VINGT-ET-UNIÈME LEÇON
De la viahilité du fœtus.
Le mot viabilité, dérivé de via y voie, chemin, et non de vita ,-vie , s’emploie pour exprimer la possibilité de parcourir aussi long-temps que le commun des hommes la carrière de la vie extra-utérine ; ainsi un enfant peut avoir vécu et ne pas avoir été regardé comme viable, parce qu’il offrait, dans son organisation , quelque vice qui s’opposait à ce que la vie se prolongeât; un autre enfant, né vivant, peut périr dans les premières heures de sa vie , quoiqu'il fût viable. Toici les articles du Code civil relatifs à la quéstion de la viabilité du foetus.
« L’enfant né avant le cent quatre-vingtième jour du mariage ne pourra être désavoué par le mari dans les cas suivans : i° s’il a eu connaissance de la grossesse avant le mariage ; â° s’il a assisté à l’acte de naissance, et si cet acte a été signé de lui, ou contient sa déclaration qu’il ne sait
signer ; 5* si l’enfant n’est pas déclaré viable. ( Code civil , art. 3i4.)
« Pour succéder, il faut nécessairement exister au moment'de l’ouverture de la succession. Ainsi sont incapables de succéder, 1° celui qui n’est pas encore conçu; 2“ celui qui n’est pas né viable ; 5“ celui qui est mort civilement. » (Code civil, art. 725.)
« Pour être capable de recevoir entre-vifs , il suffit d’être conçu au moment de la donation. Pour être capable de recevoir par testament, il suffit d’être conçu à l’époque du décès du testateur. Néanmoins la donation et le testament n’auront leur effet qu’autant que l’enfant sera né viable. »
( Code civil , art. 906. )
« La recherche de la paternité est interdite. Dans les cas d’enlèvement , lorsque l’époque de l’enlèvement se rapportera à Celle de la conception , le ravisseur pourra être , sur la demande des parties intéressées , déclaré père de l’enfant. » (Code civil, art- 34o. ) Il est évident, d’après cet article, qu’on ne devrait attacher aucune importance à la déclaration d’une fille enlevée, qui serait accouchée au cerit quatre-vingtième jour de l’enlèvement ou plus tôt , et qui aurait mis au monde un enfant viable , dont elle ferait correspondre la conception au jour de l’enlèvement.
Ces diverses dispositions ne laissent aucun doute sur la nécessité où l’on peut être de résoudre la question de viabilité lorsque l’enfant est mort, ou lorsqu’il est encore vivant •, nous l’examinerons sous ce double rapport : il est également indispensable d’établir une distinction entre la viabilité des fœtus monstrueux et de ceux qui ne présentent aucun vice de conformation. Mais avant d 'étudier ces différons objets, qu’il nous soit permis de faire connaître les développemens don-
nés par les plus habiles jurisconsultes aux différens articles du code dont nous avons fait mention ; nous espérons par-là mettre le médecin à même de saisir exactement l’esprit de la loi.
« L’enfant , dit M. Bigot de Préameneu à l’occasion de l’article , vivait dans le seiii de sa mère ; celte existence peut se prolonger pendant lin nombre de jours indéterminé , sans qu’il soit possible qu’il la conserve ; et c’est cette possibilité de parcourir la carrière ordinaire delà vie, qu’on entend par l’expression être viable, et il faut à cet égard que les gens de l’art prononcent. »
Le rapport fait au tribunal par Chabot ( de l’Aliier ) contient les passages suivans :
« Il n’est pas nécessaire que l’individu soit né pour être babüe à succéder ; il suffit qu’il soit conçu , parce que l’enfant existe réellement dès l’instant de la conception , et qu’il est réputé né dès qu’il y va de son intérêt. Cette présomption de naissance , qui équipolle à la naissance ellemême pour déférer le droit d’hérédité, cesse d’avoir lieu si l’enfant ne naît pas , ou s’il ne naît pas viable.
» Lorjsqu’un enfant n’est pas vivant en sortant du sein de sa mère , il est censé n’avoir pas vécu pour succéder ; car c’était dans l’espoir de la naissance qu’on le regardait comme vivant dès l’instant de la conception , et si cet espoir est trompé, la présomption qui le faisait regarder comme vivant ne peut plus être fondée sur la réalité. •
» Lorsqu’un enfant n’est pas né viable, il est aussi réputé n’avoir jamais vécu, au moins pour la successibilité. En ce cas, c’est la même chose que l’enfant soit mort ou qu’il nais.se pour mourir. La loi 5 do Code de posthumis exige que l’enfant naisse parfait, c’est-à-dire qu’il ait atteint le terme auquel il est possible qu’il vive. »
De la viahiUté des fœtus jion monstrueux.
A quelle époque de la grossesse ces fœtus sont-ils viables ? G eit lorsque les organes de la digestion, et surtout ceux de la respiration , sont en état d’exercer leurs fonctions. Il n'y a que la respiration complète qui constitue la vie, d’après Merlin. {F. Questions de droit, tome VI, au mot Vie. ) Ce célèbre jurisconsulte appuie son opinion sur le passage suivant d’Alphonsè Leroy : « On a jugé dans les tribunaux qu’un enfant venu à terme avait vécu, parce que la sage-femme attestait qu’il avait agité ses membres, même sa poitrine; quelle avait vu de petites inspirations et des soupirs, et senti des palpitations du cœur et des artères; mais tous ces mouvemens ne peuvent pas constituer véritablement la vie acquise hors du sein de la mère. Un enfant nouvellement venu au monde, et non encore séparé de sa mère , a quelquefois des mouvemens convulsifs j et, s’il est faible, il a des respirations incomplètes, accompagnées de soupirs. Un tel enfant n’a point acquis ses droits civils, parce qu’il n’a pas respiré complètement , et que c est la respiration complète qui lui acquiert sa vie propre, indépendante de celle de sa mère. Hippocrate prescrit de ne pas couper le cordon ombilical tant que l’enfant li’a pas respiré complètement et crié. Par la respiration complète, la circulation du sang s’établit dans les poumons; alors il puise dans l’air le principe d’une vie qui lui devient propre; il vit de la vie commune, différente de celle qu’il avait dans le sein de sa mère, où il ne respirait pas, et où le sang ne circulait
pas dans son poumon : il vivait en commun avec sa mère. Mais dès qu’un enfant a respiré complètement, il a vécu de sa vie propre , à l’air et à la lumière , et devant la loi; il a vécu civilement. C'est donc la respiration, mais la respiration complète, qui constitue la vie; les pulsations, le mouvement des membres, du diaphragme, des artères, peuvent durer sans la vie complète jusqu’à une et deux heures. »
Il est impossible d’élever le moindre doute sur la viabilité du foetus à terme. On s’accorde aussi à ne pas regarder comme tel celui qui naît avant le commencement du sixième mois, c’est-à-dire, avant le cent quatre-vingtième jour, et l’on considère comme apocryphes ou comme mal faites, les observations de fœtus qui , étant venus au monde à quatre mois et demi , et même à cinq mois, ont pu vivre pendant plusieurs années; c’est ainsi qu’on a voulu faire croire que jPor?Mnio Licçîti^ qui naquit à quatre mois et demi, et qui fut placé pendant plusieurs mois dans un four dont la température était fort douce, ne mourut qu’à l'âge de quatre-vingts ans : on sentira combien il eût été nécessaire, avant d’ajouter foi à de pareils miracles, de s’assurer de l’époque précise de la conception (ce qui n’est pas facile), de lâge du nouveau-né, etc.
