QUARANTE-DEUXIÈME LEÇON
Blessures des extrémités. C’est à tort que l’on a considéré les blessures des extrémités comme n’jétant jamais mortelles, parce qu’elles n’intéressent point des organes essentiels à la vie ^ l’expérience prouve , que si plusieurs de ces lésions guérissent avec facilité , il , en est d’autres qui sont fort graves et promptement' mortelles , malgré les secours de l’art les mieux çom- binés et les plus efficaces : de là la nécessité de^ les . examiner séparément.
Parmi les blessures des extrémités , il en est qui entraînent nécessairement la perte- d^une partie ou de ^ la 'totalité d’un membre; tantôt celui-ci est emporté., en entier, ou presque complètement, comme on le voit lorsqu’un boulet frappe perpendiculairement-sur r luij alors l’amputation est indispensable, de l’aveu des, meilleurs praticiens: tantôt la contusion ayant été trèsr- ; forte, les os fracassés et les parties molles considérablement délabrées, comme on l’observe dans les plaies, d’armes à ïeu, la gangrène se manifeste et fait des progrès allarmans , si on ne se hâte d’amputer le membre : la perte de 1 extrémité dans ces deux cas , est une affection très-grave , parce qu’elle est souvent suivie de la mort, surtout lorsque l’amputation a été faite dans une partie peu éloignée du tronc. Les amputations des membres pratiquées , au contraire, sous des conditions favorables, doivent être ■
rangées parmi les lésions curables avec dérangement des fonctions. n =
V %isseaux sanguins des extrémités. Les lésions des gros vai^eaux artériels des extrémités sont d’autant plus dangereuses , que la partie blessée est plus près du tronc. La contusion des. grosses artères, si elle est considérable , peut produire leur rupture et Fépanchement- de sang dans les parties environnantes , ce qui; constitue Y anévrysme faux primitif y dont nous ferons bientôt connaître les dangers ;-si l’effort n’est pas assez grand pour déchirer les tuniques dès artères , il peut les affaiblir au point de favoriser plus tard le développement iYxixi ariévrysme vrai.
L’ouverture de l’artère axillaire a.vi creux de raisselle, est ordinairement suivie d’une hémorrhagie mor^ telle , à laquelle il est difficile demmédierussez promptement : toutefois , il est des cas où la ligature de ce vaisseau peut être pratiquée assez à temps pour que le: blessé guérisse en conservant lermembre. Les pro-.
grès de la chirurgie moderne prouvent l’erreur dans
laquelle étaient torab és les anciens, en soutenant une assertion contraire. MM.PostetBupuytren, dans deux cas; d’anévrysme de l’artèré axillaire, ont lié la sousclavière en dehors du scalène antérieur sur la première côte , et leurs efforts ont été couronnés de succès. La ligature de l’artère ; axillaire au-dessous de la clavicule, a été également pratiquée avec, avantage , par Ghamberlaine , dans un cas de blessure.
Les blessures de l’artète oncralé , . immédiatement' à sa sortie de l’arcade de ce nom;, ne tardent pas à faire périr le blessé d’hémorrhagie, si l’art ne vieht
promptement à son secours 5 l’observation démontre^ ppurtant qu’il est permis d’arrêter l’écoulement du sang et dé -guérir le blessé , si on se hâte de lier d’ar» tère iliaque externe en pénétrant dans la région, pelvienne. Sur vingt-deux opérations de ce genre , pratiquées dans des cas d’anévrysme ou d’hémorrhagie traumatique , quinze l’ont été avec succès ; d’où . il résulte qu’il est impossible d’admettre avec plusieurs auteurs, que Thémorrhagie de l’artère crurale, nepeut ctre arrêtée que par l’extirpation du membre dans l’article , ou par la ligature de l’artère iliaque externe ; opérations que beaucoup de chirurgiens regardaient comme inexécutables.
La blessure rie l’artère iliaque externe, nous paraît au-dessus des ressources de l’art : on sait que dans un cas d’anévrysme de ce vaisseau, Astley-Gooper fit la ligature de l’aorte ventrale, et que le malade périt^.Ce chirurgien célèbre attribua la non-réussite de l’opération , à ce que l’on avait attendu pour la pratiquer, que la tumeur anévrysmale eut acquis un trop. grand développement. Il est difficile de croire que la ligature d’un tronc artériel d’un aussi grand calibre , ne soit pas constamment suivid’accidens fâcheux et promptement mortels. , . ^
Anééry’smes traumatiques. Les suites de l’anévrysme faux primitf sont très-fâcheuses; en effet, le sang infiltré distend souvent les aponévroses , d’en yeloppe ? en sorte qu’il y a étranglement des -parties, .sous-jacentes; la putréfaction de ce 'fluide, qui ne tarde-, pas a avoir lieu, accélère le développement-de la gangrène ,; et le blesse périt par suite de cette affection, ou épuisé
par plusieurs hémorrhagies qui se sont succédées avec plus ou moins de rapidité. Get anévrysme est d’autant moins, grave , que l’artère qui en pst le siège , est plus eloignee,du tronc, quelle est plus superHcielle , qu’il y a moins de sang infiltré , et que celui-ci est moins ah tere ou-> corrompu. Il est plus redoutable qu’un anévrysme circonscrit quelconque, jion-seulement parce <in ih est ordinairement accompagné d’autres ■ lésions physiques très-graves, mais encore par .la ■compression quîéprouvent les.artères collatérales, ce qui rend difficile le transport du sang vers la partie inférieure du membre. Toutefois l’anévrysme faux primitif peut être guéri, si, à 1 aide de la compression ou de. la ligaturé, on parvient à arrêter l’écoulement du sang.
