‹ Lecons de métaphysique de KantChapitre 30 sur 37 · P8TCH0L00U · texte numérisé non relu

P8TCH0L00U

ferons de grands mystères y ou que noos ferons beancoup de découvertes. Il en est une cependant qu'on est en droit d'attendre : elle a coûté beaucoup de peine ^ et elk n'est encore à la con* naissance que d'un petit nombre d'hommes 3 elle consiste à reconnattre les bornes de la raison et de la philosophie j d'après le chemin qu'il est donné à la raison même de faire en semblable matière. Nous apprendrons donc ici à connaître notre igwh ronce ^ et sa raison; nous verrons pourquoi il est impossible qu'aucun philosophe aille plus loin : en sachant cela^ nous sa/oons déjà beaucoup.

Les animaux ne sont pas de simples machines^ ou de la matière seulement 3 Us ont des ame»: car tout dans la nature entière est inanimé ou

animé. Toute matière^ comme matière {materia^ qua talis)y est inanimée. D'où le savons-nous ? Le concept que nous avon^ de la matière est celuiet: materia est eœtensutn impenetrabUe tners. Quand nous observons^ par exemple^ un grain de poussière sur du papier^ nous voyons s'il se meut. S'il ne se meut pas de lui-même ^ nous le regar^ dons comme de la matière privée de vie^ qui esifll inersj et qui pourrait rester là pendant toute l'éternité^ si, elle n'était pas déplacée par quelque autre chose. Mais aussitât que de la matière * se meut^ nous regardons si ce mouvement est aibitraire et part d'elle. Si nous sommes certains

298 PSYGHOLOGII.

qu'il eu est ainsi ^ nous disons qu'elle est aimmik, que 'c'est un animal. Un animal est donc une matière animée : car la vie est la faculté de se déterminer soi-même arbitrairement en vertu d'un principe interne. La matière^ comme matière^ n'a aucun principe interne d'activité^ aucune spontanéité ou faculté de se mouvoir elle^mèmej au contraire^ toute matière animée possède un principe interne y distinct de l'objet du sens externe y et qui est un objet du sens intime ; c'est en elle un principe particulier du sens interne. Un principe interne de l'activité spontanée n'est que penser et vouloir ; ce n'est qu'à cette condition que quelque chose peut être mu par le sens intime; ce n'est qu'un principe d'action se déte^ minant d'après le bon plaisir et l'arbitre. Quand donc une matière se meut^ on peut en conclure qu'il y a en elle un semblable principe particulier d'activité spontanée. Mais ce principe y capable de penser et de vouloir/n'est qu'un être qui a connaissance. La matière ne peut se mouvoir que par le moyen d'un semblable principe. Mais

p^ce principe de la matière est l'ame même de la matière. Toute matière vivante ne vit donc pas comme matière^ mais elle possède un principe

* de vie^ et est animée* La matière vivante est donc animer. Il y a donc chez les animaux un principe de vie pour fondement; et ce principe^ c'est l'ame.

FSYGBOI.OGUL S99

C'est ayec ices âmes des animaux et notre ame propre que nous devons établir une comparaison afnriori, sans recourir à l'expérience^ et voir en quoi consiste la diflfërence. Mais si nous devons reconnaître^ même a priori j des êtres doués de la faculté représentative^ d'où tirons-nous des différences qui ne nous |ant absolument pas données? Devons -nous reconnaître des âmes hors de nous^ et dont nous n'avons aucune donnée? — Nous tirons cette di£Férence^ et les données qui rétablissent^ de nous-mêmes^ et du concept Moi. Nous ne connaissons notre ame que par le sens intime ^ mais nous avons aussi un sens extérieur 3 toute différence repose donc sur le sens extérieur et sur l'intérieur. Quand nous nous représentons des êtres a priori j nous ne notons pas les différences quant au degré ^ mais , au contraire^ quant à l'espèce. La différence et la comparaison doivent donc reposer sur notre sens tant externe qu'interne. Nous pouvons conc cevoir des êtres qui soient doués du sens externe^ mais privés du sens interne ^ ce sont les animaux.