Mais que doit-on penser delà viabilité des fœtus qui naissent entre le commencement du sixième mois et la fin du neuvième.? Il est rare de voir vivre, pendant un assez long espace de temps , ceux qui n’ont pas sept mois accomplis ; la plupart d’entre eux périssent au bout de quélques jours , parce qu’ils sont imparfaits : toutefois, il existe un très-petit nombre d’exemples d’enfans nés
( 5oo )
à six mois et à six mois et demi , qui ont vécu pendant plusieurs années. A dater de la fin du septième mois , la viabilité ne saurait plus être contestée : depuis cette dernière époque jusqu’à terme, les chances sont d’autant plus grandes, tout étant égal d’ailleurs, que le foetus est plus près de la fin du neuvième mois. On conçoit avec peine qué les gens de l’art aient soutenu pendant long-temps l’opinion contraire, d’après l’autorité d’Hippocrate, qui établissait qu’il y avait deux termes pour’ la viabilité , l’un à sept, l’autre à neuf mois; les enfans de huit mois étaient censés moins viables que ceux de sept : nous nous abstiendrons de rapporter en détail les raisonnemens qui semblaient étayer cette opinion , que l’expérience journalière démontre n’être pas vraie ; nous dirons seulement que l’on a été sans doute induit en erreur parce que des fœtus de sept mois, dont la naissance n’avait été sollicitée par aucune violence, avaient vécu, tandis qu’on voyait périr la plupart de ceux qui naissaient au huitième mois, à la suite d’une chute de la mère-, de coups quelle aurait reçus,' etc. : la viabilité dans ce cas ne tenait pas à ce que le fœtus était moins âgé, mais bien à ce que l’accouchement avait été naturel.
Si par une cause quelconque, dit M. Dubois, l’accouchement a lieu avec la dilatation convenable du col de l’utérus au septième mois, l’enfant sort sans peine et peut vivre. Si la femme accouche au contraire à huit mois , à la suite d’un choc, d’une violence, etc., l’accouchement sera plus laborieux , parce que le col de l’utérus ne sera pas convenablement dilaté, et l’enfant pourra périr : c’est ainsi qu’on peut expliquer pour-
( Soi )
quoi certains enfans de sept mois sont plus viables que d’autres de huit mois. (Leçons orales.)
Il résulte de ce qui précède, i° que les foetus sont, en général , d’autant plus viables qu’ils approchent davantage dü terme de la grossesse ; 2“ qu’il est impossible d’assigner au juste l'époque de la gestation où ils jouissent de cette faculté, puisque la viabilité est entièrement subordonnée au développement et à la perfection des organes, et surtout à ceux de la respiration ; 3" quec’estypar conséquent, à tort que l’on a établi en principe, que l’on doit considérer comme mort nés les enfans qui nai-sent avant la fin du septième mois , les dispositions législatives n’étant nullement d’accord avec cetlé as-ertion ; 4° qu’il n’est pas vrai non plus, comme on l’a publié, que l’on àoWe admettre que l’enfant est constamment viable à la fin du septième mois 5 5“ qu’il est indispensable , loi'squ on est appelé à décider une question de ce genre, d’appuyer son jugement sur la structure, l’organisation et la maturité des parties qui peuvent permettre ou ne pas permettre l’exercice des fonctions les plus importantes ; 6° que I homme de l’art ne doit jamais hésiter à déclarer viable un enfant de sept mois, lorsque sa décision peut tranquilliser un époux inquiet, et conserver, la paix dans une famille pour laquelle un jugement contraire serait le signal de dissensions fâcheuses; d’ailleurs il pourrait être -taxé d’impéritie s’il contestait la possibilité du fait, puisqu’on a vu, rarement à la vérité, vivre pendant longtemps des fœtus de sept mois.
Nous ne quitterons pas ce sujet sans applaudir à l’idée éraise.èn 1826 par M. Chaussier, de compléter par
■un certain nombre d’articles additionnels, la législation sur la viabilité : ce serait le seul moyen déterminer et de prévenir des discussions qui intéressent essentiellement l’ordre social et la tranquillité dès familles. Voici les dispositions proposées par ce médecin. ( Mémoire médico-légal sur la viabilité, présente à monseigneur le garde-des-sceaux. )
Article i". Est réputé non viable l’enfant qui naît avant les trois derniers mois de la grossesse, et qui meurt aussitôt ou peu d’heures après sa naissance.
Art. 2. Est également réputé non viable l’enfant qui, parvenu au terme de la grossesse , naît anencéphale, c’està-dire avec privation totale ou partielle du cerveau et du crâne , quand même il, serait constaté qu’il a crié ; et celui qui a quelque autre vice de conformation, tel qu’ilne puisse conserver la vie , en exécuter les fonctions, et que l’on ne puissé y remédier.
Art. 3. Est également réputé non viable tout enfant, qui attaqué d’une maladie dans le sein de sa mère, meurt dans les vingt-quatre heures qui suivent sa naissance , queîlè qu’en soit la cause.
