les adultes que chez les vieillards, d , Lcb saison et le climat: plus la température du milieu qui environne le corps est élevée, moins le refroidissement est rapide; aussi, la chaleur se conserye-t-elle plus long-temps lorsqu’on plonge les cadavres dans un bain chaud. Si l’on ajoute à ces considérations, que dans la première période de certaines maladies , comme l’hystérie j la fièvre intermittente pernicieuse algide, etc.; le corps est très-froid, on sera forcé d§^ conclure que. si le refroidissement est uir phénomène cadavérique constant , il est loin , lorsqu’il n’est pas réuni à d’autres, signes , de pouvoir servir à distinguer la mort réelle delà mort apparente.
3° La couleur de la peau et des autres organes. On. sait qu’après la mort le sang s’accumule dans les vei-; nés caves, dans les cavités droites du cœur, dans les; vaisseaux du poumon, et dans le système capillaire.de. cet organe; aussi en trouve-t-on à peine dans tes ca-. vités gauches du cœur, dans les artères et dans lesys-T tème capillaire général; le défaut de.sangtelaus ce. dernier système produit le ptes ordinairement la dé-r, coloration de la peau , des tissus qui doivent leur cou-j leur au sang ,:et des membranes muqueuses, Comme, on le voit surtout aux paupières, aux lèvres, dans la. bouche et dans les fosses nasales ; les surfaces suppu-. rantes deviennent blanches et blafardes, etc.; les con-; gestions sanguines, particulièrement celles, qui affec-. tent les organes raembràneux, sont en partie effacées après la mort. Toutefois on aurait tort d’attaeher à ce caractère plus d’importance qu’il n’en mérite : ne voit-.
on pas la pàieup de læ mort chez-des individus vivans qui ont été soümis- à l’action d’un froid intense et qui sont sousfanfluënc'e d’unær vive affection de l’ame ou de quelque maladie nerveuse^^ tandis -qu’on observe que certains cadavres j an lieu d’être pâles , présentent une couleur Êôugeâtre'bu- livide très-marquée , et que plusieurs 'orgànes'-retiefinent une assez, grande quan--, tité dé 'sang pour -eËf paraître gorgés ', ccomme nous le dirons- -parl-ieul4èfejÉnefît--à- la' p'Bfgé 5'i5'? :La' couleuC de la -peâür des- cadavres^ n’^ffre - t - elle ' pas d’ailleurs des ïiùà-née's^ différentes , suivant î le temps qui s’est écoulé depuis la- mort? . -
4^ La. perte de la trurisparence ' de 'lu:m des
doigts : ce signe ne peut-être d’aucuneutilitè.'
^^L’obséureissem.entet~Ft^faissÊment desyeuæ.Oxi remarque SUT laplupart des cadavres que la cornée transparerite^est obscurci % par un enduit glaireux et comme membraneux, facile à détacher et à fendre. Quelques heures suffisent pour que les yeux deviennent flasques et mous,' après la formation de cette toile. Le célèbre Louis s’exprime -ainsi à roecasion de. îces altérations « La perte du brillant des yeux et delà toile glaireuse ne sont point-des signes certains de la mort, car on re-: marque que fiés yeux se ternissent dans plusieurs occasions, et j ni "souvent vu: un enduit de matière glaireuse sur la cornée d'ans' certaines maladies des paupières. Mais les yeux des morts deviennent flasques et mous en fort peu d heures-; il n y a aucune' révolution dans le corps humain vivant qui soit capable d’opérer un pareil changement. Le signe est vraiment caractéristique , et j ose le donner pour indubitable. L’affaissement et
îâ mollesse des yeux dispensera d’attendre la putréfac-^ tion. « (Œuvres diverses de chirurgie, lettrQ^
de la Cerdtude'des signes de la mort, -page iSp.)
