‹ Leçons de médecine légale (volume 2)Chapitre 54 sur 54 · QUARANTE-QUATRIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

QUARANTE-QUATRIÈME LEÇON

Article iv. .

Des signes propres a déterminer si les blessures ont été , Jaites pendant là vie.

Lorsqu’on est appelé pour faire 1 ouverture d Un cadavre sur lequel on remarque des traces de blessures, il importe de déterminer si eelles-çi ont été faites ayant ou après la mort : cette distinction n’est pas toujours facile à établir.

Voici les résultats d’un certain nombre d’expérience?, propres à éclairer c^sujet :

Plaies par instrument tranchant. — Eccpérienee première. On a pratiqué derrière l’épaule d’un chien une incision profonde, de dix-huit à vingt lignes de long: vingt minutes après l’animal a été tué. Eoçamen de la plaie y vingt- quatre heures après la mort. Rétraction marquée des bords , qui sont éloignés 1 un de 1 autre de

huit lignes dans la partie moyenne de la plaie; celle-ci est recouverte par un caillot de sang inégalement épais adhérent à l’un des bords, qui sont à peine gonflés et sur lesquels on aperçoit plusieurs petits caillots de sang desséché; le tissu cellulaire sous-cutané est légèrement infiltré de sang noir, en partie coagulé; on trouve de semblables caillots entre les bords des muscles sous-cutanés qui ont été divisés ; du reste la rétraction de ces bords ne paraît pas plus considérable que celle des bords de la peau.

Expérience deuxieme. Une incision semblable a été faite sur la même partie d’un chien mort depuis vingt minutes. Au bout de vingt-quatre heures, on observe que la rétraction et le gonflement sont à peu prèsÆomme dans le cas précédent; qu’il y a çà et là des traces de caillots de sang desséché.sur un des bords; que le tissu cellulaire sous-cutané est légèrement infiltré de sang en partie coagulé ; mais on n’aperçoit pas, comme dans 1 expérience faite sur le chien vivant, que la plaie soit recouverte par un large caillot.

Expérience troisième. Des incisions semblables, faites^ six, huit ou dix heures après la mort, ne donnent lieu à aucun épanchement sanguin; les bords sont pâles, sons caillots; toutefois leur rétraction est aussi marquée que dans les expériences précédentes.

Piqûres. — Expérience quatrième. On a enfoncé dans le dos d un chien la pointe d’un scalpel; l’animal a été tué vingt minutes après. La piqûre, examinée le lendemain, présentait quatre lignes de long; ell^ était fermee par lin caillot de sang desséché que l’on enlevait facilement en écartant les lèvres de la plaie'; 1®

tissu cellulaire soùs-cutané était infiltré de sang noirâtre en partie coagulé; on remarquait une pareille infiltration, mais beaucoup plus légère, dans le tissu cellulaire sous-aponévrotique et dans les muscles.

Expérience cinquième. On a piqué, de la même manière, le dos d’un cliién vingt minutes après la mort, laq)laie of frait les mêmes dimensions que la précédente ; ses bords étaient libres et sans caillots; le tissu cellulaire sous-cutané était légèrement infiltré de sang en partie coagulé.

’ Contusions. Expérience sixième. Gn a appliqué un violent coup de bâton à la cuisse d’un chien vivant, que l’on a tué vingt minutes après : à l’ouverture du cadavre, faite le lendemain, on a vu que le tissu cellulaire sous-cutané, correspondant à la partie frappée, était infiltré de sang dans l’étendue de deux pouces et demi environ ; la largeur de cette ecchymose était d’un demi-pouce, comme celle du bâton; le derme ne paraissait pas altéré ; le tissu cellulaire intermusculaire était légèrement infiltré de sang, en partie coagulé, jusque dans les faisceaux musculeux les plus profonds.

Expérience septième. La cuisse d’un chien mort depuis vingt minutes, ayant été frappée, de plusieurs coups du même bâton , n’a présenté aucune infiltration de sang, quoique le fémur eût été Cassé éri- plusieurs frâgmens. ' .

Plaies <P armes a; feu. ■ — Expériejzëe Huitième: ^'n- ^ tiré à botit portant un coup de «pistolet suûla partie latérale droité dii thérax d’un chien; voyant que ï’ânimal n’était pas môrt au bout de vingt minjuteS,' éin: La tué en lui enfonçant un stylet dans la moelle épinière.

Examen dii cadavre, au bout de vingt-quatre heures. La peau est nettement perforée par la balle , comme si elle avait été enlevée avec un emporte-pièce ; les poils sont renversés dans la plaie , dont l’ouverture est en partie fermée par un caillot; la peau des environs est sèche, noire et amincie ; on trouve à peine du sang épanché entre la peau et le muscle peaucier; le tissu cellulaire sous-cutané est légèrement infiltré de sang en partie caillé : les muscles sont perforés comme avec un em-^ porte-pièce dans une étendue semblable à celle du diamètre de la balle; tout autour de l’ouverture musculaire, on voit une croûte noire formée par du sang coao'ulé; du reste il y a à peine du sang infiltré dans le tissu de ces muscles ; le tissu cellulaire qui sépare les diverses couches des muscles correspondans à la partie lésée est le siège d'une infiltration sanguine; le côté droit de la poitrine contient une grande quantité de sang épanché et coagulé. Le poumon est percé à la partie postérieure de son lobe inférieur ; les bords de cette ouverture sont gqnflés, et l’on voit çà et là des caillots de sang noirâtre. La cavité gauche de la poitrine renferme du sang fluide et coagulé. L’ouverture de sortie de la balle est un peu au-dessous du sommet du cœur; elle offre à peu près les mêmes dimensions que celle par laquelle la balle a pénétré dans le thorax, mais les poils ne sont pas renversés en dedans : les muscles sous-jacens et le tissu cellulaire qui les sépare sont infiltrés de sang; l’infiltration sanguine du tissu cellulaire sous-cutané a beaucoup plus d’étendue que dans l’autre ouverture.

