‹ Leçons de médecine légaleChapitre 19 sur 35 · DOUZIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

DOUZIÈME LEÇON

De V accouchement.

L’article 54 1 du Code civil est ainsi conpu : « La recherche de la maternité est admise. L’enfant qui réclamera sa mère sera tenu de prouver qu’il est identiquemënt le mêrne que l’enfant dont elle est accouchée. »

Indépendamment de cet article, qui réclame évidemment le ministère de l’homme de l’art pour savoir si une femme est accouchée , il en est d’autres tirés du Code pénal 5 dont nous parlerons plus loin .et qui sont relatifs à l’exposition , à la suppression , à la substitution , à la supposition de part , à l’avortement et à l’infanticide.

Yoici les objets què nous nous proposons de traiter dans ce chapitre : Comment reconnaître quune

femme est récemment accouchée? 2” Quelle est l’époque où il n’est plus permis de trouver des traces d’un accouchement récent P 3° Peut-on établir qu’une femme est accouchée , lorsqu’il n’existe plus de traces d’un accouchement récent P [\ Est-il possible "qu’une femme accouche sans s’en apercevoir? 5° L’accouchement se fait-il. toujours à la même époque de la grossesse , ou bien y a-t-il des naissances tardives et précoces P 6° ha. superfétation est elle possible?

Comment reconnaître qu'une femme est récemment 'accouchée?

La solution de cette question repose sur la connaissance! des phénomènes qui suivent l’accouchement , tels que la délivrance , l’écoulement des lochies , les douleurs des parties sexuelles et dès articulations du bassin , les changemens qui y surviennent et ceux qui s’opèrent dans la position des viscères, et notamment deTutérus, la fièvre de lait, quelquefois les tranchées , etc.

La délivrance ^ regardée par les accoucheurs comme faisant partie de l’accouchement , doit être considérée en médecine légale Comme un phénomène à part; en effet s’il est vrai que dans la plupart des cas l’expulsion du délivre a lieu peu de temps après la sortie du fœtus, il arrive aussi que plusieurs heures et même plusieurs jours peuvent s’écouler .avant que l’arrière-faix ne soit expulsé. Lorsque par suite des contractions de l’ùtérus le délivre est détaché, décollé de la surface interne de la matrice , et quil est tombé sur le col de ce, viscère, on sent entre le pubis et l’ombilic une tumeur globuleuse qui' durcit et diminue de volume à chaque douleur que la femme éprouve par suite des nouvelles contractions de la matrice ; si on introduit alors le doigt dans le vagin, on trouve le placenta à l’orifice de l’utérus, et l’on voit qu’il affecte la forme d’un cul delarapé ou d’un bec de pot , suivant la partie par laquelle il s’est décollé. Plus tard le col de l’utérus qui était revenu sur lui-même se dilate, descend dans le vagin et pèse sur

la partie inférieure du rectum , ce qui engage la femme à pousser en avant pour chasser le délivre hors de la vulve. Il arrive souvent que le placenta après son décollement s’applique sur l’orifice interne de l’utérus et le bouche tellement qu’il empêche l’issue du sang; dans d’autres circonstances le décollement dès bords du placenta se fait assez vite pour que l’écoulement du sang puisse avoir lieu aussitôt après ce décollement; et bién avant l’expulsion du délivre.

Ecoulement des lochies. On sait qu’après la délivrance et l’issue du flot de sang qui l’accompagne tout écoulement est suspendu ; mais bientôt après la femme perd du sang pur; cet écoulement sanguin, d’une odeur fade, dure ordinairement deux jours, quoique la consistance du sang soit moins grande et sa couleur moins foncéé à mesure qu’on approche de la fin du (Huxièrae jour : à cette époque la matière prend une teinte rouSsâtre. Du troisième au quatrième jour elle devient verdâtre; son odeur est semi-putride , ce qui paraît tenir à la décomposition et à la fonte des lambeaux de la membrane caduque (épiçhorion de Ch.) qui étaient restés daus l’utérus ; quelquefois l’odeur fétide dépend aussi de la putréfaction de quelque caillot de sang; il n est pas rare alors de voir les lochies prendre une couleur noirâtre. Du quatrième au cinquième jour, l’écoulement acquiert une couleur d’un blanc jaunâtre semblable à celle du pus ou du lait; son odeur, qui provient des mucosités quelle entraîne , a été comparée à celle d’un civet de lièvre él à celle de l’huile de poisson, par Loder; d’autres l’ont regardée comme caractéristique de l’accouchement et Vont désignée sous le nom de gra~

vis odor puerperii. Cet écoulement diminue par degrés et continue ordinairement pendant un mois ou six semaines; à la vérité il est difficile de fixer la durée de ces lochies laiteuses ou purulentes , parce que l’on a souvent de la peine à les distinguer des flueurs blanches auxquelles beaucoup de femmes sont sujettes après l’accouchement, et (|ui peuvent se prolonger pendant long-temps. de laitTi le plus souvent lieu qua¬

rante-huit heures après l’accouchement; alors l’écoulement est supprimé ou diminué; il reparaît lorsque la fièvre a cessé.

Quelquefois les lochies sont sanguinolentes pendant plusieurs jours; souvent dans le cours des premières semaines, et même de tout le premier mois , on voit, le sang qui avait cessé de faire partie de la matière de l’écoulement, reparaître de temps à autre, ce qui tient à des écarts Se régime , à la faiblesse des vaisseaux utérins , ou à la largeur contre nature de quelques-uns d’entre eux. 0n a vu, rarement à la vérité, des femmes n’avoir pas de lochies; chez d’autres l’écoulement se supprime dès le deuxième ou le troisième jour, par suite d’une irritation quelconque, et l’on peut voir, après avoir combattu cette irritation par les moyens antiphlogistiques, du sang pur couler pendant huit ou dix jours.

V Quelque grandes que soient les variétés que présente l’écoulement des lochies , il ne doit pas moins en être considéré comme un des signes les plus importans de l’accouchement : en effet il existe le plus souvent tel que nous l’avons décrit d’abord; il est doué d’une odeur particulière, et il est en général accompagné d’un

afflux de lait aux mamelles ; tandis que les pertes en rouge ou en blanc que l’on peut remarquer chez les femmes qui ne sont pas en couches , n’offrent point l’odeur dont nous parlons, et produisent ordinairement le relâchement et la flétrissure des seins.

