‹ Leçons de médecine légaleChapitre 34 sur 35 · VINGTIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

VINGTIÈME LEÇON

SECONDE QUESTION. — Eavortement a-t-il étç naturel ou provoqué ?

L’homme de l’art ne parvient à fournir au magistrat quelques données satisfaisantes pour résoudre ce problème , qu’en examinant attentivement l’époque à laquelle l’avortement a eu lieu, les causes à l’influence desquelles la femme a été soumise, et les marques de sévice qui peuvent se trouver sur le corps du fœtus et de la mère.

Epoque a laquelle V avortement a lieu. Les femmes peuvent avorter naturellement à toutes les époques de la grossesse ; cependant l’avortement naturel est beaucoup plus fréquent pendant les deux premiers mois ; tandis que celui qui est provoqué ne s’observe guère que plus tard, comme nous l’avons déjà dit.

Causes déterminantes de l avortement. On doit les distinguer en prédisposantes et occasionelles . Les unes et les autres, prises séparément, peuvent produire l’avortement, quoique souvent celubci soit l’effet- de leur action simultanée. Les causes prédisposantes. \qs plus remarquables sont : la trop grande rigidité des fibres du corps de l’utérus , l’excessive sensibilité et la trop grande contractilité de cet organe, le relâchement du col utérin, la métrite chronique, le squirre, le carcinome, les corps fibreux, les polypes et l’bydropisie de cet organe, la présence de plusieurs fœtus, un état particuber de l’atmosphère pendant lequel les avortemens

sont épidémiques , la pléthore, le tempérament sanguin de la femme, une menstruation abondante irrégulière, une faiblesse générale produite par le défaut de'nourriture ou par toute autre cause, un état cachectique, plusieurs maladies , comme le scorbut, la syphilis, l’hystérie, les douleurs néphrétiques , etc., des vices de conformation du rachis et du bassin, une disposition héréditaire, l’habitude d’avorter, les veilles, la compression de l’abdomen par des vêtemens étroits. A ces causes il faut joindre celles qui se rapportent au produit de la conception ; ainsi la faiblesse du fœtus, ses maladies, les monstruosités, l’implantation du placenta sur le col de l’utérus , son peu d’adhérence à la surface de cet organe, son état squirreux, hydatique, anévrismatique variqueux, sa petitesse par rapport aU fœtus, son atrophie, la brièveté ou la trop grande longueur du cordon ombilical, son entortillement autour du cou ou d’un membre, ses adhérences; les tumeurs hydatiques et autres dont il peut être le siège; la ténuité de l’amnios et du chorion , l’accumulation d’un fluide séreux entre ces deux membranes ; la trop petite ou la trop grande quantité d’eau de l’amnios.

Les Causes occasiomlles sont : plusieurs maladies aiguës, et surtout l’inflammation de l’utérus et des intestins, la strangurie et les convulsions; les passions vives i l’impression des odeurs , l’asphyxie , le coït immodéré , les efforts , les secousses et les mouvemens vio-, lens : ainsi la danse , l’exercice à cheval ou en Voiture, les ris, les cris , la toux, le vomissement, etc. ; les chutes, les coups sur les lombes ou sur l’abdomen, les moüvemens convulsifs du fœtus, la rupture du cordon om-

