PREMIÈRE ENFANCE
La première enfance a été subdivisée en trois époques : 1° depuis la naissance jusqu’à sept mois ; 2° depuis le septième mois jusqu’à la fin de la deuxième année; 3“ depuis le commencement de la troisième année jusqu’à la deuxième enfance.
Première époqxie : depuis la naissance jusqu’à sept
mois. On ne saurait attacher trop d’importance à reconnaître Tàge d’un enfant né depuis peu de jours j nous dirons en effet, en infanticide, qu’il suffit
quelquefois de déterminer approximativement qu’un enfant est né depuis cinq, dix, quinze ou vingt jours, pour prouver qu’il n’appartient pas à une femme que l’on accuse de l’avoir tué après l’avoir mis au monde. Or des questions de cette nature ne se présentent que trop souvent devant les tribunaux , qui , à défaut de preuves testimoniales, ne peuvent les résoudre "que d’après les rapports, des médecins : c’est ce qui nous engage à les traiter avec détail. Nous examinerons successivement les changemens qu’éprouvent le cordon ombilical, la peàu, l’épiderme, le système osseux, le canal digestif et la vessie.
Cordon ombilical. On trouve dans les auteurs de médecine légale , que l’existence du coi’don ombilical annonce que l’enfant est né depuis peu , tandis qu’on peut croire qu’il a vécu cinq jours environ , si le cordon est tombé ; que , lorsqu’il est frais , humide ,%pongieux, bien adhérent au nombril, la mort a suivi de très-près la naissance ; et qu’enfin il a jouj^pendant quelque temps de la vie, si le cordon est flétri, sec, brunâtre, détaché en partie ou en totalité , s’il y a au nombril une cicatrice complète ou un cercle rougeâtre qui suppure encore. Le cordon ombilical , étant sans contredit la partie du corps qui peut fournir les carâctères les plus propres à reconnaître l’âgè de l’individu dans la première période de la vie , on a lieu de s’étonner que son histoire n’ait pas été mieux approfondie. Nous avons tenté de remplir cette lacune en étudiant l’orgàne dont
il s’agit sur un assez grand nombre de sujets , et en engageant M. Billard , élève interne à l’hospice desEnfans trouvés , à se livrer à des travaux du même genre. ( Voyez son mémoire dans les archives générales de médecine , tome 12. ) Pour bien concevoir tout ce qui se rapporte à l’histoire médico-légale du cordon , il faut examiner sa flétrissure^ sa dessication^ sa chute ^ le cercle rouge ou travail inflammatoire , et la cicatrisation de T ombilic.
Flétrissure. La flétrissure peut être regardée comme le premier degré de la dessication ; elle arrive plus tard dans les cordons gras que dans ceux qui sont petits et minces. En général , on peut l’observer depuis le premier jusqu’au troisième jour de la naissance : ainsi sur 16 enfans dont le cordon était seulement un peu flétri, il y en avait i âgé de cinq heures, 6 d’un jour, 4 de deux jours et 4 de trois jours.
Dessication. La dessication du cordon peut commencer le premier, le deuxième et même le quatrième jour. Sur 86 enfans , il y en avait 24 chez lesquels la dessication commençait au sommet, arrivait à la moitié, ou s’étendait déjà^rès de la base du cordon ombilical: y n’avaient qu’un jour, n étaient âgés de; deux jours, 3 de trois jours, et 3 de quatre jours. — Le plus ordinairement la dessication est complète vers la fin du troisième jour ; quelquefois cependant elle est opérée. dès la fin du premier jour, c’est lorsque le cordon est très-mince, tandis que dans d’autres circonstances, elle n’est à son maximum que vers le cinquième jour; sur 86 enfans, aS offraient leur cordon entièrement secj 5 étaient âgés de deux jours, 9 de trois jours,
5 de cinq jours, 4 dç quatre jours, i d’un jour, i .d’un jour et demi.