^ L anévrysme- faux consécutif est moins à: craindre , tout étant égal d’ailleurs , que l’anévrysme vrai; sa marche est moins rapide, et l’usage des moyens, eompressifs j suivi de plus de succès; d’ailleurs si on est obligé de l’opérer, dn n’a pas à redouter la. récidive de la, maladie, ce qui n arrive pas dans l’anévrysme vrai , qui s est développé sous l’influence d’une diathèse anévrysmale.
'Les 'varices anévrysmales ne donnent ordinairement lieu qu’à des incommodités légères. Hunter rapporte 1 observation dmne femme qui avait été blessée à l’artère, et dont la varice n’éprouva aucun changement pendant trentè-Cinq années que vécut la malade.' Dans certains cas néanmoins, là partie du. membre placée audessous de la y arice* peut s’atrophier et perdre.^ sensibilité et ses mouvemens , comme nous l’avons ob». sérvé une fois.
\! anévrysme variqueux moins grave que lesTanévrysmes faiix^ . primitif ou consécutif. On n’a jamais observé sa rupture spontanée^ Il est moins, faebeiax quanti la tumeur est simplement formée par la dilatation de la veine , que dans le oas où celle-ci est compliquée d’anévrysme faux circonscrit , c’est-à-dire de stagnation de sang coagulé et polypeux dans letissu cellulaire abondant et lâche qui sépare la veine de l’artère.
Blessures des veines. Les blessures des veines des extrémités sont rarement dangereuses j toutefois , l’expérience démontre que l’ouverture des veines fémorale et brachiale, près du tronc, peut déterminer la mort immédiatement , ou par suite de l’épuisement qui en est le résultat, si le blessé n’a pas été convenablement secouru. Le danger de ces plaies dépend essentiellement de la présence d’un obstacle qui empêche le sang veineux de circuler librement dans le tronc ouvert ou dans les veines environnantes : nous avons vu un jeune homme dont la veine crurale avait été ouverte près de l’arcade du même nom par un emportepièce aigu, périr d’hémorrhagie deux heures après; le chirurgien qui lui avait porté les premiers secours exerça la compression , tant sur la plaie qu’au dessus "d’elle, ce qui augmenta nécessairement l’écoulement du sang ( ce fluide étant retenu dans le membre ) ; le blessé était expirant lorsqu’il fut amené à une des salles dé l’Hôtel -Dieu confiée aux soins de M. Dupuytren.
Blessures des nerfs. Il est impossible d’admettre quune partie quelconque du corps ait été blessée sans qu’il y ait eu lésion des extrémités- épanouies des
Hérfs j parce que ceux-ci-se répandent partout : nous ne nous occuperons pourtant que des lésions par cause externe d un cordon ou d’un filet, nerveux appréciable; ce sujet a été fort bien traité dans ces derniers temps par M. Jules Deseot. ^Voyez sa Dissertation inaugurale j 1822. )■ .
Piqûre. Elle est constamment suivie -dune douleur très-vive qui se fait sentir dans toutes les parties auxquelles Fe nerf se distribue. Il arrive souvent que la blessure guérit promptement et sans accidens graves , si le blessé est doué d’une bonne constitution , s’il garde le repos , et s’il ne s’expose à aucune autre cause de maladie. Dans quelques circonstances il se développe des convulsions qui s’étendent au loin et parfois à tout le corps ; ta douleur et les mouvemens convulsifs peuvent se dissiper d’eux-mêmes ou être suivis du tétanos, de la mort ou d’une névralgie, comme le prouvent les faits suivans : Une demoiselle reçut
un coup de canif à la partie inférieure et externe de l’avant-bras , à deuxpouces environ au-dessus du poignet ; des douleurs vives , lancinantes , se manifestèrent dans l’a vant-bras, dans le poignet et jusqu’au bout des doigts; il y eut des mouvemens convulsifs dans le-bras; les mouvemens du poignet et des doigts étaient incompilèts et par fois impossibles : ces symptômes diminuaient par un temps sec et augmentaient lorsqu’il faisait froid étbumide, et lorsque les vents soufflaient du nord et du nord-ouest. Ces accidens qui paraissaient avoir cédé à l’usage des bains de Bôurbonne, reparurent avec plus d’intensité, en sorte que là inalade dépérissait de jour en jour. Après avoir tenté
inutilement plusieurs moyens, on eut recours au eais-ai tère actuel, dont trois applications successives furent faites au travers de la cicatrice 5 l’escarre ne tawia pa^ü f à se détacher , et l’on vit bientôt disparaître la névral«(j gie, qui pendant deux ans avait rendu misérabied’exié^îip tence de cette jeune personne. ( , Journal detcq
