SECTION DEUXIÈME
Dans la deuxième section de la psychologie rationnelle^ l'ame humaine est envisagée par comparaison avec d'autres choses.
Nous comparons ici l'ame :
1^ Avec les êtres corporels, et
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^ Avec d'antres êtres pensants.
Quand nous comparons l'ame, comme objet dir sens intime, avec les objets du sens extérieur, elle se montre ou matérielle ou immatérielle. Est-elle un objet du sens externe^ ou du sens intime? Le moi fait voir que je ne conçois Tame que comme un objet du sens intime. Tous les objets du sens exterfte sont matériels, et j'acquiers la certitude de leur existence, s'ils sont présents dans l'espace par l'impénétrabilité* Mais j'ai conscience de l'ame par le sens interne, et non par le sens externe. J'aperçois donc que l'ame' m'est donnée comme un objrt du sens in- , time. Nous voyons de plus que toutes les actions de l'ame, le penser, le vouloir, etc., ne sont pas des objets du sens externe. Un être pensant^ comme tel , ne peut absolument pas être un objet du sens externe; nous ne pouvons percevoir par ce sens ni le penser, ni le vouloir, ni la faculté du plaisir et du déplaisir 3 et nous ne pouvons nous représenter la manière dont l'ame ^ comme substance pensante, devrait être un objet du sens extérieur 3 mais comme elle ne l'est pas , elle n'est pas non plus matérielle. Si l'ame était un objet du sens extérieur, elle devrait être telle par son impénétrabilité dans l'espace : car ce n'est qu'à cette condition que nous sommes certains, par le sens extérieur, de l'existence
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des objets. Mais comme les actions de Tame ne nous sont connues d'aucune manière qui tombe sous le sens extérieur, Tame elle-même ne p9ht être un objet de ce sens } elle doit au contraire être immatérielle. Toutefois, nous ne pouvons l'affirmer que dans la mesure de notre connaissance de Tame.
Mais nous avons déjà îait voir que l'ame est une substance , et qu'elle est une substance simple, ff^olff croyait déjà prouver par-là l'immaté- ^ rialité} mais c'était à tort : l'immatérialité ne dérive pas encore de la simplicité -, car la plus petite partie d'un corps n'en est pas moins réellement quelque cbose de matériel et un objet du sens externe. Quoiqu'elle ne soit pas un objet du sens externe, elle peut cependant le devenir en s'ajoutant à une certaine quantité de particules semblables. Quand donc l'ame serait simple, elle pourrait encore être matérielle j et si elle était unie à un grand nombre d'autres parties simples de même nature, elle pourrait devenir un objet du sens externe. Représentons-nous ^ par exemple , un pouce cube rempli de matière ^ et demandons-nous si , dans l'hypothèse de la noncomposition pure et simple de l'ame , il n'y aurait là place pour elle qu'autant qu'une partie simple toute semblable devrait disparaître à son profit, ou bien si elle y trouverait place
encore sans cette suppression. — Si Ton répondait de la première manière, il s'ensuivrait que si je continue cette opération avec une deuxième^ une troisième 9 une quatrième, etc., ame, JQ fais à la fin disparaître toute la matière du pouce cube, et que je remplis d'ames tout cet espace, lesquelles seraient dès-lors présentes dans l'espace en vertu de rimpénétrabilité,sans cependant occuper un espace. L'ame peut donc toujours être simple sans cesser d'être matérielle. Mais ce qui n'est pas un objet du sens extérieur, ne peut être, à quelque faible degré que ce soit, quelque chose de corporel; et quand même il y aurait un grand nombre de parties semblables en composition, aucun objet de ce genre ne deviendrait cependant percevable au sens extérieur, car c'est immatériel.
