II
Le développement du rein. Une dame duDauphiné, âgée dè quarante-sept ans, ayant été frappée 4’une violente douleur au mois de septembre 1729, par là mort de son fils utiique, commença dès lors à tomber dans un état très-languissant et dans une maigreur qui ne fit plus qu’augmenter. Au bout de dix-neuf mois , M. Pati-as, en médecine à Grenoble, la trouva attaquée d’une fièvre lente , et il lui sentit dans l’hypogastre une tumeur dure, de la grosseur dont la matrice peut être dans^une grossesse de trois mois et demi, et il crut qu’en effet c’était la matrice. Il y avait déjà quelque temps que cette dame avait perdu ses règles depuis son malheur. Le mal devenait toujours plus considérable ; tout l’abdomen s’enfla; on sentait des eaux répandues dans sa capacité, et on se résolut à la ponction, qui futfaite deux fois à la campagne dans l’automnede lySi.
d’eau. L’utérus était racorni et rapetissé comme chez les femmes avancées en âge ; quelques tumeurs dures , anguleuses, étaient adhérentes au péritoine par des pédicules membraneux assez longs; ces tumeurs libres et flottantes dans la cavité, avaient simulé les mouvemenS/ du fœtus. [Frank, ouvrage cité, tom. IV, page 170. )
On lit di^s l’histoire de l’Académie royale des, sciences , qu’à l’ouverture du corps d’une fille de soixante-treize ans on trouva l’épiploon gastro-colique augmenté au point de peser treize livres, neuf onces ; il était endurci et tellement ossifié qu’il fallut^employer la scie pour l’ouvrir dans toute sa longueur et sa profondeur. La femme dont il s’agit avait éprouvé dès l’âge de trente-quatre ans un sentiment de pesanteur au-dessous de l’estomac (année ij'Sz).
Par la première ope'ration on n’eut que quelques gouttes d’eau, et par la seconde rien du tout. Comme l’enflure du ventre , toujours plus grande, causait une violente oppression de poitrine, M. Fatras crut qu’il fallait recommencer la ponction, mais dans un autre endroit que celui où elle avait été faite à la campagne. Le médecin qui l’avait ordonnée ne comptait que sur l’hydropisie ascite qu’il voy ai et non sur cette tumeur de l’hypogastre que M. Fatras connaissait , et qui était alors cachée par l’hydropisie. M. Fatras fît donc choix d’un autre lieu pour la ponction; mais, à son grand étonnement , il ne sortit encore rien que quelques gouttes de sang. Cependant la fluctuation des eaux dans l’abdomen était très- sensible, et à tel point que M. Fatras crut ne se devoir pas rebuter par des tentatives inutiles de ponction , car tous les autres remèdes n’avaient aucun effet ; l’opération fut réitérée , et il ne vint absolument rien.
Ensuite les jambes de la malade s’ouvrirent naturellement, et il en sortit pendant quinze jours beaucqup de sérosité qui était, du moins en partie, celle del’abdomén, puisque l’oppression de poitrine diminua considérablement; mais ce fut le seul soulagement qui s’ensuivit. La fîèvre lente ne discontinua point, et M. Fatras , qui put alors reconnaître facilement cette tumeur de l’hypogastre qu’il avait d’abord sentie, la trouva extrêmement augmentée; de plus elle lui paraissait accompagnée d’un bord saillant, d’une espèce de ceinture qui la traversait d’un côté à l’autre sous l’ombilic. Cette ceinture était de consistance molle , et peut-être d’un demi-pouce de relief, Enfîn la malade,
entièrement épuisée de forces , horriblement maigrie et atténuée, ne pouvant plus prendre d’alimens, mourut le i" mai 1782.
A l’ouverture du cadavre on reconnut que la tumeur de l’hypogastre que l’on avait sentie d’abord, et que l’on avait cru être la matrice , était le rein gauche si prodigieusemént augmenté qu’il pesait trente-cinq livres. Sa structure naturelle était altérée à proportion de cette augmentation de grandeur et de poids. Cette espèce de ceinture dont on séntait le relief était le colon qui passait sur la tumeur et s’y était attaché.
Il n’est plus étonnant que l'on sentît dés eaux qui flottaient dans l’abdomen, et que les ponctions n’en tirassent pourtant rien. Ces eaux ne flottaient que dans les intervalles vides que laissait l’énorme masse du rein ; il ne s’en trouvait pas assez dans les endroits précisément où les trois quarts perçaient; ce peu se dérobait peut-être et se rangeait ailleurs ; et quand l’instrument était retiré et qu’on appliquait la canule, on ne l’appliquait que contre une masse assez solide. (Histoire de l’Académie royale des sciences, année lySa.)
p° La rétention, dans l’utérus, du sang qui devait sortir par le vagin. On conçoit que le sang des règles s’accumule dans la matrice , par suite de l’oblitération ou de lïmperforation du vagin, ou de toute autre cause : il est également aisé de voir que ce liquide, abandonné à lui-même, ne doit pas tarder à se coaguler. Ces concrétions sanguines présentent des caractères qu’il importe de connaître , pour ne pas les confondre avec les débris du produit de la conception dont nous parlerons bientôt. Quoique d’une forme variable, elles offrent
souvent la configuration de la cavité de lutérus; leur couleur est blanche, verdâtre, brune ou pâle; ces dernières sont enduites d’une matière visqueuse , gélatineuse, ou purulente et fétide; il en est qui sont friables et faciles à écraser entre les doigts ; leur structure varie beaucoup : les unes paraissent fibreuses et vasculeuses; d’autres ressemblent aux tissus glanduleux, graisseux ou niembraneux; leur surface seule présente quelques traces d’organisation ; leur centre ri offre en général que du sang noir et coagulé : ce n’est que dans des cas fort rares que l’on y trouve une vésicule remplie de matière gélatineuse. Nous tirerons parti de ces faits à l’article Avortement.
