QUATORZIÈME LEÇON
De V Infanticide.
Quoique le mot infanticide signifie meurtre d’un enfant (i) , on l’emploie pour désigner le meurtre d’un enfant naissant ou nouveau-né , et l’on suppose presque toujours que le crime a été commis par la mère. Voici quel est l’état actuel de la législation, sur ce sujet. , . . '
« Est qualifié d’infanticide, le meurtre d’un enfant nouveau-né. » (Code pénal, art. 55b.) « Tout coupable d’assassinat, de parricide , d’infanticide et d’empoisonnement, sera puni de mort. » ( Code pénal , art. 3o2.) « Les cours d’assises lorsqu’elles. auront reconnu qu’il existe des circon-
(i) Infans , enfant : ccsdere, tuer.
stances atténuantes , et sous la condition de le déclarer ex- ' pressément, pourront dans les cas et de la manière déterminés par Fart.' 5 et suir., jusques et y compris Fart. 12 , réduire les peines prononcées par le Code pénal.» (Code pénal, art. 4 de la loi du 25 juin 1824. ) « La peine portée par Fart. 5o2 du Code pénal , contre la mère coupable d’infanticide, pourra être réduite à celle des travaux forcés à perpétuité. Cette réduction de peine n’aura lieu à l’égard d’aucun individu autre que la mère. » (Blême loi, art. 5.)
« Si, par suite de l’exposition et du délaissement, prévus parles articles 849. et 55o (i)> Fenfant est demeuré mutilé ou estropié. Faction sera considérée comme blessures volontaires à lui faites par la personne qui Fa exposé et délaissé ; et si la mort s’en est suivie , Faction sera considérée comme meurtre : au premier cas, les .coupables subiront la peine applicable aux blessures volontaires ; et au second cas, celle du meurtre. » (Code pénal, art. 35 1.)
Il est à remarquer que le Code" pénal n’exige point' qu’il y ait préiTiéditation ; il suffit que le crime ait été volontaire pour entraîner la peine de mort ou des
(i) « Ceux qui auront exposé et délaissé en un lieu solitaire un enfant au-dessous de l’âge de sept ans accbmplis ; ceux qui auront donné l’ordre de l’exposer ainsi, si cet ordre a été exécuté, seront , pour ce seul fait , condamnés à un emprisonnement de ^ nîois à deux ans, et à une amende de 16 francs à 200 francs.» (Code pénal, art. 549*) B La peine portée au précédent article sera de deux ans à cinq ans, et l’amende de 5o francs à 400 francs , contre les tuteurs ou tutrices, instituteurs ou iuslitutrices de l’enfant exposé et délaissé par eux ou parleur ordre. » Çlbid.j art. 35o.)
travaux forces à perpétuité; il n’est pas fait mention non plus du meurtre d’un enfant naissant , quoique évidemment on doive encourir la même peine que lorsqu’on assassine un enfant qui vient de naître.
Les magistrats réclament si souvent les avis des médecins dans la question importante qui nous occupe, que nous croyons devoir l’examiner avec détail. Lorsqu’on est appelé à faire un rapport sur un cas de ce genre, il faut?, i“ Déterminer quel est Vâge de V enfant dont on a trouvé le corps : en effet , il résulte quelquefois de cet examen que l’enfant est si loin d’être à terme, qu’il ne peut avoir vécu au-delà de quelques instans; tout porterait alors à écarter la présomption du crime.
2* Examiner si V enfant était pas mort avant de sortir de l'utérus : il est évident qu’on éloignerait toute idée d’infanticide, si on prouvait que. l’enfant que nous supposerons même à terme, eût péri naturellement lorsqu’il était encore contenu dans la matrice.
3° Établir, dans le cas ou un enfant serai^ sorti vivant de l'utérus, s'il a vécu après V accouchement , ou s'il est mort en naissant: on sentira l’importance de cette question , en apprenant que la mort pendant la naissance peut être l’effet d’une foule de causes innocentes que l’on apprécie en examinant la nature et la durée du travail de l’accouchement. Si l’on s’assurait que l’enfant a succombé à l’une .ou à l’autre de ces causes, on devrait nécessairement écarter tout soupçon de crime..