Art. 4* Est aussi réputé. aon viable l’enfant qui, par la longueur ou la nature de l’aecouchement, éprouve dans sa circulation une gêne telle qu’il naisse mourant et attaqué d’un épanchement de sang dans le cerveau, et d’un; véritable état d’apoplexie et de paraly sie dans tous les membres, que les secours de l’art ne peuvent rétablirj et qu’il meurt quelques heures après sa naissance.
Art. 5. Est reconnu Tet déclaré viable, apte à jouir des privilèges de la société, l’enfant dont la tête est bien conformée, qui au plus tôt, trente-six heures après sa naissance , est présenté vivant et vigoureux à l’o^icier de l’état
civil qui l’inscrit aussitôt sur ses registres avec les prénoms qu’on lui donne, et les qualités des parens et des personnes qui le lui présentent.
Les articles i, 2 et 4? qui, au demeurant, ne sont qu’une application des idées de Bigot de Préameneu, dé Chabot (de l’Ailier), d’Alphonse Leroy, etc., nous paraissent heureusément conçus.Les articles 3 et 5 doivent être rejetés; en effet , pour ce qui concerne l’articie 3 , comment juger à&ns, beaucoup de cas ^ si un enfant qui meurt dans les vingt-quatre heures qui suivent là naissance, était attaqué avant de naître de la maladie qui l’a fait périr, ou bien si ce' te maladie ne s’est déclarée qu’après la naissance-, rëh fan t étant d’ailleurs parfaitement constitué? Quanta l’article o, nous pourrions nous borner, pour faire sentir son insuffisance , a signaler les exemples d’enfans à terme atteints d’une oblitération de quelque point du canal intestinal,- d’un anévrisme du cœur, des gros vaisseaux et même du canal artériel, qui n’en offrent pas moins un aspect vigoureux pendant trente-six heures /et qui pourtant ne sont pas viables. Nbus croyons cependant devoir consigner un fait important , qui commande impérieusement le rejet de cet article. Noblet, né le 10 mars 1826 au matin, entré aux Enfàns-Troüvés le n au mâtih, est rigoureux ^ très-vérmeil, c/ie apec /urcé, quoique son cri soit peu Soutenu , suce le doigt qu’on lui met dans la bouche, et prend le mamelon de là nourrice; il est visité le i'2 au matin, et destiné â partir pour la campagne ; il meurt dans la journée du 1 3 au soir. Ouverture du cadavre. Le corps a de l’embonpoint,
et ne présente extérieurement aucun vice de conformation ; sa taille est de dix-sept pouces et demi. Le crâne est développé comme à l’ordinaire, et poiu’tant il ÿ a anencéphalie. {Foyez la page 3i5, où nous avons décrit l’état de ce sujet.) Cet enfant aurait pu être présenté au bout de trente-six heures à l’officier civil , qui d’après sa constitution, ses cris, etc., l’aurait déclaré viable quoiqu’il ne le fût pas réellement ; il a ve'cu trois jours parce que la moelle allongée, les pédoncules du cerveau , et la moelle épinière étaient dans toute leur intégrité.
En admettant l’article 5 proposé par M. Chaussier, on s’exposerait donc à déclarer un enfant qui périrait quelques jours après la naissance, et que l’ouverture du cadavre démontrerait ne pas l’être, et ce qui est encore pis, on pourrait inscrire comme viable vm enfant qui ne le serait pas , et dont on aurait négligé d’ouvrir le cadavre, et de constater par conséquent le vice de ^ conformation qui l’aurait empêché de vivre.
Signes de viabilité dun fœtus vivant. On devra déclarer un enfant viable^ s’il pousse des cris forts en naissant ou peu de temps après la naissance , ce qui annonce que la respiration est bien établie {^voyez la note de la page SjS); s’il exécute facilement des mouvemens assez~ étendus j s'il saisit bien le mamelon ou s’il suce le doigt que l’on introduit dans sa bouchej s’il rend aisément l’urine et le méconium ; si les os du crâne sont solides, prêts à se toucher par leurs bords; si les fontanelles sont peu évasées; si les cheveux, les poils et les ongles sont bien formés ; si la peau est légèrement rosée ; si les proportions de la tête, des membres abdominaux et tho-
raciques sont telles que nous les avons indiquées en parlant des fœtus à terme ; si l’insertion du cordon ombilical ne répond pas à un point fort au-dessous du milieu du corps. Ces caractères auront encore plus de valeur si la longueur du fœtus est de quatorze à dixhuit pouces, et son poids de quatre à six livres; toutefois, des e'nfans doivent être déclarés viables, s’ils réunissent les conditions mentionnées, lors même que leur poids et leur longueur seraient sensiblement inférieurs à ceux que nous venons d’indiquer.
On regardera le fœtus comme non -viable^ s’il est muet ou qu’il ne pousse que des plaintes continuelles ; s’il ne remue pas les membres ou s’il n’exécute que des mouvemens excessivement faibles; s’il ne tète pas et s’il ne suce pas le doigt qu’on lui met dans la bouche; si les excrétions de l’urine et du méconium ne se font pas ou se font mal; s’il dort presqué continuellement; si les os du crâne sont mous ou assez peu solides pour ne pas résister à la plus légère pression ; s’ils sont trop écartés les uns des autres ; si les fontanelles sont trèslarges; si les cheveux et lés poils sont rares, courts et dlune couleur peu foncée ; si, au lieu d’ongles, on ne voit que des lames minces qui ne recouvrent pas les doigts; si la peau est d’un rouge pourpre, surtout aux mamelles, aux oreilles, etc,, ou bien si elle est marbrée, parsemée de vaisseaux bleuâtres ; si la tête est beaucoup trop volumineuse, par rapport aux autres parties du corps; si la longueur des membres thoraciques dépasse de beaucoup celle des membres abdominaux; si le cordon ombilical s’insère près du pubis; si les paupières sont collées; si la membrane pupillaire existe : en 'un
mot , s’il est tellement che'tif que les fonctions les plus importantes aient de la peine à s’exécuter. Ces caractèr res acquerront beaucoup plus de valeur, si la longueur et le poids du corps annoncent que le fœtus est à peine âgé de cinq à six mois. Les enfans qui offriraient l’ensemble des signes que nous venons de faire connaître devraient être déclarés non 'viables, lors même qu’ils pèseraient de quatre àcinq livres, et que la longueur de leur corps serait de douze à quatorze pouces.