10° La grossesse apparente nerveuse, c’est-à-dire l’état d’uné femme ordinairement hysteriquè, qui sans être enceinte présente presque tous les signes équivoques de la grossesse, et dit même sentir remuer le fœtus entre, le quatrième et le cinquième mois.
B. Grossesse apparente^ sûitè d’une altération éprouvée par le produit delà conception encore contenu dans l’uté^ rus. Nous croyons devoir désigner le résultat de cette altération sous le nom générique de débris du produit de la concéption , quoique la plupart des auteurs lui aient donné le nom dè mole; mais ce mot est évidemment vicieux, et nous paraît devoir être rayé du langage médical, parce qu’il n’indique pas la nature du produit altéré, et surtout parce qu’il a été tour à tour employé aussi pour désigner les concrétions sanguines et les polypes , productions qui ne ressemblent pas à celles dont nous parlons.
Débris du produit de la conception. .On ne saurait
donner une description générale de l’altération qui nous occupe, les caractères anatomiques du produit de cette altération n’étant pas les mêmes, suivant que l’embryon a été détruit dans la première période de la grossesse ou à une époque plus éloignée , suivant qu’après sa destruction les débris sont restés plus ou moins de temps dans la matrice, etc.; c’est ce qui nous engage à faire connaître successivement ces diverses altérations , d’autant plus que cette connaissance est indispensable pour résoudre la question de l’avortement. i° Si l’expulsion du produit de la conception , que nous s.upposons fort jeune, a lieu immédiatement pu peu de temps après sa destruction , on verra gu’il présente la forme d’une poche ovoïde, transparente, contenant une petite quantité de liquide, et, semblable au premier abord à une hydatide : cette poche offrira sur un de ses points quelques filamens blanchâtres , véritables débris du pnoduit de la conception qui a été détruit.
2° Si l’expulsion de ce jeune produit n’a lieu que longr temps après sa mort, et que ses débris aient continué de s’accroître , au lieu d’une poche transparente on pourra trouver une masse d’apparence charnue , d’un tissu semblable au placenta, dans laquelle on rencontrera quelquefois des kystes hydatiques ; sa ressemblance avecle placenta sera d’autant plus grande quelle aura séjourné moins long-temps dans l’utérus après la mort du produit de la conception. Si îa^-sérosité que contient ordinairement la cavité centrale n’est pas évacuée avant la masse dont il s’agit, ou si elle ne l’est que peu de temps auparavant, le volume de cette masse sera assez considérable; son tissu humide, ses
parois gorgées de sang, et sa cavité transparente. Si au contraire le liquide séreux s’est écoulé plusieurs semaines ou plusieurs mois avant l’expulsion des débris du produit de la conception , sa cavité sera à peine sensible : on conçoit en effet que dans ce dernier cas, la masse, qüi continue à se nourrir, se durcisse , se pelotonne sur elle -même, et que la cavité se rétrécisse; mais on pourra toujours constater la présence de cette cavité dans la variété que nous décrivons.
3° Si , comme il arrive quelquefois , il s’épanche une assez grande quantité de sang avant ou après la mort de l’embryon, soit entre l’utérus et la membrane caduque, soit entre les deux feuillèts, et même entre les lamelles de cette membrane, soit entre son feuillet réfléchi et le chorion, soit enfin entre les différons flocons qüi forment ou qui doivent former le placènta, et que ce sang se comhine , d’une manière p|us ou moins intime avec ces diverses parties de l’œuf, la cavité cétitféle se rétrécira lentement à un degré plus ou moins marqué, si les membranes résistent également dans tous leurs points; mais si pes membranes se déchirent, on conçoit que la cavité disparaîtra sans que pour cela la masse dont il s'agit cesse d’être un produit de la conception. M. Velpeau , qui a souvent rencontré cette particularité, nous a transmis lés deux faits suivans à l’appui.