Pendant la dessication le cordon acquiert une couleur roussâtrCj.brunej il s’aplatit, se vrille: ses vaisseaux s’oblitèrent, deviennent tortueux et se dessèchent. -T- S’il est ordinaire de voir la dessication commencer par le sommet du cordon , quelquefois .cependant elle se manifeste d’abord au niveau de la ligature, tandis que la partie du -cordon qui le dépasse reste encore molle pendant quelque temps. . /
La dessication du cordon est un phénomène vital. Les -preuves de ce fait important se tirent i° de ce que la portion du cordon qui tient au placenta , se flétrit et se pourrit comme un corps inerte , tandis que la portion abdominale de ^ce cordon , offre tous les, phénomènes de la dessication, 2° de ce que le cordon cesse de se dessécher aussitôt que la vie s’éteint , qu’il ne se dessèche pas du tout si l’enfant meurt en naissant, ou bien se trouve alors considérablement retardée; de ee que le cordon ombilical subit sur le cadavre une véritable putréfaetlon bien différente de la dessication norinale: ainsi il reste mou et flexible ; ses, vaisseaux sont assez béans pour quon puisse y faire pénétrer une injection ; il devient d’un blànc verdâtre , se fronce, à son extré.mité, se flétrit, l’épiderme se détaehef enfin il tombe en putrilage du quatrième au cinquième jour. On voit rarement le cordon ombilical d’un enfant mort-né sechér avant le cinquième ou le; sixième jour. Ces faits nous seront d’une grande utilité , plus tard, lorsque nous aurons à déterminer si l’enfant a; vécu et, je temps pendant lequelil a joui de là vie {V 9/.; 1 5®; leçon , § 2, et
17® leçon , § 4); en effet, comme le dit M. Billard j lorsqu’on examine un fœtus quelque temps après sa naissance, ou lorsqu’on en fait l’exhumation , s’il porte encore son cordon , il faut bien observer si celui-ci offre les caractères de la dessication normale, c’est-àdire, s’il est roussâtre, aplati, vrillé 3 et si ses vaisseaux sont oblitérés et desséchés ; ou bien s’il est encore mou OU dans un état de putréfaction analogue à l’état gé-^ riéral du cadavre J car dans le premier cas , l’enfant n’était pas mort-né , et pouvait avoir vécti un ou deux joui-Sj puisq^tie la dëssicatiort-, qui h’â liéu que pendant la vie, avait déjà commencé j tandis que dans l’autre cas , l’enfant pourrait être fiiort-né ou n a voir vécu que peu de temps 3 puisque le cordon ombilical , mollasse et séu-lement flétri , n’aVàit point énèôré éprouvé sa dessicàtion normale. Toutes les fois que l’on rencontrera lé cordon ombilical desséché j aplati, vrillé ét noirâtre , sur lé Cadavre d’un enfant , celui-ci a du vivre au moîné Un jour, cet état du cordon ne pouvant être Un effet cadavérique.
Chute du dorâoh ornhilicàl. Le plus ordinairement le cordon Ombilical së séparé dérabdomen dU qùatrièmé au cinquième Jour; quelquefois il tombé plus tôt ou plus tard; Sur 16 enfans Chez lesquels la chuté dè cé cordon vènait d’avoir liéUj il ÿ én avait deux âgés de deux jours, 3 de trois jours j 6 de quatre jours, 3 de cinq jOürS , i de six jours , ét i de sept jours. On né peut donc pas indiquer d’üne mémève précité, d'après Ce seul câràciiêrë , l’âge d’un enfâht nouveau né, quoiqu’il puisse Servir dans beaucoup dé cas à le faire Connaître âpproximàtivemeht.
Cerch rouge a la base du cordon^ ou travail injlammatoire. La chute du cordon ombilical n’est pas toujours précédée d’ün cercle rouge à l’ombilic, bien au contraire , les cas où l’oii remarque ce travail inflamma-/ toire sont beaucoup plus rares que ceux où on ne l’observe pas. Sur 86 enfans de différens âges, 2 5 seulement ont présenté des traces évidentes de ce travail sur le contour du bourrelet ombilical. Chez 17 de ces enfans la rougeur de l’ombilic était ac-< compagnée de tuméfaction, mais sans suppuration; chez les 8 autres il y avait, outre la rougeur et la tuméfaction, une suppuration bien établie. Ces enfans étaient âgés, savoir ; 4 d’un Jour, 9 de deux jours, 7 de tfois jours, 2 de quatre jours, 2 de cinq jours; enfin i de quinze jours, dont le cordon était tombé depuis. long-temps, et l’ombilic cicatrisé. Il suit évidemment de ce qui précède, que l’absence ou la présence d’un cercle rouge à l’ombilic ne saurait être considérée comme un caractère de. grande valeur pmir reconnaître si Tenfant est mort avant, pendant ou après l’accouchement ( i).