4“ Si l'enjant a vécu après sa naissance, déterminer le temps pendant lequel il a vécu : on imaginé bien qu'il est impossible même 'de présumer qu’un enfant a été tué, parce qu’il a respiré et vécu pendant un certain
temps, la mort pouvant être le résultat d’une infinité de causes innocentes; il importe donc de savoir combien de' temps il a vécu , pour apprécier si le moment de sa naissance correspond à celui de raccouchement de la femme que l’on accuse. Ne serait-on pas disposé à écarter la présomption du crime, si on établissait qu’un enfant n’a vécu que quelques heures, tandis qu’il serait prouvé que l’accusée serait accouchée depuis plusieurs jours?
5“ En supposant que V enfant ait vécu après sa naissance, chercher a reconnaître depuis quand il est mort : on conçoit en effet que plus le moment delà mort est éloigné de celui où l’on examine l|i cadavre, plus l’époque de l’accoucheinenf est reculée , et cette seule considération peut suffire pour détruire les soupçons i qui planent sur une femme? "
6“ tout porte à croire qu’un enfant a vécu^après l’ accouchement ou qu’ il est moH en naissant, déteiminer si la mort est naturelle, ou si elle peut être attribuée d quelque violence , et dans ce cas quelle en est l’espèce. Les cinq questions précédemment examinées n’ont souvent pour objet que de faire écarter l’idée du crime , à l’aide de considérations eh quelque sorte né^ gatives; aucune d’elles ne suffit pour étâblir l’infanticide : il n’en est pas de même de celle-ci, que l’on doit regarder comme la véritable pierre de touche , puisqu’elle sert à' établir matériellement l’assassinat.
f En admettant qu’un enfant dont on à trouvé le corps ait été tué, est-il possible de prouver qü’il appartient a la femme que ton a accusée, et qu’elle est t auteur du meurtre.
Déterminer quel est Vâge de Vénfant dont on a trouvé le corps. ( Foy. pag. 43' et suiv. )
Examiner si V enfant rü était pas mort avant de sortir de l’utérus. ,
Le fœtus peut périr dans la matrice à une époque quelconque de la grossesse ; l’expulsion du petit cadavre peut avoir dieu immédiatement après la mort ^ ou bien plusieurs jours et même plusieurs semaines après ; or, il est aisé de prouver -■que les caractères qu’il présenté , varient suivant l’époque de la mort et le temps qui s’est écoulé entre le momént où il a cessé de vivre et celui où il a été expulsé ; il est donc impossible de donner une description générale du cadavre d’un fœtus mort dans l’utérus. On ne saurait résoudre complètement la question qui nous occupe, sans examiner 1° les signes fournis par la femme et par le fœtus avant la naissance ; 2® les variétés que peut présenter le cadavre du fœtus; 3® l’étal de l’arrière-faix.
A. Signes fournis par la femme et. par le foetus avant la naissance. Les signes de ce genre indiqués par les auteurs pour établir que l’enfant est mort, peuvent se réduire aux suivans :* i° maladies graves dont la mèie aura été atteinte avant laccouchement; 2° dvacuétion prématurée des eaux de l’amnios ; 3° écoulement fétide par le vagin ; 4° lenteur et faiblesse des douleurs^ 5° ballottement incommode dans rabdoraen, sentiment de
pesanteur du côté sur lequel la femme se coiiche ; 6® cessation des mouvemens du fœtus; 7® évacuation du méconium pendant le travail , lorsque l’enfant présente toute autre partie que les fesses ; 8® défaut dè pulsations du cordon ombilical, et son refroidissement; 9® putréfaction et séparation du cuir 'chevelu. Examinons chacun de ces signes.