Expérience neuvième. On a tiré à bout portant un

coup de pistolet sur la partie latérale droite d’un chien mort depuis vingt minutes. Examen du cadat^re quatre heures après. La plaie et les parties environnantes sont noires 5 les poils sont brûlés; rouverture de la peau, de la largeur de la balle, est fermée par 1 épiderme; la peau est dure et raccornie comme du cuir, dans une étendue égale à celle d’une pièce de 2 francs^ le tissu cellulaire sous-cutané est infiltré de sang coagulé ; le muscle grand dorsal est perforé comme dans la plaie précédente ; le tis^u cellulaire qui sépare les muscles sous-jacens est également le siège d’une légère infiltration; il y a du sang épanché dans le côté droit de la poitrine. Le ventricule gauche du cœur est ouvert et déchiré : les bords delà déchirure sont durs, confme racornis; il n’y a pas d’ouverture de sortie.

Expérience dixième. On a recommencé rexpérienee précédente sur un chien mort depuis six heures': la plaie était légèrement noirâtre à la circonférence; les poils étaient renversés en dedans; il n y avait aucune trace d infiltration sanguine. La balle^ après avoir traversé le foie, s’est arrêtée dans le tissu cellulaire souscutané du côté oppQsé qui n’était pas non plus infiltré : il y avait du sang épanché dans le tissu du foie.

Il résulte de ces expériences et de plusieurs autres que nous ne croyons pas devoir rapporter , 1° qu’il est impossible de confondre les blessures faites peu de temps avant la mort, avec celles qui ont été faités plusieurs heures après, parce que dans ces dernières , les lèvres de la division dont la rétraction peut être assez considérable, sont pâles, sans gonflement et sans aucune trace de caillot adhérent à leur surface; d’ailleurs il n’j

a point d’infiltration sanguine dans les aréoles du tissu cellulaire environnant , à moins que l’instrument vulnérant n’ait atteint un tronc veineux considérablea® qu’il est quelquefois difficile de distinguer si les blessures ont été faites peu de temps avant ou après la mort, parce que dans l’un et l’autre cas il pourra y avoir du sang infiltré dans le tissu cellulaire environnant', que les bords des plaies pourront offrir des caillots de sang plus ou moins adhérons, que leur gonflement et leur rétraction seront à peu près les mêmes : à la vérité, on remarque, dans beaucoup de circonstances , que les caillots sont plus nombreux, plus volumineux et plus adhérons aux bords , et que l’infiltration sanguine est plus considérable, lorsque la blessure a été faite peu de temps avant la mort, que dans l’autre cas ; 3° qu il est facile de distinguer les violences exercées sur des cadavres , des blessures faites plusieurs jours avantla mort : il suffit, pour cela , de connaître la marche que suit la nature dans la cicatrisation des plaies et dans la guérison des contusions; nous croyons pouvoir nous dispenser de rappeler les divers caractères que présentent alors les parties lésées.

Brûlures. Nous en avons parlé à l’occasion de l’infanticide.

Article V.

Des signes qui peuvent faire distinguer si les blessures sont le résultat d’un accident, d’un meurtre ou du suicide.

Les magistrats parviennent souvent à résoudre ce problème sans lé secours de l’homme de l’art; ils ba-

sent leur jugement sur l’état des lieux où le cadavre a été trouvé, sur la situation du corps , sur la position de ses membres , sur le désordre des vêtemens, sur les objets qui entourent le cadavre, sur la quantité de sang répandu à terre et sur les vêtemens , sur la pi’ésence d’un instrument vulnérant dans le voisinage du blessé , sur son état de démence , sur les haines et les inimitiés, et particulièrement sur la déposition des témoin So Toutefois il serait difficile que les ministres de la justice parvinssent à décider la question dans un très-grand nombre de cas, s’ils n’étaient éclairés par les rapports des médecins. Il faut donc étudier attentivement les circonstances qui doivent servir de base à ces rapports.

1° On examinera si le corps présente des signes de violence.. S’il est vrai qu’une personne peut être assassinée sans avoir opposé la moindre défense, parce qu’elle était endormie, quelle a été prise au dépourvu, ou qu’elle a été assaillie par plusieurs assassins , il est incontestable que dans tout autre cas elle aura pu se débattre pour chercher à éviter le coup, et la lutte qui aura précédé l’assassinat pourra être marquée par des meurtrissures sur différentes parties du corps, par des signes d’étranglement avec les mains ou avec un lien quelconque , par le dérangement de la coifftire , l’arrachement des cheveux, etc. L’homme de l’art déterminera d’abord si les violences dont il s’agit ont été faites pendant la vie ou après la mort , puis il cherchera à reconnaître si elles ne seraient pas le résultat naturel de la chute de l’individu, du haut d’un rocher, etc. ( page 718. )