Nous admettronsavec cet auteur que dans Beaucoup de circonstances la flaccidité des yeux est un phêridi mène cadavérique; mais nous ne partagerons pas son opinion lorsqu’il veut faire regarder ce signe conime caractéristique de la mort: en effet, on sait que des personnes asphyidéès dont les yeux étaient flasques, enfoncés et recouverts d’une toile glaireuse, ont été rappelées à la vie ; que chez d’autres qui avaient succomhé à une apoplexie ; -à l’asphyxie par la vapeur du charbon , ces organes coriservaient leur brillant et leur intégrité long-temps après la mort. Il pourrait mérité arriver que les yeux dés cadavres qui d’abord auraient été affaissés et ternis, dévinssent éclatants et plus vor lumineux au bout de quelques hepres ou de quelques jours; ce phénomènè, dont Louis n’â pasféitméhtiohy tient à l’accumulation du sang après la mdrr dâus tès cavités droites du cœur , et à sou refouleihe'ht vers les veines de la tête , de la Êicé et de l’cez'/y parce qUe rés-' tomac a été distendu par dés gaz et a poussé' le'dià-^ phragraé de bas en haut;. ' i i
6® L’immobiliîér da corps.: Qn sait^ que les diversés. parties d’un èadavré ébandoniiééé à elles-mêmes cèdéMy à leur propre poids et retombeiït lorsqu’on lés’%ôS.-^ lève ; aussi la pointe du pied est-elle tournée én debBI^S®' la mâchoire iîiféiaéure est pendante, etc. Le trâ’iiâ^hPlf"' des matières âliméntaires et même des vers qui étâièWé" contenus dans rèstomac jusque dans la bouche , dâha la trachée-artère et dans les bronches; l’éxpulsion des
matières fécales gar l’anus 3, loin de prouver la contraction de l’estprnac ^ de l’œsophagP et des intestins , annoncent le relâchement et rimmphilitë de ces parties, puisqu’ils dépendent d’un effetmécanique, savoir delà pression, exercée par les ga2s qui distendent l’abdomen sur ces. organes. Toutefois, il ne serait pas exact de dire que les. cadavres ne présentent aucun indice de contraction; la contractilité musculaire ne cesse en effet que quelques temps après la mort; elle a’éteint d’abord dans le ventricule gauche du cœur, puis dans les organes rnuseuleux, puis dans les muscles proprement dits et enfin dans l’oreillette droite -du cœur : l’utérus dans certaines circonstances n’a-t-il pas conservé cette propriété à un assez haut degré pour expulser le produit de là conception , s’il faut en croire la plupart des auteurs ?^N’a-t-on pas vu les muscles- qui meuvent les os, contractés sur le cadavre comme iis l’étaient chez l’individu vivant ? , et la mâchoire inférieure n’estelle pas qu^quefois tellement rapprochée de la supérieure après la mort , que l’on a beaucoup de peine à îa séparer^, De Haen a vu dans un cas de tétanos , la rigidité de.rp,s .maxillaire inférieur durer au moins pendant quarante-huit heures , puisqu’à cette époque il lui fuî>.iuîpossible J d en déterminer l’abaissement; Nous pourrions en.co^e ajouter que les musgles extérieurs sont suscepti]:)!^ de se contracter et dgmouvoir les os, lorsqu on |es irrite peu de temps aprùs la mort, avec instrument piquant , ou lorsqu’on les soumpt : à l’acobservede même phénodirectement un muscle,.
Oa irrite Je nprf q
Mais si d’une part l’immobilité du cadavre est soumise à un certain nombre de restrictions:, d’un autre côté on sait que dans la syncope et dans une foule de maladies, il peut y avoir abolition de tout mouvement musculaire,- il ne serait donc pas exact de vouloir distinguer la mort réelle de celle qui n’est qu’apparente, à l’aide de ce seul caractère.
7 D^aut de mouvement de la mâchoire inférieure que Von a abaissée. Si la mort n’est qu’apparente , dit Bruhier, et que Ton abaisse la mâchoire inférieure, elle ne reste point dans la situation qu’on lui a fait prendre, et se rapproche spontanément de la supérieure. (De l’incertitude des signes de la mort. ) Ce caractère , regardé par des savans recommandables , comme ayant beaucoup de valeur, est loin de pouvoir être considéré comme tel : non-seulement il est impossible de le constater dans certains cas, parce qu’on ne peut pas abaisser l’os maxillaire inférieur qui a été luxé, ou parce que la bouche est restée béante par suite de la paralysie des adducteurs ou du spasme des abducteurs, mais encoi-e en supposant que l’on parvînt à déterminer l’abaissement, ne pourrait-il pas se faire que le rapprochement des deux os eût lieu en vertu d’un reste de contractilité dont seraient doués les muscles crotaphyte et masseter , comme nous l’avons dit en parlant de l’immobilité du cadavre.