médecine, vol. X., messidor an i3^) 2°^ Une fernipeeib après avoir été saignée éprouva des convulsions' et déssb douleurs lancinantes depuis le pli du bras jusqu’IÈna l’épaule J la blessure était un peu enflammée ; il s’êtoru écoulait un fluide séreux; deux jours après on appli^iü qua un tourniquet au-dessus de la saignée , dans Ier : dessein de faire cesser les convulsions : une rémis-, i; sion des spasmes eut bientôt lieu; les raouvemens i convulsifs reparurent sans que l’on obtînt cette fois le plus léger avantage de l’emploi du tourniquet. Le ii docteur Wilson , persuadé que les accidens dépen-j i. daient de la piqûre du nerf cutané , l’incisa transver-? salement au-dessus de la lésion ; mais il n’y eut aucun amendement dans les mouveinens convulsifs : une.tr autre incision plus profonde et plus étendue fut faite ’ au-dessus de la première, et aussitôt la malade s’é-j^ r cria qu’elle était guérie : en effet, elle pût mouvoir surr le-cbamp le membre en difîérens sens; le spasme ne ; r reparut plus, et la guérison ne tarda pas à etre com- ; plète. ( Swan, Dissertation on the treatinent of morbids, r, local affections of nerves ; London , *820.) . L ;
La piqûre des nerfs a été quelquefois la cause, dui J^ développement de né'^romes ^ sortes de tumeurs im-- ;; proprement nommées ganglions, et dont on recon- naît deux variétés d’après le siège, et le volume; sst
yx)ir., le, tubercule sous ~ cutané douloureux , et les tu^
meurs !hQlurmmuses mc:imdUples : ces
variétés/ détermine des ideulèurs aiguës; qyi reviennent
par^accès, dont la duréevarie depuis dix minutes jusqu’à plus de. deux heures : il, y a quelquefois plusieurs pamxymes dans l’espaGe de vingt-quatre heures , tandis^que -chez d autrés malades^ la rémission dure pendant plusieurs semaines. La seconde variété peut-être suivie de la mort lorsque le malade ne veut pas se sou'-
mettre à l’exticpation des tumeurs. Gooch. a.. yix cette terminaison fâcheuse , parce que la tumeur avait gagné 1 aisselle et. déterminé la compression des gros vais- . seaux , des symptômes -d’hydropisie, etc.>(6î<^zér^ Manuel de. méd. pratique.
Plaies par instrument tranchant. La section complète
des nerfs par un instrument tranchant est aussitôtsuivie
d’une douleur aiguë , de l’insensibilité de la peau, et de la par^ysie des muscles auxquels le nerf se distribue. Si ,1e nerf appartient à ime partie peu mobile, ib peut survenir des accidens très-graves , mais ils s'observent beaucoup plus rarement que dans, le cas de piqûre ; presque toujours les deux bouts se réunissent et les fonctions se rétablissent promptement , si on rapproche les lèvres de la plaie et que l’on fasse garder le repos au . malade : Un homme se donne rin- coup de
■ serpette vis-à-vis la. partie inférieure du cubitus gauche; la plaie comprend , entre au très- parties, le tendon du muscle , Tartère et le nerf cubitaux situés en cet endroit : on lie les denx bouts de l’artère après avojr exercé lu compression pendant quelque temps' , ep on arrête rhémorrhagie : la réunion par première
ialtention, amena bientôt la guérison de la plaie; peH'dant les premiers jours qui suivirent raccident ' le petit doigt et une partie de l’annulaire restèrent érigourdis, et le sentiment d’abord nul, y était ensüitfe obscur, comme si le toucher avait eu lieu à travers un gant : ces symptômes se dissipèrent peu à peù, ètlè sentiment ne tarda pas à être aussi parfait que danVfe reste de la main. ( Observation communiquée pat M. Béclard. ) ■ ^
Si le nerf coupé est situé dans des parties très-iiiobiles, comme au voisinage d’une articulation, l’écàttement des deux bouts est plus considérable , et là réunion beaucoup plus lente, imparfaite, et mèrne quelquefois impossible : nous citerons pour exemple, la paralysie permanente, produite, d’après les plus célèbres chirurgiens, par la section du nerf radial à la partie inférieure du bras.
Quand il y a excision complète du nerf avec perte de substance considérable, les fonctions ne se réta-î blissent jamais, à cause de l’écartement des deux bouts du nerf. •
Contusion des nerfs. La contusion des petits filets nerveux est ixne affection légère , marquée par un engorgement inflammatoire douloureux , avéc plus ou moins de tension. Une contusion légère des gros troncs nerveux est suivie d’une douleur d’autant plus aiguë quils ont Un point d’appui solide sur les os, comme on le voit particulièrement lorsqu’on frappe le nei^ cubital à la partie interne du coude. Si la contusion est plus forte, elle donne ordinairement lieu à la perte du mouvement et du sentiment dans les parties aux-
il se distribue : cette perte est que momentanée dans certains cas : la paralysie est æu contraire audessus des ressources, de. l’art , si la percussion a été intense pour détruire rorganisation du nerf.