État des parties sexuelles et des articulations du bassin. On observe après l’accouchement chez une femme primipare, ou lorsqu’il y a une disproportion marquée entre le volume de la tête du fœtus et les parties génitales,, que la vulve est fort dilatée, que les grandes et les petites lèvres, la fourchette, le vagin, etc. , sont tuméfiés , rouges ou violets , contus et foulés : quelquefois oit y remarque des déchirures; lebord antérieur du périnée peut également être déchiré , et dans des circonstances assez rares la lésion est telle que l’anus et le vagin ne forment plus qu’une seule ouverture ; dans le plus grand nombre de cas la fourchette est rompue après le premier accouchenaent. Le vagin est dilaté, phénomène que l’on peut remarquer aussi chez les personnes qui ne sont pas accouchées , et dont les parties sont habituellement abreuvées par dés flueurs blanches, ou qui ont un relâchenàent de matrice. Les articulations du bassin sont douloureuses , et le sommet du coccyx refoulé en arrière; aussi la femme éprouve-t-elle beaucoup de difficul té à s’asseoir. Huit ou dix jours après l’accouchement, les organes dont nous parlons ne sont plus douloureux , à moins que la lésion n’ait été grave; alors ils sont pâles et blafards; lés rides du vagin ont réparu. S’il est vrai que l’expulsion d’un débris du produit de la conception , d’un polype ^ d’une concrétion sanguine , puisse occa-

sioner un délabrement analogue des parties génitales externes', il est également certain que , dans là plupart des cas, ces substances ne font qu’effleurer les organes delà génération sans en changer la forme ni le volume.

État dé C utérus, des viscères abdominaux:, de la peau et des muscles de ï abdomen. On peut, à l’aide d’unè main placée sur l’iiypogastre, tandis qu’avec le doigt indicateur de l’autre on repousse en haut le col de là matrice, sentir, pendant quelques jours après l’accouchement , le corps de rutétus au-dessus âu pubis : ce signe est plus facile à apprécier chez les personnel maigres etxhez celles dont la grossesse était plus avancée. Au bout de quelques jours les parois de Intérus offrent plus d’un pouce d’épaisseur ; il'pèse alors ordiinairement d’une livre et demie à deux livres ( vo^éh p. i86), et reprend sa place dans la cavité pelvienne ; ses vaisseaux redeviennent tortueux.

Ce n’est guère qu’au bout de deux mois qu’il a perdu l’excès de son volume, de sa pesanteur et de sa mollesse; il reste même plus gros, plus pesant et plus mou après plusieurs accouchemens. \lorijice est fort dilaté après l’accouchement, et permet rintroductiori dans la matrice d’un ou de deux doigts; ses bords minces et flasques sont pendans dans le vagin; il revient ensuite sur lui-même et reprend sa forme labiée ; ses lèvres, surtout la postérieure, conservent plus dé longueur et d’épaisseur qu’avânt la grossesse; elles sont aussi plus écartées et présentent des inégalités ou des échancrures, si elles ont éprouvé quelque déchirurè lors du passage du fœtus. Les chaiigemens de volume et d’épaisseur du col de l’utérus, dont il vient d’être

fait mention , ne sont pas , il est vrai, tellement caractéristiques de l’accouchement que l’on puisse d’après eux conclure qu’il a eu lieu; en effet le squirrhe , les corps fibreux , etc. , peuvent augmenter les diihensions de la matrice; l’expulsion des débris de l’œuf , de concrétions sanguines, etc., peut occasioner deschangemens dans la forme et dans la structure du col; mais en général l’allération de cette partie n’est jamais aussi marquée qu après l’accouchement.

, JJ épiploon et \qs inte^stins redescendent occuper leur place naturelle. Les deux feuillets du péritoine qui forment les ligamens larges et qui avaient été èntraînés avec le fond de l’utérus se rapprochent; les ligamens ronds se raccourcissent; la ptau de V abdomen, qui avait, été singulièrement distendue , revient sur ellemême et Se ride; on voit surtout dans l’espace compris entre les aines et l’ombilic , de petites éraillures ou des, stries luisantes, d’abord livides, qui ensuite deviennent blanchâtres et qui ressemblent à des cicatrices; elles sont entrecroisées en différens sens et ne s’effacent jamais complètement. On remarque aussi une ligne brunâtre qui du pubis se dirige vers l’ombilic. Les muscles droits de V abdomen et la ligne médiane un écartement marqué : observons

toutefois que la flaccidité et les plis du bas -ventre peuvent être la suite de l’amaigrissement ou de la déplétion dé l’abdomen après une hydropisie, qu’ils seront peu marqués chez des femmes jeuiîes et robustes, surtout lorsque le fœtus était peu volumineux ou qu’il n’était pas à terme , enfin qu’ils peuvent dépendre d’un accouchement ancien.

, La fievre de lait paraît ordinairement quarante-huit heures après l’accoueheraent ; elle est caractérisée par des élancemens dans les seins , qui ne tardent pas à se tuméfier et. à durcir ; ce gonflement, qui n’est jamais plus considérable que vers le déclin de la fièvre, peut être assez marqué pour faire craindre que la peau ne se, crevasse, et pour gêner la respiration. La femme éprouve une lassitude universelle , des pesanteurs et des douleurs de tête, et des picotemens sur toutes les parties du corps ; le pouls est fréquent et fort. La secrétion du lait s’établit; un fluide séreux s’écoule par le mamelon et inonde la chemise ou la garniture du sein ; la maladie se termine par une sueur d’une odeur aigre. La durée de cette fièvre n’est le plus souvent que de vingt-quatre ou de trente-six heures ; elle se prolonge quelquefois pendant plusieurs jours ; en général, comme npus l’avons déjà dit, les lochies sont supprimées ou considérablement diminuées tant quelle existe ; enfin il importe de savoir que loin d’être un phénomène constant de l’accouchement , la fièvre dé lait peut ne pas s’observer chez certaines femmes récemment accouchées.

La présence du lait aux mamelles , considérée isolément, ne peut être regardée comme preuve d’un accouchement récent, car on a vu des filles et des femmes qui n’étaient pas récemment accouchées allaiter des .enfans-, on sait même que des individus du sexe mâle ont présenté quelquefois ce phénomène. Cependant comme les exemples de ce genre sont fort rares, et que d’ailleurs il n’est pas commun de voir les seins gonflés et fournissant une humeur laiteuse , à la suite d’une

( aSô )

hémorrhagie et d’une hydropisie utérine, de l’expulsion dés débris d’un oeuf, etc., on ne doit pas regarderie caractère dont il s’agit comme indifférent.