8° Défaut d'‘ action des organes des sens et des facultés intellectuelles. Il suffira de dire que dans les affections comateuses et dans un très-grand nombre de névroses, il y a abolition de l’exercice des sens et de ces facultés , pour que l on n attache aucune importance à ce signe;
9° Absence de la circulation'^t de la respiration. S’il était toujours facile de reconnaître que ces deux fonctions ne s’exécutent plus, et si leur exercice ne pou- \aitêire suspendu dans certaines maladies, telles que la syncope et l’asphyxie, on aurait raison de regarder te caiactere comme un des plus propres à résoudre le problème qui nous occupe ; mais il n’en est pas ainsi ; nous verrons bientôt combien les épreuves proposées pour juger s’il y a absence :d;e circulation et de respiration sont insuffisantes dans certains cas, et l’on sait d’une manière péremptoire, que plusieurs personnes chez lesquelles il y avait suspension de ces deux fonctions, Ont été rappelées a la vie Haller et plusieurs autres auteurs ont cfté meme des exemples d’individus qui pouvaient suspendre à volonté les mouvemens circulatoires et respiratoires.
La trigidUé des membres, La raideur des membres: a été; regardée parle célèbre Louis comme un signe de l’anéantissement de l’action vitale. Voici comment il s’exprime dans sa quatrième lettre page 119, (ouvrage cité) : «Des recherches fai tes-avêc toute l’exactitude dont j’ai été capable , et que j’ai suivies pendant plusieurs années sans interruption , m’ont fait voir sur plus de cinq cents sujets, qu’à l’instant de la mort, c’est-à-dire au moment de laeessation absolue des mouvemens qui animent la machine du corps humain , les articulations commencent à devenir raides , même avant la diminution de la chaleur naturelle : il résulte de cette remarque , que la flexibilité- des membres est un des principaux signes par lesquels on peut juger qu’une personhe n’est pas morte, quoiqu’elle ne donne
d’ailleurs aucun signe dè vie.» Cette assertion , appuyée d’un asséz grand! nombre de faits, na pas empêché Mahon et quelques autres médecins de ‘déclarer depuis , que la raideur des membres était un signé incertain dé la mort. Nous devons à Nysteii une suite d’observatibns sür là tigidité , d’autant plus intéressantes qu’ellés nous paraissent avoir décidé la question. {F. Recbercbes de physiologie et de chimie pathologique , page 384. Paris i8i ï.) Ces observations ont pour objet, 1° la raideur considérée sous le rapport du phénomène lui-même, et des circonstances qui en font varier la force et la duree 5 2° le siège et la causé dë cette raideur ; 3® enfin les caractères qui la distinguent de celle que l’on remarque quelquefois chez le vivant.
Rigidité considérée sous le rapport du phénomène liiimênie; circonstances qui en fontrvarier la forcé et la durée, Si l’on en excepte les os , tous les tissus du corps humain éprouvent un relâchement marqué après la mort : ainsi la peau est flasque et paraît- amincie; le tissu cellulaire soUs-cutané est moins consistant; lés muscles ont moins de fermeté que péndant leur inaction chez le vivànt; léürs fibres se déchirent sans peine , le cceùr,lé cërvéàù, la râte et là plupart des viscères sont moùs ét affaissés. A cè relâchement succède la rigidité désignée Sous le nom de badavérîque , phénomène constant de là rriortj qui h’à été nié que parce qu’On avait observé' les cadavres à une^époque trop rapprocbéé oü trop éloignée de celle où là mortùvait eu lieu; c’est à c'etté rigidité qu’il faut'attribüèr l’inflexibilité des metnbres , la résistance qué l’on éprouvé lorsqu’on veut leur donner une autre diiéclioù , f ésis-
tan'ceasse^z marquée danscertains cas pour qu’on puisse soulever le çaclavre tout d’une pièce en saisissant une de ses extrémités.
La rigidité cadavérique commence toujours par le tronc et le cou, d’où elle s’étend aux membres thorachiqiles , puis aux membres abdominaux. Elle suit la même marche en se dissipant , en sorte que les extrémités inférieures peuvent être raides plusieurs heures après que les autres parties ont repris leur souplesse.
Plus la rigidité, tarde à se manifester après la mort , plus sa* durée est considérable , et versa. Nysten
ne l’a vué cesser complètement qu’au bout de six à sept jours chez des individus d’une constitution athlétique, où elle n’avait commencé que seize ou dix-huit heures après la mort.
Le genre de mort étant le même, la rigidité est plus forte et dure d’autant plus que le système musculaire est plus développé et a éprouvé moins d’altération.