Les animaux auront donc toutes les r^résentations dés sens externes 3 ils ne seront privés que de celles du sens interne^ qui ont leur fon* dément dans la conscience de soi-même y en un mot dans le concept duJtfoi. Ib n'auront donc ni

300 PSYGHOLOGUI.

entendement ni raison : car toutes les opérations de l'entendement et de la raison ne sont possibles qu'à la condition de la conscience de soimême. Ils n'auront aucune* connaissance générale par réflexion 5 ils manqueront de Tidentité des représentations^ de leurs liaisons quant an sujet et aux prédicat^ quant au principe et à la conséquence ^ quant au tout et aux parties : car ce sont là autant de conséquences de la conscience y de laquelle les animaux sont privés*

Nous pouvons attribuer aux animaux un anor logan rationisj qui consiste dans des liaisons des représentations suivant les lois de.la sensibilité -, liaisotis qui sont le principe des mêmes actions que celles qui résulteraient d'une liaison suivant des concepts. Ce n'est donc pas quant au degré^ mais quant à lespèce^ que les animaux différent de l'ame humaine : car si les âmes des animaux gagnent si fort en sensibilité ^ cependant la conscience d'eux-mêmes^ le sens intime^ n'est pas encore atteint par -là. Quoique leur sensibilité soit le principe de phénomènes supérieurs à ceux de même nature en nous^ le sens intime ne leur manque pas moins.

Ayant conclu de la nature de l'esprit que tout ce qui est un principe de vie doit aussi vivre, nous devons le reconnaître également des âmes des animaux» De même donc que notre intellec-

PSTCHOLOGU. SOI

taalitè dans l'autre monde doit être admise^ de même il faut reconnaître aussi la sensibilité dans les animaux 3 mais ils ne seront jamais nos égaux. Nous pouvons maintenant concevoir problëmatiquement qu'il existe des êtres qui n%nt pas de sens intime : car il n'y a là aucune confiradiction. Combien n'y a-t-il pas de phénomènes chez ces êtres dépourvus de sens intime ^ qui s'expliquent par la sensibilité extérieure y sans admettre un sêûs intime? La conscience de soi-même^ le concept du mcÉ^ n'a pas lieu chez les êtres qui n'ont pas de sens intime : nul animal dépourvu de raison ne peut donc ]()enser. Je suis 3 de là découle la différence en vertu de laquelle des êtres qui ont ce concept de Moi ^possèdent aussi une jp^«onnalité. ^

Il y a personnalité physique^ s'ils peuvent dii'e f Je suis. La liberté et VimptUabilité en son4 aussi la conséquence : c'est la personnalité pmtique ^ qui a ses conséquences en morale. Mais si l'on voulait alléguer des phénomènes qui ne s'expliquent que par la sensibilité extérieure^ on pourrait très^l^î^n expliquer ici toute la psychologie ded animaux. Mais comme ceci fait pairtie de la physique^ i^ous sortirions alors de la psychologie rationnelle. Nous voyons cependant des animaux entreprendre des actions que nous ne pourrions réaliser que par l'entendement etjla

303 PSTCHOLOGTB.

raison. La sensibilité est donc en nous un état comme dans les animaux^ à part cette différence que la leur est bien préférable à la nétre. Mais nous sommes dédommagés de cette perte par la conscience de ftous-mèmes, et par l'entendement qui en est la conséquence. Aussi ne sommesnous pas absolument obligés d'admettre de la réflexion cbez les animaux ; mais nous poUTons défiver tout cela de la faculté figurative. Nous reconnaissons donc à ces êtres une faculté de sratir^ de l'imagination^ etc. j mais le tout d'iâte manière sensible comme notre faculté inférieure^ jet sans qu'il y ait conscience. No\is pouvons expliquer tous les phénomènes animaux par cette sensibilité extérieure^ et par des principes mécaniques de leur corps, gans recourir à la conscience ou au sens intime. Le philosophe ne doit pas^ sans cause^ multiplier les principes. *