S’il arrivait qu’un enfant chétif, vivant déjà depuis plusieurs semaines , fût l’objet d’un rapport médico-légal, l'homme de l’art ne prononcerait smv sa. viabihié qu’avec réserve, lors même qu’il aurait pu constater là plupart dès caractères mentionnés dans le paragraphe précédent nl devrait suspendre son jugement et demander à faire un second rapport plus tard.
Signes dé 'viabilité d’un fœtus mort. Si , comme il peut arriver dans certaines questions de droit civil , le médecin était appelé pour juger si un enfant mort était ne viablë, il devrait s’attacher d’abord a reconnaître qu’il est né vivant [voyez page 336); il éviterait de confondre avec les phénomènes qui caractérisent la vie extérieure, certains mouvemens des membres, dés cris faibles , des battemens de cœur, etc., que Ton dirait avoir aperçus ou sentis, et qui ne sont que les derniers traits de la vie fœtale; il constaterait ensuite l’état, les proportions et les rapports des organes extérieurs indiqués dans lés deux paragraphes précédens, et qui sont les cheveux, les poils, les ongles, la peau, la tête, lé cordon ombilical, etc.; il faudrait ensuite procéder à l’ouverture du cadavre , et examiner attentivement si
le développement du système osseux, du cerveau, du cœur, des poumons, du foie, de l’estomac et des intestins, des reins et de la vessie , etc., annonce que le fœtus est âgé de six, de sept, huit ou neuf mois [voyez page 54)5 et si ces organes semblaient avoir atteint le degré de perfection nécessaire pour exercer les fonctions sans lesquelles la vie extra-utérine ne saurait se prolonger.
Kous rie terminerons pas cet article sans faire observer que , si la solution des questions relatives à la viabilité des foetus doit être basée sur l’état plus ou moins parfait de leurs organes, il importe aussi d’avoir égard à d’autres caractères que l’on pourrait appeler secondaires : 2àni,\^ tout éldcXil égal d’ailleurs, on sera d’autant plus disposé â admettre la possibilité de vivre, que la mère de fenfani' aurâ joui d’une meilleure santé pendant là grôsséSse que Taccôüchenient n’aüra pas été provoqué, qu’il se sera terminé avec facilité, que l’arrière-faix sera dans l’état naturel , etc.
Deldvmiilitédesfœtusinonstrüéüx.
'®armi les nombreuses classification s-' dés monstrüoisitésiproposées- par les auteurs^^-célleda;' docteur Breschet nous paraît la plus propre à faciliter la solution du problème qüi vamous occuper. ( article Dé-
siation,' du Dictionnaire dë Médecînê. JDes mènstrrio^ sités'y sont distribuées en quatre ordres, savoir les agénéses^ les kypergénèses , \qs diplo genèses et lés héierogénèses. ; .
PREMIER ORDRE. — Agénèses, ou déviation organique avec diminution de la force formatrice.
Premier genre. Déviation organique par absence des organes, ou défaut dans leur développement. Ce genre comprend plusieurs espèces.
Lacéphalie à& a. et de zsça).;?, tête.) On désigne ainsi la monstruosité dans laquelle il y a absence totale des parties qui composent la tête, et quelquefois même de celles qui constituent une portion du tronc ; et suivant une remarque fort importante faite par Béclard, on voit constamment manquer chez ces individus toutes les parties externes et internes qui reçoivent leurs nerfs des centrées nerveux qui siègent dans la partie du corps qui manque : ainsi, comme le cerveau , le cervelet et la moelle allongée n’existent jamais chez les acéphales, on ne trouve aucun des organes auxquels ils envoient des nerfs; et, par la même raison , plus la moelle épinière a perdu de sa longueur par en haut , plus il manque de parties supérieures du corps. En général les monstres dont nous parlons sont dépourvus de poumons, et jusqu’à ce jour on en cite à peine quelquesuns où l’on ait rencontré le cœur. Il résulte évidemment de- ce qui précède, que les acéphales ne sont pas viahles. /.
f U anencéphalie a. encéphale).
Elle consiste d’après la plupart des anatomistes dans l’absence du cerveau, du cervelet et du crâne, et plus souvent dans l’absence plus ou moins complète du cerveau et de la partie supérieure du crâne; on doit admettre aussi que chez certains anencéphales, l’exté-
rieur du crâne peut n’être le siège d’aucun vice de conformation. ( V oj. pag. 3i4-)T^^ moelle allongée existe : aussi trouve-t-oh le cou, les viscères thoraciques, les organes des sens, le pharynx, le larynx et toute la face (i). Les anencéphales ne peuvent pas être déclarés viables: toutefois ils peuvent vivre pendant quelque temps; on en a vu qui n’ont péri que vingt jours après la naissance, parce que le bulbe supérieur du prolongement rachidien , d’où naissent les nerfs qui se distribuent aux appareils digestif et respiratoire, n’était point détruit chez eux; lorsque ce bulbe est attaqué, la mort suit de près la naissance.
U hydrocéphalie congénitale. En général les liydro^ céphales ne vivent que peu de jours; il existe cependant des exemples rapportés par Goelis, Hartell, Malacarne , Loder, Michaelis , Scheider, Auri ville , Schomberg, Gall, Breschet, etc., d’individus atteints de cette maladie qui ont vécu pendant dix-sept, vingthuit , trente -un, quarante - huit et même soixantedix-neuf ans. Ces faits, en apparence contradictoires, se concilient à merveille avec les résultats fournis par l’anatomie pathologique, qui nous apprend que dans Ihydrocéphalie les altérations peuvent être rapportées à trois chefs principaux : i" l’encéphale est imparjaitement développé ^ el le plus souyenl quelquesunes des ses parties manquent; on dirait que lesrudimens de cet organe baignent dans de la sérosité : tous
(i) M. Geoffroy Saint-Hilaire comprend sous ie nom à’anencépliale les monstruosités qui sont privées de moelle médullaire tant cérébrale que spinale.