Maladies dont la mère aura été atteinte pendant la grossesse.- Vi est permis tout au plus de soupçonner que le fœtus a pu périr dans l’utérus , lorsqu’on apprend qu’avant l’accouChement la mère a éprouvé une ou plusieurs maladies graves, comme des phlegmasies, des^convulsions , des hémorrhagies considérables , une forte commotion à la suite d’une chute, d’un coup, etc.; ou bien quelle a commis, des imprudences, soit en soulevant des fardeaux trop‘ forts; ou en se livrant à un exercice immodéré et forcé , soit èn abusant d’alimens excitans , de boissons spiritueuses et des plaisirs de l’amour; ou bien enfin , quelle .a été tourmentée par des passions violentes. En effet, comme il est parfaitement avéré que des femmes enceintes soumises a la plupart de ces causes , sont accouchées à terme d’enfans bien portans ; pn aurait tort d’attacher à de pareilles causes plus d’importance qu’elles n’en méritent , et de conclure que la mort du fœtus est constamment le résultat de leur ‘action. N’y aurait-il pas de l’impéritie et de l’injustice , par exemple, à déclarer dans certaines circonstances que la mort de l’individu a été occasionée par quelques coups portés à la mère?
Evacuation préniaturée des eaux de Vamnios. On ne doit accorder aucune confiance à ce signe, puisqu’on
a vu des femmes accoucher d’enfans yivans et bien portans, quoique les eaux de l’amnios fussent écoulées depuis trois, dix, vingt et même cinquante-trois jours. •
Écoulement fétide parle 'vagin. Ce signe offre peu de valeur, d’une part, parce que souvent l’écoulement vaginal est limpide et presque inodore dans certains cas où l’enfant est mort, et de l’autre parce qu’il est quelquefois trouble., grisâtre, verdâtre et d’une odeur insupportable lorsque l’enfant naît vivant , ce qui peut tenir à quelque affection du vagin , à des grumeaux de sang retenus dans la matrice ^ à une infection vénérienne de l’enfant , avec ulcération et suintement fétide, à une certaine quantité de méconium expulsé par la compression de l’abdomen , ce qui arrive surtout lorsque l’enfant vient par les pieds.
■Lenteur des douleurs. Le simple énoncé de ce signe suffit pour en faire sentir la nullité ;.il est évident, d’après une quantité innombrable de faits , que la lenteur du travail ne prouve pas plus la mort de l’enfant, qu’un accouchement prompt n’ét^lit qu’il a dû naître vivant.
Ballottement du- ventre. Il est parfaitement avéré que chez la plupart des femmes grosses qui ont éprouvé un ballottement incommode en se couchant sur l’un ou l’autre côté , l’enfant était mort; mais comme il est également constant que des femmes , chez lesquelles^ on avait observé ce phénomène, sont accouchées d’enfans vivansjon ne saurait conclure d’après ce seul signe, que l’enfant est mort ou vivant; toutefois ce caractère offre une certaine valeur, surtout lorsqu’il s’y joint la
cessation des mouvemens du fœtus et l’issue du méconium. Pourtant on aurait encore tort de conclure que l’enfant est mort, d’après la réunion de ces trois signes seulement, puisque DeLamotte parle d’une femme qui les offrait , et qui accoucha naturellement d’un garçon qui vint au monde sans pleurer ni remuer, mais qui un moment après reprit ses forces et vécut.
Cessation des mouvemens du fœtus. Le défaut des' mouvemens de l’enfant est loin d’être un signe certain de la mort\: toutefois on pourra établir quelques probabilités en faveur de la mort dans l’utérùs, si la femme assure qu’à une agitation extraordinaire du fœtus a succédé la cessation de tout mouvement dans la matrice, et qu’au lieu de se sentir légère comme auparavant, elle a éprouvé un poids incommode tantôt sur le rectum, tantôt sur ,1a vessie, tantôt sur un des côtés du ventre, suivant quelle était debout ou couchée. Ges probabilités seront encore plus grandes, si deux jours après les mamelles se gonflent comme dans- la fièvre dé lait , pour s’affaisser ensuite, et si en même temps il survient de la fièvre, du malaise , qui cessent ordinairement au bout de quelques jours. '
Évacuation du méconium pendant le trdvdil. Ce caractère n’est d’aucune valeur, puisqu’on a vu des enfans vivans évacuer le méconium pendant le travail, ce qui> dépendait probablement d’un relâchement du sphincter de l’anus.
