PREMIÈRE LEÇON
Lb s magistrats ont souvent recours aux lumières des gens de l’art pour résoudre des questions concernant la salubrité publique et l’administration de la justice. Tout ce qui tend à conserver la santé publique, à favoriser la vigueurde la population, à assurer l’existence et la liberté des citoyens appartient à la police médicale ou à Xhygiène publique ; ainsi l’examen de l’air, des eaux et des lieux, des comestibles, des boissons, des habitations, des prisons, des épidémies, des épizooties, des états, des professions, etc., est du domaine de cette science. La Médecine légale s’occupe au contraire des causes portées devant les tribunaux et les cours de justice. Elle peut être définie, Venjemble des connaissances médicales propres à éclairer diverses questions de droit et à diriger les législateurs dans la composition des lois (i).
(i) Définitions données par plusieurs auteurs. i° Anciennement on disait mal à propos que la médecine légale était
Cette définition nous dispense de faire connaître en détail quelles sont les sciences dont l’étude doit avoir précédé celle qui va nous occuper ; toutes les connaissances médicales, disons-nous, pourront être mises à contribution , et l’on ne tardera pas à s’apercevoir qu’il ne s’agit pas simplement de notions superficielles sur chacune de ces sciences , mais tg;en des détails les plus minutieux , et par conséquent les plus difficiles. Est-il question de donner son avis sur une hémorragie qui a été promptement mortelle, il faudra désigner au juste la branche ou le rameau de l’artère qui ont été ouverts. Cherche-t-on à connaître la cause de la paralysie d’un ou de plusieurs muscles à la suite de la piqûre d’un nerf, le nom de celui-ci devra être soigneusement indiqué.
l’art de faire des rapports en justice , comme si l’examen approfondi des questions pour lesquelles on est consulté n’appartenait pas aussi-bien à cette science que la rédaction des actes dans lesquels sont énoncées les opinions que fait naître cet examen.
2°Lamédecine légale est l’art d’appliquer les connaissances et lespréceptes des diverses branches principales et accessoires de la médecine à la composition des lois et aux diverses questions de droit, pour les éclaircir ou les interpréter convenablement. (Définition de M. Fodéré et de Mahon.)
5° La médecine légale justiciale est l’ensemble systématique de toutes les connaissances physiques et médicales qui peuvent diriger les différons ordres de magistrats dans l’application et dans la composition des lois. ( Définition de M. Prunelle).
4“ La médeciné légale est l’application de la médecine aux lois.
S’agit-il d’un empoisonnement par une substance minérale, les recherches né seront complètes qu’autant que l’on aura déterminé, par des expériences souvent délicates , que le poison existe ou n’existe pas dans les alimens ou dans les boissons dont on avait fait usage , dans les matières vomies ou dans les tissus du canal digestif.
Il suffit de réfléchir un instant sur la variété des questions qui sont du ressort de la médecine légale pour s’apercevoir combien il est difficile d’établir une classification réellement utile 5 les faits dont se compose cette science sont tellement disparates qu’il n’est guère possible de les rapprocher pour chercher à former des sections , et encore moins des classes ; aussi les auteurs de médecine légale ont-ils suivi dans l’exposition des matières des routes différentes, dont il suffit d’avoir une idée générale , et que nous nous garderons bien de faire connaître en détail. M. Fodéré , exemple , divise la médecine légale en deux parties : la première , qu’il appelle mixte , comprend la médecine légale applicable au civil , au criminel et à la police de santé ; la seconde a pour objet la médecine légale cr/nzmeZZe : plusieurs chapitres, composés de sections, forment la matière de chacune de ces parties. Mahon ^ sans admettre de division préalable , après avoir traité des généralités, parle de l’impuissance, du congrès, de la castration , des hermaphrodites , de la défloration , du viol, de la sodomie, de la grossesse, des naissances tardives, du part illégitime, de ravortement, de l’état douteux de l’esprit et du corps, de la démence, des maladies simulées et dissimulées, des blessures, de la mort , de l’empoisonnement , de l’infanticide , des
noyés , des pendus , et des rapports. M. Prunelle établit quatre sections. La première , softs le titre àè examen des corps vimns f renferme: l’histoire des âges et de
leurs privilèges; oP là détermination des sexes, l’hermaphroditisme; 3° la virginité et la défloration, le viol dans l’un et dans l’autre sexe ; 4“ l’impuissance conjugale; 5® la grossesse simulée ou dissimulée, l’accouchement, les naissances prématurées et les naissances tardives, la supposition de part, la viabilité des enfans, la superfétation , les monstres ; 6° les maladies douteuses, les maladies feintes, les maladies dissimulées, les maladies imputées, les exoines ecclésiastiques, civiles et militaires; 7° l’état des facultés morales; 8° les blessures et leur gravité respective. La seconde section a pour objet Xexamen des cadavres , et contient: 1° lamort par blessures; 2° la mort par suffocation; 3“ la mort par suicide; 4° la mort par empoisonnement; 5° l’avortement, l’infanticide. La troisième section est relative à Xexamen des corps qui n'ont point eu vie , tels que les substances qui peuvent être administrées dans une intention criminelle, les corps vulnérans, et les boissons frelatées. On trouve enfin dans la quatrième section tout ce qui concerne X exercice de la médecine^ comme le salaire dû aux gens de l’art, et les fautes qu’ils peuvent commettre. ( Discours prononcé à la faculté de Montpellier en i8i4- )
Adoptant, sous ce rapport, les idées de Mahon, qui décrit les objets sans les classer, nous attacherons fort peu d’importance à faire ressortir les avantages et les vices des distributions précédentes; tous nos efforts seront dirigés vers la solution complète des diverses
questions , quelle que soit la place qu’elles occupent dans ce cours.