Des commotions et des contusions graves des nerfs sont quelquefois la suite des plaies d’armes a feu. M. Ribes rapporte qu’un militaire reçut un coup de balle à l^ ^^ppion du tiers supérieur et du tiers moyen de la région externe delà jambe ^ le projectile ne sortit qu’au bout de trois mois ; alors la plaie ne^arda pas à se cicatriser. Huit ans après , on fut obligé de couper le nerf sciatique poplitç externe , pour faire cesser des mouvemens convulsifs généraux, des douleurs atroces, un tremblement de la mâchoire inférieure, des contractions toniques fort intenses', etc. La section du nerf amena la perte du sentiment et du mouvement dans les parties où il allait se distribuer. Pendant les cinq années qui se sontécoulées depuis le moment de l’opération , le malade à encore eu six ou sept accès ; mais I on a observé que les contractions musculaires et les douleurs ont été très-faibles , le trouble infiniment moindre , les accès , en général, de très-peu de durée, et à peine semblables à ceux qui se înanifestaient avant l’opération.
La présence d’un corps étranger dans un nerf peut occasioner les accideris les plus graves. Denmark ïu.t oblige de pratiquer 1 amputation du -bras dans un cas de blessure faite par line balle de mousquet à la partie inférieure du bras f il put se convaincre qu’une -petite portion de la balle était fortement fixée dans les fibres de la partie postérieure du nerf radial.
( ôpà )
Muscles. des muscles apporte d’auta^it plus d’obstacle» à leur contraction, quelle est plu^ forte ; la douleur varie également suivant rintêns.jd§ avec laquelle agit le corps contondant. Il n’est pas r^esj lorsque la contusion a été vive , et. que les musel^ contus sont recouverts d’une forte aponévrose,,* deine pas voir paraître l’ecchymose qu’elle a détermijttéig avant que quelques jours se soient écoulés, parce^qji^ le sang s’est épanché dans le tissu des muscles oij entre ceux-ci eiAes os, et qu’il faut un certain temps pour qu’il arrive jusqu’au tissu cellulaire sous cutané. L’homme de l’art n’oubliera point cette circonstancej, que les accusés pourraient faire vedoir dans le premier moment , s’ils soutenaient que le' plaignant ,n’a,été l’objet d’aucune violence extérieure. :
Les plaies des muscles, faites par des instriunens tranchans, guérissent facilement par la situation et par un bandage approprié. Les blessures des tendons i rer gardées à tort par beaucoup d’auteurs, comme étant fort douloureuses et accompagnées de fièvre, de délire et de convulsions , ne sont ordinairement suivies que de la difficulté ou de l’impossibilité de mouvoir les parties des membres auxquels ils appartiennent. On observe que la rupture des tendons qui ont été consolides à laide d’un appareil convenable, n’entraîne point la perte des mouvemens.
Os. La contusion des os est quelquefois suivie de la carie et de la nécrose. Le danger dns/ractures varie suivant 1 âge et la consfitution du blessé , l’os ou la partie de l os qui ont été ctissés, la forme de la fracture , le nombre de ces fractures, leur simplicité ou leur
complication, la pi-omptkude ayec laquelle le malàdê a'-'été ^secouru-/ etc, La consolidation tlelos^ tout étant égal d’ailleurs ^ est plus prompte chez lés jeunes gens , et -chezr les' individus doués d’une bonne çonstitutipn, que' chez les vieillards, les personnes .Yalétudinaireà et les femmes enceintes, suivant quelques auteurs. La maladie est plus difficile à guérir, si l’os fracturé est enveloppé de muscles épais, que Iprsquil est à peine recouvert ; il en est de même quand la fracture.^ au lieu d’intéresser un seul des os de l’avant bras ou de là jambe, a son siège à la fois dans le cubitus et le rar dius , ou dans le tibia et le péroné. Silos est cassé dans sa partie moyenne la hléssüro est moins dangereuse que lorsqu’elle a lieu près de d’articulation. Quoique les fractures obliques soient plus dificiles à réduire et à maintenir que les transversales , elles ne peuvent pas être considérées comme dangereuses, si elles sont exemptes de complications Si l’os n’a été brisé qu’en deux fragmens, la fracture est beaucoup plus simple que lorsqu’il y en a plusieurs , surtout si quelques-uns d’entre eux sont pointus , susceptibles de déchirer les parties; molles, ou entièrement isolés. La fracture est beaucoup plus igrave quand il y a, eu contusion vio^ lente ou plaie , contuse des. muscles,, des nerfs, des vaisseaux sanguins ^ ; nonT-seulement ,à ;Cau$e , de l’inflammation et dé la gangrène., mais encore à raison <ie la eommotiou générale,5 JPius la réduction de la ^ fracture acte baife promptement, moins elle pré^n|e, ^ danger en général le temps exigé pour la . guérison de la. fracture est évidemment beaucoup moindre, lorsque Ip bléssé est assez docile pour me pas^se livrer à
dès mouvemens propres à déranger les appareils cpp!^ teritifs. \
Les luxations. Le danger de ces blessures est relatif ' à la nature de l’os déplacé, à l’époque à laquelle oq j a opéré la réduction , èt à la simplicité ou à la complication de la maladie. On doit ranger parmi les lé- ^ sions facilement curables les luxations de presque tous ^ les os des membres, si elles sont simples, et que leur.^ réduction, confiée à des mains habiles, ne se fasse,^ pas long-temps attendre. O’est à tort qu’on a avancé^j que le déplacement de la tête du fémur entraîne la : claudication et une démarche pénible , pa^rce que la ; réduction en est fort difficile, et qu’il se forme presque toujours une. fausse articulation ; des exemples nombreux démentent cette assertion. Le succès de la réduction dépend de la promptitude avec laquelle les secours sont administrés : lorsqu’on tarde à la pratiquer, l’articulation se tuméfie, devient douloureuse, et l’on est obligé d’attendre pour réduire; mais alors il peut se faire que des adhérences contre nature contractées entre l’extrémité de l’os déplacé et -une partie dé l’articulation, rendent cette opération impraticable, , et le blessé reste estropié. La complication de la luxa- , tion, avec dé grandes plaies contuses surtout, est fô- ; cheuse, parce que la gangrène et des convulsions sont souvent la suite des efforts tentés pour opérer la ré- ; duction , et que les blessés périssent de langueur, si ' on ne cherche pas à réduire, ou si on n’ampute pas le membre dans l’article.