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les hydrocéphales qui meurent dans le sein maternel, à leur naissance ou peu de temps après, appartiennent à ce premier ordre; 2° l’encéphale existe dans toutes ses parties^ quoique chacune d’elles ne soit pas encore parvenue à son complément de développement; du reste cet organe, et surtout ses cavités sont distendues et aggrandies par une quantité plus ou moins considérable de liquide : dans ce cas, l’hydrocéphale peut vivre plus ou rnoins long-temps; il périra d’autant plus vite que î’au|mentation du fluide se fera plus rapidement : nul doute que chezlesindividus dont nous avons parlé, qui ont vécu de longues années, l’accumulation de la sérosité ne se soit faite très-lentement; S'’ l’espace qui sépare les membranes, contient un liquide séreux, sans qu’il y en ait dans les cavités de l’encéphalé; cet organe est compléisment développé^ ce qui démontre que l’origine de la maladie ne remonte qu’aux derniers temps de la vie fœtale, et plus souvent encore aux premières années de la vie de l’enfant : ces hydrocéphales peuvent vivre pendant plusieurs années.
3“ U absence ou l'imperfection de la face, La première de ces monstruosités est désignée sous le nom d^aprosopie (de apriv, et irpoçoTroy, face), tandis qu’on donne à l’autre le nom A' ateloprosopie ; celle-ci est moins rare que l’aprosopie; elle est souvent accompagnée d’une imperfection plus ou moins grande des os du crâne. Les fœtus atteints de ce genre de monstruosité manquent de cerveau, et doivent par conséquent être assimilés aux anencéphales sous le rapport de la viabilité.
4° L’absence des yeux, des paupières ou de Viris, ne saurait être considérée comme un motif de non viabi-
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Hté. L’absence de X-x bouche n’a lieu que lorsque la face manquej d’où il suit que les enfans atteints de ce vice de conformation ne sont point viables. L’absence des lèvres est excessivement rare et n’entraîne point par elle-même la mort du fœtus. Les enfans qui n’ont point de vivent aussi long- temps que ceux qui sont bien conformés. La langue ne manque le plus souvent que lorsqu’il y a absence de la face; toutefois le défaut de cet organe, la face étant dans son intégrité, ii’exclut point la possibilité de vivre : ce n’est que lorsqu’il y a absence ou imperfection de la face, que la mâchoire inférieure mxn(\\ie (Voy. Absence de la face.') On n’a encore observé le défaut complet de l’oreille que dans l’acéphalie vraie; s’il ne manque que l’oreille externe, l’indiyidu est viable.
5° L’absence de l’épiglotte, du pénis, du scrotum, des testicules, des vésicules séminales, de l’utérus et de ses annexes, du vagin, de quelques vertèbres, de quelques côtes, de la totalité ou d’une partie des membres , n’influe pas sensiblement sur la vie de l’individu ; il en est de même de l’absence d’un des reins ou de la vessie : on a vu, lorsque ce dernier organe manquait, les uretères s’ouvrir dans le rectum ou aboutir au vagin, ce qui obligeait l’individu à uriner souvent.
6“ L’absence de l’œsophage, de l’estomac, du foie, du cœur et des poumons, qui peut avoir lieu quoique la tête soit bien développée, malgré l’assertion contraire des auteurs , entraîne nécessairement la mort dans un court espace de temps.
y® Si les cloisons auriculaire et ventriculaire du cœur permettent le mélange du sang artériel et du sang vei-
neux, l’individu est viable; mais alors il est atteint de cyanose: c’est probablement à ce vice de conformation qu’il faut rapporter ce que les auteurs ont publié sur des cœurs uniloculaires. L’absence de la totalité ou d’une partie du diaphragme ne suffit point pour ranger l’individu parmi les êtres non vialables.
8° Nous ne parlerons pas des nains, des ragots et des crétins, qui sont tous viables, parce qu’il est très-difficile de donner des caractères qui puissent lés faire reconnaître aux premières époques de la vie.
Deuxième genre. Déviation organique avec fissure ou fente sur la ligne médiane du corps. Ce genre comprend un assez grand nombre d’espèces.
Les fœtus chez lesquels les lèvres, les os maxillaires, la langue, le voile du palais , la vessie, la verge, l’urètre , la matrice ou le vagin sont fendus à la partie moyenne , sont viables. Ceux dont le crâne est divisé à sa partie moyenne par suite de la lenteur avec laquelle l’ossification s’ést opérée, sont atteints d’un encéphalocèle qui peut guérir par les moyens compressifs, s’il est léger , et qui est presque toujours mortel , s’il est volumineux. Il en est de même pourla hernie du cervelet. Ceux qui ^oxil^^ieclés, à’ hydrorachis {spinahijîda), périssent peu de jours après la naissance, au bout de quelques mois, d’une ou de deux années. En général, plus la tumeur est élevée et volumineuse, plus la mort arrive rapidement. Des observations rapportées par Bonn, Warner, Camper et Swagermann, tendraient à faire croire que des malades atteints d hydrorachis ont vécu pendant dix , vingt, vingt-huit et même cinquanteans. Mais n’est-il pas permis d’élever des doutes sur
l’existence de l’hydrorachis chez ces malades? La division du sternum n’entraîne point la mort.
La division de l’abdomen détermine la hernie des viscères abdominaux, et peut être promptement mortelle si le déplacement est considérable. On doit rapprocher de ce vice de conformation Vexomphale ou la hernie ombilicale dans laquelle se trouvent quelquefois, non- seulement les organes abdominaux, mais encore les viscères thoraciques. Béclard a décrit un exemple de cette monstruosité, où la tumeur renfermait en outre le front et la face de l’enfant. Il est évident que ces êtres ne peuvent pas vivre, llexstrophie de la vessie n’entraîne point la mort du foetus^
Troisième genre. Déviation organique avec iraperforation.
La persistance de la membrane pupillaire, l’union des paupières, l’imperforation de la bouche, de l’anus, de l’urètre, du vagin et de la matrice, ne sauraient être regardées comme des motifs de non viabilité, à moins qu’il n’y ait oblitération de l’œsophage ou du gros intestin.
Quatnème genre. Déviation organique avec union ou confusion des parties.