Cicatrisation de l ombilic. La cicatrisation de l’ombilic est complète, et ce suintement de l’ombilic est tari, dans le plus grand nombre des cas , du dixième au douzième
( 1 ) Le travail inflammatoire dont nous venons de parler, et qui senablerait devoir bâter la chute du cordon ombilical, paraît; au contraire la retarder, comme on a pu s’en convaincre en examinant les vingt-cinq enfans qui avaiest présenté des traces évidentes de ce travail.
jour. Sourent cette cicatrice est f erme'e plus tôt, et le tnôde d’implantation du cordon ombilical à l’abdomen ést une des causes du temps plus ou moins long qu’elle exige pour être achevée. Si le cordon est mince, grêle, et que le bourrelet cutané qui l’environne peu saillant et peu prononcé, se fronce déjà sur lui-mê,me, la cicatrice se fait promptement. Si, au contraire, le cordon est épais, large àsabase, et que le bourrelet cutané soit volumineux et avancé sur le cordon de trois , quatre ou six lignes, la cicatrisation se fait plus tard. On peut dire , en d’autres termes, qu’un ombilic mince correspond à un cordon grêle et que la cicatrisation a dû se terminer avant le dixième jour ; tandis qu’un ombilic très-saillant annonce <jûe le cordon était très-probaBlement épais, et dans ce cas la cicatrisation s’est opérée plutôt après qu’avant le dixième jour. - -
. Peau et chute de l’épiderme. Si la peau du cadavre est molle, unie, rose ^recouverte d’un çnduit, sébacé blanchâtre , on est porté à croire que la mort a suivi dé très-près la naissance. Si la matière qui forme cet enduit est desséchée et fanée, il est permis de supposer que le nouveau-né a été exposé pendant quelque temps à l’air. Si la peau est rude, terne, jaunâtre, sans enduit, on peut soupçonner que l’enfant a vécu pendant quelque temps. ?>ï Vépiderme tombe en desquammation, ou s’enlève par petites écailles, par fragmens membraneux , l’enfant a joui pendant quelque temps de la vie , d'après MM. Ghaussier , Gapuron , etc. Le caractère tiré de la chute de l’épiderme nous ayant paru susceptible d’êtrè mieux précisé,' nous avons engagé M. Billard à profiter dé son séjour à l’hospice des
Enfans trouvés , pour examiner tout ce qui se rapporte à l’exfoliation de répiderme.
Manière dont se fait V exfoliation de V épiderme. En s’exfoliant, l’épiderme présente des lignes ou sillons, des écailles plus ou moins larges, des lames irrégulières d’une grandeur variable, enfin une sorte de poussière. Cette exfoliation commence dans la plupart des cas par l’abdomen , puis par la basede la poitrine, les aines, les aisselles, l’espace interscapulaire, les membres , les pieds et les mains.
Les lignes #u sillons se remarquent très-fréquemment. On les voit surtout à l’abdomen, à la base de la poitrine, aux plis de l’aine et de la région inguinale, au cou, au poignet , au plis du bras, au jarret et sur le coude-pied. Ces bgnes affectent ordinairement une forme demi-circulaire ; elles sont le résultat des fissures , qui s’opèrent à la surface de l’épiderme^ elles ressemblent d’abord aux éraillures de la peau sur l’abdomen des femmes enceintes, mais bientôt elles en diffèrent en ce que les bords de ehaque fissure se soulèvent et se renversent.
Les écailles épidermiques s’observent sur les parties latérales de la poitrine , au milieu des membres , sur les épaules, entre les deux omoplates, à la paume des mains et à la plante des pieds, au front, sur les fesses, aux coudes, enfin aux extrémités des doigts. Ces écailles sont quelquefois furfuracées , d’autres fois ce sont des lamelles assez grandes; toujours elles sontiiTégulières.
L’exfoliation par lames diffère à peine de celle dont nous parlons ; elle résulte souvent de ce que l’épi-
demie vient à se soulever sur l’abdomen ou sur les membres depuis une ligne jusqu’à une autre; une large couche épidermique se détache de la peau, et l’on doit toujours considérer alors comme en pleine activité, le phénomène dont il s’agit.
