TROISIÈME LEÇON
De l’histoire des âges.
Les questions relatives à l’infanticidé, à l’avortement et à la viabilité du fœtus ne peuvent souvent être résolues d’une manière satisfaisante qu’autant que l’on parvient à déterminer, du moins approximativement, l’âge du fœtus ou de l’enfant qui vient de naître. Il importe encore de constater l’âge d’un enfant ou d’un adulte toutes les fois qu’il s’agit d’ouvrir juridiquement le cadavre d’un inconnu , ou d’une question d’identité , et que l’âge ne peut être prouvé par les titres , les possessions d’état ou les témoins. Enfin, les dispositions suivantes des Codes civil et pénal obligent quelquefois le médecin à résoudre le problème dont nous allons nous occuper i
V i“ Le mineur est l’individu de l’un et de l’autre sexe qui n’a point encore atteint l’âge de vingt et un ans accomplis ; 2° le mineur, même non marié, pourra être émancipé par son père, ou , à défaut de père, par la mère, lorsqu’il aura atteint l’Age de quinze ans révolus ; 3“ le mineur resté sans père ni mère pourra aussi, mais seulement à l’âge de dix-huit ans accomplis, être émancipé si le conseil de famille l’en juge capable; 4° le mineur âgé de moins de seize ans ne pourra aucunement disposer, qu’avec le consentement et l’assistance de ceux dont le consentement est requis pour la validité de son mariage, et avec ce consentement il pourra donner tout ce que la loi permet à l’époux majeur de donner à l’autre conjoint; 5° le mineur parvenu à l’Age de seize ans ne pourra disposer que par testament , et jusqu’à concurrence seulement de la moitié , des biens
dont la loi permet au majeur de disposer; 6° l’homme, ^avant dix-huit ans révolus ; la femme , avant quinze ans révolus, ne peuvent contracter mariage ; 7" le fils qui n’a pas atteint l’âge dejingt-cinq ans accomplis; la fille qui n’a pas atteint l’âge de vingt et un ans accomplis , ne peuvent contracter mariage sans le consentement de leurs père et mère'; ^n cas de dissentiment, le consentëment du père suffit. » (Code civil, art. 388, 477? 47^? goS, loga, 904? i44 et i48-)
« 1° Lorsque l’accusé aura moins deseizeans, s’il est décidé qu’il a agi sans discernement, il sera acquitté; mais, etc,; 2° ceuxtjui auront porté à un hospice un enfant au-dessous de Fâge dé sept ans accomplis qui leur aurait été confié, afin qu’ils en jprissent soin,, ou pour toute autre cause, seront punis d’un emprisonnement de six semaines à six mois, et d’uhe amende de 16 à 5o francs; 3° ceux qui auront exposé et délaissé en un lieu solitaire un enfant au-dessons de l’âge de sept ans accomplis; ceux qui auront donné l’ordre dè l’exposer ainsi, si cet ordre a été exécuté , seront , pour ce seul fait, condamnés à un erbprisonnement de six mois à deux ans , et à une amende de 1 6 francs à 200 fr. ; 4® si la personne enlevée ou détournée est une fille au-dessous de seize ans accomplis, la peine sera celle des travaux forcés à temps. » (Code pénal, art. 66, 348, 349 et 355. )
«Les enfans de l’un èt de l’autre sexe, au-dessous de l’âge de quinze ans, pourront être entendus par forme de déelaration, et sans prestation de serment. « (Code d’instruction criminelle, art. 7g. )
Des âges pendant la vie intra-utérine.
Nous comprenons sous ce titre les âges du produit de la conception, depuis le moment où il frappe nos sens jusqu’à celui de la naissance à terrhe, c’est-à-dire
jusqu’à la fin du neuvième mois. La détermination de l’âge dans cette période de la vie est entièrement basée sur le développement successif des organes, et sur l’étude des caractères qu’ils présentent aux diverses époques delà grossesse : toutefois, comme il serait fastidieux et inutile de décrire tous les changemens qye le fœtus éprouve , nous nous bornerons à indiquer ceux qu’il est indispensable de connaître. Plusieurs des caractères dont nous allons parler ne peuvent être constatés qu’après avoir fait l’ouverture du cadavre, opération que l’on ne doit jamais entreprendre sans avoir rempli un certain nombre de conditions que nous indiquerons plus tard. (Voyez Ouverture des cadavres.') Qu’il nous suffise de savoir pour le moment qu’en négligeant ces précautions on risque de perdre le fruit de ses recherches et de commettre des erreurs graves.
Développement du produit de la conception.