Monopsiei^àA pvoç seul, et »i|; oeil). On désigne ainsi les fœtus che:?; lesquels il y a eu rapprochement ou fusion plus ou moins complète des deux yeux , par suite de l’absence totale ou partielle des parties qui composent l’apareil olfactif. Il existe plusieurs degrés de monopsie; i° les deux orbites communiquent entre elles, et chacune contient un œil distinct; 2° il n’existe qu’une cavité orbitaire dans laquelle on voit deux yeux
qui se touchent sans se confondre; 3“ les yeux sont confondus, mais on peut encore reconnaître toutes les parties qui les constituent ; 4“ d n’y a qu’un seul œil qui est ordinairement très^ volumineux. La face des monopses est presque toujours plus courte et moins large que celle des fœtus bien conformés; on ne trouve à la place du nez qu’une surface lisse qui sépare l’œil de la bouche : l’ethmoïde, les os propres du nez, les os pa> latins, les unguis et les nerfs olfactifs manquent toujours. Le cerveau est excessivement petit, ou réduit en une sorte de bouillie claire: on ne voit qu’un hémisphère cérébral. On doit assimiler ces êtres , sous le rapport de la viabilité, aux anencéphales , quoiqu’il soit avéré qu’un poulain monopse ait vécu quatre mois.
La réunion des membres abdominaux, des doigts ou des orteils, ainsi que l’inversion des extrémités des membres pelviens et thoraciques, n’est pas un motif de non viabilité.
DEUXIEME ORDRE. — Hypergénèses. Déviation organique avec augmentation de là force formatrice. Cet ordre comprend deux genres, dans lesquels viennent se ranger les géants et les fœtus dont la tête, la face, les membres sont gros, ou qui offrent plusieurs membres, plusieurs doigts, plus de vingt-quatre vertèbres ou de vingt-quatre côtes, ou de trente-deux dents, des muscles doubles, plus d’un mamelon à chaque mamelle, ou plusieurs mamelles, deux ou trois cœurs, deux duodénum, trois reins, deux vagins, deux utérus, trois oreilles, trois ou cinq yeux, etc. Tous ces fœtus sont viables.
TROISIÈME ORDRE. — Diplogénèses. Déviation organique avec réunion des germes.
Premier genre : par fusion ou par adhérence 5 ce genre renferme quatre espèces : 1° deux individus sont accolés, par quelque point de la surface de leur corps, et présentent chacun en apparence, du moins, toutes Ipurs parties distinctes. Ces foetus sont viables, comme le prouve l’histoire si généralement connue d’Hélène et Judith , qui vécurent vingt et un ans , et qui étaient unies seulement par la partie inférieure de la région lombaire. 2” Deux ou trois individus sont accolés , mais il y a eu fusion profonde et disparition de quelques-uns des membres (i) ; ainsi on ne trouve que trois bras ou trois jambes, ou quatre bras et deux membres inférieurs, ou quatre jambeset deux bras, ou bien deux bras et trois jambes ; la viabilité de ces êtres ne saurait être contestée. S" Deux individus peuvent être séparés dans leur partie supérieure et réunis dans leur partie inférieure, et, dans ce cas, il peut n’y avoir que trois membres supérieurs: ces foetus sont viables. 4° Le monstre est viable lorsqu’il est simple supérieurement, et double inférieurement; c’est-à-dire lorsqu’il offre une tête et deux corps.
Deuxième genre: par pénétration. Ce genre comprend deux espèces : 1° un des individus est en partie détruit,
(i)Fattori observa, en 1810, un fœtus dans lequel on voyait manifestement les débris de deux autres fœtus : l’existence de trois individus de l’espèce humaine réunis , qui avait été révoquée en doute par quelques auteurs , doit donc désormais être regardée comme possible.
et la portion restante fait saillie hors du corps de l’autre individu , aux dépens duquel il est nourri. Les exemples de cette nature ne sont point rares et l’on sait <jue le fœtus contenu n’est jamais viable, mais que celui qui le renferme peut vivre pendant plusieurs années. 2° Un des fœtus est totalement contenu dans l’autre, comme on peut s’en convaincre par les faits suivans : A. Bissieu s’était plaint, dès qu’il avait pu balbutier, d’une douleur au côté gaucbe qui était tuméfié ; à l’âge de treize ans , il fut pris tout à coup de fièvre : sa tumeur devint volumineuse et très-douloureuse ; il ne tarda pas à rendre par les selles des matières puriformes et fétides , et à éprouver la plupart des symptômes de la phthisie pulmonaire : peu de temps après, il rendit par les selles un peloton de poils , il mourut au bout de six semaines dans un grand état de consomption. ATouvertiire du cadavre, on vit que la tumeur était renfermée dans un kyste situé dans le mésocolon transverse , près du colon et hors des voies de la digestion. La masse qui remplissait ce kyste contenait évidemment quelques organes des sens, un cerveau, une moelle de l’épine, des nerfs, des muscles, un squelette, un cordon ombilical composé d’une artère et d’une veine; les organes de la digestion, de la respiration et de la sécrétion de l’urine et de la génération manquaient. (Bulletin delà Société de Médecine, année, pag. 4-) B. Higmore rapporte qu’un jeune homme âgé de seize ans, périt après avoir éprouvé des douleurs atroces dans l’abdomen. L’épigastre, la région ombilicale et les hypochondres étaient occupés par une tumeur de forme irrégulière, contenue dans un sac qu’envelop-
pait 1 épiploon, et dans lequel on voyait un fœtus imparfait. (Case of fœtus found in the abdomen of a young man, i8i5.) Ces observations ne sont pas les seules que nous pourrions citer : on en connaît encore quatorze autres, que le docteur A. Lacheze, d’Angers, a rassemblées avec soin dans sa dissertation inaugurale intitulée: de la Duplicité monstrueuse par inclusion (Paris, juillet iSaS), et le docteur Ollivier, d’Angers, vient d’en publier un autre exemple ( Arcbiv. gén. de Méd., 1827), dans lequel la tumeur contenant le fœtus monstrueux était adhérente au périné, et avait la grosseur d’une tête d’enfant. Ici, comme dans l’espèce précédente, le fœtus contenu na jamais été viable, tandis que celui qui le contenait l’a toujours été.
QUATRIÈME ORDRE. — Hétéro genèses. Déviation organique avec qualités étrangères du produit de la génération.