bilicalou des membranes de l’œuf; enfin les moyens dits abortijs, que l’on peut réduire aux suivans : la saignée, surtout celle du pied, les pédiluves, les vomitifs, les purgatifs drastiques, les eraménagogues actifs, et certaines manœuvres ayant pour objet de rompre les membranes qui enveloppent le fœtus. Ces moyens , qu’il serait inutile et dangereux d’exposer en détail, parce qu’il n’est aucun médecin qui ne- les connaisse, et que la malveillance pourrait s’en emparer pour commettre de nouveaux crimes, sont loin de produire constamment l’effet qu’on en attend; ainsi, pour ce qui concerne la saignée, on sait que des femmes sont accouchées à terme, d’enfans bien portans, quoiqu’elles eussent été saignées du bras quarante-huit et même quatre-vingt-dix fois pendant la grossesse (Mauriceau); chez d’autres on a empêché l’avortement, qui était imminent, à l’aide de la même saignéè : une femme èncéinte fut saignée dix fois du pied, sans avorter, dit Mauriceau ( Observ. 644 ) ; h en fut de même d’une autre qui était tombée en apoplexie, et qui non-seulement avait été saignée plusieurs fois du bras et du pied, mais qui avait pris plusieurs vomitifs. ( Observ. aSS. ) Toutefois il faut avouer que la saignée du pied et l’application des sangsues à la vulve et aux extrémités inférieures provoquent quelquefois l’avortement , surtout lorsqu’on en fait usage à contre-temps, et que la femme est déjà affaiblie : l’observation rapportée par Baudelocque, à la page 5di du tome II, vient à l’appui de cette assertion : des àlimens de facile digestion, administrés avec prudence, dit cet auteur, calmèrent, au septième mois de la grossesse/ un travail que l’on ne 1. Sa

put rapporter qu’à la privation absolue de toute espèce de nourriture pendant plusieurs jours de suite. Les pédilwes sont encore moins actifs que les saignées du pied, et la science fourmille de faits qui attestent leur insuffisance pour déterminer l’avortement dans un trèsgrand nombre de cas. On a vu l’emploi des 'vomitifs et à.&spurgatifs\os plus âcres, déterminer chez des femmes enceintes, des superpurgations, des entérites, des péritonites , des convulsions et même la mort , sans qu’il y eût avortement : on administre, tous les jours, pendant la grossesse , des médicamens émétiques et purgatifs, parce qu’ils sont indiqués, et l’on^observe rarement l’accident que nous redoutons; cependant il ne faut pas se dissimuler que l’usage intempestif de ces moyens énergiques ait été suivi de l’avortement, chez des femmes soumises déjà à l’influence de quelquesunes des causes prédisposantes; il est même arrivé que des fausses couches ont eu lieu après l’administration d’un laxatif, tel que la manne. Tout ce qui vient d’être “dit à l’occasion des vomitifs et des purgatifs peut s’appliquer aux emménagogues , aux diurétiques y aux sudorifiques, et autres médicamens excitans : leur danger est évident dans certains cas; leur innocuité est prouvée par une foule d’exemples, parmi lesquels nous rapporterons les suivans. Une femme, que l’on ne croyait pas enceinte, est saignée à plusieurs reprises, et fait usage des purgatifs , des diurétiques et des sudorifiques les plus actifs, dans l’espoir de faire cesser une douleur sciatique des plus aiguës ; elle accouche d’un enfant robuste et à terme. {Zacchias, Quæstionum medico-legalium consilium'xxvi , pag. 4o. ) % L’huile dis-

tillée de genièvre , administrée pendant vingt jours , à la dose de cent gouttes , ne détermina point d’hémorrhagie, et n’empêcha pas la femme qui en avait fait usage d’accoucher à terme. 3* Une fille, grosse de sept mois, avala une pleine écuelle de vin dans laquelle il y avait une forte dose de sabine eiï poudre : elle éprouva des vomisseméns et fut très-incommodée pendant plus de quinze jours ; l’accouchement n’eut lieu que deux mois après. ( Fodéré ^M.éà. légale, t. IV, pag. 43o.) Les zreÆnœuvres employées pour rompre les membranes ou pour agir directement sur la matrice, telles que l’emploi de stylets ou d’autres instrumens aigus et de pessaires enduits d’onguens irritans , ne sont pas toujours faciles à pratiquer à l’époque de la grossesse où l’on cherche à détruire le fœtus; elles ne déterminent pas toujours l’avortement, et occasionent souvent les accidens les plus graves, tels que des métrites/ aiguës ou chroniques, des métrorrhagies graves, des carcinomes de l’utérus, etc.

