‹ Lecons de métaphysique de KantChapitre 18 sur 37 · III · texte numérisé non relu

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KaUG R JACOBI.

Egalement éloigné des deux extrêmes^ du matérialisme et de l'idéalisme^ et à plus forte raison des degrés de Tidéalisme auxquels avaient cherché à s'élever Schelling et Bardili dans la philosophie de Tidentité et dans le réalisme rationnel^ Ktug est resté fermement attaché à Veêprit du criticisme; cependant il a essayé de lui donner un nouveau point d'appui^ qui fût une base systématique ferme ^ et qui garantit sa position scientifique à l'égard du matérialisme et de l'idéalisme. Krug a cherché à donner cette nouvelle forme au criticisme , surtout dans les écrits suivants : De la Méthode de philosopher, et des Systèmes de Philosophie; Philosophie fondamentale (ZuUich. y 1803^ 1819); Manuel de la JPAOosophie etdsla Littérature Philosophique (2 parties, Leips., 1820). U appelle son système synthétisme. Les principaux caractères de ce système sont les suivants : En tant que notre conscience est un état déterminé^ il y a dans le moi une existence dé-

QG INTRODUCTION

terminée noie à un savoir déterminé. — Cette coïncidence de détermination arrive toujours dans une série de moments déterminés : en sorte que d'autres liaisons de même espèce tantôt la précèdent^ tantôt la suivent j et toute notre expérience résulte d'une infinité de synthèses de cette nature. C'est pourquoi cette liaison expérimentale régulière de l'existence et du savoir s'appelle synthèse empirique (synthesis a posteriori )• Mais toute st/nthèse empirique suppose une synthèse transcendent(Ue (synthesis a priori)^ c'està-dire une liaison primitive de l'être et du con** naître dans le moi^ par laquelle la conscience même est d'abord constituée. Cette liaison^ en tant qu'elle précède tout fait de conscience particulier et lui sert de condition^ peut aussi s'appeler fait primitif de conscience. La synthèse transcendentale est absolument ineaoplicable et insaii^ êissable : car^ pour l'expliquer et la comprendre^ la conscience devrait sortir d'elle-même, et faire voir sa propre origine dans la succession , ce qui est impossible^ parce qu'on ne peut avoir aucune conscience avant la conscience y et que toute syn* thèse empirique revient toujours à la synthèse transcendentale comme à sa condition primitive. Cette synthèse transcendentale doit être reconnue comme le point limite de la phUosophie ^ audelà duquel la philosophie se perd dans le vide

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(domaine de la non-oonscience), et devient superflue ( transcendante). — De là tous les systèmes de philosophie possibles* On peut appeler Texistence^ ou ce qui est^ le réel; et le savoir^ ou la représentation de ce qui est, Vidéal. D*où résulte la question : Quel eit le rapport reêpectifdê Vidéal et du réel? Ou bien Tun est posé dans et par Tautre , en sorte que Ton dérive Tun de Tautre (soit l'idéal du réel, ce qui donne le matérùh li»me; soit le réel de l'idéal, ce qui donne Vidéa- Usffne); ou bien tous deux wniposés primitivement et liés l'un à Tautre, en sorte qu'aucune dérivation de l'un par rapport à l'autre n'est possible, ce qui constitue le s^jnthéUsme. Mais le réalisme est impuissant à faire voir comment l'idéal sort du réel , de même que l'idéalisme ne peut déduire le réel de l'idéal : car celui qui pose le réel comme primitif ou premier, admet proprement un réel sons un idéal. Mais le réel sans l'idéal serait simple matière ou masie corporelle j dans laquelle ne se rencontre aucune trace de représentation et de conscience. Le réalisme est par conséquent matérialiême. Celui, au contraire, qui pose l'Idéal comme ce qu'il y a de primitif ou de premier, admet proprement un idéal sans unréel: car celui-ci doit provenir d'abord de celui-là, et il s'agit de savoir comment et par quoi le subjectif acquiert son rapport objectif. Mais l'idéal sans le