Les trànchées utérines reconnaissent pour cause des caillots dé sang placés sur l’orifice des gros vaisseaux, ou la dilatation de l’orifice interne de l’utérus , au moment où cés caillots se présentent pour franchir cet orifice. On les distingue des autres douleurs parce qu’elles reviennent à dés intervalles assez grands et réguliers , à lâ dureté qu’acquiert le globe utérin chaque fois quelles se manifestent i, et à ce quelles sont suivies de l’expulsion de quelques caillots ou d’un liquide. Les femmes qui accouchent pour la première fois en ont rarement, parce que chez elles les contractions de là matrice ayant été plus fortes , cet organe se trouve dégorgé lorsque l’accouchement a eu lieu. Chez les autres femmes elles commencent peu d’instans après la déhvrance et continuent pendant deux ou trois jours.

On observe quelquefois à la suite de l’accouchement l’hémorrhagie utérine, la syncope, les convulsions, l’in^ troversion de l’utérus, la suppréssion et l’incontinencë d’urine, la chute du fondement, etc.; mais ces maladies ne doivent pas nous occuper ici , parce qu’elles ne se manifestent pas habituellement.

Après avoir examiné les principaux phénomènes qui suivent l’acccouchement , nous pouvons établir, 1° qu’aucun des signes mentionnés, pris isolément , nè suffît pour affirmer qu’il y a eu ou non accouchement récent ; 2? que leur ensemble permet d’établir une conclusion parfaitement fondée; 3° qu’il est beaucoup plus facile de constater l’accouchement lorsque la femme est

primipare et que lé fœtus est presque à terme ^ ou â terme; 4° que le diagnostic sera d’autant plus facile que l’exploration de la femme aura lieu peu de temps après l’accouchement, parce que plusieurs des caractères indiqués s’affaiblissent et finissent par disparaître au bout de quelques jours ; 5° que l’homme de l’art chargé de donner son avis sur une question de ce genre, doit s’énquérir de tout ce qui a précédé : il cherchera , par exemple, à connaître si la femme n’était point réglée depuis long- temps , si le veiitre ne s’èst pas affaissé tout à coup , etc.

Quelle est V époque ou il ré est plus permis de trouver des traces d’un accouchement récent ?

Il est impossible de préciser cette époque, parce que le délabrement des organes génitaux peut avoir été plus ou moins considérable , et que la constitution de la femm^ influe singulièrement sur le moment où les traces de ce délabrement disparaîtront. Zacchias^ ÀU herl , Bohn et la plupart des médecins français admettent que ce terme s’étend jusqu’au dixième jour; ils prescrivent de faire la visite au plus tard une semaine après l’accouchement, parce quelle deviendrait inutile s’il s’était déjà écoulé plusieurs semaines. Il est vrai que dans la plupart des cas où l’homme de l’art examine la femme après le dixième jour de l’accouchement, il obtient peu de lumières; mais comme il n’est pas démontré qu’il ne puisse pas en être autrement, nous nous garderons bien de proclamer que la visite faitè après le dixième jour n’est d’aucune valeur; il peut sé présenter telle circonstance où les traces de l’accouche-

ment soient plu« sensibles au quinzième jour qu’elles ne l’étaient chez une autre femme au huitième.

Peutron établir qu\une Jemme est accouchée , lorsqu'il n’existe plus de traces d’un accouchement récent?

Le fait suivant prouve que la question qui nous occupe n’est point oiseuse. Une jeune personne simule la grossesse et se dit enceinte dans l’espoir d’épouser son amant; vers le neuvième mois, elle tache son lit et le linge quelle avait sur le corps avec du sang de bœuf, et reste couchée pendant plusieurs jours pour faire cfoirè quelle est accouchée. Une dispute s’élève entre elle et son amant, et au bout de deux ans celui-ci réclame l’enfant dont il croit être le père; la jeune personne refuse de le produire, et est aussitôt accusée de suppression de part. Appelée devant le juge d’instruction du département dé la Seine, elle base sa défense sur ce quelle n’est jamais accouchée, ce qui fut constaté par MM. Capuron, Maygrier et Louyer-Villerraay, qui furent chargés de la visiter. (jCapuron^ Médecine légale, relative à l’art des accoüchemens.)

S’il est très-difficile dans certains cas de reconnaître un accouchement récent, combien la difficulté ne serat-elle pas grande lorsqu’il se sera déjà écoulé beaucoup de temps ! Les caractères qui pourront servir à résoudre cefte question sont, i° lés rides du ventre qui sont ineffaçables; 2° quelquefois l’écartement des muscles droits de l’abdomen vers la région ombilicale, ce qui donneuneplus grande largeur àcette portion delà ligne médiane; 3° dans certains cas une cicatrice qui atteste

la déchirure du périnée, et une ou plusieurs échancrures au col de l’utérus. Mais ces caractères ne permettent point d’affirmer que l’accouchement a eu lieu ; ils peuvent le faire présumer : leur absence aü. contraire sert à établir que la femme n’est jamais accouchée.

Est-il possible qu^une femme , accouche sans le savoir ?

Les douleurs produites par les contractions de la matrice , surtout au moment où la tête de l’enfant franchit l’orifice de l’utérus, sont tellement vives , que l’on a de la peine à concevoir que dans aucun cas l’accouchement puisse avoir lieu à l’insu delà femme; il en est pourtant ainsi, et des faits assez nombreux que nous rapporterons plus bas, nous forcent à admettre qu’une femme peut accoucher sans le savoir si elle est idiote, ou si ellç est complètement ivre, ou sous l’influénce de poisons stupéfians énergiques; l’apoplexie, le délire, la syncope sont encore des états qui peuvent empêcher la mère de conserver le souvenir de l’accouchement : toutefois comme les femmes ne manqueront pas dans plusieurs circonstances de baser leur défense sur le fait dont nous parlons , il importe que l'homme de l’art n’en établisse le possibilité qu’autant qu’il sera convaincu que la situation de l’accusée était telle qu’il n’y avait plus chez elle de sensibilité de perception. Voici des observations à l’appui de ce que nous venons d’avancer ;

1° Hippocrate rapporte que la femme à'Olympias parvenue au huitième mois de sa grossesse fut atteinte d’une fièvre aiguë; au cinquième jour elle était dans

uîi état de mort apparente, et accoucha sans donner moindre preuve de sentiment.

2° LacjDmtesse de Saint-Géran fut empoisonnée par un breuvage stupéfiant qui déterminaun assoupissement profond, pendant lequel elle accoucha d’un garçon j étonnée à son réveil de se voir baignée dans son sang, delà diminution de volume du ventre, et de l’épuisement dans lequel elle était, elle demanda l’enfant qu’on lui avait soustrait. (Recueil de causes célèbres, t. 26.)