Elle est très-forte après la mort produite par les gastro - entérites aiguës , les poisons narcotiques et corrosifs , et par l’inspiration des gaz délétères qui ne portent aucune atteinte à la contractilité, comme le chlore, l’ammoniaque, le deutqxyde d’azote. Sa durée est moindre et elle est moins forte à la suite des maladies longues , comme le scorbut, le cancer de l’estomac , la ca,chexie , l’inspiration dû gaz acide hydrosulfurique , et dans tous les cas où l’épuisement est considérable et le système musculaire affaibli; il n’est pas rare alors de la voir se manifester peu de temps après la mort, pour se dissiper au bout de deux ou trois heures. Dans les cadavres des individus qui ont
succombé à l’apoplexie , elle est aussi forte du côté qui a été hémiplégié, que de l’autre.
Elle commence au moment où la chaleur 'vitale paraît s éteindre ^ d’où il résulte, i® que le moment de son apparition peut être retardé en plongeant le cadavre, dans un bain tiède ou en l’enveloppant de couvertures ; 2° que dans les cas d’asphyxie par la vapeur du charbon, par strangulation, etc., où la chaleur se conserve pendant plusieurs heures, elle doit tarder beaucoup à se manifester.
On cite toutefois des exemples de morts subites où la rigidité arrive en quelque sorte immédiatement après la mort, et lorsque le corps est encore chaud.
De causis et sedibus morborum. )
Dès que la raideur a commencé, les muscles cessent de pouvoir etre stimulés par les agens extérieurs.
La putréfaction ne se développe dans les parties raides que lorsqu elles ont repris leur souplesse j la durée de la rigidité sera denc moindre dans un air humide à 18*^ ou 20°, th. R., que dans un air sec et froid , parce que le premier hâte la putréfaction , tandis qu elle n’a pas lieu sous l’influence de l’autre 5 toutefois si la température était assez basse pour congeler les liquides, la raideur cesserait au moment où les glaçons se hquéfieraient, tandis que les mêmes cadavres auraient conservé la rigidité pendant plus long-temps dans un air pluss chaud.
Rigidité considérée sous le rapport de son siège et- de la cause. Le siège de la rigidité est exclusivement dans les muscles, suivant Nysten : en effet, elle cesse dès qu on les coupe, tandis qu’on ne la fait pas dispairaître
«ti coupant la peau, les ligamens latéraux des articulations ou les capsules synoviales. Quant à \2L.caiise, elle est rapportée par le même auteur à la contractilité musculaire, qui, à la vérité, est très-affàibiie ; il ne pense pas qu’on puisse faire dépendre ce phénomène d’une propriété physique. — « On ne peut donc pas prononcer, dit Nysten , qüe la vie organique n’existe . plus dans les muscles , lorsqu’elle cesse de se manifester à nos yeux par des mouvemens sensibles /et il me semble qu’on doit à cet égard distinguer deux temps dans les phénomènes vitaux qui persistent après la mort : celui où la chaleur 'vitale existe encore
sensibloment, et où les organes musculaires conservent la' faculté d’exercer des contractions très-marquées sous l’influence des stimulans : ce temps est celui de la souplesse qui précédé la raideur r 2® celui où la chaleur 'vitale paraît anéantie, où les mouvemens cessent d’être apparens, où la vie, sur le point de s’éteindre, semble se réfugier dans les muscles , et y détermine le spasme qui constitue la raideur. (Ouvr. cité , p. 402.)
Caractères qui distinguent la rigidité cadavérique, de celle que Von remarque quelquefois chez le 'vivant. L’inflammation du cerveau et de ses membranes , l’apoplexie , le tétanos, et d’autres maladies convulsives, l’asphyxie, la congélation, etc., donnent quelquefois lieu pendant la vie à une roideur que l’on serait tenté de confondre, au premier abord, avec la rigidité cadavérique. Voici les caractères propres à faire- éviter toute méprise.