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réel ne serait rien au fond; parce que si Ton fait abstraction de toute réalité , il ne reste ni sujet réel) ni objet réel des représentations et de la conscience. L'idéalisme est donc un véritable nihili$me. Le réalisme est aussi arbitraire que l'idéalisme^ parce qu'il pose le réel de la même manière que l'idéalisme pose l'idéal comme la seule chose primitive. Les deux systèmes sont donc tramcendanUy puisqu'ils font disparaître l'union primitive du réel et de l'idéal, et dépassent ainsi les bornes de la philosophie : ils sont donc hors d'é- . tat de dériver réellement l'un de l'autre^ ce qu'ils . devraient faire cependant s'ils voulaient résoudre leur problème. Le philosophe ne doit donc pas chercher à dériver l'idéal du réel^ ni le réel de l'idéal: il doit les considérer tous deux comme posés et unis primitiveinent j par conséquent reconnaître la synthèse transcendentale comme la limite absolue de la philosophie. Un système conçu d'après ce point de vue supérieur s'appelle donc synthétisnie transcendentale et est aux deux précédents comme la synthèse à la thèse et à l'antithèse. — Mais si l'être et le savoir^ le réel et ridéal^ sont primitivement, ni Tun ni l'autre n'a donc la priorité 3 et ni la conviction où est l'homme de sa propre existence^ ni celle qu'il a de V existence des autres choses hors de lui, ni en6n la conviction du comuneree ou de la relation qui a

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Rea entre lui et les autres choses y relation par laquelle Tun révèle son existence à l'autre immédiatement ^ ne peut se démontrer 3 mais ces trois fonctions^ essentiellement et nécessairement liées entre elles, doivent être considérées comme frimitivement et immédiatement certaines^ et servir de fondement à toutes les convictions humaines. A côté du dogmatisme, du criticisme et des systèmes idéalistes, un investigateur profond et plein d'esprit^ Frédéric-Henri Jacobi (mort en 181 9)^ se traçait une route à part. Ce qui le caractérisait^ c'était son éloignement pour toute philosophie systématique : c'est pour cette raison qu'il s'éleva également contre le dogmatisme ancien, aussi bien que contre Kant, Fichte et Schelling. On ne peut méconnaître qu'il rencontre souvent juste dans sa polémique 3 mais souvent aussi une préoccupation exclusive l'empêche d'approfondir assez la doctrine de ses adversaires ; du moins aucun auteur systématique ne pouvait rien gagner à être traduit par Jacobi dans la langue propre à ses opinions. Lui-même a expliqué la philosophie telle qu'il la concevait, sans aucune liaison systématique , sans ordre : cependant ses écrits ne sont pas dépourvus de passages remarquables sur tous les objets importants et sur toutes les doctrines de la philosophie théoréti-. que et pratique ; il vaudrait la peine' d'extraire

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de ses divers ouvrages les passages purement philosophiques^ et de les disposer suivant un ordre scientifique. — Ses écrits les plus importants sont* Lettres sur la Doctrine de iSpmosa (nouv.éd.^l789)j David Hume sur V Idéalisme et le Réalisme (1788); Epitre à Fichte (17 99) y des Choses Divines et de leur Révélation (1811). 11 faut voir aussi ff izenmanHj Résultats de la Philosophie de Jacobi et de Mendelssohn (1786); Fr. Kœppen, Doctrine de Schelling, ou la Somme de la Philosophie du Néant absolu y avec trois lettres de Jacobi (1803) 3 et Tlntroduction à la Philosophie de Jacobi^ dans le deuxième volume de ses œuvres. Su^aiit Jacobi^ tout savoir philosophique repose sur une foi^ ou sur une connaissance et une persuasion immédiate sans démonstration: car le monde extérieur n'est donné que par le sens extérieur; le sursensible (la liberté^ la moralité^ l'immortalité^ Dieu, la Providence) n'est connu immédiatement que par un sens interne (la raison^ l'organe de la vérité) Par cette double révélation^ l'homme parvient à la conscience de lui-même avec le sentiment de sa supériorité (de la liberté) sur la nature 3 il connaît immédiatement par la raison Dieu et la liberté* La réalité de cette connaissance repose sur le sentiment, qui est Vintuition rationnelle ou la perception immédiate de Tame : car un sentiment ineffaçable est le fondement de notre foi à

