‹ Lecons de métaphysique de KantChapitre 19 sur 37 · S IV · texte numérisé non relu

S IV

ABIGUT, PLÂTNER, SCUULZE.

Aussi haut que remonte l'histoire de la philo- Sophie y toujours le scepticisme apparaft en op-

position au dogmatisme^ et se proclame comme la seule métaphysique possible et certaine. Or^ de la même manière gue les systèmes dogmatiques ^ depuis les Grecs ^ ont varié sans fin quant à leur fondement et à leur forme scientifique^ quoiqu'ils aient un point central commun dans le fait du dogmcUisme relatif à un rapport de causation entre le<^ choses en soi et les phénomènes | de même le scepticisme a aussi pour chaque époque sa couleur^ sa forme^ et sa manière de se produire extérieurement^ par opposition aux systèmes dogmatiques dominants^ ou qui cherchaient à dominer en se donnant comme apodictiques.Dès-lors9 il est nécessaire que le scepticisme de Hume y destiné à combattre le dogmatisme de Locke ^ soit différent de celui de Pyrrhon et de Sextus; de mème^le scepticisme qui s'est élevé contre le criticisme^ l'idéalisme et le système de l'identité^ doit différer dex^elui de Hume^ et ainsi de suite.

Le scepticisme ancien et le moderne ne se rencontrent qu'en un signe caractéristique : c'est que^ par opposition aux systèmes dogmatiques^ qui veulent démontrer le rapport qui existe entre le subjectif et l'objectif, ils renoncent , au contraire, à toute explication et démonstration de ce rapport. C'est pour cette raison qu'ils s'accordent plal5t avec le criticisme qu'avec aucun au-

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tre système de philosophie^^ le criticisme proclamant aussi le rapport de caasation entre le subjecltf et l'objectif comme inexplicable et împozùhle, tandis que Fichte^ Schelling^ Bardili, etc. y établissent ce rapport de causation dogmatique^ ment (c'est-à-di|e apodictiquement par une démonstration apparente), et que Jacobi Tadmet à la vérité sans démonstration^ mais cependant comme incontestable; en se fondant sur le sentiment immédiat Mais toujours le scepticisme reste individuel ^ et c'est par cette raison qu'il ne peut jamais être question d'un système ou d'une école de scepticisme, comme il y a un système et une école de Wolff, de Kant y de Fichte, de Schelling, etc. Car le caractère individuel du scepticisme consiste en deux points : d'abord à combattre chaque système qui domine 5 ensuite à établir ce dont le sceptique est lui-même persuadé subjectivement, et qui constitue par conséquent son système philosophique individuel. Telle est aussr la raison pour laquelle les penseurs qui, dans les temps modernes mêmes, se sont déclarés sceptiques , ne se rencontrent en définitive que dans un fort petit nombre de points , et polir laquelle chacun d'eux fait *sa route à part,. suivant son caractère sceptiqfte individuel. Aussi, à une époque quelconque, le nombre des sceptique^ est beaucoup plus petit que le nombre des dogma*

tiques 3 de la même manière qu'en politique^ l'opposition est en général plus faible que le parti ministériel. Du reste, il ne faut jamais oublier que le doute universel^ qu'une téméraire négation et une renonciation à la connaissance sans fondement^ ne forme pas le principal carac* tère du scepticisme.

Mais^ quelque différents les uns des autres que puissent être les sceptiques les plus modernes^ c'est-à-dire ceux qui ont paru depuis l'établissement et la propagation du criticisme et des systèmes philosophiques qui en dépendent^ quelque originales et diverses que puissent être leurs opinions et leurs convictions individuelles ^ tous cependant devaient s'accorder sur les trois points suivants :

1^ L'homme^ par a constitution primitive de son être, est forcé de suivre ses représentations y qui sont totalement subjectives. Toute conviction philosophique est par conséquent purement subjective, et ne peut jamais jpr^fem/re à une valeur objective.

a^ L'homme, d'après ses représentations subjectives, ne peut jamais dépasser la conscience, parce que ce qui est extérieur à la conscience = x. Le cercle entier de sa connaissance philosophique est donc renfermé dans le développement et Texposition de la sphère entière de la conscience.

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Mais la manière dont ce développement s'opère , forme le système individuel de T investigateur sceptique.

3° Toutes les représentations humaines sont purement subjectives^ et Thomme ne peut jamais sortir^e sa conscience 3 et le rapport entre le subjectif et l'objectif ^ qui se révèle dans la conscience , ne peut être expliqué dans ses derniers principes^ loin qu'un lien de causïition puisse être démontré entre l'un et l'autre j mais ce rapport doit plutôt reposer sur sa parfaite inexpUcO' bilité.