Ce produit est désigné sous le nom ééemhryon pendant les deux premiers mois de la vie intra-utérine; depuis cette époque jusqu’au terme de la grossesse il porte le nom de fœtus. Les caractères qu’il présente sont loin d’être constans et invariables ; en effet , il existe tine infinité de causes propres à les modifier : telles sont la disposition, la vigueur du père, l’âge, la constitution de la mère, les passions qui peuvent la tourmenter pendant la grossesse, la saison, le climat, etc.; cependant dans le plus grand nombre des cas on observe les résultats suivans :
Huit jours après la conception, on ne trouve dans l’utérus qu’une petite vésicule remplie d’un liquide
transparent. Du quinzième au 'vingtième \ovx , \ embryon est vermiforme, oblong, renflé au milieu, obtus à une extrémité, et terminé en, pointe à l’autre; il est grisâtre, un peu opaque, et long de trois à cinq lignes; il pèse dé deux à trois grains. ,On ne voit aucune proéminence, aucune ouverture ; il n’y a point de trace de tête ni de membres;, on n’observe qu’une petite saillie séparée du reste par une entaille. Les anatorriistes qui disent avoir distingué à cette époque le cœur, -le cerveau, des vaisseaux sanguins , etc., se sont évidemment trompés.
Du trentième fiu quarante-cinquième jour. L’embryon a été comparé à une grosse fourmi par Aristote , au marteau de l’oreille par Baudelocque, à un grain d’orge par Burton , etc. Il paraît recourbé sur lui-même en forme de croissant ; sa longueur varie de trois à sept lignes ; son poids est d’environ dix-neuf grains. La tête est déjà:visible, et constitue presque la moitié du corps. Le prolongement racbidien (moelle épinière), distinct dans toute sa longueur , est la seule partie de l’encéphale qui puisse être aperçue. Les paupières , excessivement minces , recouvrent les yeux, qui existent déjà sous la forme de deux points noirs arrondis demi-circulaires d’après Malpighi ; quelquefois on voit vers l’angle interne de Torbite un petit anneau noir dont le centre est blanc ; le cercle noir de l’iris existe en entier à quarante-deux jours, d’après Sœmmering et. à quarante-quatre d’après Autenrieth. Deux simples trous également arrondis marquent la place des oreilles; il n’y a ni lèvres ni nez ; mais la bouche est distincte et marquée par une fente transversale , dont les bords peu
rapprochés laissent une ouverture visible jusqu’au troisième mois. Les membres thoraciques, qui se développent un peu avant les abdominaux, ressemblent à des petits mamelons ou à des bourgeons; le bras, l’avantbras, les mains, les cuisses , les jambes et les pieds ne sont pas encore visibles. La clavicule et chacune des moitiés de l'os maxillaire inférieur présentent déjà un point d’ossification. Le cœur est reconnaissable et me paraît formé que d’une seule pièce. On voit l’artère aorte et la portion de l’artère pulmonaire , qui formera par la suite le canal artériel. La membrane caduque (épichorion de M. Cbaussier), qui existe avant l’arrivée de l’embryon dans la cavité de l'utérus , et qui dans le commencement était demi-fluide, demi-concrète, est alors molasse, comme charnue, pulpeuse, inorganique, et semblable à un caillot de sang incolore dont la surface serait hérissée de filamens ; elle est simple^ et revet l’intérieur delà matrice et l’extérieur dé Xœvt.î.'L'ajnnios est très-mou , et ressemble à la rétine. Le chorion apparaît sous la forme d’une membrane forte, opaque, épaisse , plus large que l’amnios , tomenteuse surtout à sa surface externe, -qui est hérissée de villosités; ces villosités, considérées par la plupart des anatomistes comme de véritables flocons vasculaires, veineux et artériels déjà très-apparens, qui, par la suite, doivent former le placenta^ offre,nt une racine simple ou double, naissent de l’œuf par des troncs' longs , rameux, semblables au corail, et neàrecouvrent guère à l’époque dont nous parlons que les trois quarts, les deux tiers, ou la moitié seulement de la sui'face de l’œuf, tandis que dans les premiers temps celle-ci en était entière-
me^t couverte. M. Velpeau regarde ces villosités comme de petits organes glandiformes qui contiennent probablement les rudimens des vaisseaux placentaires, ainsi qu’un autre tissu ; ces Vaisseaux ne paraissent être que des veines. Les'granulations'glandiformes deviennent de plus en plus apparentes dans lé point où l’œuf est contigu à l’utérus, tandis que celles qui sont immédiatement recouvertes par la membrane caduque cessent de se développer et finissent par disparaître. Le placenta n’existe encore que sous la fornie 4^ ces villosités. 'Lë cordon ombilical est visible depuis la seconde moitié du premier mois, d’après M. Velpeau; il est alors formé d’une série de renflemens , en général au nombre dé quatre , mais plus souvent au nombre de trois seulement, séparés par autant de collets ou' rétrécissemens. A un mois, il est déjà long de cinq à six lignes, suivant le D’^ Ollivier dangers, en sorte- que, si, comme l’ont avancé plusieurs anatomistes , l’embryon est imftiédiàtement uni à .ses membranes dans la première période de la conception, cette disposition ne doit exister que pendant un intervalle de temps trèscourt. La vésicule ombilicale est déjà très-apparente , puisqu’on l’a vue avoir à peu près trois lignes à cette époque; elle est de forme ovalaire ou sphérique; à parois minces , contenant un liquide d’abord limpide, puis blanchâtre; elle est d’autant plus grande que l’embryon est plus jeune : on ne connaît pas au juste l’époque de sa formation; mais on sait qu’à mesure que le cordon ombilical s’allonge , elle reste attachée, à la face-fœtale du placenta, près de l’insertion de ce cordon , entre l’amnios et le chorion, ou, comme le pense
M. Velpeau, en dehors de ces membranes (i). Les vaisseaux omphalo-mésentériques sont également très-apparens : ils consistent én une artère et une veine qui viennent des vaisseaux mésentériques et se ramifient dans l’épaisseur de la vésicule ombilicale. Tout en admettant avec MM. Meckel et Velpeau qu’il est possible de voir sur des embryons humains âgés de quatre semaines environ, une autre vésicule que rombilicule, qu’ils regardent comme V allantoïde^ nous n’insisterons pas sur sa description, paree quelle ne peut être d’aucune utilité pour reconnaître l’âge du produit de la conception. Nous reviendrons sur ces objets en parlant du troisième mois.