a® On notera la situation de la blessure , sa nature , sa profondeur et sa direction. Situation. Il est assez ordinaire de voir les personnes qui veulent se suicider porter l’instrument pi qtiant ou tranchant dont elles font usage vers la partie antérieure ou latérale du tronc, tandis que pour les armes à feu elles choisissent assez souvent la bouche, le dessous du menton , le conduit auditif, l’orbite, le front, les parties latérales ou antérieure du thorax : rarement le suicide dirige l’instrument meurtrier vers la partie postérieure du corps. Les auteurs de médecine légale établissent en parlant de la situation des blessures , qu'il est certaines régions de cette partie que ne saurait atteindre l’homme qui veut se tuer, et que rexistence de plaies dans ces régions atteste l’homicide. « On ne peut considérer en général, dit H. Fodéré, comme un effet du suicide des blessures placées sur la face postérieure ou latérale de la tête et. du tronc , et sur les membres. » (Médecine légale, tom. 3, pag. i86, édition de i8i3.) Cette assertion ne nous paraît pas exacte, car il n’est aucune de ces parties que l’on ne puisse atteindre soimême avec l’une ou avec l’autre main , et à plus forte raison lorsque celle-ci est armée d’un instrument vidnérant : ce que l’on aurait pu dire, c’est que la situation et la direction de certaines blessures de la partie postérieure du tronc sont quelquefois telles , qu’il est impossible qu’elles soient l’œuvre du suicide; en effet, ici tout dépend de la direction de la plaie ; qu’on la suppose différente de ce qu’elle est et l’on verra qu elle peut bien avoir été faite par la personne qui a voulu se suicider. On sentira donc facilement

rimportançe dans des cas de ce genre, de remettre l’instrument vulnérant successivement dans les deux mains du cadavre , de l’amener jusqu’à la plaie afin de jauger s’il y a eu suicide ou homicide. Nature de la hlessure. L’expérience prouve que la plupart des individus qui veulent attenter à leurs jours par le moyen des blessures, emploient les armes à feu, ouïes instrumens tranchans et piquans, soit pour pénétrer dans les cavités thorachique et abdominale , soit pour ouvrir des vaisseaux sanguins considérables, parce qu’ils regardent ces lésions comme devant amener nécessairement une mort prompte ; ils se gardent bien d« faire usage d’instrumens contondans, dont l’effet ne leur paraît ni assez prompt ni assez sûr. La profondeur de la blessure peut dans des circonstances, à la vérité fort rares, faire soupçonner l’homicide plutôt que le suicide, parce qu’il est permis de supposer d’après la situation et la direction àe certaines plaies , qu’elles n’auraient pas pu être aussi profondes s’il n’y avait pas evi aiSS3LS,&\nsil. Direction des blessures. On observe assez généralement dans le suicide, que les plaies faites par un instrument piquant sont dirigées obliquement de droite à gauche , et de haut en bas , tandis que celles qui sont produites par un insti-ument tranchant se dirigent ordinairenient dé gauche à droite , transversalement ou obliquement , de haut en bas ou de bas en haut : toutefois on remarque à cet égard une foule de variétés provenant de la longueur de l’instrument et de la manière dont il est tenu. La direction serait nécèssairement l’inverse de celle que nous venons de décrire, si l’individu qui veut se suicider était gaucher.

Le premier devoir de l’homme de l’art dans des questions de ce genre, est de comparer la forme delà plaie à l’instrument que l’on présume avoir été employé ; après en avoir arméia main du cadavre et avoir amené le bras vis-à-vis de la blessure; il déterminera si l’espace qu’il a parcouru dans une direction donnée, est en rapport avec la longueur du bras et avec la direction que la main a dû suivre pour porter le coup; s’il nen est pas ainsi, il remettra l’arme meurtrière dans l’autre main.

3° On aura égard au nombre des blessures. Il est assez ordinaire de n’observer sur les cadavres des suicidés qu’une seule blessure , celle qui a déterminé la mort. Il arrive cependant quelquefois le contraire : la personne qui veut mettre un terme à son existence commence par porter atteinte à des parties dont la lésion est mortelle, ou qui, d’après un préjugé vulgaire, passe pour telle; néanmoins elle ne périt point : alors elle a recours à des moyens infaillibles , et succombe. Nul doute que dans le cas d’homicide il ne puisse y avoir aussi , outre la blessure qui a occasjpné la mort, des lésions de quelques autres parties du corps; mais ces lésions peuvent très-bien ne pas occuper les régions du corps dont les blessures sont mortelles, ou passent pour Fêtre.

Les auteurs de Médecine légale regardent comme une preuve d’homicide l’existence de, deux , trois ou quatre blessures mortelles , parce qu’il est impossible d’admettre que le suicide ait la force de se blesser mortellement , lorsqu’il s’est déjà fait une blessure mor telle. Cette assertion énoncée d’une manière aussi

vague peut donner lieu à dé furiestOs erreurs c: sans doute, il y a impossibilité dé sé porter aïeux ocoups. mortels , si 1 on périt ùnThédîàiémerit^ du premier; mais si la première bléssure, quelque grayé qu’on la suppose, ne détermine la mort-qivauqjput d’une, dé déux ou d’un plus grand nombre de le blessé peut attenter de nouveau à ses jours et léser un organe dont la blessure Soit également mortellg^ L’exemple suivant mettra cette vérité hors de doute. Il y a à peine quelques mois que M. G***, habitant dé Rouen, fut trouvé mort dans sa. chambre , où l’on voyait deux pistolets , l’un auprès du cadavre , et l’autre dans le Ht qui en était à peu près éloigne de six pas. L’enquête faite â i’instant-même prouva d’une manière, évidente que ée malheureux jeune homme s’étaitporté un premier coup depistolet dans son lit, et que la. blessurë qui avait été faite à la partie gauche de la poitrine , avait brisé deux côtes , Fune en avant , l’autre en arrière ; le poumon avait été perforé par la balle, dans sa partie moyenne , près des veînes pulmonaires : une quantité considérable de sang était épanchée dans le thorax. Malgré rexistencé dHme blessure aussi grave, M, se leva pour aller chercher un autre pistolet dans une armoire, et se porta un second coup au front ; la balle pénétra dans le ventricule latéial gauche du cerveau, et s’arrêta Sur Fos occipital : le blessé mourut sur-leçhamp. Les liommes de l’art et les ministres de la justicefurent téllemènt convaincus qu’il y ayaiteu suicide, qu Q.n n eut^poînt l’idée de faire la moindre poursuite.