Il serait trop long de faire connaître ici tous les sceptiques de notre époque: nous nous contenterons de mentionner Abichtj remarquable par sa sagacité dans V Examen de la Critique de la Raison spéculative ( 2® part^ 1799 )y et dans son Encyclo- , pédie de la Philosophie (180/1)^ et de dire un mot de Platner (mort en 1818), et enfin de Schulze. Platner fut d'abord éclectique, et inclinait trèsfort au système de Leibnitz et de Wolff j plus tard^ quand lecriticisme eut paru^ille combattit com-^ me sceptique, mais avec modération; et, assez familiarisé avec le scepticisme des anciens, il saisit le Caractère fondamental du scepticisme avec plus de bonheur qu'il n'en eut en essayant de l'approfondir, particulièrement dans sa métaphysique, où il laisse subsister la plupart des

aphorismes de Tancienne édition {Aphorismes^ PhUoiophiqfAes j nouv. édit.^ 17^3; et Manuel de Logique et de^ Métaphysique, 1795).

Le scepticisme de Platner reposait sur les propositions suivantes : Toutes les représentations humaines n'ont pas l'air d'être autre ^d^ que des rapports j il n^y a donc pas de raison dé les reconnaître comme objectivement vraies. Seule-

ment nous Aommes sûrs d'une certitude parfaite de l'existence de nos représentations y tant des représentations des sens et de l'imagination ^ que des représentations de la raison. Si ces représentations des deux espèces ont un degré invariable de force ^ alors ^ conformément à notre nature y nous sommes persuadés de leur vérité objective^ c'est-à-dire que nous sommes forcés de • penser qu'elles ont un objet, quoiqu'il ne puisse être démontré que cette objectivité est réellement o6jeclive plutôt que subjective^ parce que nous ne pouvons jamais passer de nos représentations aux objets ; ni confondre les représentations avec les objets : par conséquent les objets de la connaissance sensible et les principes de la connaissance sursen^ 9ible sont complètement inconnus. Mais si nous admettons la réalité du monde matériel et la vérité de toutes les espèces de raisonnement fondés sur la nature de la faculté de connaître ^ ce n'est pas parce que nous voulons les admettre afin d'avoir

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quelque chose à quoi nous puissions nous attacher , mais parce que nous devons les admettre en vertu de notre nature que nous ne pouvons changer. Le sceptique ne prétend par conséquent pas^ comme le critique^ déterminer les limites de la faculté de connaître ^ car le criticisme der vient par-là dogmatique 3 ni en affirmer la nullité^ du moins sans critique préalable de la faculté de connaître : il n'affirme donc rien y ne dit ni oui, ni non; il ne dit pas même qu'on ne peut rien savoir ^ ou que toute connaissance est pure* ment subjective. 11 n'a pas pour but de valoir universellement ou de former un système ) il ne dérive pas ses opinions de principes apodic tiques^ mais* il tes justifie du point de vw individuel sous lequel la faculté de connaître se présente à lui \ C'est pourquoi le caractère philosophique de son scepticisme n'est pas quelque chose de fluctuant^ d'incertain entre des opinions opposées ; c est une opinion impartiale^ parmi toutes les opinions^ répandues dans le monde 3 c'est un calme d'esprit inébranlable (ataraxie), qui contemple tranquillement le drame des systèmes philosophiques^.

^ L'éditeur ge rappelle à ce sujet que Platner, en 1795^ écrivait dans son Album la sentence suivante, entièrement dans l'esprit des vues précédentes: Toute la 9age$$e hm-^ maine n'est rief^; le recoMMitre ^t seul quelque choêe^

mais avec la disposition d'y reconnaître comme tel tout ce que l'homme par sa nature^ c'està-dire suivant le caractère de sa faculté cognitive , doit admettre comme vrai. Il reconnaît dès-lors en cela une validité parfaite aux preuves fondamentales de Yhistoirej de la philosophie et de la religionj en tant qu'elles peuvent présenter la foi à la chose prouvée comme une conséquence de la façon de penser de la nature humaine^ et parce que la moralité est entièrement contenue dans la conscience de l'homme ; et qu'il ne s'agit pas ici d'un objet dans le sens propre. Il croit donc intimement à son existence et à la force obligatoire de sa loi.

Le scepticisme du professeur Gottlob-Ernest Schulze prit une autre forme. Dans son Eîiésidhne , il se déclara l'adversaire de la philosophie élémej^ire deReinholdjmais son principal ouvrage fut sa Critique rfa la Philosophie Théoré tique (en deux part., 1801), à laquelle il faut comparer ses écrits antérieurs , l'Encyclopédie des Sciences Philosophiques ( 181 H et 1818 ), et particulièrement la préface de la seconde édition de TEncyclopédie , à cause de l'explication sur la Critique de la Philosophie théçrétiqucy et de son point de vue du scepticisme. Dans la Critique de la Philosophie Théorétique, il a en vue l'opposition du scepticisme contre le dogmatisme et le criticisme : lui-