Quelle est donc la source de cette connaissance ? (car le philosophe doit toujours remonter à la source de cette connaissance; cela vaut mieux que de connaître toutes les preuves extrinsèques.) Ifoù peut partir un philosophe pour prouver l'immatérialité de l'ame^ et ju^^'otî peut-il aller? U ne peut tirer ses pensées que de! expression Moi, qui rend l'objet Mu sens intime. Le coiicept de Moi contient donc celui de l'immatérialité. — Nous ne pouvons pas prouver a priori l'immatérialité de l'ame; mais nous pouvons seulement
établir que tous les attributs, toutes les actùms de * Vamey ne peuvent être connus en partant de la matérialité. Mais ces attributs ne prouvent pas encore que notre ame ne doive rien avoir d'extérieur; il en résulte seulement que je ne puis admettre la matérialité comme un principe d'explication des opérations dites de l'esprit J'exclus donc purement et simplement la matérialité. Car si je devais l'admettre , je ne connaîtrais rien de plus de Tame. On ne peut donc pas admettre arbitrairement la matérialité ^ mais j'ai une raiion en faveur de Vimmaférialité. On pourrait déjà induire ici quelqu'un en erreur^ et partir de là pour prouver la matérialité de l'ame^ quoiqu'elle n'en dérive pas. Mais on a cependant une raison pour l'immatérialité -, la voici : Tout ce qui compose une partie dans le tout de l'espace^ est entre deux limites. Les limites de l'espace sont les points } ce qui est entre deux points est dans l'espace 3 ce qui est dans l'espace est divisible. La matière n'a donc aucune partie simple 3 toute matière est au contraire dans l'espace ^ et par conséquent divisible à l'infini. Si donc l'ame était matérielle^ elle n'en devrait pas moins être une partie simple de la matière (puisqu'on a déjà prouvé que l'ame est simple)/ Or aucune partie de 'la matière n'est simple , car il y a là contra-
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diction : l'ame n'est donc pas matérielle^ mais immatérielle.
Maintenant^ considérons Tame en comparaison OMO dn natures pensanteê j et même son rapport de ressemblance avec les âmes des animaux et avecd'autres esprits. Du concept de Timmatérialilé de l'ame ^ on est arrivé à celui des espriyi Un être immatériel ^ qui est considéré abstraitement de toute matière^ et qui peut penser par soi^ même , est un esprit. C'est ainsi que le concept et la doctrine des esprits ontpènétré dans la psychologie. Le chemin que nous avons pris pour étudier l'ame^ est celui-ci c-nous avons fait voir que Tame est une substance^ une substance simple et libre ^ une substance inunatérielle. Il s'agit de savoir maintenant %\ elle est aussi un esprit. Pour être esprit^ il faut non-seulement être immatériel y mais encore penser tout en étant séparé de toute matière. — Si j'appelle mon être immatériel du nom d'ame , il suit de la signification même du mot^ que c'est un être qui est non-seulement enr union ^ mais encore in commercio avec un corps. Quand donc cet être est séparé du corps , le nom d'ame ne ooncient plus. U s'agit maintenant de savoir si l'ame est un être purement matériel, que l'on puisse concevoir seulement en commerce avec le cAq[ys ^ ou si elle est un esprit, qui puisse aussi penser quoique séparé du corps. Il
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B'est pas ici question de savoir si elle est réellement telle maintenant^ mais si elle a une facuUè- (bien qu'elle soit actuellement en commerce avec le corps) de penser sans être unie au corpv; c'est>^ à-dire si , séparée du corps y elle peut durer et vivre à la manière des esprits. Nous comparerons don6«rame humaine^ qui est unie à un corps ^ avec des substances qui ne sont point unies & des corps ^ c'est-à-dire avec des espriU ; nous la comparerons encore avec des substances unies à des corps ^ formant avec eux une communauté analogue à celle qui résulte de l'union de l'ame et du corps de Tbomme y substances douées seulement de la sensibilité et de la perception, c'està-dire enfin avec les âmes des bêtes. Nous par^ lerons donc :
i^ De anima bnUij dont le commerce dépend des corps 3
2^ De spiritUj qui n'est point en commerce avec le corps 3 et
3^ De anima humana^ dont il a été surtout question jusqu'ici^ qui est à la vérité en commerce avec le corps ^ mais qui en est indépendante, puisqu'elle peut vivre et penser sans corps comme un esprit
Mais si nous comparons l'ame de l'homme avec celle de l'animal et avee^'autres esprits ^ il ne faut cependant pas espérer que nous dèvoi-