Blessures des articulations. La contusion des carti- . . îages articulaires et des ligamens, à moins d’être lé-
gère, OGçasione souvent rinflaramaticm de i’grticuîation, ia iuppufation ,, la carie, et parla suite le déplacement des os. Si la percussion a été violente on a à craindre ed outre dés moiiveraens convulsifs et le spliacèle. Léa pénétrantes des articulations sont. dang;e-
reusés, par l’écoulement rde la synovie qui peut les, rendre fistuleuses, par les vives douleurs et linüammâtion qui sont la suite de l’entrée d^ lair dans 1 articulation, et par l’antylose qui les termine souvent dàîià les cas les plus heureux j cette dernière maladie est le résultat dé l’immobilité dans laquelle on a été; obligé de tenir le membre pendant long-temps, et des adhérences qui se sont établies entre les différentes parties des membranes synoviales.
Qü AB. AHTE-TROISIÈmE LEÇON.
Des blessures considérées sous le rapport dès diverses cirçonstances qui influent sur leur durée et sur leurs suites. .
Nous avons déjà fait entrevoir, en examinant la législation actuelle sur les blessures , et; en ;exposant rViiTie manière générale la marebe à suivre pour apprécier leurs dangers, que sous l’empire de certaines cou ^ ditions, la durée de ces lésions pouvait se prolonger au delà du terme qui suffit ordinairement pour les guérir , et que leurs suites pouvaient être beaucoup blus fâcheuses , ou , ce qui revient au même, que les effets des blessures n’étaient pas toujours, eu rapport
avec la cause qui les avait produites. L’exposition de ces conditions fera l’objet de ce paragraphe, et il importe d’autant plus de considérer attentivement tout ce qui s’y rapporte , que l’auteur d’une violence extérieure ne peut pas être responsable d’une foule d’effets indépetidans de cette violence, qui tiennent à des circonstances accidentelles.
Ploucquet et Mahon ont rangé les circonstances susceptibles d’aggraver les effets des blessures en deux sections: circonstances manifestes ou occultes exis¬
tant avant le moment où. la violence a été exercée; 2® circonstances survenant après l’époque où les blessures ont été faites.
Première section. Circonstances manifestes où occultes , existant avant le moment ou. la violence a été exercée. Les circonstances manifestes sont relatives à l’âge, au sexe, etc. Un coup léger pourra déterminer chez un vieillard ou chez un enfant débile des aecidens qu’il n’aurait point produits chez un adulte d’une constitution robuste et bien portant. L’avortement, une hémorrhagie utérine abondante , et d’autres aecidens fâcheux peuvent être la suite d’une contusion légère de l’abdomen, ou d une chute provoquée par un coup, si la femme était enceinte de plusieurs mois , tandis que la même violence aurait à peine occasiôné quelque dérangement si la femme eût été dans une condition opposée. Le renversement d’une personne qui ne se soutient qu’à l’aide de béquilles , à cause de la perte d un membre ou d’une maladie articulaire, peut être déterminé par un coup léger, et donner lieu à des fractures plus ou moins compliquées. La contu-
sion de certaines tumeurs à ia tête , à ia face, au
cou, etc., est quelquefois suivie d’accidens fâcheux qui ne se seraient point manifestés sous l’influence de la meme violence , sans l’existence de pareilles tumeurs. Or, dans aucun de ces cas, l’agresseur ne saurait prétexter 1 ignorance de 1 état dans lequel se trouvait le blessé, et il serait injuste de ne pas lui faire subir les
conséquences nécessaires de la blessure.