Le 20 octobre 1824 il reçut un produit d’environ deux mois; sa formé était moulée sur celle de la matrice ; il offrait le volumé d’un gros œuf de dinde; sa consistance était très-grande; des portions de la membranè caduque, des flocons vasculeux du chorion com-
binés avec du sang concret le constituaient évidemment; il n’y avait point de cavité centrale^ seulement on remarquait sur un point de sa circonférence une rainure verticale profonde d’environ deux lignes, qui était lisse, tapissée par un reste du chorion, et dans le fond de laquelle se voyait un vestige du cordon ombilical. — Au mois de juin i8a6, il eut occasion d’examiner un produit dé la conception un peu plus jeune que le précédent, et qui n’en différait que par la rainure de sa surface, qui étaitplus large, plus profonde, et terminée en haut par un cul-de-sac et par le cordon ombilical, qui était entier et supportait encore une partie de l’embryon. «Il est évident, dit M. Velpeau, que si ces deux masses fussent restées quelque temps encore dans la matrice, la rainure lisse dont il est fait mention aurait pu disparaître et ne pas laisser la moindre trace de cavité tapissée par une membrane séreuse.» 14° Si la mort du produit de la conception arrive à une époque déjà avancée de la grossesse , et que l’expulsion n’ait lieu qu’au bout d’un certain temps, il est impossible d’admettre que la dissolution de ce produit aura été assez complète pour qu’on ne découvre pas des vestiges du foetus, tels que des os, des poils ^ etc. ; il peut se faire alors que le cadavre se soit conservé dans l’eau de l’amnios, comme dans unefSauraure,lors même que le placenta a continué de s’accroître.
- Rien n’est aussi variable que le volume et le poids débris du produit de la conception, dont nous avons parlé jusqu’à présent; on en a vu qui étaient de la grosseur du poing, et;qui pesaient d’une à deux onces , tandis que d’autres offraient le volume d’une tête d a-
dulte , et pesaient jusqu’à quarante onces. Ces différences dépendent particulièrement de la durée du séjour dans l’utérus , qui varie depuis deux jusqu’à quatorze mois ; les auteurs qui ont annoncé que ce séjour pouvait être de plusieurs années, ont évidemment confondu ces masses avec d’autres tumeurs.
Il résulte de ce que nous venons d’établir, i° que si une femme que l’on supposerait avoir été fécondée, rendait par le vagin une masse d’apparence charnue, on reconnaîtrait que ce corps est le débris du produit de la conception^ s’il offrait une structure vasculaire et une cavité centrale tapissée d’une membrane séreuse'^ 2° que si cette cavité manquait, on ne pourrait prononcer que cette masse est le produit de la conception, qu’au tant qu’on découvrirait des vestiges du cordon ombilical, de la membrane caduque ^ etc.; 3® que dans tous les cas il ne peut y avoir aucune difficulté à résoudre la question , lorsqu’on trouve dans cette masse organisée des vestiges du fœtus, tels que des os, des poils, etc.'
Des hydatides,
Rangeronsmous les hydatides qui se développent dans liutérus et distendent graduellement l’abdomen j parmi les altérations du produit de la conception, ou bien les considèrerons-nous comme constituant une maladie, et étant par conséquent tout-à-fàit indépendantes de la fécondation? Tout porte à croire que les bydatides en doivent être sinon toujours , au
moins le plus souvent attribuées à une dégénérescence de l’œuf et surtout du placenta; quant aux hydatides
libres (DU isolées elles paraissent aussi être quelquefois le résultat d’une grossesse décomposée, tandis que dans d’autres circonstances ellgs constituent une maladie. Voici des faits à l’appui de cette manière de voir.
1° Parmi les placentas d’embryon représentés par RuischetAlbinus, il en est dont les villosités vasculaires offrent une multitude de vésicules tantôt très-petites, tantôt d’un volume qui varie depuis celui d’un grain de millet jusqu’à ceM d’un grain de raisin.
2° Burdach trace également la figure d’un œuf dont toute la surfacè est couverte d’bydatides.
3° En disséquant une masse charnue et membraneuse, Sit M. Désormeaux, P. Portai trouva à son centre une vessie transparente fort déliée; delà grosseur d’une noisette, remplie d’une liqueur claire et limpide, où il nageait un petit corps ayant la forme d’un embryon delà grosseur et de la longueur d’une mouche. Il remarqua dans cette masse, outre cette vésiejule, quantité de petites vésicules semblables à celles qui se rencontrent dans lès poules, ou en forme de petite grappe de raisin. ( Art. OEuf du Dict. de médecine. )
4° Des observations nombreuses portent M. Velpeau à croire que lès granulations de la surface externè du chorion peuvent être considérées comme une disposition naturelle dans les deux premiers mois de la gestation ; or j’ai vu, dit-il, sur le même œuf ces renflemèns a tous les degrés de développement, les uns conserver leur volume naturel, d’autres égaler celui d’une grosse aveline, d’autres enfin offrir toutes les nuances intermédiaires ; j’ai vu cetté disposition sur un œuf dont toutes les membranes étaient encore dis-
tinctes , et dont l’embryon était encore intact ; j’ai vu ensuite un autre produit eomposé de nombreuses \ydatides, supportées par des branches ramifiées qui s’inséraient par leur pédicelle sur une masse centrale, renfermant une cavité pleine de liquide, et qui était incontestablement formée par le chorion épaissi, et par quelques détritus de la membrane caduque; enfin j’ai vu sur des œufs entiers, sur dés véritables produits de la conception, un, deux, trois," quatre ou cinq faisceaux vasculaires supportant une ou plusieurs hydatites, tandis que les autres flocons du chorion conservaient tous les caractères de l’état normal. Au reste pour soutenir que les hydatides en grappe sont un produit de la conception, je me fonde encore sur ce que ces vésicules ne renferment point de corps vivans, sur ce quelles sont presque toujours plus ou moins allongées, comme traversées par une tige centrale dont elles paraissent être de simples dilatations , sur ce que dans le centre du faisceau hydatique, on rencontre toujours une masse de volume variable, il est vrai, mais dans laquelle il est facile de reconnaître des restes du chorion, et même de là membrane caduque;enfin sur ceque les observations mises en avant pour prouver que les hydatides peuventexister chez des femmes qui n’avaient jamais usé du coït, ne sont rien moins que concluantes. (Note inédite. )
Celte opinion à l’appui de laquelle nous aurions encore pu ajouter d’autres faits est aussi celle démon savant collègue Désormeaux , dont l’autorité est d’un si grand poids en pareille matière. Voici comment il s’exprime à l’article OEuf du Dictionnaire de médecine. « Il
est superflu de dire que le développement de ces masses d’hydatides est le plus souvent, sinon toujours, la suite de la conception.»
