‹ Lecons de métaphysique de KantChapitre 4 sur 37 · X PRÉFACE · texte numérisé non relu

X PRÉFACE

germe^ soit dans les Leçons^ soit dans les ouvrages publiés par Fauteur, tandis qu'elles sont développées les unes ici y les autres là. Les leçons du professeur complètent donc la pensée de Fauteur ou la résument : si elles en diffèrent quelquefois en matière importante , ces différences sont rares.

Elles remplissent donc une lacune dans la doctrine de Kant telle qu'il Fa fait connaître lui- même , puisqu'il n'avait donné aucune métaphysique positive.

Et quand même on ne les regarderait que comme exprimant dans le professeur une période intellectuelle antérieure à celle qui a donné naissance à la doctrine critique de la raison pure, elles aj/raient toujours une très -grande importance historique; mais elles sont quelque chose de plus, et font connaître comment l'auteur de la Critique enseignait une métaphysique qu'il semblait avoir réduite à rien *.

n faut remarquer, en effet, que les Leçons de Mé-

1 La métaphysique négative telle qu'elle ressort de la Critiqué, semble emporter avec elle toute la métaphysique positive, et, comme l'a dît l'auteur dans sa prébaoe à la première édition, contient implicitement les solutions de toutes les questions auxquelles cette métaphysique peut donner lieu. La Critique ne fournirait donc pas simplement un principe de solution d'une application difficile , mais encore des solutions proprement dites. La dialectique transeendentale est-elle autre chose , en effet, qu'une démonstration , du moins aux yeux de Fauteur, de l'impossibilité de toute métaphysique positive ?

BU TEADUCTEUB. XI

taphysique ont été faites bien postérieurement à 1781, date de la publication du principal ouvrage de Kant. On ne Aiurait pas qu'elles ont été recueillies en 1788, 1789, 1790, qu'il serait impossible de douter, en les lisant , qu'elles sont sorties d'up esprit p^ nétré des grands résultats de la Critique de la Rai$on pure.

Un autre genre d'intérêt qui s'attacbe à notre publication, c'est qu'elle contient la psychologie expérimentale de Kant, psychologie aussi simple qu'elle est lucide, et dont les grandes divisions sont les mêmes qui sont généralement admises dans renseignement philosophique en France depuis plusieurs années.

Ajoutons que les leçons de Kant étaient beaucoup jplus claires que ses écrits , et que cette clarté se retrl)uve dans les notes qui ont été recueillies à ses cours. Aussi ces notes sont-elles très-propres à faciliter PinteUigence de la doctrine écrite de ce grand maître.

Pour mieux faire ressortir le rapport qui existe * entre les Leçons de Métaphysique et la Critique, comme aussi pour expliquer certaines propositions qui pourraient être mal entendues, ou pour en réfuter d'autres qui nous semblent fausseï^, nous entrerons dans quelques détails.

1^ Kant dit, ou on lui fait dire, dans la division de la psychologie en empirique et en rationnelle, que l'objet de cette dernière est en soi un objet d'expérience encore.

Cette assertion me parait fausse, ou tout au moins

XII ph£fac£

équivoque * : Causse , si l'auteur prétend que nous avons une intuition quelconque de la substance Moi ; obscure, s'il entend que cette intuition est sans doute possible à d'autres intelligences , et que nous - mêmes nous nous connaîtrons un jour intuitivement

Je ne crois pas cependant que cette dernière interprétation soit conforme à la pensée de l'auteur; il est en tous cas certain que Kant, dans sa Critique de la Raison pure^nie positivement, et à très-bon droit, que nous connaùsians autre chose de nous-mêmes que nos phénomènes internes.

En effet, si le connaître suppose matière et forme, si la matière de la connaissance est nécessairement un produit de la perception soit externe, soit interne; ce qui n'est pas sensible, phénoménal, ne peut être perçu, ni par conséquent connu.

On ne peut pas dire, pour échapper à cette conclusion, que le moi stibstantiel est lui-même phénomène : car il y a là contradiction dans les termes mêmes. Si

^ C'est par suite de la même erreur que l'on fait dire un peu plus loin au professeur que c la psychologie rationnelle est

> la connaissance des objets du sens intime en tant que cette

> connaissance est fourme par la raist^pure (p. 200). » Il est dair que le sens intime n'est pas la même chose que la raison pure, que l'objet de l'une de ces facultés ne peut pas être œlui de l'autre. Le sens intime est la faculté des faits internes: il ne donne que des connaissances empiriques, tandis que la raison est le principe des conceptions ou connaissances a priori.

DU TRADVCTEUB. Xllt

le moi substaBtiel pouvait appor otlre , être phënomène, être connu , il serait une substance qui en supposerait une autre comme sujet, puisque par hypothèse il serait phénomène , et que tout phénomène suppose réalité substantielle ultérieure inaperçue.

Mais alors cette réalité substantielle qui serait sous * le phénomène mot, serait la véritable substance du moi ; et comme eUe ne serait pas elle-même phénomène, à moins de lui supposer à son tour une troisième substance, et ainsi de suite à l'infini, le moi substantiel ne peut donc pas être connu de lui-même.

Et cependant il s'affirme. S'affirmerait-U donc sans se connaître? — Sans se connaître , oui ; sans se gon^ GEVOIR, non ; deux choses fort diCTérentes et que Ton confond sans cesse.

Mais n'anticipons point sur la psychologie rationnelle : constatons seulement que la proposition qui a oocasioné cette courte discussion n'est point en harmonie avec le reste de la doctrine de Kant Disons pourtant que dans son Anthropologie il parle encore d'une aperception du moi sous les phénomènes de conscience , et qu'il appelle cette aperception consciOMoe logique.

So Nous trouvons encore, à l'occasion de la distine^ tion des sciences en empiriques et en raiiotmelles, que * l'auteur considère la pesanteur et la fluidité conime des qualités empiriques (p. 199). Cette assertion serait susceptible d'une distinction qui la rendrait fausse en un sens , savoir : en ce que la force qui détermine la chute des graves, force qu'on appelle proprement pe-

Page 1