( Observation ibbmmuniquée par le. docteur Vingtrinier , médeéin à Rouen .) .

Admettrons-nous, avec M- Fodéré, « que celui qui s’est tué dans son désespoir, conserve encore quelque temps après l’attitude convulsive que ses membres avaient prise pour le seconder dans son entreprise. Par reils à ces guerriers dont nous parle le Tasse et l’Arioste, qui épouvantaient encore après avoir expiré , le suicide a l’œil hagard, les muscles du visage tendus, les sourcils froncés; et cette physionomie lui reste jusqu’à ce que se soient entièrement retirés les derniers rayons de chaleur vitale. Celui-là , au ctmtraire , qui est vic: time d’un assassinat, porte sur la physionomie , à moins qu’il ne se soit défendu, l’empreinte de l’épouvante, la pâleur de la mort, le relâchement parfait. » (Tome 3, page 187, ouvrage cite.) Il suffit d’avoir examiné quelques cadavres d’individus morts à la suite de blessures, pour apprécier de pareils caractères à leur juste valeur.

Il peut arriver que l’agresseur cherche à s’excuser en disant que la gravité de la blessure ne saurait lui être imputée, parce que le blessé s’est précipité luimême sur l’arme.' Ici le médecin aurait à comparer la stature respective des deux individus, et à déterminer si la direction de la .blessure correspond à celle qu’elle aurait eue , si les choses s’étaient passées comme l’indique l’assassin soupçonné. '

La question qui nous occupe doit encore être considérée sous un point de vue fort important : le voici. On trouve un cadavre au fond d’un puits, d’une rivière^ au pied d’un rocher, d’une montagne, d’un endroit escarpe , au bas d un précipice ; il s’agit de reconnaître si t individu était 'v.iv ant ou mort au moment de la cliitt& y:

et s’il était vivant, de déterminer s il s’est jeté 'volontairement de haut en bas ^ ou s’il a été poussé.

On pourra supposer qu’une personne était morte au moment de la chute, <si on découvre des; traces non équivoques d’étranglement , de plaies .rég^lières faites par des instruraens tranchans ou piquans , ou par des armes à feu,. et si l’on peut établir que ces blessures existaient avant la mort. {Foyez page ^07 . ) Ici tout annonce que la personne a été assassinée , et que pour faire prendre le èhange , le meurtrier a jeté le cadavre de haut en bas; sans doute que le corps mort pourra offrir des déchirures et d’autres blessures qui seront le résultat des inégalités , des saillies , des pointes contre lesquelles il aura pu hèurter pendant la chute., ou de récrasement opéré par les pierres qui auro-nt roulé en même temps que lui; mais ees blessures irrégulières comme les corps qui les ont produites, ne présenteront. âucuh des caractères que l’on remarque dans celles' qui Ont été faites avant la mort.

Si la personne :a été assassinée par l’un des moyens énOndéâ, éi que; la blessure n’ait pas été mortelle surle-champ^ il pourrait se faire que l’individu fût en», core vivant au moment où il a été précipité : dans cé cas on trouverait j outre les marques d’une lésion régulière faite par une corde , les mains ,nh sabre , un poignard, un pistolét, etc. , des contusions, des déchirures., des fractures , des blessures irrégulières et trèsétè n dues , dont quelques’run es auraient été -faites pendant la vie et d’autres, après la mort, et qui seraient le résultat du choc dmcorps sur les inégalités du sol, sur des branches d’arbrés l’ompucs , sur des racines . etc.

Si l’assassinat n’a point précédé la chute , et que l’in-'^^ dividu fût vivant au moment où il a commencé à tbmber, toutes les blessures pourront présenter le càfac--^^ tère des lésions faites avant la mort ; nous disons pour- -vont présenter, parce qu’il est possible, en effet sf‘r l’individu périt au milieu de sa chute , qu’il ÿ ait éga- 7 lemeni des lésions, faites après la mort, qui n’bffrènt point ces caractères. L’irrégularité, l’étendue ,1a forme le nombre des blessures et l’intensité dés ecchymoses ' qui les accompagnent, seront en rapport avec les as- pérités, les éminences et les angles des corps : il fau- ’ dra donc comparer attentivement les effets au^ causes ' présumées , et voir si réellement, d’après l’espace par- ^ couru par le corps , et d’après les obstacles contre lesquels il a heurté , la mort est le résultat de la chute.