Établissons maintenant par les deux faits suivans pris au hasard parmi des observations nombreuses du même genre, qu’un amas d’hydatides dans l’utérus peut simuler la grossesse.
Dans le courant du mois de décembre 1826 , le Bérard, agrégé à la Faculté de Médecine de Paris , fut appelé auprès de madame D., âgée de dix-neuf ans, d’une excellente constitution , mariée seulement depuis six mois. Elle éprouvait quelques coliques; un léger écoulement de sang avait lieu par la vulve. Madame D. dit quelle redoutait une fausse couche, que ses règles étaient supprimées depuis trois mois , et quelles avaient toujours paru régulièrement avant cette époque. Huit jours après, elle rendit au milieu de bon nombre de caillots sanguins, une masse delà grosseur du poing environ, composée entièrement de vésiçules transparentes et remplies d’un fluide à peu près incolore; leur volume variait depuis celui d’un grain de millet à celui d’une petite noisette; tous les degrés intermédiaires pouvaient être observés; ces vésicules , loin d’être libres, étaient attachées comme les grains d’un chapelet, par des filamens qui, examinés de près, offraient déjà des rudimens de vésicules dontle développement eût infailliblement accompagné le séjour de ce corps parasite dans l’utérus. Le toucher fit reconnaître que la matrice était peu volumineuse et peu pesante; elle ne renfermait plus en effet que quelques caillots qui furent expulsés dans les jours suivans.
Une Elle de vingt-quatre ans , d’une forte constitution, s’expose à devenir enceinte. Au bout de quelques temps le ventre se tume'fie,les règles deviennent irrégulières et sont suivies d’un écoulement blanc assez abondant. Un appétit bizarre joint à ces symptômes fit présumer une grossesse commençante; cependant après quatre mois l’état reste toujours le même, et les époques de la menstruation sont toujours régulièrement marquées par un écoulement sanguin d’abord, puis leucorrhéïque. Enfin le neuvième mois se passe sans apporter aucun changement dans la situation de la malade, dont le ventre offrait pas plus d ampleur qu’a l’époque de quatre mois. Vers le douzième mois à l’époque des règles, cette fille est prise de douleurs analogues à celles de l’enfantement; l’orifice du col de l’utérus était dilaté d’un pouce, et on sentait à travers cette ouverture un corps mollasse, inégal, analogue au placenta ; quelques gouttes de sang s’écoulaient le long du doigt introduit dans le vagin. Les contractions utérines étaient éloignées; elles furent activées par un bain de siège , et au bout d’une heure il 'se présenta à l’orifice de la vulve une masse molle et inégale, d’un volume double de celui d’une tête de fœtus à terme, d’un poids de trois livres environ, composée de tissu cellulaire, de filamens blanchâtres, et d’un grand nombre élacéphalocystes petites, pour la plupart flasques et à moitié vides. Un grand nombre d’antres àcéphalocystes, libres de toute adhérence^ avaient été expulsées aussitôt après la sortie de la masse principale. La portion de cette masse qui correspondait à l’orifice utérin,* présentait une ecchymose profonde, et offrait dans son
épaisseur un caiîlot de sang assez consistant. Il y eut immédiatement après un écoulement de sang très abondant, mais qui diminua les jours suivans. Au quatrième \QVÆ^jïkvre de lait et excrétion abondante de lait pendant dix jours , et qui n’a cessé qu’après l’usage de tisanes purgatives. La santé" s’est ensuite complètement rétablie, et six semaines après la cessation de la sécrétion laiteuse, les règles ont reparu, et depuis elles sont très-régulières et aussi abondantes qu’auparavant. (Observation communiquée par le D' Carterau de Bar-sur- Seine. Voyez Archives générales de Médecine, tome 6.)
Conclusions sur la grossesse.
i ” Depuis le moment de la conception jusqu’à la fin du deuxième mois, il n’existe aucun signe qui permette ÿ affirmer que la femme est enceinte : on peut , dans certaines circonstances , établir de légères probahilités en faveur de la grossesse; mais l’homme de l’art serait blâmable s’il n’engageait pas l’autorité à attendre que de nouveaux phénomènes missent le fait hors de doute.