Il est des sujets chez lesquels l’exfoliation de l’épiderme se fait sans la moindre apparence de lignes , ni de sillons, ni de lames. L’épiderme tombe pour ainsi dire en poussière, sans qu’il soit possible d’observer dés périodes régulières.; l’exfûliation se fait d’une manière insensible. ^
Dès que l’épiderme se soulève, le derme, apparaît audessous , rouge et humide; cette humidité, produit de la sécrétion cutanée , ne larde pas à se dessécher et à se concreter de manière à donner naissance à un nouvel épiderme, dont laformation est extrêmement prompte. Si la sécrétion dermique est trop abondante pour être aussitôt concrétée, si quelque cause s’oppose à son organisation, alors l’épiderme secondaire ne se forme pas; et il en résulte des excoriations humides dans diverses partiesdu corps , mais surtout au pli de l’aine ou de raisseUè.
Epoque à laquelle commence V exfoliaüon de V épiderme. Sur 86 enfans, l’exfohation de l’épiderme hétait pas encore commencée chez 43, tandis quelle avait.lieu chez les43autres. Parmi les43 premiers, i4 étaient âgés d^un jour, 1 1 de deux^ 9 de ù-oisy 5 de quatre^ a de cinq^
, i de neuf et r de dix. Aucun enfan t mort-né ne présentait des traces d’exfoliation naturelle de l’épiderme.
Exfoliation de V épiderme chez 43 enfans. Elle ço^rmnçedt à peine chez n d’entre eux, tandis quelle était
en pleine activité chez les Sa autres. Chez trois des onze premiers enfans , 1 epiderme n’était encore ni fendillé ni écailleux, mais il commençait à perdre çà et là et surtout à l’abdomen, son adhérence avec la peau, car eu le pinçant ou en le frottant, il semblait se mouvoir lui seul sous la pression des doi^s j il était excessivement sec et contrastait par son aspect avec les autres parties du Corps où la peau était lisse et l’épiderme parfaiteiUent tendu sur elle,* il offrait quelque ressemblance avec lés pellicules qui se forment à la surface du lait , quand il est sur le point d’entrer en ébullition. Ces enfans étaient âgés , l’un d’un jour et demi , l’autre de deux jours, et le troisième de trois. Le lendemain et les jours suivans, on voyait des lignes fendillées et des écailles nombreuses; enfin l’épiderme est tombé. — Les 8 autres enfans chez lesquels l’exfoliation était à cùmmjeneée ne présentaient que quelques lignes à l’abdomen et à la base de la poitrine ; 3 étaient âgés d’un jour, I de trois jours , i de quatre jours et 3 de deux jours; chez ces trois derniers, on voyait de légères écailles à l’aisselle, et des lignes dans le sens des plis du cou et de l’aine^
L’exfoliation était en pleine uctwîté chez 32 sujets ; un seul était âgé d’un jour, y de deux jours, 9 de trois jours, 5 de quatre jours, 6 de cinq jours, i de sept jours, 2 de neuf jours et i de quinze jours.
Époque à laquelle finit Vexfoliaüon de V épiderme. La durée du temps pendant lequel s’effectue cette exfoliation est très-variable. Elle peut se terminer au trentième, au quarantième jour et même au deuxième mois.
Elle dure bien plus long-temps chez les enfans qui tombent dans le marasme, par suite d’affections chroniques.
Différences entre Veaïfoliation naturelle de V épiderme et le soulèvement produit pur des maladies^ ou par la putréfaction. Dans l’exfoliation naturellef, la p4au a bien la coloration rosée particulière aux nouveaux-nés, mais elle est rarement enflammée ; l’épiderme, toujours sec, ne tombe pas après avoir été soulevé par un fliiide, il se fendille et se renverse en se roulant comme une coquille; si on cherche à l’enléver avec les doigts, il se brise aussitôt, et l’on ne voit pas se déchirer en même temps les connexions celluleuses et vasculaires qu’il pourrait avoir, avec le derme.
Les phlyctènes qui précèdent la gangrène, ou les bulles érysipélateuses , sont toujours accompagnées d’un épanchement sous-épidermique d’un fluide sanguinolent ou séreux, et n’existent d’ailleurs qu’au niveau des parties enflammées. Quant aux vésicules et aux pustules, leur aspect est trop tranché pour que l’on puisse les confondre avec l’exfohation.dont il s’agit.