Mais en supposant que l’on ait prouvé que la personne était vivante au moment de la chute , est-il aisé de démontrer que celle-ci est plutôt volontaire que le résultatdun accident, ou d’un attentat criminel .^Comment distinguer , par exemple , si un pareil individu a été jeté du haut en bas par un assassin , s’il s.’est lancé lui-merae dans le dessein de se suicider, ou bien si la chute ne tiendrait pas à ce qu’il aurait perdu involontairement! équilibre par suite de vertiges, d’une attaque dapoplexie ou d, épilepsie, de l’ivresse, etc.? Ce problème est sans contredit un des plus difficiles à résoudre lorsque les dépositions testimoniales ne viennerit pôint éclairer les magistrats : l’homme de l’art doit se bofner en pareil cas , à fixer l’attention des ministres de la justice, sur l’existence de certaines lésions du cerveau, et des viscères gastriques qui pourront faire soupçon-

ner une. apoplexie , l’ivresse et quelquefois l’épilepsie ; survies signes jcornmémoratif's qui apprendront peutêtre que l’individu dont il s’agit était sujet à des vertiges, à des accès d’épilepsie ou d’hysterie , ou bien qu’il était bypocbondriaque ; sur l’habitude qu il avaitpu contracter d^e s’enivrer ; sur le dérangement habituel de ses facultés intellectuelles, etc. Nous sommes loin d’accorder la moindre valeur à divers caractères ' indiqués par M. Fodéré, dont il suffira oe donner le sommaire pour faire sentir 1 insuffisance,. « Celui qui était sujet à des vertiges, à l’épilepsie, à des coups de sang à la tête , ou à s’enivrer, s’il périt en roulant , présentera un visage rouge ou plombé , la langue épaisse, les vaissseaux du cerveau extrêmement dilatés. Celui qui aura fait une chute ayant la tête libi'e , offrira un visage décoloré. Il en est de même, de celui qu’on lance dans un précipice ; la peur le saisit avant detre mort; et si on le trouve avec le visage pâle, décoloré, c est du moins une preuve qu’il n’était pas atteint au moment de la chute des accsdens dont j ai parlé. Si la chute a été volontaire et l’effet d’im suicide prémédité, il n’y aura ni la pâleur ni la rougeur dont nous venons de parler, mais le visage pourra bien encore conserver des traits du désespoir , lequel sera d’ailleurs confirmé par la connaissance du moral de l’individu, et par les lésions' observées dans le tissu des viscèreS:, comme la chose a été indiquée précédemment. » (Toni , 3,^^ page i86. )

QUARAN.tE-CINQÜIÈME LEÇON.

Article vi. ‘

Bigles de r Examen des blessures.

Examen des blessures sur le 'vivant. On ne saurait trop signaler les inconvéniens attachés à la rédactionprécipitée d’un rapport sur les blessures. On voitjour-r. nellement des chirurgiens se bornera un examen superliciei de la lésion , et établir des conclusions qui ne découlent point des faits observés, et qu’ils sont obligés de rétracter par la suite, ou dont on est forcé de déclarer la fausseté : les conséquences d'une pareille légèreté n’échappent pas aux yeux les moins clairvoyans ; on est injuste envers l’agresseur ou le plaignant, bn perd la confiance que l’on avait pu inspirer, et souvent on se déshonore. L’homme <le l’art, au contraire, qui, se conformant aux préceptes établis par les meilleurs auteurs , se livre à un examen approfondi et méthodique de tous les faits susceptibles de l’éclairer, et en tire des conclusions rigoureuses, ne saurait encourir le blâme.

Lorsqu’on est appelé auprès d’un Idessé qui est encore vivant, on note exactement l’état général de l’individu et de la blessure, si elle n’est pas déjà recouverte d’un appareil ; on se fait présenter l’instrument vulnérant, et s’il a été enlevé, on cherche à connaître quelle était sa forme, sa nature; on détérmine la force avec laquelle il a agi, la situation du blessé au moment de la lésion, et s’il est possible,

celle de l’agresseur; on compare la stature de ces deux individus ; on tient compte du temps qui s’est écoulé depuis l’époque ou la blessure a été faite, du mode de traitement qui a été suivi; on s’informe de l’état antérieur du blesse, s il était habituellement souffrant et faible, ou s il jouissait d’une santé parfaite , s’il avait éprouvé des affections dartreuses ou scorbutiques , s’il est pléthorique ou d’une constitution éminemment nerveuse; on note également la salubrité ou l’insalur brité de l’atmosphère au milieu de laquelle il est plongé.

Si déjà la blessure était couverte d’un appareil , que 1 on ne jugerait pas à propos d’enlever , on s’attacherait à constater tous les objets dont nous venons de parier, excepté ceux qui sont relatifs â l’état actuel de la blessure, dont on renverrait i’exaihen à l’époque du premier pensement , en ayant- soin d’indiquer dans le rapport , les motifs qui ont empêché de procéder dé suite à cet examen. Voici les cas dans lesquels il serait dangereux de débarrasser là blessure de l’appareil qui la couvre-: i® lorsqnon a à craindre une. hémorrhagie j 2*^ lorsque la réduction d’une fracture a été difficile, et qu’elle avait été précédée d’âccidens fâcheux , dont on redoute le retour en déplaçant les fragraens osseux; 3° lorsque le membre fracturé est considérablement engorgé, soit par l’effet de la blessure, suit parce que l’appareil, appliqué depuis plusieurs jours , l’a été contre toutes les règles de l’art. Mous namiterons pas les auteurs qui , à l’exemple de M. Fodéré , veulent que l’on diffère l’examen juridique d’une plaie , quand l’instrument qui l’a faite y tient encore; sans doute

nous croyons avec eux qu’il peut être fort dangereux dans certains cas , de faire l’extraction du corps étrani, ger, mais nous ne voyons pas pourquoi l’on n’enïéverait pas l’appareil, pour mieux juger de l’élat de lâ blessure, en ayant soin d^y laisser l'instrument uulné-^ vont.

Nous avons dit plus haut que le premier soin du médecin devait être de noter exactement l’état de la blessure. Voici les objets sur lesquels il devra porter son attention.