Les circonstances sont relatives à la dispo¬
sition organique du blessé. Une personne douée d’un tempérament nerveux, en proie à des affections. convulsives, peut éprouver, à la suite d’une piqûre légère, un tétanos dangereux ou d’autres accîdens nerveux dont le moindre inconvénient sera la prolongation de la maladie , parce qu’on aura été forcé de débrider la plaie et d’empêcher une prompte cicatrisation. — Une contusion médiocre détermine quelquefois chez un individu éminemment pléthorique une inflammation intense qui se termine par gangrène, malgré l’usage des antiphlogistiques les plus énergiques : la contusion aurait été guérie dans l’espace de quelques jours sans la disposition dont nous parlons „ tandis que la plaie gangréneuse se prolonge au delà de plusieurs semaines. — T Avec quelle lenteur ne verra-t-on pas mar- ^cher la cicatrisation d’un ulcère chronique produit par une légère percussion chez une personne faible, cachectique, ou dans un état scorbutique : un individu bien portant aurait à peine été retenu chez lui pendant quelques jours, à la suite d’une pareille contûsioni - Ne voit- on pas des ulcères variqueux difficilement
curables succéder à des plaies, à ^des contusions lé-
gères , par eela seul que le plaignant avait des varices aux jambes : faudra-t-il, dans ce cas, rendre l’agresseur responsable du retard qu’éprouve la guérison , et qui dépend entièrement d’une disposition organique qu’il était censé devoir ignorer? Nous pourrions en dire autant de ces suppurati.ons abondantes compliquées d’une éruption pustuleuse, qui surviennent quelquefois à la suite d’une légère violence, chez des personnes disposées aux affections dartreuses, aux phlegmasies aiguës ou chroniques de la peau, ou affectées d’une syphilis constitutionnelle. Il existe encore d’autres circonstances relatives à la constitution du blessé, qui, p.our être moins accessibles à nos sens , n’en sont pas moins réelles; on observe journellement dans les blessures en apparence les plus légères, la fièvre , des vomissemens et d'autres accidens dont l’effet constant est de prolonger la durée de la lésion , lorsqu’ils n’exposent pas les jours du blessé : dans beaucoup de cas, l’état moral de l’individu, au moment où il a été atteint et pendant la maladie, rend raison de ces épiphénomènes , puisqu’on a des exemples de morts subîtes déterminées par la joie , le chagrin , une grande frayeur, etc.; mais quelquefois l’homme de l’art serait fort embarrassé de rapporter les symptômes dont nous parlons à leur véritable cause. — Plusieurs vices de conformation occultes , et notamment celui qui consiste dans la transposition de quelques viscères ; certaines maladies organiques, dont l’agresseur pouvait tiepas avoir connaissance , comme des anévrysmes, des hernies, etc., peuvent rendre fâcheuses des blessures dont la terminaison heureuse serait arrivée au
bout de quelques jours chez des individus placés dans des conditions opposées.
Une blessure peut donc se prolonger pendant un, temps considérabe , dit M. Ghaussier, par suite des dispositions organiques que le blessé porte en luij et, toutes les fois qu’on est appelé à juger des suites d’une lésion pour cause interne, il faut faire la part de ce qui tient à la blessure d’une manière absolue, et de ce qui tient à la constitution particulière du blessé : le plus souvent sans doute, le médecin pourra être éclairé en etudiant la constitution du blessé j mais d'’abord cela suppose déjà que ce médecin est habile, et trop souvent les magistrats sont peu judicieux dans le choix qu ils font des hommes de l’art auxquels ils deman-t dent des rapports : en second lieu, il faudrait que le blessé voulût bien se prêter à l’examen qu’on fait de sa constitution propre , qu’il répondît avec franchise aux questions qui lui sont faites sur sa vie passée j et trop souvent, par sentiment de vengeance contre l’auteur de sa blessure, il dissimule tout ce qui peut venir de son fait pour charger davantage son adversaire ; en troisième lieu, le plus souvent les débats de ce genre s agitent après que le blessé est guéri, et lorsqu on n a plus sous les yeux qu’un rapport écrit , et qui presque toujours est imparfait ; enfin, il faut convenir que quelquefois rien n’annonce à l’extérieur, dans un blessé, le germe de la maladie qui va se développer en lui , et qu’on sera disposé à attribuer à la blessure , parce qu’elle coïncide avec elle. Et, eô effet, les maladies né surviennent-elles pas souvent au milieu de
Itt santé la plus parfaite en apparence? Lorsque, par exemple, un érysipèle ou une éruption cutanée quelconque éclate, n’est-ce pas souvent au milieu de la plus parfaite santé, et lorque rien n’annonçait dans l’économie le besoin de la dépuration qui va se faire? Qui peut dès lors assurer qu’un blessé dont la guérison se fait attendre plus qu’on ne pouvait raisonnablement supposer, ne se trouve pas dans cette disposition secrète? {Huard, Dissertation inaugurale, juillet 1819, -pag. 21.)
Mais tout en admettant qu’il y aurait de l’injustice à attribuer à l’agresseur toutes les conséquences de la rupture d’un anévrysme, de la lésion des viscères iraportans contenus dans les sacs herniaires, ou dans des régions du corps où ils ne se trouvent pas ordinairement, de la contusion du crâne ou de la commotion du cerveau lorsqu’il y a amincissement considérable des parois osseuses, il faut également admettre qu’il ne serait pas juste de l’excuser sous prétexte qu’il était censé ignorer l’existence de l’anévrysme, de la hernie, de la transposition des organes et de la disposition des os du crâne. N’estll pas constant, en effet, que la violence extérieure qui a produit des désordres aussi graves en raison de circonstances particulières , aurait également pu. être suivie d’accidens fâcheux sans le concours de ces circonstances? Il importe donc d’examiner attentivement les effets qui seraient résultés inévitablement de l’action de l’instrument vulnérant, si 1 individu n eut pas été placé dans des conditioxjs ni-; scxlites, établir la comparaison entre ces effets ^et ceux
qui se sont manifestés , et laisser aux magistrats le soin de tirer de cette connaissance le parti qu’ils jugeront convenable.