M. Breschet range dans cet ordre : i® les fœtus extra-utérins : ils ne sont pas viables; 2“ ceux qui naissent à la suite des grossesses multiples : on sait que les jumeaux sont viables lorsqu’ils sont au nombre de deux , qu’il est rare de les voir vivre quand il y en a trois , et qu’il n’y a point d’exemple qu’ils aient vécu quand ils étaient quatre^" les albinos et les cbacrelats ( albinos des nègres) : ils sont viables; 4° ceux qui sont atteints de cyanose : ils peuvent vivre ; 5“ ceux qui sont atteints de jaunisse ou de l’induration du tissu cellulaire : les uns et les autres sont viables, mais les derniers périssent souvent quelques jours après la naissance; 6® ceux dont les organes sont renversés, par
exemple, lorsque le cœur est à droite, le foie à gauche , etc. ; ils peuvent vivre en général aussi longtemps que les autres; il est pourtant des cas de déplacement du cœur dans lesquels l’enfant n’est point viable : les considérations suivantes mettront cette vérité hors de doute.
Ectopie du cœur. {^Ectopia dérivé desz, deroTroç, lieu déplacement. ) -Il existe trois genres di ectopie du cœur; 1° Y ectopie thoracique dans laquelle le cœur est déplacé tantôt sans fissure des parois thoraciques , tantôt avec fissure de ces mêmes parois, tantôt enfin avec absence de quelques pièces aux parois du thorax; a" Y ectopie abdominale dans laquelle le cœur sort de la poitrine par une ouverture du diaphragme ; 3° Y ectopie céphalique dans laquelle lé cœur est en rapport avec quelque partie de la tête (i). Les enfans dont le cœur est logé dans la cavité droite du thorax, qu’il soit , vertical ou horizontal, que sa pointe soit dirigée en bas, en haut ou en avant, sont 'viables; il en est de même lorsqu’il y a ectopie abdominale simple, c’est-à*dire,sans éventration; car il n’y a pas d’exemple de fœtus viables, lorsqu’avec une ectopie semblable, les viscères abdominaux étaient à nu, ou couverts seulement par une membrane mince. Les fœtus atteints à'ectopie thoracique avec issue du cœur par une fente du sternum ou audessus de l’appendice xyphoïde, ou éüectopie céphalique ne sont point 'viables. Pour pouvoir prononcer sur la
(i) Voyez le Mémoire sur l’ectopie de l’appareil de la circulation , etparticulièrement sur celle du cœur, par G. Breschet, 1827. ^
viabilité d’un fœtus affecté d’ectopie du cœurj dit M. Breschet , et qui serait encore vivant, ou dont le cadavre serait soumis à un examen juridique, il faudrait non-seulement tenir compte de l’âge du fœtus, mais encore de la coexistence d’autres vices de conformation. Les faits rapportés dans ce mémoire démontrent jusqu’à l’évidence qu’il est fréquent de rencontrer l’ectopie du cœur avec l’anencéphalie , la diastéracbie , etc. On a vu également les poumons être à peine dévelopr pés, l’artère pulmonaire manquer ou être imperforée, quoiqu’à l’extérieur l’apparence de l’enfant fût régulière, et toutes ces dispositions suffisent pour établir la non viabilité. On peut avancer d’une manière générale que ïectopie du cœur est rarement seule, et lors même que ce vice de conformation est à un degré peu marqué, il peut être accompagné d’une disposition vicieuse dans la structure du -cœur ou dans Torigine des gros troncs vasculaires (pag. 3i du Mémoire cité ).
RAPPORTS SUR tA VIABILITÉ DU FOETÜS,
Premier rapport. Nous soussigné, etc. Arrivé dans la chambre, on nous a présenté le cadavre d’un enfant du sexe masculin, né depuis six jours, et mort la veille. La mère nous a dit être enceinte de sept mois lorsqu’elle était accouchée, quelle n’avait jamais été malade , et que l’accouchement avait été facile; M. X, accoucheur, a également attesté que le travail avait été de courte durée et sans accident ; il croyait pouvoir attribuer la mort de l’enfant à ce qu’il aurait été imprudem-
ment exposé à l’action d’un air très-froid , trois jours après la naissance.
Nous ayons procédé à la visite et à l’ouverture du cadavre, et nous avons reconnu qu’il était long de quatorze pouces deux lignes ; qu’il pesait trois livres deux onces un gros; que la moitié du corps répondait à un pouce environ au-dessus de l’ombilic ; que le cordon ombilical était tombé depuis peu ; que la peau était rosée et recouverte d’un enduit sébacé; que les ongles étaient déjà assez consistans; que le cerveau, d’un blanc jaunâtre, n’offrait aucune trace de matière grise ; que les poumons étaient bien développés , qu’ils étaient gorgés de sang et comme hépatisés , et que néanmoins ils étaient plus légers que l’eau; que la membrane muqueuse qui les revêt, était d’un rouge vif: du reste, tous les autres organes étaient sains ; le cadavre était froid , les membres raides , et on n’apercevàit aucun signe de putréfaction.
Ces faits nous portent à conclure : que l’enfant
dont il s’agit était âgé d’environ sept mois; 2° qu’il a vécu; 3° qu’il est mort depuis peu; 4° qiie s’il est vrai que la plupart des enfans de cet âge périssent, il en est qui vivent, et que celui-ci était assez bien conformé pour qu’il fût permis de le considérer comme mable , d’autant plus que pendant trois jours il avait exercé librement ses fonctions; 5“ qu’il a succombé à une inflammation des poumons , occasionée probablement par l’action du froid. En foi dè quoi , etc.
Deuxieme rapport. Nous soussigné, etc. Arrivé dans la maison n°...., nous avons trouvé un enfant vivant , jdu sexe masculin, né la veille, que l’on nous a dit être
à terme , et que l’on supposait ne pas être viable , parce qu’il était resté pendant deux heures dans un état de mort apparente, et qu’après être parvenu à force de soins à le ranimer, il était retombé dans cet état, d’où • il avait été difficile de le retirer, Du reste, nous avons appris que la mère était primipare , que le travail avait duré trente-six heures, et qu’au moment de la naissance, la face du nouveau-né était tuméfiée et violette, et qu’on avait à peine laissé saigner le cordon ombilical avant de le lier.