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même appelait sa manière de penser anti-dogmatisme.ll attaque dans son système critique ^ avec des armes redoutables^ tout ce qu'il y trouve encore de dogmatisme. Les principales propositions de son scepticisme sont les suivantes : Notre savoir ne peut s'étendre aux choses qui sont en 8ehors de la conscience : car on ne peut rien savoir^ en dehors de la sphère de la conscience^ des principes de V eooisience des choses ou de notre connaissance de cette existence. Par conséquent^ aucun principe sursensibie supérieur des choses ne peut être établi dans le monde ni dans la connaissance que nous en avons j quoiqu'on ne puisse nier que nous ne possédions des connaissances des objets , que ces objets ne soient déterminés d'une manière ou d'une autre quant à la connaissance que nous en avons ^ ou qu'il n'y ait un monde sensible doué de diverses propriétés. La philosophie ne peiU donc avoir de principes absolument vrais et derniers, et ce que la spéculation croit avoir reconnu des principes suprêmes de ce qui est donné dans Texpérience externe^ consiste simplement dans des concepts , parce que ni l'entendement, ni la raison^ ne peuvent représenter quelque chose de conforme à la réalité. Ce que la philosophie de l'école dit de l'origine des connaissances n'est par conséquent qu'un jeu d'idées vaines 5 et I9 véritable sagesse philoso- .

phique dont rhomme est capable relativement à la connaissance^ consiste à apprendre Vinintellir gibilité de son origine j à ne pas se perdre d'une manière extravagante en sortant de soi-même^ à n'imaginer et à ne chercher aucun point de vue surhumain d'où l'on doive ensuite pouvoir observer toute origine; mais plutôt à restreindre soiî désir de savoir^ à rechercher les parties constitutives de nos connaissances , leurs différences > et les lois suivant lesquelles se détermine le rapport de la conviction aux diverses espèces de connaissances. Le sceptique ne combat donc rien absolument de ce qui est immédiatement donné dans la conscience ^ rien de ce qui est présent j actuel ; il sst, suivant Schulze y de la constitution de la nature humaine de reconnattre la matière de la conscience pour ce qu^elle estj et de régler son action en con-téquence.

En s'attachant ainsi fermement à ce qui est donné immédiatement dans la conscience j le scepticisme de Schulze prend un caractère particulier^ puisque ce philosophe obtient ainsi ^ pour son opinion individuelle^ un point d'appui solide^ dont il part pour traiter de la plupart des sciences philosophiques^ particulièrement du droite de la morale, de la psychologie et de la logique. Ce point d'appui est en même temps la mesure des bornes en deçà desquelles Vaffirmation du sceptique^ qu'il

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n'y a pas de philosophie qui puisse ecdoir umoersellement , reste une vérité.

Si maintenant nous voulons embrasser d'un seul coup d'œil y en finissant cette revue y le résultat total des changements et des progrès survenus dans la métaphysique en Allemagne depuis Kant^ nous trouvons qu'il se réduit à ce qui va suivre. Toute véritable philosophie doit partir de la conscience^ et du dualisme des capacités et des facultés humaines qui s'y rencontrent^ ainsi que de la légitimité primitive de l'esprit humain par rapport à la triple faculté intellectuelle^ sensible et active^ et suivre dans les sciences phi- * losophiques particulières les représentations garanties par la conscience^ et par conséquent nécessaires par rapport au corps et à l'esprit entre l'objectif et le subjectif. Mais pour ce qui est de la question métaphysique principale relativement à l'objectif et au subjectif^ elle doit^ après une critique scrupuleuse sur les trois foh mités de l'esprit^ et non pas seulement sur là faculté de connaître^ finir par cette proposition : On ne saurait affirmer ni nier si et comment^ relativement au premier acte de lactivité libre qui est per^ dans la conscience^ l'essence de l'homme est ou un fualisme primitif^ ou une unité absolue 5 et si en général U y a un subjectif réel et un objectif réel ^ différents de la manifesta-

en INTRODUCTION

Ifon du mbjectifet de V objectif dam la conscience. Elle tient donc pour également dogmatique d'affirmer : ou qu'il y a un rapport de causation entre le subjectif et l'objectif 5 ou que le subjectif sort tout entier de l'objectif (matérialisme); ou que l'objectif n'est qu'un simple produit du subjectif (idéalisme); ou que le subjectif et l'objectif sont identiques dans l'absolu; ou que l'identité absolue est la manifestation de Dieu dans la nature. Elle ne considère les bases philosophiques du criticisme^ du synthétisme et du scepticisme que comme pouvant servir à une philosophie propre à une époque, quoiqu'elle ne regarde pas même comme dogmatique cette affirmation du criticisme : que les choses en soi et les phénomènes existent indéterminément^ et que ces deux sortes de choses sont essentiellement différentes les unes des autres^ parce qu'en effet ceci n'est point un fait de conscience. Du reste^ elle s'accorde avec le criticisme sur ce résultat : que le rapport entre le subjectif et l'objectif doit reposer sur son inexplicabilité j que cette inexplicabilité ne peut être ni démontrée^ ni contredite ; mais qu'elle ne nuit point à l'avancement de l'homme dans la connaissance du vrai et dans la pratique du bien moral ^ et n'eApèche point la forme systématique des sciences philosophiques particulières, parce qu'il n'est pas nécessaire, ni

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dans l'une ni dans l'autre, de s'élever à quelque chose d'antérieur à la conscience, dans la sphère dn transcendant, mais seulement de s'attacher à la conscience et au développement dont elle est le théâtre. v

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