Marques de sévices qui peuvent se trouver sur le corps de l avorton et sur les organes gérdtaux de la mère. Lorsque l’avortement a été la suite de l’introduction dans l’uîérus d’un instrument qui a blessé le produit de la conception, on peut retrouver des traces- de son action meurtrière sur le fœtus , sur les membranes et sur les organes de la génération de la femme. Les lésions que présentera l’avorton , dans le cas dont nous parlons , ayant été décrites à l’occasion de l’infanticide , nous renvoyons à la page 448. Si la femme a succombé , l’état de la matrice indiquera probablement qu’il y a eu expulsion d’un fœtus , le col et l’orifice de cet organe pour-

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ront être le siège de blessures qui annonceront l’emploi d’un instrument plus ou moins aigu.

Application de l ensemble des faits et des principes qui precedent, a la solution de la deuxierhe question. On fera sur l’avorton les mêmes recherches que dans le cas d’infanticide : ainsi on déterminera quel est son âge, s’il a vécu après la naissance, s’il est mort dans l’utérus ou au passage, à quelle époque il a été expulsé, depuis quand il est mort, s’il présente des traces non équivoques de blessures capables d’expliquer la mort, ou si celle ci ne serait pas l’effet de son immaturité ou de quelques-unes des maladies qui attaquent souvent le nouveau-né. ( Voy. Infanticide. ) Ici , on se gardera bien de confondre la rougeur de la peau des avortons de quatre mois et demi à sept mois ( Koy. pag. 5i ) avec celle qui est le résultat du séjour plus ou moins prolongé d’un foetus mort dans l’utérus : dans le premier cas, la couleur pourpre ne s’observe que dans certaines parties du corps, et elle n’est accompagnée d’aucune des lésions que l’on remarque chez les fœtus dont nous avons parlé en dernier lieu. ^

Relativement à la femme, on tiendra compte de l’époque à laquelle l’avortement a ^eu lieu, des chutes, des efforts quelle a pu faire, et des autres causes à l’influence desquelles elle dit avoir été soumise , de son tempérament , des médicamens qui ont pu lui être administrés pour rétablir le cours des menstrues, ou dans un autre but qu’on ne saurait blâmer; on établira peut, être par ce moyen que l’avortement n’a pas été criminel. Si elle dit avoir reçu des coups sur l’abdomen, sur les lombes, il faudra constater s’il y a des ecchymoses,

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si les actes de violence ont été bientôt suivis d’hémorrhagie utérine, ou bien si les causes dont nous parlons ont été assez légères pour ne pas troubler le cours de la grossesse ; on recherchera si l’avortement n’aurait pas pu être prévenu malgré l’action de ces causes , au moyen des saignées, du repos, etc. Nous lisons dans Belloc, qu’une femme après avoir éprouvé une impulsion qui l'avait jetée à terre èn pleine rue , avorta d’un fœtus mort, qui pouvait avoir environ quatre mois; mais on apprit qu’au lieu de s’être mise au litimmédiatement après l’accident , ou au moins d’être restée tranquille, elle avait fait une course de près d’une lieue pour aller chercher du bois d’un poids très -pesant quelle avait porté chez elle; que le lendemain, malgré quelques douleurs graves quelle disait éprouver aux reins, elle était encore allée à un grand quart de lieue de chez elle pour moissonner, et qu’à son arrivée elle avait été forcée de se mettre au lit, où elle était, et que les douleurs de l’accouchement s’étaient déclarées franches vers le milieu de la nuit précédente. Il est très-probable, ajoute Belloc, que si cette femme avait appelé du secours et s’était tenue tranquille, elle aurait pu éviter cet avortement. ( pag. 82. )