S’il s’agit d’une plaie, il déterminera , sa situation :

ainsi, on dît plaie de tête, du cou , etc. ; son étendue et les parties intéressées : sous ce rapport , les plaiéà sont grandes, petites, moyennes, longues, larges, superficielles , profondes : ces dernières intéressent les parties situées au-dessous de la peau, et du tissu ceU lulaire sous-cutané.; il en est qui pénètrent dans lès cavités splanchniques et que l’on nomme pénétrantes, qu’il y ait ou non épanchement de sang, déplacement ou lésion des organes renfermés dans ces cavités d’autres sont appelées perforantes , parce quelles traversent de part en part l’épaisseur d’un membre, une cavités planchnique , etc. ; sa direction : elle peut être longitudinale, transversale, oblique; ici on doit distinguer la direction par rapport à l’axe du corps et aux fibres des organes intéressés ; 4° sa forme : elle est linéaire, triangulaire , cruciale, ronde , irrégulière, avec ou sans lambeaux , avec ou sans perte de substance ; 5“ X époque où elle a été faite : ainsi , elle est récente, sanglante, enflammée, suppurante, cicatrisée>„ depuis peu ou depuis long-temps ; la cicatrice peut être

superficielle, unie, solide, douloureuse par intervalles, ou profonde, inégale ,* faible, sujette à se rompre , et indolente ; 6° ses suites ou ses 'effets '{voy-éz plus bas page 726); 7° son état Ae. simplicité ou dè complication : elle est simple , compliquée ou associée : la complication peut tenir à une hémorrhagier, à des corps étrangers 5 l’association s’entend de l’existence d’une ou de plusieurs des autreslësions qui font partie des blessures. Quelque minutieuses que puissent paraître ces distinctions , il est indispensable de les admettre : un rapport sur les plaies, que l’on n’âurait pas envisagées sous ces différons point de vue , manquerait d’exactitude.

S’il est question Al uxiG contusion , d’une ecchymose, dune hriilure , d’une entorse, d’une luxation ou d’une fracture , on en exposera les caractères avec détail , en se conformant aux préceptes que nous venons d’établir relativement aux plaies, et aux objets indiqués en parlant de ces blessures. On ne saurait trop recommander de borner l’usage des sondes et des stylets aux cas où ces instrumens sont évidemment indispensables : en effet , tous les chirurgiens connaissent les irjconvéniens attachés souvent à cptte sorte d’exploration ; on sait , en outre, qu’elle n’éclaire.pas toujours sur la véritable nature de la blessure, et que dans beaucoup de circonstances , on s’expose, par maladresse, â faire de nôùvellès blessures'. ' ' ^

En supposant qu’il y ait plusieurs lésions , on doit eii déterminer lè nombre, l’espèce et la situation, examiner si elles' ont été faites à la même époque, èt laquelle est la plus grave.

Voici maintenant lés règles qui doivent sérvir de guide pour parvenir' à porter un jugement à l’abri de tout reproche. Si la blessure paraît légère ‘ rhbmmé de l’art pourra établir, dès la première visite, que la guérison aura lieu dans l’espace de quelques jours, 'à moins d’une circonstance imprévue; cette restriction est nécessaire, puisqu’on a vu des blessures, enapparence très-simples, être suivies des accidens les plus terribles. Si la lésion intéresse la tête ou le tronc, et qu’elle ne soit point bornée aux parties externes du crâne de la face , de ia poitrine et du ventre, après avoir noté toutes les circonstances de la lésion , on déclarera ," comme l'a fort bien indiqué le docteur Biessy que la blessure est grave par son siège, mais que le temps seul pourra en faire reconnaître les dangers, la lésion étant susceptible de prendre telle ou telle autre terminaison. On exposera le mode de traitement, les précautions qui devront être suivies pour arriver à la ■ guérison delà maladie, en ayant soin de prévenir que les moyens proposés pourraient bien ne pas réussir. En agissant autrement , on risque de compromettre sa réputation et de faire punir trop sévèrement l’accusé. [ Au bout de six jours, on dressera un second rapport, dans lequel, après avoir fait connaître la marche suivie par la nature, on établira d’une manière précisé les suites nécessaires de la blessure et on 6xéra, du moins approximativement, le temps requis pour son traitement. Mais on ne pourra pas toujours déterminer, alors, si la blessure n’entraînera pas quelque infirmité, si celle-ci sera absolue ou relative; et, sous ce dernier point de vue , on doit encore renvoyer à l’époque de la

guérison pour établir, en dernier ressort, le résultat de la blessure. Il importe surtout de ne point prononcer légèrement que l’infirmité sera absolue ou relative: eest alors qu’il faut avoir égard à la nature de la partie lésée, à l’intensité de la lésion , etc.

Le danger des blessures qui ne sont pas immédiatement suivies de la mort , s’apprécie particulièrement d’après le degré de l’inflammation , son étendue , l’importance de l’organe enflammé , et , la possibilité plus ou moins grande de la prévenir ou de la faire cesser. Il importe, dans certaines pirconstances , comme le prescrit M. Marc, d’indiquer si la gangrène peut être évitée , ou bien si elle aurait pu l’être, si la suppuration est proportionnée aux forces du malade, s’il aurait été possible de procurer upe issue au pus, etc.