Défaut de pulsations du cordon ombilical ^ refroidissement de CO cordon et du corps. S’il est vrai qu’il n’est plus permis de sentir les battemens des artères ombilicales , lorsque le fœtus est mort , il est également certain que
chez l’enfant vivant l’on ne sent plus les pulsations du cordon , lorsque celui-ci est comprimé entre les os du bassin etda tête ou toute autré partie du corps du fœtus; donc ce signe ne peut pas servir à lui seul pour résoudre le problème qui nous occupe. Quant au refroidissement du''Cordon et du corps, il n’a pas été observé chez plusieurs enfans qui étaient évidemmebt morts dans l’utérus; ce qui tient évidemment à ce que l’enfant mort dans le sein de sa mère, reçoit d’elle sa chaleur comme un corps inerte.
Putréfaction et séparation du cuir chevelu. Ce signe , lorsqu’il peut être constaté, ne laissé aucun doute sur la mort de l’enfant. Mais dadi combien de circonstances ne manquera-t-il pas? Ainsi on ne l’observera ni lorsque l’enfant est inort pèndanî le travail ou peu de temps avant,: ni dans les cas'nombreux où les cailav#es éprouvent dans l’utérus une altération particulière, distincte de la putréfaction. (Fo/. page 333. ) Mais admettons que le fœtus soit putréfié avant de naître; comment le reconnaîtra-t-on? Il est évident qu’il ne suffira pas de constater la présence d’un écoulement par le vagin d’un liquide trouble, bourbeux, fétide ( Voy. page dag) , et qu’il faudra nédibsairement s’assurer que la peaü du fœtus est mollasse , flasque , et qu’on sent pour ainsi dire sous le doigt une espèce dé fluctuation pâteuse, que l’épiderme sé détache- par lambeaux de la partie qu’on touche , et que fcette partie , étant comprirhée pendant un moment f lie sè relève point lorsqu’on cesse la pression. H importe cependant de noter que l’on observe quelquefois la séparation de l’épiderme de la tête, dans le cas où l’en-
fant est vivant, ce qui peut dépendre de l’action prolongée de l’air atmosphérique sur la tête, long-temps retenue au passage , des doigts de l’accoucheur, qui a trop souvent réitéré le toùcher, etc.
Il résulte de ce qui précède qu’aucun des signes mentionnés, excepté l’état de putréfaction hien constaté^ pris isolément, n’est suffisant pour établir la mort du fœtus dans l’utérus ; mais que leur ensemble peut faire naître de grandes probabilités en faveur de cette mort. L’absence de ces signes ne permet pas de conclure non plus que l’enfant est vivant au moment de l’accouchement , parce qufil peut être mort depuis peu de temps , etc.
Que penser maintenant de plusieurs caractères indiqués par quelques auteurs, comme étant propres à ré. soudre cette question^ et qui sont :1a pâleur du visage, l’enfoncement des yeux, l’état plombé et livide des paupières, la mauvaise bouche , les baillemens fréquens , les maux de tête, les tintemens d’oreille, l’anorexie , les nausées, les vomissemens , les syncopes , les lassitudes spontanées, l’affaissement du ventre , la rétraction du nombril, la fièvre, la fétidité de l’haleine, l’humeur sombre et mélancolique j etc. ? Ces caractères ne sont d’aUcüne utilité, pris séparément; réunis, ils peuvent tout au plus servir à corroborer le jugement que l’on aurait déjà porté. ( P'oyez jpam plus de détails un Mémoire du Gasc de Tonneins, inséré dans le Journal général de Médecine. Novembre et^décembre 1826.)