Si tout porte à croire que l’avortement n’est la suite d’aucune des causes indiquées dans le paragraphe précédent, on examinera si la femme n’a point caché sa grossesse; si elle ne s’est pas informée auprès de ses amies, ou des gens de l’art, de l’efficacité de certains moyens propres à provoquer des pertes ou à se faire •avorter ; si elle ne s’est point livrée sans nécessité à des exercices violens et dangereux à son état; si elle était

malade, faible, ou d’une eonstitution robuste; si elle à acheté dés drogues ou si elle les a fait acheter par des confidens; quelle en, était la dose; si elle a préparé à l’insii de tout le monde des médicamens composés plus ou moins actifs; si elle a fait usagé de pareils médicaméns sans nécessité et sans avoir consulté le médecin; si elle a caché aux personnes qui l’entouraient les douleurs qit’eile aurait pu éprouver par l’usage de ces naoyens éneCgiquës, ou bien si elle s’est plainte; si lorsque rien n’annonçait qu’elle dût être malade, elle a fait des préparàtifS qui pourraient faire Croire quelle s’attendait à l’être; si elle s’est fait saigner secrètement étà prüsieürs reprises par différens chirurgiens, sans dire quelle l’avait déjà été beaucoup de fois; si les saignées étaient indiquées, nécessaires: si elle niait avoir étéisâignéé,on chercherait sur le trajet des veines, sur la vulve et sur les cuisses , s’il n’y a point de traces récentes de l’action de la lancette ou des sangsues; bn s’attacherait aussi à reconnaître si, pour faire prendre le change, elle n’a pas caché l’hémorrhagie qui suit l’avortement, et Voulu i-apporter les symptômes qu’elle éprouve à toute autre Cause. Il existe encore une foule de considérations qui n’échapperont pas à la sagacité du magistrat, et qui permettent quelquefois, de découvrir si l’avortement a été provoqué. Nous né saurions trop recommander en terminant cet article. Combien il importe d’examiner attentivement si les médicamens que l’on regarde comme abortifs ont été conseillés ou employés dans une intention criminelle.

TROISIÈME QUESTION. — Havortement peut-il être simulé ou prétexté de la part de la femme, dans î intention de nuire à autrui, et surtout d obtenir des dommages et intérêts?

Plusieurs fois déjà les tribunaux ont été appelés à juger des causes de ce genre. Nous indiquerons, en parlant des maladies simulées , les préceptes généraux qui doivent guider le médecin cbàrgé de prononcer sur la réalité *d’une affection que l’on peut feindre: il nous suffira d’établir ici qu’il faut s’atlacber à prouver que l’avortement a eu lieu, et qu’il peut dépendre des causes alléguées par la partie plaignante.

Il est des auteurs qui , pour ^compléter Thistoire médico-légale de l’avortement, ont cru devoir examiner encore si le foetus était Dwant au moment où on a agi sur lui. <rSi les abortifs, jdisent-ils, n’avaient été mis en usage que quelques jours avant l’avortement, et si la mère soutenait qu’avant leur emploi elle ne sentait déjà plus remuer son enfant, l’humanité et la prudence nous dicteraient de ne pencher que pour l’opinion la plus favorable à l’accusée.» Nous ne saurions adopter cette manière de voir : en effet, il ne suffit pas, pour établir la mort du foetus dans l’utérus , que la femme avoue ne pas avoir senti remuer l’enfant depuis plusieurs jours j nous ajouterons qu’il n’existe aucun signe qui puisse faire reconnaître positivement si avant l’expulsion du fœtus il était vivant ou non dans l’utérus; mais lors même qu’il serait prouvé que l’avorton était raort au moment où on a agi sur lui , l’attentat n’en e^stçî;ait pas

moins, surtout si les moyens abortifs avaient été conseillés par un homme de l’art ou par toute autre personne, et qu’ils fussent de nature à exposer les jours de la mère. Quelle que soit l’indulgence dont nous croyons devoir user envers les femmes qui ne nous paraissent pas évidemment cow^dhXes^ nous nous ferons toujours un devoir d’attaquer le crime et d’empêcher qu’il ne reste impuni.

KAPPORTS SUR l’ AVORTEMENT.