Le soulèvement de l’épiderme, qui est le résultat de le putréfaction , est accompagné d’un état général de décomposition, propre à donner l’éveil sur la cause qui le détermine. D’ailleurs, on observe en arrachant les lames épidermiques putréfiées, des tractus ou filamens peu résistans , mais susceptibles cependant de s’allonger assez pour qu’on puisse aisément les voir , ce qui n’a pas lieu dans l’exfoliation naturelle.
Conclusions, Il résulte de ce qui précède , i® que l’exfoliation épidermique est un phénomène de la vie extra-
utérine J puisqu’on ne l’observe pas chez des fœtus au sortir de l’utérus; par conséquent lorsqu’on pourra constater quelle existe sur le cadavre d’un enfant, on conclura que ce cadavre n’est pas celui d’un enfant mort-né , pourvu que l’on évite d ans ce cas de confondre la chute -de l’épiderme par la putréfaction avec l’exfoliationnaturelle; % qu^elle commence à une époque extrêmement variable'; toutefois elle n’a jamais lieu immédiatement après la naissance, et il faut au moins qu’un jour s’écoule pour quelle se manifeste, d’où il suit que -toutes les fois qu’on verra sur le corps d’un enfant l’épiderme se fendiller et se soulever, il sera permis de soupçonner que l’enfant a au moins un jour ; 3° que c’est du troisième au cinquième jour qu’elle est dans la plus grande activité chez la plupart des enfans; 4° qu’il n’ést guère permis de rien statuer de général sur sa durée et sa terminaison, ce phénomène présentant , sous ce rapport, des variétés infinies ; 5° que dans tous les cas, avant de chercher à tirer des conséquences médico-légales de l’état de l’épidernae, il importe de reconnaître, ce qui n’est pas difficile, si l’exfoliation de la couche épidermique est naturelle , ou si elle est le résultat d’une maladie ou de la putréfaction.
Système osseux et dentaire. <Vers le cinquième mois on trouve les premiers linéanaens de l’os dans le cuboïde du tarse. L’ossification des dents de là deuxième dentition, qui sont encore contenues dans les alvéoles , commence pour les incisives et pour la première, grosse molaire entre trois et six mois.
Ganau digestif et vessie. Si Xestomac ne contient que peu de mucosités , si le gros intestin est encore
rempli de méconium, s’il y a beaucoup d’urine dans la 'Vessie^ la mort a probablement suivi de très*près la naissance; l’enfant au cbntraire sera présumé avoir vécu pendant quelque temps, si l’estomac renferme du lait ou d’autres substances alimentaires , s’il n’y a plus de méconium dans l’intestin ni d’urine dans la vessie. Voyez pour plus de détails sur le méconium la page j53> Les caractères suivans indiqués par M. Fodéré et par d’autres auteurs de médecine légale, nous paraissent tout au plus devoir être considérés comme secondaires dans la solution du problème qui nous occupe, Jusqu’au.quarantième jour , l’enfant est faible et petit ; sa tête est molle et plus ou moins penchée en avant, en arrière ou sur les côtés, suivant sa vigueur naturelle. La fontanelle antérieure est d’autant plus molle qu’il s’approche moins du quarantième jour. Ses yeux sont peu sensibles à la lumière; il ne voit ni n’entend; ses cris ont fort peu d’étendue ; la chair est moUe, le nombril saillant. Du deuxième au cinquième mois ses pleurs sont plus marqués ; sa tête est redressée ; ses traits formés ; il est plus coloré ; ses yeux cherchent la lumière nu les objets brillans ; il s’agite à l’occasion d’un bruit très-fort , le sommeil a plus de durée ; il a plus besoin de téter; enfin sa stature est plus.marquée. Du sixième au septième mois , il témoigne du plaisir à voir sa nourrice et d’autres personnes ; il porte ses doigts et tous les corps durs à la bouche'; il mâche le pain avec facilité. ( Fodéré, Médecine légale, 1. 1, p. lo.) La connaissance des maladies auxquelles l’enfant est sujet pendant cette époque de la vie, nous semble encore beaucoup moins propre à résoudre le problème que les, caractères dont
33ons venons de parler en dernier lieu; aussi ne feronsnous pas lenumération de ces affections-
Deuxième époque.. Depuis le septième mois jusqu’à la fin de la deuxième année. Cette époque est caractérisée par l’éruption des dents et par lés changemens qu’éprouve le système osseux.