3“ Une femme enceinte est regardép comme morte depuis deux heures. Rigaudeaux l’examine et ne peut parvenir à sentir les pulsations du cœur ni des artères; la bouche est éçumeuse, le ventre très-enflé, l’orificè de l’utérus fort dilaté, la ppcbe des eaux formée; il se décide à retourner l’enfant et l’amène par les pieds; on le croit mort; mais des soins attentifs prodigués pendant trois heures et demie environ le raniment; cependant la mère, examinée une seconde fois par Rigaudeaux, ne donne aucun signe de vie; mais, comuie les membres ne présentent aucune raideur-, quoique sept heures se soient écoulées depuis le moment où l’on croit la femme morte, il défend de l’ensevelir, et prescrit plusieurs moyens. Deux heures et demie après on vient lui annoncer que la femme est ressuscitée. ( Journal des savans, janvier i y 49')

JJ accouchement se fait-il toujours a'ia même époque de la grossesse f ou bien y a-t-il des naissances tardives et précoces?

Cette question a été la source de débats célèbres ; les opinions des n^édecins les plus illustres ont été divisées, et l’on a vu chacun apporter en faveur du parti qu’il soutenait, des faits et des raisonnemens plus ou moins spécieux: aussi Jusqu’à l’époqUe dù lalé^slation nouvelle a adopté la disposition du droit romain et celle des douze tables^ les Jurisconsultes ont-ils marché d’un pas incertain, et basé leurs jugemens sur des considérations sociales, étrangères à la médecine. Ici un enfant est déclaré légitime quoique né douze mois trois jours après la mort du mari, parce que la conduite de la mère est irréprochable; là au contraire un autre enfant né dix mois quatre Jours après la mort du mari est Jugé bâtard à cause de la mauvaise réputation de la femme; plus loin on regarde un enfant comme légitime, quoiqu’il soit né onze mois après l’absence du mari, parce que celui-ci n était pas dans l’impossibilité de communiquer avec la mère, etc.

Quel avantage retirerions-nous de l’exposition détaillée des argumens et des faits nombreux consignés dans les auteurs, soit en faveur, soit contre les naissances prématurées et tardives? Qu’il nous suffise d’établir, 1“ que des enfans peuvent naître naturellement et sans accident, avant le neuvième mois de la grossesse; 2“ que la possibilité des naissances, passé le neuvième mois, rie peut plus être contestée, et qu’il est même

difficile de ne pas admettre qu’elles aient lieu dans certains cas plusieurs jours après le trois-centièrae jour révolu; 3° qu’il en est de même pour une foule dé femelles d’animaux que M. Tessier, membre dé l’Académie des sciences, a soumises pendant plusieurs années à un examen attentif (i). D’ailleurs la lé^slation actuelle a tranché toutes les difficultés, comme on peut le voir par les articles sùivans : *

« Le mari pourra désavouer l’enfant, s’il' prouve que

(i) Vaches i 160 observées.

14 ont donné leur veau du 241* au 266® jour , c’est-à-dire dans l’espace du 8' mois 26' jour.

51e 270* jour.

5o du 270® au 280' jour.

68 du 280® au 290' jour.

20,1e 3 00® jour.

5 le 3o8® jour ( 38 jours au-delà 9 mois).

JumenSf loz ob,

5 ont pouliné le 3 1 1® jour.

I a pouliné le 3 14® jour.

1 idem le 325® jour.

1 idem le 326® jour.

2 ont pouliné le 33o' jour.

47 iderii de 34o à 35o jours.

20 idem de 35o à 36o jours. i

21 idem de 35o à 3^^ jours.

1 a pouliné à 394 jours.

L’observation de treize truies et de cent trente-neuf lapines a fourni des résultats analogues.

pendant le temps qui a couru depuis le trois-centiëme jusqu’au cent quatre-vingtième jour avant la naissance de cet enfant, il était, soit par cause d’éloignement, soit par l’effet de. quelque accident, dans l’impossibilité physique de cohabiter avec sa femme.» (Code civil, art. 3i2.) «L’enfant né avant le cent quatre-vingtième jour du mariage ne pourra être désavoué par le mari dans les cas suivans : 1° s’il a eu connaissance de la grossesse avant le mariage; a’ s’il a assisté à l’acte de naissance, et si cet acte est signé de lui, ou contient sa déclaration qu’il ne sait signer; 3° si l’enfant n’est pas déclaré viable. » ( Code civil, art 3i4. ) « La légitimité de l’enfant né trois cents jours après là dissolution du mariage, pourra être contestée. »Code civil, art. 3i5.)^

Il est évident d’après les articles 3i2 et 314, que les naissances prématurées qui arrivent au moins cent quatre-vingts jours après le mariage (six mois environ), sont regardées comme légitimes; il résulte aussi de l’art. 3i 5 , que la naissance sera illégitime s’il est prouvé qu’elle a eu lieu trois cents jours révolus après la dissolution du mariage (dix mois environ). Cette dernière conséquence ne paraîtra pas d’abord aussi rigoureuse, parce que l’art. 3i 5 n’est pas aussi précis qu’il aurait pu être; en effet, il est dit: que la légitimité pouri'a être contestée; mais il est évident que le législateur a entendu qüe l’enfant né trois cents jours révolus après la dissolutian du mariage, pourrait être considéré comme légitime si personne ne réclamait contre son état, mais qu’on devrait le déclarer illégitime dès qu’il y aurait une réclamation fondée sur des preuves non équivoques : telle est du moins la manière dont I. 17

cet article a été presque toujours interprété par les tribunaux.

Admettons cependant quç dans certains cas particuliers, le magistrats , s’appuyant de ce que l’art. 3i5 n’est pas assez clair, soient portés à reconnaître l’enfant né trois cents jours révolus après la dissolution du mariage, l’homme de l’art pourra être consulté pour apprécier la valeur ^es motifs allégués par la femme. Cette supposition n’a rien de choquant , puisqu’en 1808 , dans l’affaire de Catherine Bérard, veuve de François Chapelet , un tribunal avait reconnu la légitimité d’un enfant né trois cent dix- huit jours après la mort du père, et que la Cour d’appel de Grenoble ne le déclara illégitime qu’à la majorité d’une 'voix.

Quelle sera la conduite du médecin dans cette circonstance ? Adoptera-t-il que les naissances tardives les mieux constatées ont si rarement outrepassé un an , que ce terme soit lê plus long qui puisse se présenter, ou bien qüeles femmes d’un tempérament lymphatique, habituellement faibles et par conséquent plus' disposées à éprouver -des secousses physiques et morales , pourront accoucher plus tard que les autresi* Tiendra -t-il compte de l’influence que les passions ont pu exercer sur la mèrè, et attfibuera-t-il le retard dans l’accouchement aux chagrins quelle a essuyés, ou bien s’appuierat-il de l’existence d’une maladie qui, en dérangeant les fonctions de l’utérus , recule indéfiniment l’époque de l’accouchement? On sent facilement le vague et l’incertitude de pareilles considérations. Le fait stiivant est le seul sur lequel il puisse être permis d’établir quelques conjectures. Il est rare que les femmes qui

sont accouchées plus ou moins long-temps après le terme ordinaire de la naissance, n’aient pas éprouvé au neuvième mois des douleurs semblables à celles de l’enfantement.