Premier rapport. Nous soussigné, docteur en médecine, etc. {Foyez page 236 pour le préambule.) Arrivé dans la chambre, nous avons trouvé la dame F., âgée de vingt-deux ans, alitée, qui nous a dit avoir été maltraitée la veille, par le sieur X., qui l’avait jetée parterre, et lui avait donné deux coups de pied au ventre; quelle avait éprouvé sur-le-champ des douleurs dans la région de la matrice, et qu’au moment où elle envoyait chercher un médecin , elle avait fait une fause couche, quatre heures après la chute; elle ajouta quelle croyait être enceinte d’environ deux mois, et que dans ses deux grossesses précédentes elle avorta sans cause connue, une fois au troisième mois, et l’autre fois vers la fin du cinquième.

Nous avons procédé à la visite de la femme, et nous avons reconnu au milieu de la fesse gauche une ecchymose d’un rouge brun, grande comme une pièce de deux francs , qui paraissait avoir été faite depuis peu. L’abdomen, la face, les membres, etc., n’étaient le siège d’aucune contusion apparente. Les grandes et

les petites lèvres étaient légèrement gonflées; en introduisant le doigt dans le vagin , on voyait que l’orifice de l’utérus était dilaté et un peu souple : le volume de ce viscère paraissait plus grand que dans l’état naturel; il s’écoulait par la vulve une assez grande quantité de sang rouge en partie liquide, en partie coagulé, et la femme se plaignait de douleurs vives dans la région hypogastrique. Les mamelles semblaient dans l’état naturel; la peau était chaude et sèche, le pouls fréquent.

Le produit expulsé, de la grosseur d’un œuf, était rouge; après avoir été mis dans un vase plein d’eau et y avoir projeté à plusieurs reprises de l’eau à l’aide d’une petite seringue, pour en détacher le sang qui le colorait, il a offert les caractères suivans... ( On indique les caractères du produit de la conception à deux mois révolus. ( Foy. pag. 49- )

Nous croyons pouvoir conclure de ce qui précède , 1° que la dame F. était enceinte d’environ deux mois et demi; 2° qu’elle est accouchée depuis peu; 3“ que tout en admettant chez elle une grande disposition à avorter, il est probable que la fausse couche a été déterminée par la chute dont elle porte encore des marques , ou par les coups de pied , s’il est vrai qu’ils aient été donnés ; 4° aurait peut-êtr^^prévenu l’avorte¬

ment en employant la saignée, le repos absolu, la diète , etc. En foi de quoi , etc.

Deuxième rapport. Nous soussigné, etc., requis, etc., pour constater si l’avortement de mademoiselle^*^, âgée de dix-sept ans, était naturel ou provoqué, etc. Arrivé dans la chambre , nous avons trouvé la demoiselle ***,

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qui nous a dit être accouchée la veille sans cause connue: que l’enfant, du sexe masculin, était âgé d’environ six mois; qu’elle avait constamment évité les causes qui auraient pu déterminer une fausse couche; qu’ainsi elle ne s’était point livrée à un exercice violent , etc.; qu’elle n’avait jamais été saignée, ni fait appliquer de sangsues, ni pris de substances émétiques ou drastiques. Le commissaire de police qui nous accompagnait a cru devoir faire des recherches dans iine armoire où il a trouvé deux petits paquets contenant un mélange que nous avons reconnu être delà sabine et de la rue. La demoiselle a paru surprise de cette découverte; et nous a assuré n’avoir point fait usage de pareils médicamens.

Nous avons procédé à la visite, et nous avons constaté.... ( On indique ici l’état des parties génitales , de l’utérus, de la peau de l’abdomen, des mamelles, etc. Voyez Agcouckement , page 243-) On voyait à la surface interne des grandes lèvres, environ douze morsures triangulaires ecchymosées, annonçant d’uiie manière non équivoque qu’un nombre égal de sangsues avait été récemment appliqué ; la portion de peau correspondante à la veine médiane céphalique et à la veine saphène était le siège de cicatrices légères qui paraissaient être le résultat de saignées faites depuis peu. Du reste la fille était en proie à des douleurs intolérables dans la région hypogastrique; la peau était trèschaude et âcre, le pouls excessivement fréquent.