Eruption des dents infantiles ou de lait, au nombre de ■ningt. Elle ^n’a lieu que lorsque la formation de leur racineest déjà assez avancée, et commence le plus souvent entre le sixième et le quatorzième mois. Il est rare que les enfans viennent au monde avec des dents; cependant on en a vu qui en avaient deux, quatre et même six à l’époque de la naissance, quelquefois aussi l’éruption n a lieu qu’au bout de deux ou trois ans, et même plus tard. Baumes dit avoir connu un homme qui n’avait jamais eu de dents. L’éruption se fait ordinairement dans \ ordre suivant; les incisives moyennes inférieures, les incisives moyennes supérieures, les incisives latérales inférieures , les incisives latérales supérieures: on a cependant vu quelquefois les incisives latérales pousser avant les moyennes ; viennént ensuite les premières molaires inférieures , les premières molaires supérieures, les canines d’en bas, celles d’en haut, les deuxièmes molaires inférieures , et enfin les deuxièmes molaires supérieures. C’est à tort que les auteurs ont indiqué la sortie des canines avant celle* des premières molaires; car si on l’observe quelquefois, le contraire a plus souvent lieu ; on voit même dans certains cas les deuxiànes molaires pousser avant les canines. H est des circonstances rares où ces dernières poussent avant les incisives ; on voit encore quelque-
fois les dents de la mâchoire supérieure sortir avant celles d’en bas ; d’autres fois les dents poussent toutes en même temps. En général il n’y a que quelques jours d’intervalle entre la sortie d’une dent d’un côté de l’os et de lædent correspondante de l’autre côté.
Les incisives paraissent au dehors entre le huitième et le douzième mois. Les premières molaires sortent entre dix-huit mois et deux ans ; les canines et les deuxièmes molaires ne tardent pas à les suivre ; ces dernières ont paru ordinairement à .deu:^ans et demi. On distinguera les. vingt dents d^ lait des dents correspondantes de la deuxième dentition aux caractères suivans : les incisives et les canines infantiles sont plus petites que les incisives et les canines de l’adulte : les premières molaires .supérieures offrent quatre tubercules à leur couronne , et leur racine a trois divisions , dont deux sont réunies entre elles ; les secondes molaires supérieures ont une couronne à cinq tubercules, leur racine présente trois divisions séparées et divergentes : les premières et les deuxièmes molaires inférieures ont une. racine à deux divisions, mais dans les deuxièmes molaires, l’une des divisions est double et offre deux trous. Les premières et les deuxièmes molaires de la seconde dentition n’ont que deux tubercules à leur couronne, ce qui leur a fait donner le nom de bicuspidées ; leur racine est simple et un peu fourchue au bout.
L’ossification „de la dent canine de la deuxième dentition commence du septième au dixième mois.
Système osseux. La partie moyenne de l’apophyse coracoïde du s’ossifie à peu près à un an; on
voit à cette tnême époque un point osseux dans le grand os et dans l’os crochu du carpe , dans les cartilages de l’extrémité inférieure de l’humérus et du cubitus, dans les têtes du fémur et de l’humérus, dans le cartilage supérieur du tibia , dans l’os cunéiforme du tarse, dans la deuxième vertèbre du coccyx. Les lames des vertèbres sont unies entre elles, de manière que les deux masses apophysaires forment un seul arc postérieur, ex’cepté dans les deux premières vertèbres du cou, dans les lombaires et dans celles du sacrum. A deux dns^ on découvre un petit point osseux dans le cartilage inférieur du radius , au milieu du cartilage de l’extrémité inférieure du tibia et du péroné; on voit aussi le noyau osseux qui doit former le bord externe dè la poulie de Thumérus. {Béclard, Mémoire sur rostéogénie, dans le Nouveau Journal de médecine, année 1819.)
Nous rejeteroris, comme caractères delà période dé la vie dont nous parlons, les maladies auxquelles l’enfant est exposé, et noujs n’attacherons qu’une médiocre importance à des phénomènes d’un autre genre mentionnés par les auteurs, et que nous allons faire connaire : à wn , l’enfant commence à articuler des sons; il est jaloux de sa nourrice; il n’éprouve plus ce rnouvement semblable au hoquet qu’il avait souvent dans les premiers mois; il commence à pouvoir retenir ses excrémens ; il balbutie des mots ; les mouvemens sont plus sûrs et la progression moins chancelante.