Du quarante- cinquième jour au deuxième mois. La longueur de l’embryon est de seize à dix-bifit lignes ; il pèse de deux à quatre gros. On distingue l’avantbras , la main , la jambe et le pied. L’ossification des masses apopbysaires des premières vertèbres cervicales commence. Le cubitus, le radius, le tibia, les côtes, le
(i) Dans un travail sur l’embryologie publié en 3826 pan M. Pockels , cet anatomiste admet une autre vésicule qu’il nomme érythrolde, qu’on ne peut plus apercevoir vers la quatrième semaine, et qui dans les œufs de huit à douze jours a trois fois la longueur de l’embryon. Cette vésicule serait comprimée, allongée, pyriforme ; son extrémité ai’rondie reposerait sur l’amnios, au-dessus de la partie la plus basse de l’embryon; son autre extrémité, plus petite, s’ouvrirait dans l’abdomen de l’embryon. Voy. pour plus de détails les Archives générales de médecine, tome 13, année 1826.
scapulurh , l’ilium, l’occipital , lès deux parties qui constituent l’os frontal , etc., présentent aussi un point ossifié. Le thorax est court et aplati 5 l’abdomen gros et très-saillant. Le méconium , d’une couleur blanchâtre, est contenu dans l’estomac. Le cæcum, s’il n’a pas paru, ne tarde pas à se montrer, et son appendice n’est jamais plus ample et plus long, toute proportion gardée. Le foie s’étend transyer salement de l’hypôchondre droit jusqu’à l’hypochondre gauche, et, de haut en bas, du diaphragme au point d’insertion du cordon ombilical. Celui-ci est très-gros, parce qu’il renfermé, outre les parties qui le forment à la naissance , une portion du canal intestinal, la totalité ou une partie de la vésicule oihbilicale, e:t les vaisseaux omphalo-mésentériques; il est un peu plus long que le fœtus, et ne présente aucune trace de torsion: il s’attache à la partie inférieure de l’abdomen , par unè base fort large. A cinquante-six jours , les yeux sont un peu saillans et les rudimens des narines confondus avec la cavité buccale. On trouve à la place des oreilles , deux tubercules demi-ovales , fendus suivant leur longueur. Deux jours après , le nez fait une saillie obtuse ; les deux narines sont rondes , très-écartées l’une de l’autre ', et fermées par une membrane plus ou moins épaisse. On ne voit à la place du cou qu’un sillon très-marqué.
Du deuxième au troisième mois. La longueur du fœtus est de deux pouces à deux pouces et demi * il pèse d’une once à un once et demie. La tête est très-grosse, le nez et les oreilles sont encore fermés. Le bras et la cuisse , ainsi que lés doigts d^ la rhairi, ont paru dès la septième semaine. Ce n’est qu’à la fin du deuxième mois que les I. 4
membres abdominaux commencent à dépasser la queue rudimentaire. Alors se forment les lèvres. La peau, qui, jusqu’à cette époque, semblait avoir été remplacée par un enduit gluant, très-mou et assez transparent pour permettre de voir au travers les organes et surtout les (vaisseaux, est mince, facile à déchirer, et sans apparence fibreuse. On voit paraître les branches de l’artère pulmonaire , qui sont d’autant plus petites par rapport à la portion qui doit former le canal artériel, que le foetus est plus jeune. Le méconium est encore contenu dans l’estomac. On commence à apercevoir \ épiploon , qui est situé vers la grande courbure de l’estomac, sous la forme d’une petite proéminence aplatie. Les alvéoles des os maxillaires sont déjà manifestes 5 chacun d’eux contient une vésicule gélatineuse adhérente à son fond , et qui est le futur noyau de la dent. Les rudimens des organes extérieurs de la génération , paraissent sous la forme d’un petit tubercule garni d’une ou de plusieurs ouvertures très-étroitesj le clitoris est surtout fort long.