2 Section. Circonstances susceptibles Æ aggraver les blessures survenant apres V époque oîi celles - ci ont éU faites. K. Le climat, la saison, letat général de l’atmospbère , le lieu qu habite le malade , exercent sur la duree des blessures une influence plus ou moins -màrr quée. Cette observation avait déjà été faite par le célèbre Paré, qui s’exprime en ces termes :« De fait, qu’il nj a si petit chirurgien qui ne sçache, qu’estant l’air chaud et humide , facilement les playes dégénèrent en gangrène et pourriture. Et quant à l’expérience, ie lüÿ bailleray bien familière : c’est qu’en temps chaud et humide^ et lorsque le vent Austral souffle , les viandes pourrissent en moins de deux heures, tant soient-ellès fraisches, de façon que les bouchers en ce temps - là , ne tuent leurs bestes qu’à mesure qu’ils les vendent. Aussi n’y a-t-il doute aucune, que les corps humains ne tombent en affection contre nature quand les saisons peruertissent leurs qualitez par la mauuàise disposition de lair, dont on a veu certaines années que les navrez estoient très-difficiles à guàrir, et souuent mouroient de fort petites playes ; quèlque diligence que les médecins et chirurgiens y peussènt faire. Ce que i’ay bien remarqué au siège qui fut mis devant Rouen. Car -le vice de l’air altérait et corrompait tellement le sang et les humeurs, par l’inspiration et transpiration, que les playes en estoient rendues si pourries et puantes, qu’il en sortoit une féteur cadauéreuse. Et si d’aduanture on passoit vn iour sans les penser, on y trouuoit
le lendemain grande quantité de vers, auec vue puanteur merueilleuse, dont se leuoient vapeurs putrides, qui, par leur communication avec le cœur , causoient fièvre continue, avec le foye empeschoient la bonne génération de sang, et auec le cerueau, produisoient aliénation d’esprit, resuerie, conuulsions, vomissemens, et par conséquent la mort. »(A. Paré, livre xi, cbap. xy, pag. a84- ) ^
On lit encore dans le même ouvrage, qu’au temps de la bataille de Saint-Denis, et au siège de Rouen, pour l’indisposition et malignité de l’air, ou pour la cacochymie des corps et perturbation des humeurs , presque toutes les plaies, surtout celles faites par armes à feu , étaient mortelles : ainsi , en considérant la cotis-> titution actuelle^ nous polluions présumer que les hommes blessés étaient en danger de mort.
Nul doute qu’il ne faille admettre qu’une blessure sera aggravée, et que sa durée sera beaucoup plus considérable si le malade est placé dans une atmosphère spéciale corrompue par la gangrène d’hôpital, par le typhus , etc., et qu’il contracte ces maladies. Il est également incontestable que lorsque la lésion aura été faite pendant qu’il règne une constitution épidémique bien connue, ou à une époque -de l’année qui prédispose aux affections bilieuses , elle pourra se compliquer d’un certain nombre d’accidens propres à en prolonger la durée. Mais avouons qu’il serait bien difr ficile, dans toute autre circonstance, d’apprécier au juste l’influence que le climat, la saison et l’état général de l’atmosphère exercent sur la blessure , et de séparer les effets (çiépendans de celle-ci, de ceux
qui peuvent tenir aux circonstances dont nous par^ Ions.
B. Le traitement opposé à la blessure mérite la plus grande attention; en effet, il est une foule de lésions dont la guérison ne se fait attendre pendant plusieurs jours, que parce qu’on n’a pas employé le traitement le plus convenable : nous citerons pour exemple ixrie plaie par instrument tranchant , qui n’intéresse que la peau; la réunion par première intention tarderait à peine quelques jours a être suivie de la guérison , tandis qu’il faudra plusieurs semaines pour obtenir ee résultat, si, au lieu de rapprocher les bords, on la laisse suppurer, surtout si elle offre une certaine étendue. Dans d’autres circonstances , il ne s’agit pas simplement de ne pas avoir choisi la meilleure méthode de traitement, il y â impéritie de la part de l’homme de l’art qui a eu recours à dés moyens intempestifs et dangereux : ainsi un caillot salutaire vient boucher l’ouverture d’un vaisseau sanguin par laquelle s’était déjà écoulée une assez grande quantité de sang; le chirurgien imprévoyant détache ce caillot, soit en incisant la'» plaie, soit en là sondant, et il est même hors d état d’arrêter l’hémorrhagie qui se manifeste , et qui termine les jours du malade. Plus loin, c’est un-homme dontle fémur a été cassé, et dont la fracture n’a été ni convenablement réduite, ni niarntënüe, en sorte que le blessé est obligé de garder le lit pendant fort iong-teinps, et qu’il reste mêmè estropié. Le vice du traitement dans ces différens cas , est tellement" saillant , qu’il yr aurait de rinjnstice â rèndré î’agfèsséur passible du retard qu’a éprouvé la gué-
rison, et dont le chirurgien seul doit être responsable
C. La conduite du malade et des assistans ne saurait être examinée avec trop de soin. Dans un cas le succès de la. guérison dépend du repos et du silence le plus absolus ; dans un autre , il serait assuré si le blessé voulait supporter en temps opportun les débridemens nécessaires pour extraire un ou plusieurs corps étrangers; ailleurs il importe de suivre un régime sévère, d’éviter les travaux de l’esprit , les excès de table, et surtout des boissons alcoholiques ; d’éloigner toute cause susceptible d’affecter vivement : on sait, par exemple, que des affections nerveuses plus ou moins graves, et même la mort peuvent être la suite du saisissement, de la frayeur ou de; l’indignation qu’a éprouvés le blessé. Et si par hasard celui-ci ne veut se soumettre à aucun des préceptes dictés par la prudence et le savoir, il est évident qu’il faut attribuer à l’inobservance des règles de l’hygiène le retard qu’a éprouvé la guérison.