La force et la grosseur du fœtus peuvent venir à l’appui des naissances tardives sans pourtant les mettre hors de doute 5 mais on aurait tort de regarder la faiblesse de l’enfant comme une preuve du contraire , puisque son développement peut avoir été contrarié par une foule de causes qu’il n’est pas toujours facile d’apprécier.

La superfétation est-elle possible , c’est-à-dire doit-on admettre qu^une femme qui a conçu puisse être fécondée de nouveau , avant Savoir expulsé le fruit de la première conception ? .

. Cette question , sur laquelle les médecins les plus recommandables ont émis des opinions qui ne s’accordent guère , nous paraît offrir la matière de deux problèmes qu’il importe d’examiner séparément , si l’on veut arriver à une solution satisfaisante.

A. La superfétation est-elle possible 1“ chez les femmes et les animaux doués d’un utérus double? 2“ dans les cas de grossesse extra-utérine préexistente ? 3° lorsque la nouvelle conception a lieu quand le premier germe fécondé moccupe pas encore la cavité de la matrice ?

B. La superfétation est-elle possible dans tout autre cas?

Premier problème. Il peut y avoir superfétation dans

les trois circonstances qui'^font l’objet de la première question. Les faits suivans déjà cités par le docteur Cassan, qui a soutenu la même opinion, et que nous aurions pu multiplier , mettent cette proposition hors de doute (i). r“ Superfétation dans un cas d'utérus double. Une femme de quarante ans , déjà mère d’un premier enfant, accoucha le i5 mars i8io, d’une petite fille estimée du poids de quatre livres. L’abdomen conservant un volume assez considérable , après la délivrance, madame ,Boivin, qui l’assistait de ses soins éclairés , soupçonnant quelque corps étranger resté dans la matrice , en parcourut la cavité déjà tres-resser^ rée, sans y rien rencontrer. En agitant doucement cette tumeur, qui se prononçait à droite, et qui était plus élevée que celle qui était formée par l’utérus , le col de la matrice suivait les mouvemens qui lui étaient imprimés. Pendant deux mois cette dame éprouva dans cette tumeur des mouvemens qu’il était aisé de sentir. Madame Boivin se livrait aux conjectures d’une grossesse extra-utérinè, ou d’une superfétation dans un utérus bilohé, quand le 12 mai, cette femme mit au monde une fille, du poids présumé de trois livres, faible, décolorée et respirant à peine. Cette personne qui depuis fort long-temps ne cohabitait plus avec son mari, assura madame Boivin quelle n’avait eu de rapports que ti’ois fois en deux mois avec son mari , les 1 5 et 20 juillet 1809 et le 16 septembre suivant. Il est évident

(1) Cassan , Recherches sur les cas d’utérus double et de superfétation. Dissertation inaugurale; Paris, 1826.

qu’ici le produit de la dernière eonceptîon était renfermé dans une cavité séparée de la première , puisque après l’entière délivrance du premier produit, la cavité était complètement libre.

2° Superfétation dans deux cas de grossesse extrauterine. On lit dans le Magasin des sciences médicales èjà Rust (Part, histor. , 1706, p. Sa) l’histoire d’une grossesse extra-utérine*abdominale qui dura trois ans , pendant lesquels la femme conçut et mit au monde un enfant bien constitué : des accidens très-graves ayant fait reconnaître enfin la présence d’un fœtus dans la cavité abdominale, la gastrotomie fut pratiquée, et donna issue à un autre çnfant qui avait été viable , mais dont le séjour prolongé dans le sein de sa mère avait amené la putréfaction partielle : la malade guérit. — Le de décembre 1818, du Nouveau Journal de médecine, renferme le fait suivant : Le docteur Cliet^ de Lyon , faisant l’ouverture d’une femme de trente ans , qui avait eu précédemment plusieurs enfans , et qui était morte subitement peu de temps après avoir vomi ce quelle venait de manger, trouva accroupi derrière la matrice, un peu du côté droit , dans l’excavation du bassin et et dans la fosse iliaque droite, un fœtus extra-utérin , du sexe masculin , dit poids de cinq onces cinq gros , long de huit pouces et demi , et dont l’agè^fut évalué à cinq mois. L’utérus contenait un deuxième fœtus , du sexe mâle , d’environ trois moi s.

3° Superfétation dans le cas oii la nouvelle conception a lieu , quand le premier germe fécondé n’occupe pas encore la cavité de la matrice. — Une femme de Gharlestown , dans la Carobne méridionale , accoucha de

deux jumeaux, l’un nègre et l’autre blanc ; interpellée sur la cause de cette bizarrerie , elle avoua avoir accordé ses faveurs à un nègre , un jour que son mari venait de la quitter et de la laisser dans son lit. [Parsons , Transactions philosophiques , 1745.) — Uné négresse de la Guadeloupe mit au monde deux enfans mâles à terme, l’un nègre, l’autre mulâtre. Elle avoua avoir eu, dans la même soirée , coramefce avec un noir et un blanc. ( Ch. de Bouillon ; Bulh de la Société de méd. , 1821.) (i) — Une jument poulinière , âgée de cinq ans, est accouchée à un quarf, d’heure l’un de l’autre , d’abord d’un cheval , puis d’un mulet ; elle avait été saillie audit lieu par un cheval , et cinq jours après par un âne. (Académie royale de médecine, août 1826.)

(1) L’authenticité de ce fait et de celui qui a pour objet la femme de Charlestown a été révoquée en doute , parce qu’il est difficile lors de la naissance de distinguer un enfant biànc d’un mulâtre. (-Les individus des races colorées, dit Béclard, et, même les nègres naissent à peu près de la même couleur que les blancs. La couleur commence â se manifester dès que l’enfant respire, mais surtout vers lè troisième jour après la naissance. » Ânat. gén., §. Saod Le D' Cassan a reconnu l’exactitude de cette citation en suivant les progrès de la coloration d’un enfant nègre qui venait de naître ; toutefois il lui a été facile d’observer même au moment de la naissance que la peau du scrotum était noire. Il est probable, d’après Ce qui précède, que dans les deux cas dont il s’agit , on aura pu soupçonner au moment de la naissance que les enfans seraient colorés, mais que ce n’est qu’après quelques jours qu’on en aura acquis la certitude.