Le toucher peut-il être de quelque utilité à l’époque dont nous parlons? H est évident, si la grossesse existe, que le volume et la situation de l’utérus ne sont plus à la fin du deuxième mois ce qu’ils étaient avant la conception ; d’où il résulte que si l’on parvenait à trouver une différence entre ces deux états de l’utérus, on serait à même d’établir des présomptions plus fondées en faveur de la grossesse. Ainsi, supposons qu’une femme chez laquelle on remarque quelques-uns des
signes équivoques qui peuvent annoncer la grossesse {^myez page 191) se dise enceinte depuis quinze jours, et qu’elle se laisse visiter, le médecin introduit le doigt dans le vagin, et s’assure du volume et de la situation du corps et du col de l’utérus ; à la fin du premier mois il explore de nouveau cet organe ;ilrecommencç quinze jours après, et il fait un dernier examen à la fin du deuxième mois. Si les changemens observés sont les mêmes que dans la grossessej si la femme a continué à éprouver quelques-uns des aceidens qui constituent les signes équivoques décrits à la page 191 ; si enfin il n’existe chez elle aucun symptôme qui annonce une maladie à laquelle on pourrait attribuer ces changemens , l’homme de l’art peut établir des probahiUtés ea. faveur de la grossesse, et doit engager l’autorité à attendre.
2° Vendant le troisième mois. Nous ne pouvons que répéter ce qui vient d’être dit à l’occasion de la première époque; toutefois le toucher ayant pu être pratiqué un plus grand nombre de fois, les probabilités de grossesse seront un peu plus grandes , s’il se joint aux signes équivoques décrits à la page 19 1, ceux dont nous avons^ fait mention à la page 184. H y aurait encore plus de probabilités, si indépendamment de ces phénomènes la femme disait sentir des mouvemens semblables à ceux qu’exécute le foetus, ce qui est fort rare à cette époque.
3“ Pendant le quatrième mois. L’ensemble des signes observés pendant cette période peut servir à établir grandes probabilités en îaoieux de la grossesse, surtout lorsqu’on a touché la femme à différentes re-
prises; mais il est insuffisant pour prononcer affirmatwement^ à moins que l’on ait pu de'terminer le ballottement, ce qui n’est pas ordinaire. Qu’importe^ en effet, que la femme ou le médecin soient convaincus qu’il existe des jnouvemens actifs semblables à ceux qii’ exécuté le fœtus? un état spasmodique des intestins et de la matrice ne peut-il pas simuler ces mouvemens dans les grossesses apparentes^ et d’ailleurs ne voit-on pas des femmes enceiAes chez lesquelles il y à absence de pareils mouvemens?
4° Pendant le cinquième mois. Le fœtus étant le seul corps qui puisse être suspendu et ballotté dans l’utérus, on pourra a^rmer que la grossesse existe , si l’on a pu déterminer le ballottement, mouvement passif que l’on évitera de confondre avec le mouvement de la totalité de l’utérus. On se gardera bien de nier que la femme soit enceinte , parce qu’il aura été impossible de déterminer ce ballottement , plusieurs causes pouvant s’opposer à ce qü’il soit sensible. ( V oyez page 196.) Il ; sera permis alors d’établir les mêmes probabilités qu’au quatrième mois , si les circonstances sont les mêmes. Que l’on ait pu s’assurer ou non du ballottement du fœtus , on affirmera que la grossesse existe , si l’on a senti distinctement les hattemens du cœur du fœtus ^ en appliquant l’oreille sur l’abdomen de la femme , ou mieux encore en se servant du stéthoscope; mais il est probable que les battemens dont il s’agit ne pourront être aperçus que fort rarement avant le sixième mois.
5° Pendant le sixième »tow.-Si les caractères fournis par l’auscultation médiale ou immédiate ( voyez I. ' i5
^age 197) ne permettaient pas à l’homme de l’art de prononcer sur l’etat de la femme, il agirait conformétment aux principes établis à l’occasion de la grossesse pendant le cinquième mois; d’autant plus qu’alofs le fond de l’utérus est plus haut ( page i85 ), les ihoüvemens actifs du fœtus plus prononcés, et le ballottement plus facile à sentir, parce que le fœtus est plus fort.
Pendant les trois derniers lïBis. Les caractères tirés de la situation 4e la tête du fœtus et de la matrice, de l’état du col et des membranes, sont les seuls, parmi ceux que nous avons énumérés à la page 199, qui méritent quelque attention: ils sont pourtant insuffisans pour <^rmerqUe’ia grossesse existe; ils n’autorisent qu’à établir de très- grandes prohabilités. Mais comme en général , pendant l’époque dont nous parlons, les mouvemens actifs, le ballottement et les bat-’ temens du cœur du fœtus sont très-sensibles , et que ces deux derniers signes sont caractéristiques de la grossesse, l’homme dé Fart pourra , dans beaucoup de çircons' .tances, affirmer que la femme est enceinte. Il mettra, au contraire, dans ses conclusions, la même réserve qu’au cinquième et au sixième mois, s’il lui est impos- :sib!e de déterminer le ballottement ou de sentir les battemens du ceèur,
7° L’existence de deux ou d’un plus grand nombre de fœtus dans l’utérus étant propre à modifier quelques-uns des caractères importans de la grossesse , il faut que 1 homme de l’art redouble d’attention pour ne pas être induit en erreur; du reste son jugement et ses conclusions doivent être basés sur les mêmes principes.
