DU TRADUCTEUR. \[X
science se composât d'idées, pour qu'elle fût du domaine de la psychologie; ce qui est évidemment donner à la psychologie une extension abusive.
Sans doute, les idées de rapport, et ce que nous avons appelé le caractère objectif des conceptions de la raison, sont des faits de conscience; mais est-ce à ce titre que les idées ont un sens, une portée objective, qu'elles sont (pour me servir d'une expression qui, bien qu'abusive, a cependant un côté vrai) repré^entaticcs? Est-ce en tant qu'elles sont des faits de conscience qu'elles ont une valeur objective, nécessaire, absolue, qu'elles constituent le monde intelligible (matériel ou idéal), le seul après tout que nous ' ' connaissions? Les intuitions et les idées générales mêmes ne sont-elles pas regardées comme quelque chose de plus que de simples faits internes? Pourquoi, si elles n'étaient que des faits de cette nature, se distingueraient-elles d'autres faits qui, par eux-mêmes, -^ n'ont aucune valeur objective, aucun sens intelligible, les faits affectifs, les sensations proprement dites, les sentiments, les appétits, les actes instinctifs, etc.?
Il nous paraît donc incontestable que les idées mé- *" taphysiques peuvent et doivent être considérées sous deux points de vue : 1° sous le point de vue subjectif ou psychologique, et alors elles ne sont que des états deTesprit, des faits de conscience, et n'ont, sous ce rapport, aucun caractère intelligible et scientifique; 2° sous le point de vue objectif ou ontologique, et alors, sans cesser d'être des états de l'esprit, elles ne sont cependant pas considérées comme folles , mais
il PREFACE
bien exclusivement par rapport à leur valeur scientifique. Ce second point de vue est même le premier qui se présente à l'esprit de l'individu et des masses. C'est pourquoi Thistoire de la philosophie nous représente les premiers penseurs tout occupés à édifier les sciences, sans avoir l'air de soupçonner qu'il y eût une étude psychologique à faire sur la nature, l'origine et la valeur réelle de ces conceptions.
L'enfant se préoccupe-t-il de l'origine de ses idées, de ses intuitions, en un mot du côté subjectif ou psychologique de ses connaissances? Nullement : il est fatalement entraîné par elles dans leur sens objectif, impersonnel, ontologique, ou logique. Les idées nous ont été données surtout pour éclairer notre activité, et non pour n'être qu'un objet de contemplation intérieure. Le point de vue psychologique est donc véritablement exceptionnel , je dirais presque anormal, loin d'être le point de vue général et ordinaire.
Faire de la psychologie en matière d'idées, ce n'est donc point faire de la science; de môme que faire de la science, ce n'est point faire de la psychologie, dans le sens propre des mots science et psychologie.
Concluons donc, en définitive, que lorsque nous comptons, nous n'avons pas, à proprement parler, la conscience du nombre, parce que nous n'avons conscience que de nos états, de nos manières d'être réelles, et que le nombre n'est point un état, comme, par exemple, la douleur, la joie ou la tristesse; que c'est le caractère rationnel et objectif d'une certaine espèce d'idées qu'on appelle, pour cette raison, idées de nom-