Deuxième problème. i° La superfétation est-elle possible chez les femmes dont V utérus nest pas double ; 2® dans les cas ou il n’y a pas de grossesse extra-utérine; 3“ lorsqu’ enfin la nouvelle conception ne pourrait avoir lieu que quand le premier germe fécondé occuperait la cavité de la matrice. — Les opinions des auteurs sont loin de s’accorder sur ce point ; les uns nient qufe la superfétation puisse avoir lieu dans aucun dé ces cas ^ et le docteur Gassan est de ce nombre ; les autres ad* mettent qu elle n’est pas impossible. Ceux-ci s’appuient entre autres faits des observations suivantes :

1° Benoîte ^Franquet , femme mariée, accouche précipitamment d’un enfant de sept mois; il ne se fait -aucun écoulement par le vagin : on n’observe ni fièvre ni sécrétion dé lait, ni diminution sensible du volume du ventre. Au bout de trois semaines , la femme éprouve des mouvemens sensibles , qui paraissent indiquer qu’il existe un autre enfant ; en effet , elle ac' couche d’un second enfant bien portant cinq mois seize jours après le premier accouchement. Or ce dernier enfant n’a pu être conçu après l’accouchement dn premier , puisque le mari n’a habité avec sa femme que vingt jours après l’expulsion du premier enfant , ce qui ne donnerait au dernier' que quatre mois vingt-sept jours. Ce fait que M. Desgranges, de Lyon , a bien voulu nous transmettre , a été constaté par un acte passé le iq janvier 1782 , par devant MM. Caillat et Dusurgèy , notaires à Lyon. -

2° Marianne Bigaud , infirmière à l’Hôpital militaire de Strasbourg , âgée de trente-sept ans , mariée, mit au inonde le 3o avril 1748 ? un enfant vivant, viable.

L’accouchement fut si prompt et si heureux ^ qu’au bout d’une heure elle sortit de chez la sage-femme , emportant avec elle son enfant , et regagna son domicile ; les lochies s’arrêtèrent peu de temps après l’accouchement, ce dont elle s’étonna d’autant plus, qu’elles avaient été très-ahondantes,dans deux couches précédentes. Au bout de quarante heures elle fit part à la" sage-femme de mouvemens qu’elle ressentait dans l’utérus ; celle-ci la tranquillisa et la rassura sur une nouvelle couche. Les mamelles , quoique naturellement développées , ne causaient aucune incommodité et ne donnaient pas de lait. Cette femme ftit obligée, le quinzième jour, de confier son enfant à une nourrice. Cependant le dégoût pour les alimens, les nausées, tous les signes enfin d’une grossesse rinquiétaient et la rendaient de plus en plus certaine quelle portait un autre enfant dans son sein. Sa santé se dérangea , puis finit par se rétablir. Son ventre augmentant de plus en plus de volume , un accoucheur distingué l’assura après l’avoir touchén , qu’elle était enceinte de plusieurs mois. Le ly septembre de la même année , elle mit au monde une fille vivante, jugée à terme par la conformation de ses membres et les proportions de son corps. Les lochies cette fois furent abondantes ; il en fut de même du lait. La fille mourut au bout d’un an pendant le travail de la<dentition. Le garçon ne vécut que deux mois et à&m. Eisenmanny(^i a cité cette observation et quivitles enfans à leur naissance, observa que le garçon n’était pas si grand ni si fort que la fille. Cette femme, qui dans la suite eut encore deux couches , mais naturelles, étant morte .d’une maladie aiguë en 17 55 , son

corps fut ouvert publiquement et Vuténis trouvé ahso' (Cassan, Dissert, déjà citée.)

Les adversaires de la superfétation ont objecté i° que l’on avait admis la superfétation quand il n’y avait que grossesse double, c’est-à-dire lorsque deux foetus, conçus en même temps, s’étaient bien développés , mais que l’un d’eux était sorti de la matrice avant l’aiître; a^que dans certains cas, deux foetus ayantété conçus en même temps, l’un d’eux s’était développé jusqu’à terme, tandis que l’autre avait cessé de s’accroître au bout d’un mois ou deux, et que l’expulsion de ces fœtus ayant eu lien dans des temps différens on avait pu croire, avec une apparence de raison, que le dernier sorti n’avait été conçu qu’après l’autre ; 3° qu’il est impossible d’admettre l’imprégnation d’un second ovule long-temps après la fécondation du premier germe, l’orifice interne de l’utérus étant alors fermé par la membrane caduque; 4° ‘îtte l’observation rapportée par M. Desgranges ne prouve rien puisqu’il n’y a pas eu d’ouverture de cadavre , et qu’il est infiniment proh ahle qu’il y avait une duplicité de l’utérus ; 5° que le fait relatif à Marianne Bigaud peut être expliqué en supposant que les deux enfans avaient été conçus en même temps , que le garçon était âgé de sept mois lorsqu’il est venu au monde , tandis que la fille étak née onze mois dix-sept jours après la conception {Voyez l’article des naissances tardives.)

Nous ne pensons pas qu’il soit possible, dans l’état actuel de la science, de donner une solution satisfaisante de ce problème , tout en établissant que la superfétation dans ce cas nous paraît un phénomène difficile

à concevoir, à moins qu’on n’accorde qu’il existe des grossesses dans lesquelles l’orifice de l’utérus reste ouvert et les trompes accessibles , après l’arrivée de l’ovule ^ où que la fécondation peut s’opérer sans qu’il y ait absorption du sperme par les voies connues.

Les détails dans lesquels nous venons d’entrer en cherchant à résoudre' les deux problèmes qui précèdent, nous permettent de conclure que le médecin consulté sur itne question de ce genre , doit admettre la possibilité de la', superfétation , mais il doit déclarer que dans heaucoup^ de cas il est extrêmement dfficile d’établir qu’elle a eu lieu^ les enfans sur-conçus pouvant être facilement confondus avec les avortons ou avec les /m- Nous savons bien que plusieurs auteurs, ét notammèntM. Fodéré , ont cherché à éclaircir la question ; mais lés bases sur lesquelles ils ont fait reposer la solution de ce problème sont souvent inexactes et presque toujoursînsuffisantes. Voici comment s’exprime le professeur de Strasbourg : « La superfétation est sujette à des règles qui en paraissent inséparables , ét qu’il pourra être nécessaire d’avoir rencontrées dans des circonstances analogues pour ne pas être duph de quelque stratagème : i“ chez lés deux femmes qui font le sujet dès deux observations précédentes de superfétation , les lochies s’arrêtèrent bientôt après la venue du premier enfant , quoiqu’elles eussent coulé à l’ordinaire dans les couches précédentes j 2" point de lait aux seins , point de fièvre de lait , quoique les mamelles fussent développées ; 3° elles ont senti remuer et les mêmes mouvemens que durant la grossesse, peu temps après leur délivrance; 4° la grosseur du