S’il ne parvient pas à déterminer le ballottement ni à sentir les battemens du cœur, et qu’il ait cependant ^ des motifs pour soupçonner que la femme est enceinte, il émettra des doutes, et se gardera bien surtout de nier la grossesse. Il pourra, au contraire, quelle existe , lors même qu’il n’aurait pu déterminer le ballottement, s’il a senti les doubles pulsations du cœur dansplusieurs points de l’abdomen-^F” oy. p. aaS.)
8° Ce que nous avons dit à l’occasion de la grossesse utérine compliquée, de la grossesse extra-utérine, et des divers états contre nature qui peuvent faire croire que la femme est enceinte, prouve combien le médecin appelé pour juger des questions de ce genre doit se conduire avec circonspection. Toutes les fois ^u’il conservera des doutes devra donner un avis favorable à la femme , et engager l’autorité à attendre : ainsi il admettra la possibilité de la grossesse, lorsqu 41 croira ob. tenir la conservation de la mère et du fœtus; il agira dans un sens contraire, si l’absence de la grossesse peut présenter quelque avantage à l’accusée ou lui éviter quelque inconvénient.
9“ On n’oubliera jamais que les femmes qui ont intérêt à simuler la grossesse augmentent souvent le volume du ventre à l’aide de serviettes , de coussins, etc. ; elles soustraient les linges qui pourraient attester le retour périodique des règles. Mais il faut observer qu’il ne suffit pas de reconnaître l'une ou l’autre de ces fourberies pour prononcer que la. femme n’est pas grosse, car elle aurait pu y avoir recours pour paraître plus avancée quelle ne Fest réellement. Si une femme enceinte veut cacher sa grossesse, elle ne nàan-
que pas de se dire atteinte d’une de ces maladies qui la simulent (-yo/. pagè 208 ); elle fait tous ses efforts pour qu'à l’aide des vêtemens et des ceintures le volume du ventre ne soit pas très-sensible; enfin elle simule la menstruation tous les mois, en tachant des linges avec du sang.
DEUXIÈME QUESTION. — Une femme est-elle (Vâge à avoir pu concevoir?
Dans' nos climats, la femme jouit, le plus ordinairement, de la faculté de concevoir depuis l’age de quinze ans , époque de la première menstruation , jusqu’à celui de quarante ou de quarante-rcinq ans, où l’on voit -les règles cesser. Mais la constitution du sujet, le climat qu’il habite et le genre de vie qu’il mène, influent singulièrement sur le moment de l’apparition et de la cessation des règles; on sait, par exemple, que la menstruation s’établit plus tôt chez les filles du midi et chez celles qui habitent les villes que chezTes personnes du nord et chez celles qui vivent à la campagne. Il y a plus: des femmes sont devenues mères avant d’avoir été réglées, et même sans l’avoir jamais été: on a vu à "Paris une fille âgée de douze ans et demi être enceinte; d’une autre part, il est avéré que des femmes ont pu concevoir passé l’âge de suixante ans. Bernstein rapporte qu’une femme qui né fut réglée qu’à vingt ans, accoucha pour la première fois à l’âge de quarantesept ans; elle en avait soixante lorsqu’elle mit au monde le septième et dernier enfant: la menstruation ne cessa chez elle qu'à lage de quatre-vingt-dix-neuf ans, c’està-dire cinq ans avant sa mort.
Il résulte de ce qui précède, i° qu’il est impossible de limiter la possibilité de la conception dans un espace ,de temps déterminé; 2° que si l’existence de la menstruation est un des indices les plus certains de l’aptitude à concevoir, le défaut des règles ne peut cependant pas autoriser à regarder la conception comme impossible.
TROISIÈME QUESTION. — Une femme peut-elle ignorer constamment sa grossesse ?
Des fenimes accusées d’avoir laissé périr leur enfant, faute de soins, peuvent alléguer l’ignorance de la grossesse; d’autres, après avoir commis le crime d’infanticide, assurent dans leurâ moyens de défense, que loin d’aToir tué leur enfant, elfes ignoraient quelles fussent enceintes; la question qui nous occupe pourra donc être agitée devant les tribunaux. Il est incontestable qu’une femme complètement idiote peut ignorer sa grossesse; en est il de même de celle dont on a abusé pendant quelle était enivrée par des narcotiques, des liquides spiritueux, ou pendant qu’elle était frappée d’asphyxie ou d’apoplexie? Nous avons déjà établi que la fécondation peut avoir lieu chez une personne qui est dans fun ou l’autre de ces états; mais il ne faut pas conclure que parce que la femme a été abusée à son insu, elle devra nécessairement ignorer plus tard qu’elle est enceinte; les mouvemens actifs et le ballottement du fœtus, ainsi que les autres signes de la grossesse, ne pourront-ils pas éclairer cette femme sur son . véritable état, lorsqu’elle aura repris l’usage de ses sens? Toutefois, si l’on ne peut pas conclure que la per-
Sontie dont il s’agit doive ignorer nécessairement sa grossesse, il faut admettre la possibilité du fait, puisqu’on l’a observé, même chez dés femmes mariées, qui n’a— Vàient aucun intérêt à tromper les médecins.