Troisième époque : depuis deux ans jusqu’à sept. Eruption et ossification d autres dents. Les troisièmes dents môlaires paraissent entre quatre et cinq ans; elles ne doivent pas tomber avec lès dents de lait. L’os-
sîfîcation des deux petites molaires de la seconde tition commence dès l’âge de trois ans , et celle de la scr coude grosse molaire six mois après.
Chute des vingt dents de lait. Ces dents tombent ordinairement vers l’âge de sept ans et sont remplacées par d’autres 5 leur ebute se fait à peu près dans le même ordre que l’éruption; toutefois elle n’est complète qu’au bout de plusieurs années; ainsi l’on remarque souvent que la première, la deuxième molaire et la canine, *06 sont ]^as encore tombées à l’âge de douze ou de treize ans. Presque toujours les racines des dents sont dé-? truites en partie ou en totalité, au moment de la chute; la couronne est aussi très- sensiblement usée à la surface libre. On peut tirer de l’usure plus ou moins grande des racines des dents , dea caractères assez importans pour apprécier approximativement l’âge dans cette période de la vie. Ce que nous venons de dire de la chute des dents de lait , n’est pas tellement constant qu’il ,>n’y ait point d’exceptions ; M. Duval a rencontré les deux incisives moyennes infdntiles de la mâchoire inférieure , chez deux personnes de "quarante ans ; elles étaient un peu plus jaunes et un peu plus courtes que celles qui avaient été rem^ placées. M, Murat a vu un jeune homme de dix-sépt ans , qui n’avait perdu que cinq dents de lait.
Système osseux. A deux ans et demi^ on remarque un point d’ossification dans la grande tubérosité de la tête de l’humérus, dans la rotule, dans l’extrémité inférieure des quatre derniers os du métacarpe. Les masses apophysaires de la première et de la deuxième vertèbres cervicales^ des dernières lombaires et des inférieures
du sacrum, sont unies entre elles, A trois ans le trochanter et l’os pyramidal du carpe commencent à s’ossifier. A quatre ans , il existe 41n noyau osseux dans le deuxième et le troisième os cunéiformes du tarse. A quatre ans et demi, la petite tubérosité de la tête de l’humérus et le cartilage supérieur du péroné présentent un point d’ossification; les masses apophysaires des vertèbres «ont assez unies entré elles pour compléter l’arc postérieur. Le trapèze, l’os lunaire du carpe et le scaphoïde du tarse, offrent un noyau osseux à cinq ans. A six ans, la branche descendante du pubis et la branche ascendante de l’ischium se rencontrent. A sept ans, il existe une épiphyse pour l’épitrochlée de l’humérus, et une épiphyse mince dans l’extrémité supérieure des phalangines des doigts.
11 nous semble inutile d’ajouter que pendant cette période de la vie les sens se perfectionnent successive ment, les membres reçoivent des formes plus prononcées , etc, ; des caractères de cette nature, outre qu’ils sont connus de tout -le monde, ne présentent pas assez de précision pour déterminer l’âge d’un enfant à deux ou trois ans près.
DEUXIÈME ESFANCE.
La deuxième enfance commence avec la huitième année et finit à douze ans pour les filles et à quinze ans pour les garçons , c’est-à-dire à l’époque de la puberté. C’est particulièrement dans les premiers temps de cette période que se fait la chute des dents de lait, dont nous avons fait mention à la page 82. Les qua-
trièmes molaires paraissent entre la huitième etla neuvième année; elles ne doivent pas tomber avec les dents de lait. L’ossificationide la.cinquième molaire (dent de sagesse) commence vers dix ans. Les incisives, les canines, la première .et la deuxième ' molaires de la deuxième dentition , sortent depuis sept jusqu'à dix ou onze ans , après la chute des dents de lait quelles rem^ placent; ordinairement la èanine ne pousse qu’après les deux molaires.
Système osseux. A huit ans, on voit un point osseux dans le scaphoïde du carpe; entre huit et neuf ans, il en existe un très-mince dans le cartilage' supérieur du radius.A neuf ans, on en aperçoit un dans le trapézoïde du carpe, et les trois points primitifs de Vos coxai (l’ir lium, l’ischium et le pubis ) se rencontrent vers le fond de la cavité cotyloïde. A dix ans, \è cartilage qui surmonte l’olécrâne offre un point osseux. Le pisiforme du carpe commence à s’ossifier à douze ans , époque à laquelle on voit aussi un point osseux dans le bordinr terne de la poulie de l’humérus. A treize ans,\QS trois portions de l’os coxai peuvent encore être séparées , mais bientôt après elles se confondent ; il y a un point ossifié dans la petite tubérosité de la tête du fémur : le col de cet os est également ossifié. Les cartilages du larynx ne tardent pas à devenir osseux, le cricoïde et le thyroïde d’abord , puis les aryténoïdiens.