Voici la marche que nous nous proposons de suivre. Après avoir indiqué d’une manière générale les règles qui doivent servir de base à la rédaction des rapports , des certificats et des consultations médico-légales ^ ainsi que les parties îjui composent chacun de ces actes, nous traiterons successivement des âges dans les diverses périodes de la vie , de l’identité , de la défloration , du viol, du mariage , de la grossesse, de l’accouchement, des naissances tardives et précoces, de la superfétation, de l’infanticide, de l’avortement , de l’exposition, de la substitution , de la suppression et de la supposition de part, de la viabilité du fœtus, de la paternité et delà maternité , des maladies simulées, dissimulées, imputées, des qualités intellectuelles et morales, de la mort, de la survie, de l’asphyxie, des blessures , et de l’empoisonnement.
Nous n’imiterons point les auteurs qui , avant d’entrer en matière , ont cru devoir faire l’histoire de la médecine légale , depuis son origine jusqu’à nos jours. Ce sujet, beaucoup trop vaste pour pouvoir être simplement esquissé, trouve naturellement sa place dans l’historique des diverses sciences physiques et médicales ; en effet ne peut-on pas établir d’une manière générale, que les progrès qu’a faits la médecine légale sont le résultat des découvertes qui ont enrichi toutes ces sciences.^ Si l’on parvient aujourd’hui à résoudre beaucoup mieux qu’on ne le faisait autrefois les questions médico-légales relatives à l’empoisonnement , à l infanticide, aux blessures, aux maladies simulées, etc-,
cela ne tient-il pas évidemment à ce que la chimie , la physique, l’histoire naturelle, l’anatomie et la pathologie ont été perfectionnées et étudiées sous des rapports sous lesquels elles n’avaient pas encore été envisagées (i) ?
(i) Liste par ordre alphabétique des ouvrages ou des viémoires
sur la médecine légale en général, ou sur quelques points
de cette science.
Alberti Systema jurisprudentiæ medicæ; Halæ, 1725 à 47- Idem, De funiculi umbilicalis neglecta alligatione; Halæ, 1731. — Amand~d’ Ambraine, Sur le danger des inhumations, précipitées, Dissertation ; Paris , 1821. — Ambroise Paré (Œuvres d’) ; sur plusieurs sujets. — Ammanni, Irenicum , Numæ Pompilii cum Hippocrate; Lips., 1698. Idem, Praxis vulnerum lethalium; Franéof., 1701. — Amoreux, Notice des insectes réputés venimeux; Paris , 1789. — Augenii Epistolæ et Gonsult; Francof., 1597 : sur la virginité.
Barrau, Considérations générales sur l’empoisonnement par l’oxyde d’arsenic, Dissertation; Paris, 1821. — Bartholinus. De pulmonum substantia et motu; Hafn., i663. Idem, De insolitis partûs humani viis; Hafn., 1664. — ' Barzelotti Medicina legale ; Pisa , 2 vol., 1819. •— Baumer, Medicina forensis; Francof. et Lipsiæ, 1778. — Bauzmann, ■Wernünftîgesurtheilvontodtlichen wunden; Leipz., 1717: sur la léthalité des blessures. — Bebel, Dissertatio de bis mortuis ; lenæ, 1672. — Becker, Paradoxum medico-legale de submersorum morte , etc.; Giessæ Hassorum , 1704. A, Béclard, Mémoire sur l’ostéose. N. J. de médecine. 1819. Idem, Mémoire sur les acéphales. Bulletins de la faculté de médecine; Paris, iSi5. Idem, Consultation