ventre et tous les symptômes de la grossesse continuèrent; 5° des gens de l’art expérimentés se sont assurés par le toucher de la présence d’un second enfant ; 6" à cette seconde délivrance , les lochies ont coulé abondamment , les femmes ont pu nourrir , et elles ont éprouvé d’ailleurs toutes les suites ordinaires de l’enfantement, et pour ainsi dire le complément des fonctions de la maternité ; 7'’ en réfléchissant sur l’époque à laquelle sont venus au monde ces seconds enfans doués de viabilité , ainsi que leurs aînés , on voit que leur origine correspond vers la moitié de la gestation de ces derniers ; qu’ ainsi ce nest guère que du quatrième au sixième mois qu une sur-conception peut' avoir lieu sans nuire à l’existence ni de lun ni de ï autre fœtus. A part quelques exceptions , il est assez ordinaire que les jumeaux soient de la même grandeur et de la même grosseur ; au contraire dans la superfétation , le dernier conçu est plus foH et plus vigoureux , parce qu’il a été plus à l’aise , et mieux nourri dans la seconde moitié de la gestation. S’il est vrai que les jumeaux peuvent avoir ^es enveloppes différentes et des placentas entièrement séparés l’un de l’autre , cela pourtant n’est pas commun^ et il est plus ordinaire qu’enveloppés chacun de leurs membranes , ou bien renfermés dans un amnios commun , ils n’aient pour tous qu’un seul et même placenta; tandis que dans la superfétation, chaque enfant est nécessairement séparé et greffé à un placenta particulier. Enfin le, grand intervalle observé entre les deux actes de ces enfaintemens , prouve à lui seul que les deux fœtus étaient d’âge différent et n’avaient pas le ■même degré de maturité. Sans doute il peut arriver, par

la faute de l’accoucheur, que le second enfant jumeau ne vienne au monde que le lendemain ou le sur-lendemain du premier , etc. » (Dictionnaire des sciences me'dicales , art. Superfétation. )

Remarquons d’abord que M. Fodéré fixe l’époque où la sur- conception peut avoir lieu sans nuire a l’existence des fœtus, entre le quatrième et le sixième mois. La Glosse au contraire indique le terme de quarante jours depuis la première conception. Zacchias prolonge ce terme jusqu’au soixantième jour. Hippocrate et Mauriceau estiment que le second enfant ne peut être conçu que six ou sept jours après la première conception. Toutes ces observations sont vagues et démenties par les exemples cités à la page 262. L’opinion de M. Fodéré s’accorde encore moins avec celle de plusieurs auteurs, lorsqu’il dit què l’enfant sur-conçu est plus fort et plus vigoureux que l’autre ; d’ailleurs en supposant qu’il en fût ainsi , ce caractère ne serait applicable qu’aux cas où la su,r-conception aurait eu lieu à une' époque très-éloignée du commencement de la grossesse. Comment admettre avec M. Fodéré, que le grand intervalle qui sépare les deux naissances sufâl pour prouver la superfétation , lorsqu’on sait que des j umeaux peuvent naître à un ou deux jours d’intervalle, soit par la faute de l’accoucheur, soit par toute autre cause, tandis que chez le? femmes de Charlestôwn et de la Guadeloupe , la naissance des enfans sur-conçus a eu lieu en même-temps que celle des premiers enfans? Nous adopterons avec le professeuFde Strasbourg que le fœtus sur-conçu a un placenta particulier et des membranes différentes, et que pareille chose ne s’ob-

serve pas communément les jumeaux; mais quelle peut-être la, valeur de ce caractère, dès que l’on est obligé d’admettre que chaque jumeau peut avoir son placenta et ses mémbranes (i) ? Comment le médecin appelé pour juger un cas de ce genre, pourra-t-il présumer dans un accôucbement double , où chacun des enfans a son placenta, qu’il y a eu sur-conception plutôt que grossesse double?

Voyons maintenant quels sont les cas où la question de superfétation pourra être agitée. Ici c’est un^ mari qui élève des doutes sur la vertu de sa femme, parce que peu de temps après un premier accouchement , elle met au monde un second enfant dont il ne croit pas être le père. Plus loin c’est une veuve qui vient d’accoucher, et qui peu de temps après accouche d’un second enfant à terme et viable, que l’on veut faire passer pour illégitime; cette question rentre dans celle des naissances tardives ( Foy. page aÔS) ; c’est-àdire que l’enfant sera légitime d’après la loi s’il n’est né dans les trois cents jours qui suivent la mort du mari, et qu’il pourra être déclaré illégitime dans le cas contraire. Enfin il n’est pas impossible qu’une veuve qui vient d’accoucher se marie bientôt après ses relevailles , malgré l’article 228 du code civil (2), et quelle accou-

(1) Madame Boivin et le Cassan ont encore constaté la séparation entière des deux placenta dans un cas de grossesse double qu’ils ont examiné en 1826. (Dissertation déjà citée.)

(2) 6 La femme ne peut contracter un nouveau mariage

elle quelque temps après ce second mariage, d’un enfant à terme et bien portant; auquel des deux mari$ appartient celui-ci ? Établissons un exemple pour mieux faire comprendre la question. Une femme enceinteperd son mari dans le courant du neuvième mois de la grossesse ; elle accouche au bout de quelques jours et se remarie vingt jours après l’accouchement; huit mois après ce second mariage elle met au monde un enfant bien portant; on demande si cet enfant n’appartient pas au, premier mari ( dans lequel cas il y aurait eu superfétation), ou bien s’il est fils du dernier époux. Cette question sera examinée à l’article de la paternité et de la maternité.

Nous pourrions encore rattacher à l’histoire de l’accouchement les problèmes suivans : 1° Une femme qui accouche où qui vient d’accoucher est elle en état de prévoir et de donner à son enfant tous les soins néces^ saires? quelles sont les causes innocentes qui peuvent faire périr l’enfant pendant l’accouchement,; 3° lorsque lamère et l’enfant meurentpendant l’accouchement, lequel des deux a succombé le premier ? Nous préférons cependant ne traiter cette dernière question qu’à l’article Survie^ et renvoyer les autres à l’article Infanticide.

RAPPOUTS SUR l’accouchement.

Premier rapport. Nous soussigné, etc. ( F. pag. aSd pour le préambule. ) Arrivé dans la chambre , nous

qu’après dix mois révolus depuis la dissolution du mariage précédent.»

avons trouvé la demoiselle R. âgée de vingt ans , que l’on présumait être accouchée depuis trois ou quatre jours.