Tiu troisième au quatrième mois. Le fœtus est long de cinq à six pouces ; il pèse de deux onces et demie à trois onces; la tête est plus grosse et plus pesante que le reste du corps. La pupille est fermée par une membrane appelée pupillaire , formant avec l’iris une cloison complète qui sépare entièrement les chambres de l’œil; elle résulte de l’adossement de deux feuillets membraneux contenant dans leur intervalle une multitude de vaisseaux sanguins; on ne peut guère l’apercevoir avant le troisième mois de vie intra-utérine, et elle n’existe ordinairement que jusqu’au septième mois. La bouche est très- grande et ouverte. Le nez est bouché, La peau est
encore mince, incolorê et transparente, sans la moindre apparence de texture fibrexise ni d’enduit sébacé; on ne voit ni cheveux, ni poils, ni duvet. Les ongles commencent à paraître sous la forme de plaques minces et membraneuses. Il n’est plus permis de confondre les parties génitales de Ikin et de l’autre sexe. Le périnée existe sous forme d’une lame transversale. Les osselets de l’ouïe ne sont point encore ossifîési L’ischium présente déjà un point lenticulaire ossifie qui en occupe lé milieu. Il n’y a encore ni sinus maxillaires, ni sinus frontaux. Le cerveau , presque fluide jusqu’alors, offre la consistance de la matière caséeuse, sans apparence de sillons ni de circonvolutions. Le fluide contenu dans l’estomac est d’un blanc grisâtre ; la valvulve iléo-cœcale est déjà visible, et forme une saillie arrondie : il en est de même des appendices épiploïques du colon. Le placenta est très-apparent et très-reconnaissable ; il couvre presque la moitié de l’œuf ; et , quoiqu’il n’ait pas la consistance qu’il aura parla suite, on lui reconnaît déjà la forme qull présente au neuvième mois. Le cordon ombilical s’insère près du pübis ; il a la forme (Lune colonne torse ; il est à peu près aussi long que le fœtus ; sa largeur est assez considérable. C’est ordinairement dans le courant du troisième mois que disparaissent la vésicule ombilicale et les vaisseaux omphàlo -mésentériques.
Du quatième au cinquième mois. La longueur du fœtus est de six à sept pouces ; son poids est de cinq à sept onces; la moitié du corps répond à plusieurs centimètres au-dessuS' de l’ombilic. Le volume de la tête comparé au reste du corps est considérable , les fonta-
Belles très-amples, et les commissures du crâne fort larges. On aperçoit la membrane pupillaire. La peau , d’une couleur rosée , ressemble à une membrane satinée extrêmement mince , offrant pour la première fois un léger duvet à sa surface. Une graisse rougeâtre se dépose déjà dans les aréoles du tissu cellulaire sous-cutané. Les cheveux, fort courts, sont rares, blancs et argentins. Les osselets de l’ouïe et les cornets inférieurs du nez sont presque entièrement ossifiés. Le cerveau n’est qu’une masse blanche , molle , homogène , séparée évidemment en deux parties par le sillon interlobulaire. On voit déjà dans le cervelet les lames et les lamelles blanches qui le constituent chez l’adulte. On trouve un fluide d’un blanc grisâtre au commencement de l’intestin grêle. C’est à la fin de ce mois que l’on aperçoit pour la première fois des traces àe. pylore; du reste il n’y a encore ni valyules conniventes , ni bosselures le long du canal intestinal. Les reins sont très-volumineux, et formés chacun de quinze à dix-huit lobes , terminés par un petit pavillon qui se rend dans le bassinet. Les capsules surrénales sont au moins aussi grandes que les reins. C’est ordinairement du troisième au quatrième mois que l’on remarque dans les alvéoles les germes des dents de l’adulte ( deuxième dentition ) , excepté ceux des bicuspidées ( premières molaires), qui ne deviennent visibles que du sixième au douzième mois après la naissance.
Du cinquième au sixième mois. La longueur du fœtus est de neuf à dix pouces ; son poids d’environ une livre ; le cordon ombilical s’insère moins près du pubis qu’au quatrième mois, en sorte que la moitié du corps
répond à un point moins élevé au-dessus de l’ombilic. Les paupières sont collées, et la pupille fermée par la membrane pupillaire.^ La peau est lisse , fine , mince , sans apparence de fibres dermoïdes , ni d’enduit sébacé; elle est d’un rouge pourpre^ surtout à la paume des mains, à la plante des pieds, à la face, aux lèvres, aux oreilles, aux mamelles, aux plis de l’aine, des cuisses et des fesses. Le cheveux sont rares, courts, blancs ou de couleur argentine. Le sternum commence à peine à s’ossifier , tandis que l’ossification est complète dans les osselets de l’ouïe , qui sont presque aussi volumineux que chez l’adùlte. Le pubis offre déjà un point oblong, ossifié, qui en forme le corps, et une partie dé la branche transversale. Le calcanéum présente un point osseux dès le quatrième mois et demi: c’est du quatrième au cinquième mois que l’on voit paraître pour la première fois au sommet du noyau gélatineux des dents, des petites lames ÿ ivoire { portion osseuse ). Le cerveau est blanc, lisse et mou, surtout à sa partie supérieure ; le sillon longitudinal y est très-visible ; on n’aperçoit ni circonvolutions , ni substance grise , ni points rouges ; la pie-mère est à peine adhérente. La texture du cervelet est plus ferme que celle du cerveau. Les poumons sont très-petits. Le cœur, toute proportion gardée, est très-volumineux, et les oreillettes aussi vas,tes pour le moins que les ventricules. Le canal artériel , qui , pendant les premiers temps de la vie intrautérine, avait surpassé en grandeur les deux branches qui, par la suite, doivent former les artères pulmonaires , leur est égal. L’intestin grêle renferme un fluide que l’on a désigné à tort sous le nom de méconium ; ce n’est qu à
dater de ce moment que le colon présente l’apparence de bosselures. Les testicules, assez volumineux, sont situés peu au-dessous des reins, près lesvertèbres lombaires, sous le péritoine 5 il en est de même des ovaires.