On aura soin de ne paa, confondre les blessures réelles avec celles qui sont simulées; ainsi le plaignant peut feindre les principaux symptômes d’une forte contusion, tels que la douleur et la gêne des nrouvemens de la partie, parce qu’en çffet cette blessure , ne détermine souvent aucun changement de couleur à la peau, à moins qu’il ne se soit écoulé quelques jours. Les ecchymoses factices ne peuvent eh imposer qu’aux médecins inattentifs. ( ecchymose. ) Quant aux

.autres lésions, le plaignant ne peut guère simuler que la fièvre’ et la douleur. ;

Ce n’est que dans des cas fort rares; lorsque le diagnostic est très-évident, qu’on qualifiera une lésion par causp externe, de mortelle avant la mort du blessé; dans la plupart des circonstances, il faudra se borner à la déclarer, comme étant fort dangereuse,

puisqu’on voit journellement guérir, par quelques circonstances heureuses , des blessures graves dont on avait cru devoir placer le siège dans les organes les plus importans. Lors même que le blessé viendrait à périr, il ne faudrait attribuer la mort à la blessure-, qu après avoir acquis la conviction , par l’ouverture du cadavre, que cette blessure a produit la mort par un effet immédiat de la cause criminelle, et qu’elle était ellemême au-dessus de toutes les ressources de l’art.

Si le médecin est requis de donner son avis plusieurs jours après que la blessure a été faite, il s’attachera à reconnaître, indépendamment des objets déjà mentionnés, quelle est la constitution dublessé, quelles sont les maladies auxquelles il était sujet, si l’atmosphère dans laquelle il a été placé était salubre ou insalubre, si l’on a suivi un régime et un traitement convenables, etc. 11 obtiendra, par ce moyen, des éclaircissemens sans lesquels il aurait beaucoup de peine à porter un jugement exact.

Examen des blessures sur le cadavre. Il est inutile de traiter en détail les règles de l’examen des blessures sur le cadavre, après tout ce que nous avons établi; il doit suffire en effet d’indiquer sommairement les points qui doivent fixer l’attention de l’homme de l’art. Il décrira soigneusement l’état extérieur des parties lésées; il pratiquera les incisions convenables pour s assurer de 1 étendue, de la profondeur de la lésion et de la nature des organes atteints ; il se conformera, pour 1 ouverture du cadavre, aux règles dont nous avons déjà fait mention, et il évitera de confondre les altérations produites par la putréfaction avec celles

qui sont le résultât d’une violence extérieure faite sur le vivant. ( Voyez mort. ) Il déterminera si les blés*sures ont été faites pendant la' vie ou après la mort > et, dans le premier cas, si ell^ sont l’effet du suicide, de l’homicide, ou d’un accident. ( Voy. p. 707 0171 a.) Il cherchera ensuite à décider si la mort a été réellement la conséquence directe de la blessure, ce qui exigera un examen détaillé de tous les viscères et des principales membranes, des principaux vaisseaux et conduits des matières liquides qui peuvent avoir été épanchées, etc. S’il y a des corps étrangers on indiquera leur nature, leur situation et la profondeur jusqu’à laquelle ils ont pénétré.

De la combustion, humaine spontanée.

Le corps humain peut être brûlé, et quelques-unes de ses parties peuvent être réduites en cendres par une cause qu’il n’est pas facile d’apprécier, et que l’on a rapportée jusqu’à présent à un état particulier de l’organisme. Ce phénomène, désigné sous le nom de combustion humaine spontanée y pour être inexplicable n’en doit pas moins être admis; il intéresse la médecine légale, puisque déjà, d’après Lecat, un habitant de Reims fut sur le point, d’être injustement- condamné comme incendiaire et meurtrier, dans un cas de combustion de ce genre; et qu’au rapport de ;M. Vîgné, l’infortuné Millet fut condamné à mort comme coupable d’assassinat envers sa femme, que l’on trouva presque entièrement consumée dans sa cuisine, à un pied et demi du foyer : il fut pourtant prouvé que

\cette femme faisait un grand abus de liqueurs ^iritueuses, et qu’elle avait été victime d’une combustion spontanée. (De la Médecine légale, par Vigne, p. 148 année i8o5.) Voici les données qu’il ne faut jamais perdre de vue lorsqu’on est appelé à juger un fait aussi extraordinaire.

Les causes prédisposantes de la combustion humaine spontanée, paraissent dépendre d’un état particulier des solides et des humeurs. Les personnes qui ont abusé des liqueurs spiritueuses , et surtout les femmes grasses âgées de plus de soixante ans, y sont beaucoup plus exposées que les autres ; serait-ce, comme le veulent certains auteurs, parce que le tissu cellulaire souscutané contient probablement une certaine quantité d’alcohol ?

On n’est point d’accord sur la cause occasionelle de ee phénomène. Suivant les uns il ne saurait exister sans qu’il y eût contact entre le corps animal et une matière en ignition , telle qu’une bougie , une lampe allumée, un peu de braise dans une chaufferette ou dans un foyer, une pipe dans laquelle on ferait brûler du tabac, etc. ; cette opinion est appuyée sur ce que dans la plupart des exemples authentiques de combustion spontanée, recueillis jusqu’à ce jour, il a constamment été fait mention d’un corps enflammé, et qu’ils ont eu lieu le plus souvent en hiver, époque où l’on est plus facilement en rapport avec de pareils corps. On sait , disent ces auteurs, que les sujets gras brûlent avec plus de rapidité que ceux qui sont maigres; or, les femmes âgées sont en général plus grasses que le» hommes ; il est donc naturel que le contact d’un corps

allumé détermine sans peine la combustion dont nous parlons, d autant plus que si Tivrognerie est plus rare chez les femmes que chez les hommes, lorsqu’elles commettent des exces de ce genre c’est avec une continuité dont 1 homme ne donne pas souvent l’exemple, Ijecat , MM. Kopp et Marc n’admettent pas la nécessité d’un corps en ignition : ne voit-on pas, disent-ils, des matières organiques et inorganiques prendre feu spontanément au sein de la terre ou à sa surface, et se consumer quelquefois ; ne peut-on pas produire des étincelles électriques en frottant les bras ouïes jambes de certains individus; pourquoi ne pas reconnaître dès lors qu il suffit pour provoquer et entretenir cette combustion de la réunion des trois circonstances suivantes : un état électrique particulier , la présence d’une liqueur alcoholique ou d’un gaz inflammable dans nos organes et particulièrement dans le tissu cellulaire sous-cutané, et une quantité notable de graisse dans le système adipeux? Toujours est-il vrai que l’on n’a pas constamment trouvé un corps en ignition près des restes du sujet; mais il est egalement avéré que toutes les victimes de cet accident ne faisaient point abus des liqueurs alcooliques, que dans beaucoup de cas,