B. F ariétés que présente le- cadavre du fœtus. Notre objet n’est point de détailler ici les diverses monstruosités, comme l’acéphalie ; l’hydrocéphalie, etc. , qui le plus souvent déterminent la mort du fœtus dans l’ute-
rus ((>o/e-s Viabilité); il ne sera point fait mention non plus des cas où la mort reconnaît pour cause, suivant quelqués auteurs, la trop grande longueur ou la brièveté du cordon ombilical ; nous ne nous occuperons que des fœtus bien conformés qui périssent dans la matrice. Cette question a été l’objet de recherches nombreuses, faites par M. Chaussier , que nous avons été souvent à même de véri£er.
Si un fœtus âgé au moins de cinq-mois^ meurt au milieu des eaux de l’amnios , et qu’il reste plusiêurs jours ou plusieurs semaines dans la matrice, on observe que son corps est peu consistant, flasque, et ses membres ’ lâches ; l’épiderme est blanc , épaissi et s’enlève par le simple contact ; la peau est d’un rose cerise ou brunâtre, tantôt dans toute son étendue, tantôt dans quelques-unes de ses parties seulement. Dans ce dernier cas , on pourrait être tenté de croire , surtout si le fœtus n’a que cinq ou six mois, quelle est l’effet de l’âge et non la suite de la mort ; mais il sera facile de dissiper toute espècejde doute , en se rappelant que la couleur pourpre dè la peau des fœtus de cinq à six mois, ne se remarque le plus ordinairement que dans certaines parties du corps. {Voyez page S3.) Le tissu cellulaire souscutané est infiltré d’une sérosité rouge sanguinolente; cette infiltration est surtout remarquable sous le cuir chevelu, où l’on aperçoit assez souvent une matière semblable par sa couleur et par sa consistance à la gelée de groseille; le péricarde et les cavités splanchniques contiennent aussi de la sérosité sanguinolente ; les artères, les veines et les diverses membranes sont également roug-es; la consistance des viscères est singulière-
ment diminuée, au point qu’ils peuvent être.diffluens^ les os du crâne sont mobiles , vacillans , dépouillés de leur périoste; les sutures du crâne sont très -relâchées : aussi la tête se déforme et s’aplatit-eile par son propre poids ; quelquefois le cerveau est dans un état de colliquation. On n’observe en général, au centre du vertex, ni ecchymose, ni tuméfaction œdémateuse, ce qui n’arrive pas ordinairement lorsque le fœtus sort vivant de l’utérus : toutefois nous avons vu, dans certaines circonstances, des fœtus morts dans la matrice plusieurs Jours avantle commencement duvtravail, présenter une ecchymose en tout semblable à celle que l’on remarque au vertex des ènfans nés vivans ; cette lésion tenait* sans doute à ce que, pendant les mouvemens actifs du fœtus, la tête avait frappé sur le détroit supérieur du bassin. Le thorax eit affaissé , très-resserré , aplati ; il suffit d’un léger examen des organes de la respiration et de la circulation , pour être convaincu que le fœtus n’a point respiré. Le cordon ombilical est le plus souvent gros , mou, infiltré de sucs rougeâtres ou livides, et facile à déchirer; on aperçoit quelquefois des crevasses, des gerçures autour du nombril. L’abdomen est aplati. Il n’est pas rare de voir le périoste séparé des os longs, par la sérosité rougeâtre dont nous avons parlé; souvent aussi les épiphyses de ces os se sont désunies.
Les altérations que nous venons de décrire caractérisent un mode de décomposition particulier , différentde la putréfaction des fœtus qui sont exposés à l’air; il suffit d’avoir été à même de les constater une ou deux fois , pour être convaincu de cette vérité, , malgré l’as-
sertiqn contraire de plusieurs auteurs. Toutefois , il est assez comnaun de voir des cadavres ainsi altérés, se pourir plus facilement que les autres lorsqu’ils sont exposés à l’air.
Si un fœtus âgé tout au plus de trois mois meurt au milieu des eaux de l’amnios , le cadavre- ne présente aucune trace d’infiltration ni de rougeur ; mais il est plus ou moins ramolli. ‘
Quel que soit V dge d’un fœtus ^ s’il est expulsé peu de temps après la mort j on ne remarque aucun changement dans sa forme, sa couleur, sa consistance , son volume, etc. ; mais il est aisé de s’assurer qu’il n’a point respiré.