Du sixième au septième mois. Sa longueur , prise du sommet de la tête aux talons , est de onze à douze pouces j son poids d’environ deux livres ; la moitié du corps répond à un pointmoins élevé au-dessus de Fombilic qu’à l’époque précédente. La grosseur delà tête, comparée au reste du corps , et l’évasement des fontanelles, sont très-marqués. Les paupières sont encoue collées ; la pupille est fermée par la membrane pupillaire. La peau présente , pour la première fois , des fibres dermoïdes et un épiderme distinct ; elle est fine , assez mince, légèrement granulée, rouge et même pourpre , surtout aux endroits indiqués en parlant de l’époque précédente ; elle offre un léger duvet sur toute sa surface , mais sans aucune trace d’enduit sébacé. Les ongles sont mieux formés, malgré l’assertion contraire de plusieurs auteur# : à la vérité ils sont mous , et quelquefois rougeâtres. Les cheveux sont courts , blancs, argentins , quoique déjà ils manifestent une tendance à se colorer. Le sternum présente trois ou quatre points ossifiés ; ordinairement disposés suivant la longueur de l’os , et en procédant de haut en bas. On voit un noyau osseux dans l’astragale. Le cerveau est lisse, sans anfractuosités, mou; la pie-mère fort peu adhérente. Les poumons sont petits et rougeâtres : la bronche gauche, plus longue et moins grosse que la droite , est dirigée beaucoup plus obliquement que chez Tadulte. La vésicule biliaire ne contient qu’une
petite quantité d’un fluide séreux , presque incolore qui n’est pas amer. C’est à peu près à cette époque que se forme la substance corticale des reins. Le colon présente déjà des bosselures ; on ne voit aucune trace de valvules conniventes dans les intestins; le méconium peu abondant në remplit que le coecum et une petite portion dû colon. Les testicules et les ovaires sont situés peu au-dessous des reins, près les vertèbres lombaires , sous le péritoine.
Du septième aU huitième mois . La longueur du fœtus est de treize à quatorze pouces ; son poids de trois à quatre livres ; la moitié du corps répond à un point moins élevé au-dessus de l’ombilic, et par conséquent plus éloigné du sternum qu’au sixième mois. Les pau- . pières cessent seulement d’être collées; la membrane pupillaire. est sur le point de disparaître. Le thorax est moins court, et l’abdomen moins long et moins ample qu’à l’époque précédente. La peau, qui pendant le cinquième et le sixième mois était d’une couleur pourpre dans plusieurs de ses parties, offre une teinte rosée; elle est déjà fibreuse et assez épaisse ; on. y trouve un assez grand nombre de follicules sébacés sécrétant tin fluide onctueux , qui se répand à sa surface pour former l’enduit graisseux, blanchâtre, dont nous avonsq)arlé, et que l’on chercberait en ^ain à une époque moins avancée de la grossesse. La graisse devenue plus abondante, donne plus de rondeur aux formes. Les ongles , déjà assez consistans , n’arrivent pas jusqu’à l’extrémité des doigts. Les cheveux prennent une teinte blôndine. L’ossification a, fait des progrès. Le cerveau, moins diffluent que lorsque le fœtus est plus jeune, est d’un
blanc jaunâtre , sans apparence de couleur grise ; sa substance est parseme'e de vaisseaux sanguins qui lui donnent un aspect rougeâtre sur plusieurs points , lorsqu’on la coupe par tranches. La longueur de l’intestin grêle est à la distance qui sépare la bouche de l’anus comme 7 : i , ou comme 5 7 à i. Le colon est déjà bosselé , surtout à sa portion transverse. On commence seulement alors à apercevoir les valvules conniventes, sous forme de faibles élévations , qui s’effacent dès qu’on distend le canal intestinal. Le méconium occupe le cæcum et presque tout le gros intestin. Le foie est très-volumineux, peu consistant et d’un rouge assez foncé : le lobe gauche est presque aussi gros que le droit. La vésicule biliaire contient une petite quantité d’un fluide , séreux, presque Incolore, et dont la saveur commence à peine à être légèrement amère. Les testicules sont plus rapprochés du bassin qu’au sixième mois.