Après avoir comparé notre ame avec des êtres qui lui sont inférieurSj nous allons maintenant la comparer avec des êtres qui sont athdesms d'elle. Comme nous avons un sens extérieur et un sens intérieur^ et que nous pouvonSj^oncevoir des êtres qui n'aient que le sens extérieur^ nous pouvous aussi ^ d'un autre côté^jBn concevoir qui n'aient absolument pas de sens extérieur^ qui ne tombent point sous les sens^ et qui soient par conséquent immatériels. Nous pouvons donc

»m représenter des êtres immatériels^ qui oient doués tle la conscience d'eux-mêmes. Un itre pensant immatériel ^ qui est doué de conscience (il suit déjà que c'est aussi un être raisonnable)^ est un esprit n faut distinguer deTes^ irit ce qui est spiritwl. Des être» Bpiritueh sont ïeux qui, quoique unis à un corps ^ peuvent celendant continuer d'avoir des représentations^ les pensées^ des volitions^ après avoir été sépa- *és de leur corps. Or^ il s'agit de savoir si Tame le l'homme est un être spirituel? — Si elle peut ^ntinuer de vivre une fois séparée du corps ^ )Ue est spirituelle ; et si les âmes des bêtes sont lans le même cas^ elles sont également spiriuelles. Est esprit l'ame réellement séparée dû ;orps^ et qui peut cependant pepser et vouloir (ans être un «objet du sens extérieur. Mais que >ouvons-nous savoir a priori des esprits ? Nous %e pouvons les concepoir que problématiquemefU j fesUà-dire qufon ne peut alléguer aucune raison i priori powr les rejeter. L'expérience nous apirend que ^ quand nous pensons , notre corps se net en jeu 3 mais nous n'en voyons pas la néce^^ ;ité. Nous pouvons très -bien nous représenter les êtres qui n'aient pas de corps ^ et qui cepenlant soient capables de penser et de vouloir, fous pouvons admettre problématiquement des Mres pensants raisonnables^ doués de con»

science^ qui soient immatériels. Quelque chose peut être admis problèmatiquement^ s'il est absolument clair qu'il est potàible. Nous ne pouvons pas le prouver apodictiquement; mais on ne peut pas non plus établir que de semblables esprits ne doivent pas exister. L'existence de Dieu mème^ nous ne pouvons pas la démontrer apodictiquement; mais personne n'est capable de me prouver le contraire: car d'où tireraitron une pareille preuve ? — Nous ne pouvons dire de ces esprits qu'une cho3e : ce qu'ils peuvent faire quand ils sont séparés du corps. Ils ne sont pas un objet du sens externe 3 ils ne sont donc pas dans l'espace.' iVbus ne pouvons rien dire de plus iciy sans tomber dans des subtilités. La notion d'ames animales et celle d'esprits supérieurs ne sont qu'un jeu de nos concepts* — En résumé^ nous savons par expérience que nous sommes un objet du sens externe et du sens interne. Nous pouvons donc nous représenter des êtres qui n'aient que le sens extérieur^ ce sont les animaux; nous pouvons aussi nous en représenter qui n'aient que le sens intérieur^ ce sont des esprits. Si nous nous en représentons qui soient doués de cette double manière de sentir, nous aurons alors des âmes humaines.

Nous ne pouvons rien prouver de tout cela^ mais simplement l'admettre à titre problémati-

qae^ puisque rimpossibilité n'eu peut pas être prouvée. L^ex^èrieoce nous enseigne encore d'une manière plus heureuse qu'il y a réellement des êtres (dont nous parlons en psychologie rationnelle) qui ne sont doués que du sens extérieur; mais qu'il y en ait qui ne possèdent que le sens intime^ c'est c^que l'expérience ne peut nous apprendre.

Page 1