Le cadavre de l’enfant... (On décrit ici les caractères propres à faire connaître que le foetus est âgé de six mois environ. V oyez pag. 54.) On remarquait à la por-

tion de la peau du crâne correspondant au milieu de la suture sagittale, une ouverture large d’environ un tiers de ligne , dont le contour était ecchymose : en disséquant attentivement les parties blessées, il était aisé de reconnaître que la commissure membraneuse qui Unit les deux pariétaux ainsi que la dure-mère, avaiént été percées par le même instrument qui avait blessé la peau; le sinus longitudinal supérieur était ouvert, et l’on voyait à la surface du cerveau, et entre ses deux hémisphères, un épanchement considérable de sang , en grande partie liquide; du reste le cerveau, le cervelet et la moelle épinière n’étaient le siège d’aucune altération ; le thorax était aplati; les poumons , d’un très;-» petit volurne, de couleur rouge, n’étaient point crépitans , et se précipitaient au fond de l’eau, soit qu on les mît sür ce liquide entiers ou ^ar fragmens. Le diaphragmé était refoulé vers le thorax ; les viscères abdominaux paraissaient dans l’état naturel.

L’arrière-falx avait été soustrait.

Ces faits nous permettent de conclure, i° que mademoiselle est accouchée depuis peu ; 2° que le foetus, â^ d’environ six mois et bien constitué , est mort-né ; 3’ que tout annonce qu’il aurait pu vivre s’il avait continué à se développer ; 4” qu’il a été blessé à la suturé sagittale par un instrument piquant qui a pénétré assez avant dans l’intérléur du crâne pour ouvrir les parois du sinus longitudinal supérieur ; 5° que cette blessure a été faite pendant qu’il était encore vivant ; 6° que c’est à elle qu’il faut attribuer la mort ; 7° qu’il est excessivement prohahle que la fille dont les récits sont évidemmentmensongers, àprèsavoir essayé inutilement

(Son

de se faire avorter au moyen de la Sabine j de la rue et des saignées , aura percé ou fait percer le crâne de l’enfant pendant qu’il était encore dans l’utérus ; 8° qu’il eut été possible d’afOrmer le fait si les membranes n’eussent pas été soustraites , et que l’on eût pu reconnaître quelles avaient été lésées à la partie correspondante à la suture sagittale. En foi de quoi , etc.

De t exposition j de la suppression , de la substitution et de la supposition de part.

V exposition de part entraîne souvent la mort de l’enfant délaissé, et doit être par conséquent considérée comme un crime ; nous avons déjà fait connaître les articles du code pénal relatifs à ce sujet. {Voyez page 324.) Toutefois, lorsqu’une femme est accusée d’avoir exposé ou fait exposer l’enfant dont elle est récemment accouchée , elle peut s’excuser en disant que l’enfant était mort-né , et qu’elle a préféré l’abandonner pour ne pas compromettre sa réputation. Les tribunaux, chargés seuls de l’examen d’une foule de circonstances qui peuvent atténuer et aggraver le crime , sont intéres sés à savoir , si effectivement l’enfant dont il s’agit était mort-né; a° dans le cas où il aurait vécu, qu’elle a pu être l’influence du milieu dans lequel il a été délaissé ; 3® jusqu’à quel point le défaut de soins , d’alimens, de vêlemens, etc., a pu contribuer à le faire périr, à le mutiler ou à l’estropier. Une autre question peut encore se présenter : lorsqu’on voit tout à coup disparaître la grossesse chez une femme que l’on croyait enceinte , et que, d’une autre part, on découvre qu’un enfant a