L appréciation du traitement qui a été opposé à la blessure, dit M. Chaussier, est donc très-importante; il faut, pour la faire équitablement, rassembler un assez grand nombre de données. 11 faudrait en queh que sorte qu on eût pu visiter le blessé chaque jour, et à des heures imprévues, de manière à ce qu’on ne put rien ignorer de sa conduite. C’est ainsi que cette indication seule du temps qu’a mis une blessure quelconque à guérir, lorsque cette indication est matière à procès criminel, devient iin problème assez délicat à résoudre. {Huard, ouvr . cité , p. 26.)
J). Les tentatives Jdites dans le dessein d' aggraver
Us blessures. On a vu des blessés appliquer de V^cide nitrique, des cantharides et d’autres caustiques sur des plaies, pour en prolonger la durée, afin d obtenir des dommages et intérêts plus considérables, ou de faire condamner l’agresseur à une peine infamante.
Il est des cas où la fraude peut être reconnut par l’inspection de la plaie; par exemple, quand on s est servi d’acide nitrique : car alors toute la surface présente une couleur jaune particulière, et le pourtour est rempli de 'pustules érysipélateuses; dans d’autres circonstances, tous les efforts sont infructueux pour découvrir l’existence matérielle du caustique, et Ion ne peut espérer de résoudre la question qu en surprenant le blessé et en le visitant à plusieurs reprises et lorsqu’il s’y attend le moins.
Nous devons, en terminant ces réflexions, jeter un coup d’œil sur une question importante qui s’y rattache naturellement : la voici. Rendra- t-on 1 agresseur responsable de tous les accidens graves, et même de la mort qui est la suite d’une blessure, si tout porte à croire que les effets de la violence extérieure n’ont été aussi funestes que par le défaut absolu de secours, ou, en d’autres termes, lorsqu’un individu n’aura pas été trépané après avoir reçu un coup sur la tête, et que cette opération pouvait 1 empêcher de périr, ou lorsque après la blessure d’un gros tronc artériel , on n’aura point pratiqué les ligatures qui pouvaient être salutaires, ou lorsque enfin on n’aura pas fait l’extraction d’un corps étranger qui aurait peut-être été suivie du plus grand succès , regardera-t-on l’agresseur comme passible de tous les désordres qui sont
survenus, voire même de la mort? La solution d’une pareille question ne saurait être donnée d’une manière générale ; cèpeudant , on peut dire que l’auteur de la violence est responsable, dans la plupart des cas , des effets delà blessure. D’abord il est difficile, pour ne pas dire impossible, de prouver que les opérations dont nous venons de faire mention , pratiquées à temps et avec méthode , auraient été suivies de la guérison • nous nous bornerons à citer à l’appui de cette assertion la ligature d’un tronc artériel considérable, de l’artère crurale , par exemple : ne voit-on pas tous les jours périr entre les mains des plus habiles chirurgiens des individus auxquels on a fait subir une pareille opération dans le dessein de guérir un anévrysme ou d’arrêter un hémorrhagie? Mais, en supposant qu’il n’en fût pas ainsi , et que l’entreprise dût toujours être couronnée de succès, on ne pourra point nier au moins, que, dans beaucoup de circonstances, la réussite dépendra de la promptitude avec laquelle on opérera : or on ne peut pas supposer que le blessé soit constamment accompagné d’un homme de l’art capable de lui donner les secours convenables. D’ailleurs, quand même cela serait, ne sait-on pas qu’il est des cas où le chirurgien le plus instruit n’ose pas entreprendre ces sortes d’opérations, parce que le diagnostic ne lui paraît pas suffisamment établi , parce qu’il espère pouvoir en éviter les suites fâcheuses, ou qu’il est persuadé qu’il n’en retirera aucun avantage.
L agresseur peut, au contraire , être déchargé d’uné partie de la responsabilité, s’il est prouvé que le défaut absolu de secours est le résultat de l’impéritie
ou d’une pusillanimité coupable du chirurgien ; si, par exemple, loin de se conformer aux préceptes de l’art les plus généralement adoptés, on a évité des débridemens nécessaires, des amputations utiles, opérations que l’expérience démontre avoir été suivies du plus' grand succès dans des cas semblables. Il en sera dë même si l’on peut établir que ces moyens salutaires ayant été proposés à temps par l’homme de 1 art , il y a eu refus formel de la part du malade ou des assistans, qui n’ont permis de les mettre en pratique que
lorsqu’ils devaient être infructueux.