Observations. i° Le D' Vogel, médecin à Lahr, rapporté le cas d’une jeune femme qui fut obligée de sevrer son enfant au bout d’environ neuf mois , parce qu’elle vit reparaître ses règles qui, après avoir coulé régulièrement pendant plusieurs mois, dégénérèrent ensuite en unehémorrbagieirrégulière, revenant tous les quinzè jours ou les trois semaines. M. Vogel fit appeler une sage-femnae qui découvrit, à demi engagé déjà dans le vagin, un fœtus paraissant âgé de trois mois (i). — 2" Le même médecin traitait d’obstructions dans le bas ventre, une juive enceinte, -qu’il ne croyait pas grosse parce quèHe-méme ne soupçonnait pas îêtre, n’éprou^ Vànt aucune, des sensations que les femmes ressentent durant la grossesse. Lé traitement qu’il luifit subir la délivra dé tous les àCcidens, à l’exception d’un gonflement que le L' Vogél croyait'ûvoir son siège dans l’ovairé gaucbe, mais qui dispârut lorsque la malade, dont lés réglés avaient été supprimées pendant plus d’une année, accoucba d’un enfant à demi putréfié (2). — 3’ Le conseiller Gunthér a connu une jeune femme , mariée à un homme âgé, qui fut dans l’ignorance complète de son état, jusqu’au moment de l’accouchement, et chez la^ quelle tous les signes de la grossesse manquaient à tel
(1) Salzburger medizinisch-chirurgische ; Zeitung, 1791, tom. IV, page 26.
(2) Ibid.., page 24.
point tandis que les souffrances de la malade ressemblaient tellement aux symptômes d’une affection spasmodique , que quand le mari demanda si sa femme né serait peut-être pas enceinte, le médecin, malgré toute son expérience, trouva la question ridicule. Cependant quelques jours après, cette femme mit au monde un garçon, à la vérité petit èt débile, mais parfaitement à terme (i). — ■ 4° Une femme robuste, très-peu éclairée , vivait depuis dix-huit mois dans les liens d’un mariage qui larendait fort heureuse, ses règles étaient dans le plu s grand désordre dès avant son mariage , et s’arrêtaienî: souvent pendant des années entières. Le D' Klein ayant été appelé pour de violentes coliques quelle éprouvait, reconnutj après un examen-attentif, que ces douleurs étaient celles de l’accouchement, mais on ne voulut pas ajouter foi à ce qu’il disait, la femme déclarant que si elle était enceinte elle aurait du le sentir. L’enfan|:, qui était une fille vivante, se présentait par les pieds. La mère nia quelle fût grosse jusqu’au moment où elle fût accouchée (2). — 5” Une femme, mariée depuis trois ans, consulta BI. Fodéré, pour une affection chronique de la poitrine , accompagnée de rétention de règles, et d’une perte en blanc , très-abondante et ichoreuse; elle présentait en même temps divers symptômes équivoques de grossesse; mais sur les observations qui lui furent faites à cét égard, elle objecta l’absence de son
(1) Ibid., page io5. ?
(2) Jarbuecher der deutschen Medizin und chirurgie, tom. III, page 5i.
mari; elle ajouta d’ailleurs que, sans vivre dans une continence absolue, elle ne craignaitrien, parce que des gens de l’art lui avaient assuré qu’ellène pourrait, point devenir grosse tant que la perte en blanc subsisterait. Deux mois après , M. Fodéré, appelé en consultation pour la maladie de poitrine qui était devenue,très-aiguë , fit observer à ses confrères qu’il sentait au coté droit de la région hypogastrique Une tumeur dure, ronde, oblongue , qu’on regarda comme stercorale ou venteuse, faute de renseignemens précis. Cependantde douzième jour' depuis qull continuait de voir cetté femme, elle accoucha d’un enfant mâle d’environ quatre mois, à sa grande surprise, à celle d'es'médecins qui la soignaient, et des assistans, qui se trouvaient en grand nombre dans sa chanibre. Sa naïveté et sa confiance, au moment de ce travail, dont elle assurait ignorer la nature, et le peu de précautions quelle avait prises pour cacher sa honte et ce témoin de son infidélité , semblèrent autoriser à croire qu’effectiveraenl elle n’avait pas connu son état. Elle se plaignait beaucoup des gens de l’art , qui lui avaient inspiré, une trompeuse sécurité, et expira le lendemain, victime peut-être d’un moment d’erreur et de l’imprudence des personnes qui n’avaient pas assez interrogé la nature. {Fodéré^ médecine légale.) — 6“ M. Desgranges rapporte l’exemple d’une femme âgée de quarante-cinq ans, déjà mère de plusieurs en fans, qui arriva jusqu’au moment, de l’accouchement sans avoir jamais soupçonné la grossesse.— D’après le même auteur, une jeune fille eut commerce dans le bain avec un jeune homme dont elle reçut l’assurance quelle ne pouvait -jamais devenir enceinte dans l’eau; son