Nous avons procédé à la visite, et nous avons reconnu que la face était pâle, l’œil vif et nullement cerné, la peau légèrement chaude j souple et moite; la moiteur offrait une odeur aigrelette assez-marquée ; le pouls paraissait un peu plus fréquent que dans l’état naturel; il était ample et onduleux. Les seins étaient douloureux , durs et excessivement tuméfiés ; le gonflement s’étendait jusqu’aux aisselles ; il s’écoulait par le mamelon un fluide laiteux qui avait déjà taché la chemise dans la portion correspondante aux mamelons , et que l’on pouvait faire sortir eh plus grande abondance , en pressant légèrement les mamelles. La peau de l’abdomen était souple et ridée; on voyait surtout dans l’espace compris entre les aines et l’ombilic, des petites éraillures ou stries luisantes, livides , semblables à des cicatrices s’entrecroisant en différons sens. La ligne qui du milieu du pubis se porte à l’ombilic, était brunâtre. Les muscles droits de l’abdomen et la ligné blanche présentaient un écartement remarquable, surtout dans la région de l’ombilic , ce qu’il était facile de juger en parcourant cette portion de l’abdomen avec les doigts. La main gauche étant placée sur l’hypogastre, tandis que le doigt indicateur de l’autre main était introduit dans le vagin , on sentait en repoussant en haut le col de la matrice, que le corps de cet organe était assez volumineux, et placé au-dessus des pubis; qu’il était solide, arrondi, et qu’il se contractait lorsqu’on pressait avec la main ; l’orifice était assez dilaté

pour permettre l’introduction dans la matrice de deux doigts : les bords de cet orifice étaient minces et flasques; il n’y avait aucune trace d'écoulement par les parties génitales; mais nous avons pu nous assurer parce qui nous a été rapporté et par l’inspection des linges avec lesquels la femme avait été garnie les deux jours précédens, qu’il était sorti par le vagin une quantité considérable de sang et d’un liquide sanguinolent , dont l’écoulement n’était supprimé que depuis vingt- quatre heures, c’est-à-dire depuis l’invasion de la fièvre. Les parties génitales externes étaient légèrement tuméfiées, et très-diîatées, la fourchette était déchirée. Le bassin était large , bien conformé et disposé pour un accouchement nullement laborieux.

Nous pouvons conclure de ce qui précède, que tout porte à croire que la demoiselle R. est accouchée depuis deux ou trois jours, et que l’accouchement a été. facile; que cependant nous désironç avant de prononcer affirmativement visiter encore lorsque la fièvre sera tombée et que l’écoulement par la vulve aura reparu. En foi de quoi, etc.

Nous soussigné , etc. Nous étant transporté de nouveau chez la demoiselle R., deux jours après avoir fait la première visite, nous avons reconnu que le gonflement des seins était considérablement diminué, et qu’il n’y avait plus de fièvre ; il s’écoulait par les parties génitales un liquide d’un blanc jaunâtre, offrant l’odeur caractéristique des lochies , comme il était aisé de s’en convaincre en examinant les linges qui étaient sous la malade.

Ce qui nous permet d’établir que la demoiselle R.

est accouchée à l’époque indiquée dans le premier rapport. En foi de quoi , etc.

Deuxième rapport. Nous soussigné, etc. Arrivé dans la chambre n° 2 de la prison X , nous avons trouvé la dame V. , âgée de trente ans, qui nous a paru bien portante ; on croyait quelle était accouchée quatre mois auparavant.

Nous avons procédé à la visite, et nous avons reconnu que les parties génitales n’étaient point tuméfiées, et n’offraient aucune trace de déchirure, de cicatrice ni d’écoulemênrj la forme, le volume et la situation de l’utérus nous ont paru tels qu’ils sont chez les femmes qui ne sont jamais accouchéesj le col de cet organe n’était pas échancré; la peau du ventre lisse fet ferme, n’était le siège d’aucune éraillure ni d’aucune ligne brunâtre. On ne remarquait point d’indice d’écartement de la ligne blanche ni des muscles droits de l’abdomen. Les mamelles, d’un volume médiocre, étaient fermes et ne fournissaient aucun liquide par la pression. •

Ces faits nous permettent de conclure que rien n’annoncé que la dame V. soit accouchée d’un enfant à terme (i). En foi de quoi, etc.

(i) Nous disons, rien n" annonce, ce qui est loin de signifier que la femme n’est pas accouchée, et nous ajoutons d’un enfant à terme : on conçoit en effet que cette femme pourrait être accouchée à l’époque présumée, d’un fœtus de trois à quatre mois peu volumineux 5 alors les traces de son séjour dans l’utérus et de son expulsion auraient été peu sensibles, et auraient promptement disparu.

Troisième rapport. Nous soussigné, etc. Arrivé dans la chambre, nous avons trouvé la dame F., âgée dé vingt-cinq ans , que l’on croyait être accouchée depuis quinze jours; elle était assise sur une chaise longue, et nous a déclaré n’avoir jamais été enceinte.

Nous avons procédé à la visite après l’avoir fait coucher, et nous avons reconnu que les parties génitales n’étaient point tuméfiées , quelles paraissaient dans l’état naturel, qu’il n’y avait aucune tracé de cicatrice au périnée , qu’il s’écoulait par la vulve un liquide épais de Couleur blanche, ayant une odeur faible, semblable à celle des lochies, ce que l’on a vérifié en .examinant les linges dont madame F. était garnie. La peau de ràbdomen était ridée , et présentait surtout entre l’ombilic et les aines un très-grand nombre de stries luisantes, blanchâtres; les muscles droits de l’abdomen et la ligne blanche étaient sensiblement écartés dans la région ombilicale. On ne voyait aucune trace de ligne brune se rendant des pubis à l’ombilic. Les seins, d’un volume ordinaire, ne laissaient écouler aucun liquide parla pression. La main gauche étant placée sur l’hypogastre, tandis que le doigt indicateur de l’autre main était introduit dans le vagin , 'si on repoussait en haut le col delà matrice, il était impossible de sentir distinctement le corps de ce viscère au-dessus des pubis ; son , orifice , légèrement échancré à gauche , était .entrouvert; ses bords minces et moyennement flasques, offraient la forme labiée. En faisant marcher madame F., on vit qu’elle éprouvait de légères douleurs dans les articulations du bassin.

Nous croyons pouvoir conclure de ce qui précède

1® que si la dame F. est accouchée à une époque quelconque, comme cela paraît probable^ il est permis de supposer que laccouchement a eu lieu depuis quinze ou vingt jours ; 2° qu’il aurait fallu, pour pouvoir donner une réponse affirmative, visiter cette dame dix ou douze joui’S plus tôt. En foi de quoi, etc,

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