Est-il nécessaire de faire remarquer que pendant cette période de la vie les facultés intellectuelles , et surtout la mémoire acquièrent un grand développe-ment ; que les os deviennent plus compactes , et qoe le corps prend son accroissement en longueur?
ABOLESCENCE.
L’adolescence comprend l’espace qui sépare la douzième année de la vingt-unième chez les femmes, et la quinzième de la vingt- cinquième chez les hommes. Elle s’annonce chez ces derniers par le développement des organes génitaux , la sécrétion du sperme, l’agrandissement du thorax, la force de la voix, qui jusqu’alors avait été grêle et qui devient grave et sonore; le pubis , les aines et les aisselles se recouvrent de poils, la barbe paraît quelque temps après. Chez la femme on observe que les mamelles se développent , qué la menstruation s’établit , que' le pubis et les aisselles se recouvrent également de poils; les changemens de la voix sont moins sensibles que chez l’homme. Cette époque a été subdivisée par Zacchias en trois périodes , qu’il a désignées sous les noms de puberté comment çante^ de puberté entière de puberté achevée.
La cinquième molaire (dent de sagesse) paraît ordinairement à dix-huit, vingt ou vingt-cinq ans; toutefois il y a des exemples d’éruption beaucoup plus tardive , puisqu’Hamilton rapporte qu’un homme- mourut à l’âge de quatre-vingts ans , par suite de ce travail. Le • système osseux éprouve des changemens notables pendant cette époque. A quinze ans , l’apophyse coracoïde de l’omoplate s’unit à cet os au-dessus de la cavité glénoïde , et l’on aperçoit déjà à son sommet plusieurs points osseux irréguliers. Entre la quinzième et la seizième année, l’épiphyse de l’apophyse olécrane se soude au reste de Vos. A seize ans, on voit des épiphyses dans le cartilage qui forme le pourtour de Vos coxal : Vépiçpn-
dyle de l’humérus offre un point osseux. Entre la seizième et la dix-septième année, les cinq épiphyses des phalangettes des orteils se réunissent à l’os : il en est de même à dix-sept ans pour les, épiphyses postérieures des phalangines des orteils, k' dix-huit ans, l’épitrochlée, les trois épiphyses de l’extrémité supérieure du fémur, les épiphyses des extrémités postérieures des phalanges des orteils" et des extrémités supérieures des phalangines des doigts se réunissent au corps des os. De dix-huit à dix-neuf ans , les épiphyses des extrémités antérieures des quatre derniers os métatarsiens se confondent avec le corps de Tos; il en est de même à dix-neuf dns, pOur l’épiphyse supérieure du premier bs métacarpien, et pour les épiphyses des extrémités supérieures des phalanges des doigts. De dix-neuf à vingt ans , les épiphyses des extrémités inférieures des quatre derniers oS métacarpiens se réunissent aux os. k 'vingt ans, il y à une épiphyse mince à l’extrémité sternale de la clavicule; les deux épiphyses supérieure et inférieure du péroné sè réunissent à l’os; il en est de même après vingt ans pour l’épiphÿse inférieure du fémur. A vingtcinq ans , l’épiphyse de l’extrémité sternale de la clavi- * cule et la crête de l’ilium se confondent avec le corps de ces os.
On objectera saris doute que les caractères fournis par l’ostéogénie offrent l’inconvénient de n4 pouvoir être Constatés qu’après la rhoit; mais nous observerons que dans la plupart des cas Ou le médecin est obligé de résoudre une question relative à l’âge , findividii n’est plus vivaiit. Peut-être demandera-t-on aussi si nous prétendons que les changemens éprouvés par
les os arrivent constamment aux époques indiquées dans cet article. Assurément non , il est impossible que la nature ne présente pas dés variétés à cet égard, mais il suffit que , dans le plus grand nombre de cas , ces changements soient tels que nous les avons décrits d’après Béclard , pour devoir attirer l’attention des médecins.