Nous avons procédé à l’examen de l’enfant, et nous avons reconnu qu’il offrait le volume et la grosseur d’un fœtus à terme ; que le cordon ombilical répondait à peu près à la moitié du corps , que les cheveux et les ongles étaient bien formés, mais qu’effectivement il n’exécutait aucun mouvement, et que la respiration était suspendue; la face était rouge et tuméfiée. Après avoir détaché la double ligature du cordon ombilical , et avoir laissé écouler environ deux cuillerées de sang , nous avons remarqué de légers mouvemens dans les membres; des frictions faites sur le thorax et sur la colonne vertébrale ont bientôt amené les changemens suivans : la respiration s’est rétablie , l’enfant a poussé des cris, ses mouvemens sont devenus plus forts et plus étendus , et le sang a cessé de sortir par les vaisseaux ombilicaux. Au bout de deux heures , la face était décolorée, et .rien n’annonçait que le nouveau-né dût éprouver encore les accidens dont il vient d’être fait mention.
Il résulte de ce qii précède : i® que l’enfant soumis à notre examen est à terme; 2° qu’il est viable;
3" ijue si la vie a paru suspendue pendant quelque temps, cela doit être attribué à la durée du travail de l’accouchement, et à ce que l’enfant n’a pas été secouru convenablement; En foi de quoi, etc.
De la paternité et de la maternité.
Paternité. L’enfant conçu pendant le mariage, dit le Code civil, a pour père le mari ; cependant il est des cas prévus par les articles 3i2, 3i3, 3i4et3i5 du même Code [voyez page 256) , où la paternité peut être contestée. La législation actuelle est tellement précise à cet égard , que les magistrats prononcent facilement sur toutes les questions de ce genre, sans avoir besoin de consulter les gens de l’art , excepté lorsqu’il s’agit de constater si l’enfant est né viable, si la naissance a été tardive ou précoce. Envisagé sous le rapport médicolégal , ce problème rentre donc dans ce qui a été dit à l’occasion de la viabilité et des naissances précoces et tardives. [Voyez 12.^^ ex
Mais il est un point qui mérite de fixer un instant notre attention , parce qu’il a été quelquefois l’objet de consultations médico-légales. Une femme veuve depuis un ou deux mois se marie, quoiqu’il soit dit expressément dans l’article 228 du Code civil, qu’elle ne peut contracter un nouveau mariage que dix mois après la dissolution du mariage précédent 5 elle accouche avant la fin du dixième mois de son veuvage; on demande lequel du premier ou du second mari est le père de V enfant? n est évident , d’après la législation qui nous régit, que l’enfant peut appartenir aussi bien à l’un quli
l’autre des maris; en effet , il est légitime s’il naît entre le sixième et le dixième mois du mariage ( voyez articles 3i2, 3i3, 3i4et 3i5 du Code civil); on peut donc le regarder comme fils du premier mari , parce qu’il est né ayant la fin du dixième mois, à dater du jour de sa mort, ou le considérer comme appartenant au second mari , s’il est né après le sixième mois du second mariage.
On ne peut se dissimuler combien il est difficile de résoudre une pareille question. Admettrons-nous avec Zacchias qu’il faudra comparer l’enfant aux deux maris pour voir s’il ressemble plutôt au premier qu’au second, et déterminer si le premier mari était vieux , faible , épuisé, malade depuis lopg-temps, et par conséquent peu disposé à cohabiter avec sa femme; s’il était ou s’il n’était pas aimé de celle-ci; si rimmaturité de l’enfant est telle qu’il ne puisse pas avoir été conçu depuis longtemps , etc.? Ces considérations, prises isolément, ne permettent tout au plus que d’établir des présomptions; leur ensemble peut , dans des circonstances assez rares, changer les présomptious en probabilités ; l’âge du nouveau- né surtout doit fixer l’attention de l’homme de l’art. Supposons en effet que la veuve se soit mariée deux mois et demi après la mort du mari, et quelle accouche sept mois après le second mariage : l’enfant sera à terme s’il appartient au premier mari , tandis qu’il aura tout au plus sept mois s’il est le fruit du second mariage : or, il n’est pas- difficile de distinguer si un fœtus est à terme ou à sept mois, surtout lorsqu’il périt et que l’on peut examiner l’état des organes intérieurs:
toutefois on aurait tort à' affirmer^ d’après ce seul fait j que l’enfant appartient au premier époux, s’il est à terme , parce que la femme peut n’être devenue enceinte que quelques jours après la mort du mari. Le docteur Capuron , après avoir analysé et discuté les faits qui se rattachent à cette question , croit devoir trancher la difficulté en établissant que le mariage contracté avant l’expiration des trois cents jours ou des dix mois depuis la dissolution du précédent, doit faire attribuer l’ênfant au second mari, à moins que celui-ci ne soit autorisé par les lois en vigueur à le désavouer ( voyez l’article 3i4 du Gode civil, page aSy) ; car alors l’enfant aurait pour père le premier mari. « Nous avons cru pouvoir hasarder notre opinion sur cette question épineuse, dit ce médecin; nous n’avons point trouvé quelle ait été encore résolue par les tribunaux, et la police sévère qu’on observe relativement aux mariages fait présumer quelle ne se présentera pas de longtemps. » (Médecine légale relative à l’art des accoucbemens, page 291.)
Maternité. On peut prouver, à défaut de témoins, qu’une femme a été mère, en prouvant qu’elle a été enceinte et qu elle est accouchée ; mais il est impossible d’établir positivement qu elle est la mère d’un enfant qu’on lui attribue, ou quelle dit lui appartenir ; on ne parvient tout au plus qu’à démontrer, dans certaines circonstances , que l’accouchement a eu lieu à peu près à l’époque de la naissance de cet enfant. Cette question, comme on voit, peut être agitée, 1° lorsqu’il y a eu exposition suppression f supposition ou substitution de
part ( Voyez page 492) ; 2“ lorsqu’un individu se dit le fils d’une femme qui prétend n’être jamais accouchée ; 3“ lorsqu’enfin un aventurier se déclare le fils et l’héritier d’une personne dont le véritable fils est mort ou absent depuis plusieurs années.