elé abandonné, peut-on déterminer que celui-ci appartient à la femme dont il s’agit , et qu’il a été exposé par elle ou par son ordre? On s’attachera, dans ce cas difficile , à établir qu’il y a eu grossesse et accouchement ; que celui-ci est récent ou ancien, que l’époque à laquelle l’enfant est né correspond ou ne correspond pas à celle où l'accouchement a eu lieu; questions dont nous avons déjà parlé en détail , et sur lesquelles il serait inutile de revenir. Que, si tout portait à croire que la femme pourrait être la mère de l’enfant délaissé , il ne faudrait pas encore conclure que l’exposition de part a eu lieu : ce fait ne pourrait ressortir que des recherches ultérieures tentées par le magistrat.

. Suppression de pcr^.^Elle existe lorsqu’une femme soustrait l’enfant dont elle vient d’accoucher, et le cache au lieu de l’exposer sur la voie publique.

« Les coupables d’enlèvement, de recélé ou de suppression d’un enfant , de substitution d’un enfant à un autre, ou de süpposition d’un enfant à une femme qui ne sera pas accouchée , seront punis de la réclusion.

« La même peine aura lieu contre tous ceux qui, étant chargés d’un enfant, ne le. représenteront point aux personnes qui ont droit de le réclamer. » ( Code pénal , art.

Ici l’homme de l’art doit chercher à résoudre les mêmes questions que dans le cas d’exposition de part.

Supposition de part. Elle a lieu lorsqu’une femme dit être accouchée d’un enfant qu’elle n’a point porté dans son sein , ce qui a souvent pour but d’introduire un étranger dans la famille , afin de changer l’ordre de succession établi par les lois. L’homme de l’art examinera

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d’abord si la femme est accouchée, et, en cas d’affirmative , si l’accouchement est récent et si l’enfant qu’elle présente lui appartient, c’est-à-dire s’il est né à peu près à l’époque où l’accouchement a eu lieu. On a vu des femmes qui étaient accouchées deux ou trois ans auparavant , simuler la grossesse et quelques-uns des phénomènes de l’accouchement , espérant que le médecin qui serait chargé de les visiter prendrait le change et rapporterait à un accouchement récent les traces d’un accouchement ancien ^ mais il est impossible de se méprendre : comment simuler, par exemple, l’écoulement des lochies , la fièvre de lait , etc.? D’autres, qui étaient stériles , ont poussé l’audace jusqu’à supposer quelles venaient d’accoucher, tandis qu’il suffisaitde la plus légère inspection pour prouverqu’elles n’avaient jamais été mères. Il en est qui, étant accouchées plusieurs années auparavant , ont supposé un nouvel accouchement , et n’ont pu être visitées que plusieurs sèmâines après , c’est-à-dire lorsqu’il était impossible d’affirmer qu’il y avait eu ou non accouchement récent ; ce cas, plus épineux que les, autres , exigerait que l’on examinât attentivement toutes les circonstances propres à jeter quelque jour : l’accouchement a-t-il été naturel, laborieux ; la femme a- 1- elle été assistée par des gardes ou par des gens de l’art, ou bien était-elle seule; a-t-elle appelé à son secours; en un mot, y a-t-il des preuves testimoniales ; la femme est- elle âgée, était-elle réglée, le mari est-il infirme , impuissant , etc. ?

Substitution de part. On peut encore supposer qu’une femme qui vient, de perdre l’enfant dont elle était ac* couchée, ou qui accouche d’un enfant dont le sexe lui

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déplaît, le remplace par un autre. L’homme de l’art ne parvient à éclairer cette question qu’en prouvant, dans certaines circonstances, que la naissanc^de l’enfant ne répond pas à l’époque où l’accouchement a eu lieu; d’où il suit que son rapport ne peut être de quelque utilité que lorsqu’on examine la femme peu de temps après l’accouchement, c’est-à-dire lorsqu’il est encore permis déjuger à peu près le moment où il a eu lieu; Dans tout autre cas , le crime ne peut s’établir que d’après les preuves testimoniales.

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