Lorsque la roideur est un symptôme d’une affection nerveuse, de V inflammation du cerveau ou de ses mem-
branes, elle précède toujours la mort apparente^ et le corps Conserve une chaleur sensible au thermomètre • reconnaissant pour cause un état convulsif des muscles où elle-réëidè , ^e es^ tres-forte • et'si l’on parvient à imprimer aü membre Un mouvement quelconque; il retourne promptement, et souvent avéc violence, à la direction’ qu’il- affectait avant d’avoir été forcé. Si l’individu siiccdnibiè, la rôidéur convulsive persister encore pendant une heure ou deux : la chaleur se dissipe par dégrùs, et la rigidité cadavérique éomnnence dès qùé le cadavre est refroidi. Ces considérations doivent suffire pour distinguer la roideur convulsive , de celle qui est le résultat de la mort; en effét,Jcette dernière a dû être précédée des signes de la mort, - elle n’a dû se montrer qu’après l’extinction' de- la chaleur vitale;' et si on a employé une force suffisante pour la faire cesser, elle ne reparaît plus quand on abandonne le membre" à lui - même. Avouons toutefois qu’il est des circonstances où l’on pourrait être induit en erreur, si bn se bornait à un 'examen superficiel : que l’on suppose, par exemple, un cas de syncope produite par une affection morale vrvb, par ûhe sàignée, etc.; lesfbnctiôns intellectuelles
lar fespifation et- la circulation commenceront par être
suspenduès, le corps paraîtra d’abord plus chaud et ne t^dera^pas à se refoidir ; peu dé «temps après les membres deviendront roides; là mort apparenté semble^t-elle pas précéder ici le refroidisSemeùf et fa
rigidité? Iffaut alors examiner attentivement la maniéré dont les phénomènes se succèdent; éÙ éffeV, la suppression des fonctions dont nous avons pari est
presque immédiatement suivie de la roideur qui est portée de suite au plus haut degré , et le tronc conserve une chaleur sensible pendant que les membres sont rigides; telle n’est pas la marché de la roideur cada^ vérique : non-seulement les fonctions du cerveau. du cœur et des poumons n’ont pas cessé subitement et en même temps, mais encore l’intervalle qui sépare la suspension de ces fonctions .et l’apparition de là roideur a une durée assez considérable, pendant laquelle le corps se refroidit; d’ailleurs , la rigidité cadavérique ne se développe que par degrés ; et ne parvient au plus haut d.egré d’intensité qu’au bout d’un certain temps.
La roideur qui accoinpagne quelquefois Yasph^scie pourrait également en imposer, -bi l’asphyxie a eu lieu depuis quelques minutes seulement , QU peut hardiment conclure que la rigidité' n’est point cadavérique; en effet , l’asphyxie fait périr en très-peu; de - temps ; or , il est à peu près constant que la roideur pa-davérique tarde beaucoup à se manifester quand la. mort est est donc évident que la rigidité dans ce cas symptôme de 1 asphyxie, et que la personne n’est probablement pas morte : en d’autres termes , il est diîêcile d admettre que dans, douze n quinze minutes il y fhjs ^sphyxie mort et rigidité cadavérique^
^ l’art n’esî appelé pour apprécier la na¬
ture de la roideur que long-temps après l’accident^ ou ^’il manque de renseignemens sur l’heure à laquelle la maladie s est manifestée, il tâchera de découvrir quell^-' ^ 4^ cause de cette affection : sll apprend qu’elle a
été produite par des gaz non respirables , ou par la strangulation , et que le corps soit froid , il pourra conclure
queja; rigidité est cadavérique, parce qu on sait que d,ans ces sortess^ d’asphyxie la chaleur du corps est enscore trèsrmarquée au bout de douze heures, et qu’il est impossible' d’admétiré ;qii’uné personne puisse : être rappeléev à. la vie apres douze .heures d’asphyxie. On aurait rtort de’ 'négliger dans ce cas l’expérience dont nouà avons Mit mention en pariant de la roideur convulsive, ' et qiiî coiasi sfer.â chan ger brusquemen t la pp-
sitipn.'du iaembrerigïde (iyôyeé page 474-)5 moyen devrait :én.eoèe.' : être . nd«. en usage dans le . cas ;d!asphyxie .par: submersion.' ; ^ -
.-:cJLa raideur qui "est le résultat de la congélation; pendant la vie, .sera facilement distinguée de la rigidité cadaivéï’iqjie j.^arcé: qu’on saura: que l’individu a été soumis . à l’action :d’ un : froid intense ; iparce que la peau,, les glandes, ies ihamelies et rabdomen seront Hgides, tandis qu’ils présentent un Certain degré de soùplésse dans la rigidité cadavériqné j parce qu’enfin eh déplaçant les membres congelés on entendra un bruit semblable au. cri. de X étain, produit par la fracture des pétits:glaçons. ’
hes détaih dans lesquels nous venons d’entrer prouvent dès qu’il n’èst point permis, de confondre la roidëur, qurést le résultat de la mort, avec celle qui survient quelquefois chez le vivant, qu’elle doit être regardée Cbmmé un des signes les plus certains pour distinguer la mort réelle de là mort apparente , surtout si les muscles affectés de cette rigidité , soumis àd’influencede la pile électrique, ne donnent aucune marque de sensibilité.