Si la mort du fœtus a lieu peu de temps avant un accouchement laborieux , pendant lequel la matrice se contracte fréquemment et avec force , et que les eaux soient écoulées , il devient noirâtre et ne tarde pas à se pourir ; il y a quelquefois même dégagement de gaz fétides par le vagin.
Dans des circonstances assez rares ^ le fœtus utérin où extra-utérin , dont l’expulsion n’a lieu que longtemps après la mort, se dessèche, devient compacte , plus dur, et se trouve transformé en gras ^ état que nous décrirons en parlant de la putréfaction ; il acquiert quelquefois une consistance pierreuse, et se conserve dans l’utérus jusqu’à la mort naturelle de la mère; enfin, on a encore observé, dans des cas de ce genre, qu’il pouvait tomber dans un état de colliquation putride. Béclard a présenté, à l’Académie royale de Médecine, un fœtus du sexe féminin à ternlfe , qui était resté sept ans dans le sein de sa mère ; il était contenu dans une
poche placée à gauche de l’utérus, et il paraissait transformé en une matière adipocireuse , semblable au gras des cadavres. (Séance du II mars 1824.)
G. Caractères de V arrière-faix. Il est difficile d’admet* tre , avec certains auteurs , que^ des fœtus soient nés vivans lorsque l’arrière-faix était gangrené; au contraire l’observation démontre que la désorganisation du placenta, à la suite d’une maladie quelconque, entraîne nécessairement la mort du fœtus dans la matrice; il en est de même dans le cas de décollement du placenta avec hémorrhagie considérable ; mais , il faut l’avouer, il est extrêmement difficile de juger , à l’aspect du placenta , s’il a été décollé avant l’expulsion du fœtus. Un ramollissement considérable de l’arrière-faix peut faire présumer que le fœtus a péri dans l’utérus.
C’est dans l’ensemble des considérations que nous venons d’émettre , que le médecin doit chercher les preuves de la mort du fœtus dans la matrice : vouloir, décider la question d’après un petit nombre de caractères, céderait évidemment s’exposer à commettre des erreurs graves. -,
ÉtahtiT , dans le cas ou un Jœtus serait sorti mvant de V utérus, s’il a vécu après l’accouchement, ou s’il est mort èn naissant.
Déterminer si le fœtus a vécu après t accouchement. Est-il nécessaire de faire sentir l’importance de ce sujet? Ne voit-on pas qu’il est impossible de soupçonner que le crime a été commis après la naissance, s’il est prouvé
que l’enfant n’a point vécu ? Attachons-nous donc à établir si le foetus est né vivant ou mort. Nous admettrons avec les auteurs que 'Viwre et respirer sont synonymes , et que par conséquent il ne s’agit que de savoir si le nouveau-né a respiré. Mais est-il toujours aisé de déterminer s’il y a eu respiration? Ne savons- nous pas, par exemple, que lorsque la respiration est complète l’air pénètre constamment ivLScpjL&us. cellules bronchiques, et que quelques parties des poumons au moins sont assez légères pour nager sur l’eau, tandis que dans certains' cas de. respiration incomplète, chez des enfans faibles, l’air s’arrête dans la trachée-artère ou tout au plus dans les premières ramifications des bronches, etne dilate pas les cellules bronchiques, en sorte que les poumons et tous leurs fragmens sont plus lourds que i’eauPNous verrons plus tard combien il est difficile alors de décider si l’enfant a respiré,, et par conséquent s’il a vécu. Quoi qu’il en soit , la solution de la question relative à l’établissement de la respiration , reposé tout entière sur l’examen du thorax, des , du cœur, du canal artériel et du canal 'veineux , du cordon ombilical , du diaphragme , de la vessie, des intestins , et, suivant quelques .auteurs , du foie.