amant l’ayant bientôt délaissée , elle attribua au chagrin que cette perfidie lui causa la cessation des règles. Elle employa contre l’aménorrhée un grand nombre de remèdes que lui conseillaient plusieurs médecins, et quoique son ventre fît toujours des progrès,* elle nia opiniâtrement quelle eût eu jamais des rélations avec un homme, ou quelle sentît les mouvemens de l’enfant; du reste elle ne cherchait pas à se soustraire aux regards. A l’invasion même des douleurs elle renouvela ses dénégations avec la même opiniâtreté; cependant , à sa grande surprise et à celle des assistans, elle accoucha d’un enfant bien portant. Elle assura toujours qu’ayant commis sa faute dans l’eau elle n’avait jamais eu l’idée de pouvoir être enceinte. [Fodérê, médecine légale. Tome i".) — 8“ Pendant notre séjour à Reims, en 1822, le D*" Duquesnel fut appelé par une dame mariée, que p'ersonne ne croyait enceinte et qui se plaignait de douleurs abdominales dont le caractère et la marche simulaient les douleurs de l’enfantement: désirant s’éclairer, M. Diiquesnel pi'oposa à la dame de se laisser toucher; mais elle était tellement éloignée de soupçonner la grossesse quelle s’y refusa; ce ne fut qu’au bout d’une heure, lorsque le médecin l’assura que l’accouchement allait avoir lieu, quelle permit l’exploration du col de l’utérus; on vit alors que la tête du fœtus était sur le point de franchir le détroit supérieur, et la femme‘ ne tarda pas une demi-heure à être délivrée. Il n’y avait aucun motif qm pût porter cette dame à cacher sa grossesse.- — 9° Madame Gonse de Bapaume, âgée de trente- trois ans, déjà mère de trois enfans; jouissant habituellernent d’une bonne santé, était à
répoque de la menstruation , lorsqu’elle essuya une vive frayeur qui supprima tout à coup cet écoulement périodique au mois d’août iSaS. Dès lors se manifestèrent divers accidens qui furent tour à tour attribués, par des médecin s 'qui exerçaient le toucher, à une mole, à une hydropisie abdominale, à une suppression de menstruation. A la fin de janvier 1824, madame accoucha d’un enfant bien portant sans avoir jamais soupçonné sa grossesse ; elle assure avoir porté cet enfant pendant dix mois : elle en est d’autant plus certaine que pendant tout ce laps de temps elle se trouva dans l’impossibilité de communiquer avec aucun homme. ( Observation rapportée par M. Moronval. Journal complémentaire^ t. 23.)
Combien le médecin ne doit-il donc pas user de circonspection lorsqu’il s’agit de prononcer sur une ques^ tiori de ee genre ! C’est ici qu’il faudra s’enquérir de plusieurs circonstancés commémoratives : la femme at-elle cherché à céler sa grossesse ; est-elle primipare, stupide, idiote; s’est-elle informée de tout ce qui est relatif à l’accouchement , des moyens propres à faire avorter ; a-t-elle fait des questions à ses amies, qui pourraient permettre d’élever des doutes ; quelle est sa position sociale, sa moralité; a-t-elle éprouvé depuis longtemps des dérangeraeps notables de la menstruation, et des symptômes ayant de l’analogie avec les signes équivoques delà grossesse, iqui ont pu lui faire croire, lorsqu’elle était réellement enceinte , quelle était en proie à une maladie du bas-ventre ; est-il prouvé qu on s’est attaché à détruire en elle toute idée qu’il lui fut possible de devenir enceinte ; le mari est-il absent ?...
QUATRIÈME QUESTIOÎ^ — Une femme enceinte a-t-elle des penchans tellement irrésistibles , quelle soit portée à commettre des actes contraires a Vordré social?
Les tribunaux ont quelquefois requis l’avis des médecins , pour savoir si la grossesse pouvait déranger l’imagination d’une femme et dépraver sa volonté au point de la porter à commettre malgré elle certains crimes, et notamment celui du vol. 11 est incontestable qu’il faut admettre dans quelques cas de grossesse , la possibilité et même la réalité d’un trouble de l’imagination , assez inarqué pour qu’il puisse servir d’excuse à la femme. 11 serait contraire à l’ordre social d’établir que cela doit avoir lieu constamment , car on assurerait l’impunité à des femmes de mauvaise conduite, qui savent aussi bien soustraire la propriété d’autrui quand elles ne sont pas enceintes, que lorsqu’elles sont grosses. Si la lésion de l’imagination est évidente, l’homme de l’art ne balancera pas à excuser la femme ; dans le cas contraire, il engagera le magistrat à chercher ailleurs que dans la médecine les moyens de résoudre la question ; en effet , les juges seront beaucoup plus éclairés, quand ils sauront que la personne accusée jouit d’une bonne ou d’une mauvaise réputation,. qu’elle est dans l’aisance ou dans la détresse , etc. , que lorsqu’on leur dira que le tempérament de la femme est très-irritable , mélancolique , etc.
Nous n’imiterons point certains auteurs de médecine légale, qui, à l’occasion de la grossesse, ont agité la
question suivante : Boit-on considérer la présence dune mole dans V utérus , comme une preuve certaine du coït? H est évident que î’on (foit répondre affirmativement , si l’on entend par mole les débris du produit de la conception {Voy. page 2i4); le contraire aura lieu, si, comme cela a été fait , on désigne sous ce nom des masses de sang, d’hydatides, etc., dont la présence ne suppose en aucune manière la copulation.