Du huitième au neuvième mois. Le fœtus est long de quinze à seize pouces; son poids est de quatre à cinq livres; la moitié du corps répond à deux ou. trois centimètres au-dessus de V ombilic. Les fontanelles sont plus évasées qu’au neuvième mois. Les paupières ne sont plus collées, on ne trouve plus la membrane pupillaire. Lés membres thoraciques comparés aux membres abdominaux sont moins longs qu’à l’époqué précédente. La peau, déjà enduite de la matière sébacée dont nous avons parlé, est un peu moins rosée qu’au septième mois. On ne découvre aucun point d’ossification au centre du cartilage qui forme l’extrémité inférieure du fémur. La tête et l’abdomen sont encore gros relativement aux autres parties du corps ; les ongles et les che-
veux sont assez bien formés. Le cerveau présente des sillons superficiels ; mais il ne renferme point encore de matière grise; sa substance, plus consistante qua l’époque précédente , prend une teinte rougeâtre en raison des vaisseaux sanguins qui la pénètrent. La longueur de l’intestin grêle est à peq près égale à huit fois la distance qui sépare l’anus (le la bouche, comme chez l’adulte. Le méconium, assez abondant, remplit la plus grande partie du gros intestin. Les testicules s’engagent dans l’anneau sus-pubien; quelquefois même le scrotum renferme un testicule , et le plus souvent c’est celui du^çôté gauche. Les annexes du fœtus n’offrent aucun caractère qui puisse servir à établir qu’il est âgé de huit mois. -
A terme. L’enfant présente les caractères suivans : sa longueur, prise du sommet de la tête aux talons,. est de dix-huit pouces ; son poids est ordinairement de six à sept livres (i). La tête grosse et assez fernae fait à peu près le quart , et même un peu plus de la hauteur totale du corps; elle a la forme d’un ovoïde irrégulier dont la hase serait au sinciput et le sommet au menton; les dimensions de ses diamètres sont, en général : pour l’oca/Jitïo frontal^ quatre pouces trois lignes ; pour Xoccipito mentonnier^ cinq pouces; pour le fronto mentonnier^ trois pouces six lignes ; pour le bipariétal et
(i) On a vu des enfans à terme longs de quinze à seize pouces, tandis que la longueur de quelques autres était de vingt-trois pouces ; quelques-uns d’entre eux ne pesaient que deux ou trois ^livres; d’autres, au contraire, pesaient douze ou quatorze livres.
pour le sphéno-bregmaUque^ qui se mesure de la base du crâne à la fontanelle frontale, trois pouces quatre lignes; pour le temporal^ trois pouces une ligne. La grande circonférence mesurée en suivant la ligne médiane est de quatorze pouces ; la petite circonférence , que l’on mesure transversalement à la hauteur des bosses pariétales , est de dix pouces six lignes. Le crâne est grand et large; les os qui le composent, quoique mobiles, sé touchent par leurs bords membraneux. Les fontanelles bien moins évasées qu’aux époques antérieures de la gestation , sont encore assez larges , surtout l’antérieure. Les cheveux, blonds ou noirs, offrent quelquefois un pouce de longueur; il sont assez épais. La face’ est petite , étroite et recouverte d’un duvet abondant. Les paupières ne sont plus collées, la membrane pupillaire a disparu; la bouche est assez grande.
Le thorax est court , aplati, relevé en bas et en avant, si l’enfant n’a pas respiré. L’abdomen est long, ample, arrondi. et saillant du côté àeXom\À\\c\Vinsertion de celui-ci répond un peu au-des&ous de la moitié de la longueur totale du corps ^ tandis que, chez un adulte bien conformé, la moitié du corps mesuré du sommet de la tête aux talons, correspond au bord supérieur du pubis , et un peu au-dessous de l’arcade formée par ces os. Lé bassin est étroit et peu développé. Les testicules ont souvent dépassé l’anneau inguinal et peuvent être dans le scrotum. Les membres abdominaux sont courts relativement aux thoraciques , mais beaucoup moins qu’ils ne l’étaient aux époques antérieures de la gestation : ils ne sont égaux à ces derniers que cinq ans après la naissance , si on ne les mesure que jusqu’au talon ,
tandis qu’ils offrent la même longueur, dès le quatrième mois de vie intra-utérine, si on ajoute la longueur du pied à celle dé la jambe et de la cuisse. Les pieds forment à peu près le sixième de la longueur totale du corps. La peau^ d’une couleur pâle légèrement rosée, n’offre de rougexir marquée que dans les endroits de la flexion j elle est douce , gluante et recouverte d’un enduit sébacé, -blan châtre, adhérent et assez épais nix caseosa ^utis ) ; les ;^etits poils sont très-appaVens. Les ongles se prolongent jusqu’à l’extrémité des doigts ; ils ont assez de fermeté.
Le système osséux fournit des caractères importans parmi lesquéls noiÉs remarquerons les suivans. Le centre du cartilage qui forme l’extrémité inférieure du fémur, présente un point osseux pisiforme qui reste ordinairement cartilagineux jusque vers le huitième mois efdémi de vie intra-utérine. Le calcanéum et l’astragale sont les seuls os du tarse qui soient en partie ossifiés. La branche descendante du pubis et la branche ascendante de l’ischium commencent à s’ossifier; il en est de même du corps de la première vertèbre cervicale et de la première du coccyx : les lames des six premières vertèbres dorsales tendent à s’unir entre elles. Le carpe est entièrement cartilagineux. L’os maxillaire inférieur est complètement ossifié, il a à peu près le septième de la hauteur de la tête; le condyle n’est pas plus élevé que le bord alvéolaire,' et l’apophyse coronoïde se relève au-dessus de lui de toute sa longueur : aussi le bord postérieur de la branche montante est-il fort oblique. L’ossification des vingt premières dents de lait, qui pour l’ordinaire sont encore renfermées dans
les alvéoles , n’est pas également avancée ; les huit incisives ont leurs couronnes formées; celles des quatre canines ne sont pas encore achevées; les huit molaires n’ont que leurs tubercules ossifiés ; parmi ces tubercules les externes surtout sont plus avancés et déjà réunis entre eux : les racines ne se forment que lorsque la couronne est achevée, et ne sont visibles que dans les huit incisives. Le noyau gélatineux des dents et les cavités qui le contiennent , sont fort grands. A cet âge les dents incisives ne dépassent le bord alvéolaire des os maxillaires que dans des ças on ne peut plus rares; elles se trouvent sur le même plan, tandis que, chez les avortons, surtout chez ceux qui naissent avant sept mois , elles sont ordinairement inférieures à ce bord ; elles ne tardent pas au contraire à le dépasser un ou deux mois après la naissance.