Examen du thorax. 1\ est impossible d’admettre que la respiration ait lieu sans que le thorax augmente de volume ; l’observation prouve encore qu’il cj^ange de forme ; ainsi il était plus ou moins aplati avant la respiration , il offre un plus grand degré de voussure après. Daniel avait proposé de mesurer avec un cordon la circonférence du thorax , ainsi que la hauteur de la portion dorsale des vertèbres , et la distance qui les sépare I. 32
du sternum ; des obseWations faites comparativement sur des enfans qui auraient respiré, et sur d’autres qui seraient mort-nés , auraient pu , suivant cet auteur , fournir des résultats numériques propres à éclairer la question. Ce travail n’a pas été fait, et l’on en estréduit à juger la plus ou moins grande voussure du thorax, d’après la simple inspection. Pour peu que l’on réfléchisse aux nombreuses irréguliarîtés que présente cette partie du tronc chez' plusieurs individus, et à la difficulté que l’on éprouverait à établir quelques données positives, on sera convaincu que le caractère dont nous parlons n’offre qu’une valeur secondaire , et que l’on ne doit pas regretter que le plan conçu par Daniel nzït pas été exécuté.
Examen des poumons (i). Les poumons , pendant la respiration, augmentent de volume, changent de situation et de couleur ; leur poids se trouve augmenté , parce qu’ils reçoivent une plus grande quantité de sang; leur poids spécifique est moins considérable parce qu’ils ont été. dilatés par l’air. Étudions Æacun de ces phénomènes.' m .
A. Folume et situationlExi général, avant la respiration les poumons sont flétris et n’occupent qu’un petit espace au fond du thorax. Si le fœtus a respiré pendant
(i) Cpiiime il arrive assez souvent que des affections pulmonaires, se développent chez l’enfant pendant son séjour dansrulérus , il ne sera pas sans intérêt de rappeler ici que les poumons présentent différens aspects que l’on pourrait confondre avec celui d’un'poumon qui n’a pas respiré, pag. S04. )
plusieurs jours ^ ils sont assez dilatés pour recouvrir presque la totalijté du péricarde; si la respiration, quelque libre qu’on la suppose, n’a pas été de longue durée, le péricarde est loin d’être entièrement couvert : assez souvent la partie droite de ce sac membraneux est plus recouverte que la partie gauche, ee qui tient sans doute à ce que le poumon droit est plus volumineux que l’autre , et à ce que la bronche droite est moins longue , plus large et moins oblique que celle du côté opposé. Toutefois il résulte des observations faites par le docteur Schmitt J qu’il ne faut point regarder les résultats dont nous parloril comme constans : en effet, il a vu plusieurs fois les poumons de fœtus mort-nés remplir toute la cavité thoracique , tandis que chez un enfant qui avait respiré pendant trente-six heures, les poumons étaient si petits, quoique remplis d’air , qu’on eut de la peine aies apercevoir. Daniel avait cofiseillé de déterminer comparatiyement le volume des poumons des fœtus mort - nés , et de ceux qui ont respiré , en suivant le procédé que nous allons décrire.
, Après avoir séparé les poumons du cœur et lié les gros vaisseaux qui s’y rendent ou qui en partent, on les fixe à un trébachet très-sensible, que l’on met en équilibre, puis on les plonge dans un vase gradué, assez profond et rempli d’eau : le volume de liquide déplacé sera égal à celui des poumons, en sorte que le degré d’élévation de l’eau dans le vase indiquera la différence dans les volumes. Si les poumons appartiennent à un fœtus qui a respiré, et qu’iH ne plongent pas, on les place dans un petit panier en fil d’argent dont on connaît le yolumcj afin de pouvoir le déduire de celui
de l’eau déplacée. Ges expériences comparatives n’ont pas été faites, et il est évident, d’après les observations déjà citées de M. Schmitt, qu’elles seraient de peu d’utilité. - ,
Q. La couleur des poumons est en général brune ou violette chez les foetus mort-nés, et rosée chez ceux qui ont respiré; mais on observe quelquefois l’inverse; les enfans qui, après avoir vécu un ou plusieurs jours, périssent suffoqués, offrentdes poumons d’un rouge brun, tandis que d’autres, surtout s’ils ne sont pas à terme, présentent des poumons d’un blanc rosé, ou parsemés de taches rougeâtres, quoiqu’ils soient évidemment mort-nés : tel poumop , dont la coüleur était brune avant l’ouverture du thorax, change de nuance aussitôt arprèsle contact de l’air, en sprte qu’il est difficile d’avoir une idée exacte de sa couleur. Nous pourrions encore ajouter d’autres faits qui nous permettraient d’établir que le caractère dont il s’agit' offre peu de valeur quand il est considéré isolément, mais que, réuni à d’autres, il peut être utile.