1 atmosphère ne paraissait pas surchargée d’électricité au moment de la combustion , et qu’il aurait été diffî- * elle de prouver que le phénomène dépendait d’un état électrique du sujet. Nous ne pousserons pas plus loin 1 examen des causes occasionelles , parce qu’il nous serait impossible, dans l’état actuel de la science, d établir autre chose que des; conjectures dont le vague se ferait bientôt sentir.

Phénomènes de ta combustion humaine spontanée On observe dans les premiers temps une flamme peu vive, bleuâtre, difficile à éteindre par l’eau, et à laquelle souvent ce liquide donne plus d’activité • bientôt après elle disparaît, et on lui voit succéder des escarres profondes, des convulsions, le délire, des vomissemens, la diarrhée, un état particulier de putréfaction et la mort. La combustion marche avec une rapidité étonnante , mais quelle que soit son intensité , le corps n’est jamais complètement incinéré j quelques parties sont à moitié brûlées ou torréfiées , tandis que d’autres sont réduites en cendres; on ne trouve à la pla ce decelles-ci qu’une petite quantité de matière grasse , fétide, et un charbon léger, onctueux et odorant. Il est assez ordinaire de voir les doigts, les orteils, les pieds , les mains , quelques vertèbres et quelques portions du crâne échapper à la destruction complète , tandis que le tronc se consume presque en entier. Les meubles en bois et les autres corps combustibles places a une certaine distance de l’individu, ne brûlent pas ou ne brûlent qu’incomplétement; les vetemens dont il est couvert, sont au contraire entièrement détruits. Les murs et les meubles sont tapissés d’une suie épaisse, grasse, très-noire et fétide; une odeur empyreumatique désagréable se fait sentir dans la chambre.

Il n est guère possible de confondre les phénomènes qui précèdent , avec ceux que l’on observe dans la combustion ordinaire dont la marche , d’ailleurs, est beaucoup plus lente : on sait combien les anciens éprouvaient de peine à consumer entièrement le corps

des criminels , et qu’ils ne pouvaient atteindre ce but qu’en employant des quantités de bois fort considérables, après avoir coupé le cadavre en plusieurs morceaux.

Du Suicide.

. Le suicide s’observe très-rarement avant l’époque de la puberté, peu communément chez les -vieillards , et moins souvent chez les femmes que chez les hommes. Cet acte est favorisé par une disposition héréditaire j par les opinions des auteurs célèbres , qui ont présenté raction de se détruire comme noble, courageuse et permise; par les principes de ceux qui ne voient dans l’existence de l’homme aucun but moral et surhumain ; par l’exemple de personnes qui exercent une certaine influence. Il est bien avéré au contraire, que les préceptes religieux qui défendent le suicide, sous peine des punitions les plus sévères dan« une autre vie, peuvent enchaîner la main homicide de l’hommè accablé sous le poids du malheur , et souvent même alors qu’il n’est plus guidé par les lumières de la raison.

Les causes occasiônelies du Suicide les plus, ordh naires sont les suivantes : des affections morales fortes et pénibles, telles que le désespoir, un chagrin profond et prolongé, l’amour contrarie , les humiliations de l’amour-.propre et de l’orgueil , les mécomptes de l’ambition , les revers de fortune inattendüs, etc. ; le dégoût physique et moral, l’apathie intellectuelle, sans espoir de guérison , état fâcheux qui suit souvent l’abus pré-, maturé des jouissances de toute sorte , le passage trop brusque d’une vie active et la^borieuse à une oisiveté

complète, les excès prolongés des plaisirs vénériens et des boissons alcohoüques; la crainte de réprimandes ou de punitions sévères chez les jeunes gens; des maladies longues et douloureuses, des infirmités dégoûtantes, pour lesquelles le malade n’a pu obtenir de soulagement; les sensations bizarres et pénibles des hypochondriaques; le délire des maladies aiguës et celui de l’aliénation mentale. Lors donc qu’aux circonstances qui éloignent l’idée d’un crime commis sur la personne d’un individu trouvé mort , on peut joindre l’existenco d’une ou de plusieurs des causes ordinaires du suicide le médecin n’est pas eml>aiTassé pour porter son jugement ; souvent même la personne trouvée morte a parlé du désir qu’elle avait de se tuer, ou a déjà fait plusieurs tentatives; on a observé que depuis telle ou telle époque elle était soucieuse, morose, préoccupée , inattentive, privée d’appétit et de sommeil, qu’elle maigrissait et perdait de sa fraîcheur. Quelquefois cependant il èst difficile d’acquérir la connaissance des chagrins qui ont précédé le suicide; les peines domestiques des femmes, les obstacles entrevus par des amans à une union ardemment désirée, les regrets des vieilles, filles qui n’ont pu se marier, etc., sont souvent fort difficiles à pénétrer , et l’acte désespéré du suicide en est quelquefois le premier signe : on voit en outre des personnes qui ont tout l’extérieur de l’indifférence ou même d’un caractère jovial , et qui n’en sont pas moins profondément affectées par les contrariétés et les peines qu’elles éprouvent.

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