On voit à la surface du cerveau des circonvolutions nombreuses et des pillons assez profonds; la couleur cendrée est déjà manifeste dans toutes les parties qui plus tard doivent offrir cette teinte. La base de cet organe et surtout les points correspondans aux cordons nerveux sont assez consistans , tandis que les lobes et la surface convexe conservent beaucoup de mollesse. Le cervelet est plus consistant que le cerveau; la substance grise y est également évidente. La fermeté du prolongement rachidien est encore plus marquée que dans les autres parties de l’encéphale.
L’épaisseur des deux ventricules du cœur est à peu près la même; le trou inter- oriculaire (de Botal) est assez grand , et le repli vasculaire qui doit le boucher est ferme et plus étendu qu’à aucune autre époque de la
gestation. Le canal artériel, dont les parois sont assez denses, est très-ample. Les poumons sont en général rouges et volumineux ; ils présentent des caractères différens suivant (jue l’enfant a respiré ou non (F. Infanticide). Le thymus , d’une couleur rougeâtre ou fauve, . offre encore un volume assez considérable. Le foie occupe presque toute la région épigastrique ; le lobe gauche est presque aussi volumineux que le droit, il a plus de consistance qu’auparavant; il est très -rare que, son tissu ne laisse pas écouler une grande quantité de sang liquide et noirâtre quand on l’incise; sa couleur est le plus souvent d’un brun foncé. La vésicule biliaire ordinairement très-distendue, contient de la bile épaisse, verte et amère; quelquefois cependant, quoique rarement, labile est très-liquide et presque incolore, sans que le foie soit en même temps vide de sang. La rate est presque toujours petite et contient beaucoup moins de sang que le foie. Les rèins offrent encore des traces manifestes des lobes nombreux qui les formaient dans les premiers temps de la grossesse; ils sonï surmontés des capsules surrénales, dont le volume est toujours assez considérable ; les uretères sont très* développés. La vessie est pyriforme, située hors de l’excavation pelvienne, dépourvue de bas fond; le trigone vésical est presque vertical , et l’orifice de l’urètre forme la partie la plus déclive de l’organe.
L’état du canal digestifs à la naissance, mérite d’autant plus de fixer notre attention , qu’il présente dans plusieurs de ses parties des nuances roses, rouges , vertes , etc., que l’on pourrait être tenté d^ rapporter, à tort , à des lésions pathologiques. La membrane muqueuse
de la cavité buccale est toujours remarquable par son injection ; elle est surtout fort rouge à l’isthme du gosier. Les papilles delà languesonttrès-saillantes. Les gencives offrent chez quelques individus les saillies qui devront correspondre à chacune des dents dont la mâchoire s’armera par la suite. Visthïm dû gosier et V œsophage presque toujours injectés chez les enfans de un à dix jours. Sur deux cents enfans de cet âge di^équés avec soin parM. Billard, cent quatre-vingt-dix ont présenté une injection plus ou moins prononcée de ces parties. La coloration de l’œsophage varie depuis le rose tendre jusqu’au rouge foncq; elle doit être considérée comme un phénomène ordinaire à cette époque de la vie, et non comme un résultat de l’inflammation. — ü estomac est assez ordinairenjent distendu par des gaz; sa membrane muqueuse, assez épaisse et très-villeuse, offre toujours un, aspect rose tendre, beaucoup moins tranché que cdui de l’œsophage. L’intestin grêle est à peu près douze fois aussi long que la distance qui, sépare la bouche de l’anus, tandis que chez^l’adulte ce rapport n’est que de huit à un. Le gros intestin est également un peu plus long, toute proportion gardée que chez l’adulte. L’intérieur du duodénum offre le même aspect que celui de l’estomac; on y voit ainsi que dans le jéjunum des traces assez saillantes de valvules conniventes. L’iléon moins rose est très-souvent le siège de glandes et de plexus mucipares. La valvule ileo-cœcale est extrêmement étroite, et n’admet une plume qu’après avoir été dilatée peu à peu. Le colon et surtout sa portion transverse présentent des bosselure assez prononcées.