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l'existence de la nature , à notre propre existence^ et à l'existence de Dieu ^ et cette foi est la condition de notre connaissance. Cette foi est une foi vivante à un ordre de vérité que ne reconnaît aucune spéculation^ qu'aucune idée n'em* brasse^ qu'aucune langue ne nomme ^ et qui ne se révèle qu'au sentiment dans la conscience. Comme simple foi^ elle résulte de la perception réelle^ mais dépourvus de connaissance^ de la perception de la véritable distinction entre l'apparence^ le phénomène^ et l'existence en soi^ par conséquent du propre sentiment de la vie de l'homme, de la conscience de la personnalité j de la con-* science morale (^Geunssen).

Par cette foi l'on connaît la vérité sans la reconnaître j ou sans la méconnaître; et plus l'homme est moralement parfait, plus pur^et plus vivante est cette foi. Elle est la santé du cœur, sans laquelle il n'y a pas de santé possible de Tentendement Elle ne sert point de base à renseignement philosophique} ainsi le système scientifique le plus brillant n'est qu'une pure et vaine spéculation : car ce n'est qu'une vaine curiosité qui le fait naître. Sans cette foi , il n'y a aucune réalité, aucune vérité, ni pour la spéculation ni pour la pratique : car savoir et exister en soi sont pour nous un mystère* Le droit et le devoir ne peuvent avoir Ueu que dans cette foi. Ce qui est noble >

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beau et bon^ ce qui fait durer la vie et surmonte la mort^ sort de cette force cachée^ de cette puissance secrète de Thumanité. Il n'y a aucune certitude dans la connaissance , si déjà nous ne connaissons la certitude par avance; or la certitude est dans la foi^ qui contient en soi une certitude immédiate j laquelle^ loin d'avoir besoin d'aucun principe^ exclut au contraire tout principe^ parce que la conviction par principe est une certitude de seconde main. La raison ne peut produire d*autres objets (concepts) ni donner aucune conviction qu'en partant des principes qui procèdent de la foi. Par la foi nous savons que nous avons un corps, qu'il y a d'autres corps et d'autres êtres pensants bors de uous^ et cela aussi certainement que nous nous apercevons nous-mêmes: car sans le toi (l' ohjectip^le moi(le jiibjectif)estimpossible. Celle foi est enfin une foi à une unité de tout ce qui existe, du sensible et du suprasensible : unité qui repose en Dieuj par lequel tout existe dans une barmonie et une unité nécessaire. Cette foi doit donc précéder tout savoir philosophique, et devient ensuite savoir philosophique ^ quand le besoin de la clarté dans la connaissance produit la connaissance de cette foi C'est ainsi que la connaissance croyante et la croyance connaissante sont dans une sorte d'action et de réaction, et résultent d'un sentiment qui n'est susceptible d'aucune explication

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scientifique et n'en a pas besoin. — A la philosophie appartient seulement ce qui, comme objet dû connaître et de Tagir^ est le rémltat du développement de cette force; à la non-philosophie^ au contraire^ appartiennent tous les objets qui ne sont accessibles ni par la yolontè^ ni par la connaissance. La non-philosophie est doue plus élevée que la philosophie^ l'inconnu plus èlevè que le connu^ et le développement du passage de la philosophie à la non-philosophie (^termine en même temps les bornes entre la spéculation et la foi. — Peu de temps avant sa mort^ Jacobi s'expliqua sur le rapport entre la raison et l'entendement^ rapport qu'il avait auparavant laisse indéterminé. Il considérait la raison comme la faculté des idées qui se révèlent dans le sentiment le plus profond, et qui font la matière de la philosophie; tandis que Ventendement était pour lui la faculté des con^ cepts, celle qui donne la forme à la philosophie.

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