C. Poids absolu des poumons. Le poids des poumons est plus grand après la respiration qu’avant , parce qu’ils contiennent une plus grande quantité de sang : en effet, avant la respiration, le sang renfermé dans le ventricule droit du cœur arrive en grande partie dans l’aorte au moyen de l’artère pulmonaire et du canal artériel; celui que l’oreillette droite reçoit de la veiiiecave inférieure , passe dans l’oreillette gauche au moyen du trou interori^laire ( de Botal ) et de là dans le ventricule gauche et dans l’artère aorte sans parcourir les poumons. Toutefois il n’est pas exact de dire, avec M. Fo-
( Ux )
déré, que les artères et les veines des poumons de fœtus qui riont pas respiré sont vides et dans un état de éollapsus ( Méd. légale,. T. 4> p. 48 1, 2® édition ); en effet, il est aisé de s’assurer non-seulement que les artères et les veines pulmonaires contiennent du sang, mais encore qu’on les trouve quelquefois pleines de ce fluide à une distance assez ^ande dans le tissu des poumons. Les conséquences decette erreur anatomique sont d’àutant plus graves , que l’auteur qui l’a commise a voulu la faire servir à tort, comme nous le dirons plus loin, à déterminer si, lorsqu’un poumon surnage, sa légèreté dépend de ce que l’air a été insufflé ou inspiré.
Quand la respiration s’établit, au contraire, et que les communications par le. canal artériel et le trou interoriculaire sont interceptées, le sang contenu dans l’oreillette et le ventricule droits ne peut parvenir à l’aorte qu’après avoir traversé les Gela posé,
rien ne devrait sembler plus facile que de déterminer si un nouveau-né a respiré ou non, puisqu’il suffit de connaître le poids des poumons du fœtus avant et après la respiration; mais il n’en est pas ainsi: ce poids, loin d’être constant, offre des variétés infinies , ce qui rend le problème beaucoup plus compliqué qu’on ne l’aurait cru d’abord. Voici les moyens qui ont été proposés pour le résoudre.
Ploucquet voulait qu’on pesât le corps entier du fœtüs , et qu’après avoir fait l’ouverture du cadavre , on prît exactement le poids des poumons séparés de leurs annexes, puisque, suivant lui, le corps entier pesant yo, les poumons pèsent i , si le fœtus n’a point respiré , et 2 si la respiration a eu lieu. Les expériences qui avaient
conduit Ploucquét à admettre ces résiiltàts ii’etâient paâ assez nombreuses pour qu oii dût en adopter les rësültats sans lès répéter: en effet , il ne les avait tentées que sur deux fœtus mort-hés , et sur un autre qui ii’était pas à terme, mais qui avait respiré. MM. Scbmitt ël Châussier , l’un à Vienne et 1 autre à Paris , pénétrés dé l’importancë de cè sujet , ont enribbi la sciencb de plüsieurs centaines d’observations analogues , qtii prouvent non- seulement qüeles rapports de pesanteur entré lés poumons et Ib corps auquel ils appartiennent sOîit inconstarts , comme Jœgër l’avait déjà vu , mais ëiicbre que lè rapport de ïkqo èt même au-âessüs peut se rencontrer chez des foetus qüî ont respiré , cofàme çedûi de 2 à 70 s’bhieroe chek d’autrés qui ré ont pas respiré. Les tableaux süivâhs ^ extraits du Dibtionnàirè dés sciéncés médicales (arli Dbcimasie) , ihettfOnt cëtté vérité hors de doute.
Expériences sur des fœtus qui avaient respiré.
du
corps.