. Matières contenues dans le canal digestif , V œsophage
renferme toujours des mucosités plus ou moins épaisses; on y trouve aussi quelquefois un liquide ayant beaucoup de ressemblance avec l’eau de l’amnios. Indépendamment des gaz qui distendent Xestomac^ il existe dans ce viscère des mucosités d’une épaisseur variable et un liquide inodore, incolore , rougissant légèrement le papier de tournesol, au milieu duquel flottent dans quelques cas de petits flocons très-blanes , de consistance pulpeuse, s’écrasant sur l’ongle, ne fondant pas et ne tachant pas le papier comme la graisse, lue duodénum et le jéjunum renferment le plus souvent des matières muqueuses, épaisses, blanchâtres , collantes aux parois desTOtestins , agglomérées dans certains endroits par petites masses ou pelotons de même couleur : très-souvent ces matières sont colorées en jaune , ce qui tient probablement à une portion de bile ; enfin, on trouve quelquefois au milieu d’elles des pelotons ou petites masses, d’une couleur verte , que Von serait tenté de regarder comme du méconium^ mais nous remarquerons que long-temps aprèsi’expulsion du méconium, et chez des enfans de huit à dix jours, il existe encore de ces flocons verdâtres disséminés à la surface de l’intestin grêle. La région ileo-cœcale offre sojuvent une accumulation de matières liquides, jaunes et écumeuses. Le gros intestin est toujours rempli de méconium d’un vert foncé et d’une consistance poisseuse. Ges faits démontrent jusqu’à l’évid'ence que la matière des intestins ne présente pas à l’épûque de la naissance les mêmes caractères, dans tous les points du canal intestinal, et que le méconium n’occupe pas successivement comme on l’a dit, tous les points des intestins de manière à ar-
river dans le colon à la fin de la gestation. La matière poisseuse et verte renfermée dans le gros intestin^ dit > M. Billard , est le produit d’une véritable digestion fœtale, et mérite seulele nom de méconium.
Indépendamment des liquides dont nous venons de parler , il existe encore une couche de mucosités adhérentes aux parois du canal digestif, et qui, à raison de son épaisseur et de sa consistance , forme une sorte d’enduit sur la surface de la membrane muqueuse : c’est elle, et non la membrane muqueuse, qui, dans le gros intestin, est teinte en vert par le méconium. Or, comme cet enduit muqueux se détache dans le plus grand nombre de cas du premier au quatrième jour de la naiss!^ce, il suit que, passé cette époque, on ne trouvera plus l’intérieur du gros intestin coloré en vert. Ces considérations ont porté M. Billard à conclure « que lorsqu’on trouvera le colon teint fortement et uniformément en vert, on sera porté à croire que le méconium vient d’être récemment expulsé, et que l’enfant avait aii moins un jour ou au plus trois jours; lorsqu’au contraire on verra cette coloration verte parsemée de taches déjà décoloréés, on devra croire que l’expulsion du méconium est moins récente , et que l’enfant pouvait avoir de trois à quatre jours. » Tout en admettant que l’état du gros intestin peut être de quelque utilité pour reconnaître l’âge d’un nouveau-né , pendant les trois ou quatre premiers jours, nous sommes loin d’attacher à ce caractère la même importance qu’à celui que fournit le cordon ombilical ( V. pag. 67).
Les organes des sens et de la génération pourraient encore nous fournir quelques caractères pour juger
si un enfant est à terme; cependant, comme ils sont moins saillans que les précédens, nous n’en ferons point mention : attachons-nous de préfe'rence à décrire l’état des annexes à cette dernière époque de la grossesse.
Le placenta représente un disque ordinairement ovoïde , spongieux, vasculaire, de six à huit pouces de diamètre , épais de douze à quinze lignes au centre , et de quelques lignes seulement à la circonférence ; il est formé de plusieurs lobés qu’enveloppe une tunique fort mince. La membrane chorion est incolore , lisse , transparente, dense, serrée et recouverte sur plusieurs de ses points d’une portion de la membrane caduque , qui est mince , molle , grisâtre et cotonneuse. La membrane amnios^moins mince que le chorion, est demi- diaphane, d’un blanc comme laiteux , élastique et assez tenace. L’eau de Xamnios Q&t trouble, laiteuse et tient en suspension des flocons caséiformes , tandis quelle est claire et transparente au commencement de la grossesse. Le cordon ombilical est composé de la veine et dés artères ombilicales , de l’ouraque, d’une substance molle gélatiniforme dont la quantité varie (gélatine de Warthon) , de la gaine membraneuse fourniè par l’amnios, et quelquefois des vaisseaux omphalo -mésentériques; fl offre à peu près la longueur du fœtus , et la grosseur du petit doig]t; sa forme est celle d’une colonne torse, présentant des bosselures de distance en distance. La 'vésicule ombilicale a disparu dans le plus grand nombre de cas ; toutefois quand elle persiste jusqu’à la fin de la gestation, elle est située à un pouce où, à un pouce et demi de l’insertion du cordon au placenta, à la face
fostale duquel elle adhère ; elle offre alors deux ou trois lignes de diamètre. Les 'vaisseaux omphalo-mésentériques que nous avons dit n’être plus visibles en général à la fin du troisième mois , persistent quelquefois beaucoup plus long-temps , puisque Béclard les a vus chez un enfant de dix à douze ans.