‹ Leçons de métaphysique, publiéesChapitre 11 sur 36 · DU TRADUCTEUR · texte numérisé non relu

DU TRADUCTEUR

bre, mais non un état. Si le nombre était un état, il n'aurait aucune valeur objective; et d'un autre côté, si c'était quelque chose d'objectif, d'indépendant de notre idée, nous ne pourrions pas plus le connaître que nous ne pourrions être lui et nous tout à la fois : car, à la rigueur, nous ne connaissons que nos idées.

Comment se fait-il, maintenant, que ces idées aient un caractère, et par suite une valeur objective? C'est vraiment là le mystère de notre nature cognitive, mystère que nous nous bornons à constater comme une loi primitive de notre être, et dont nous n'avons pas plus le mot que nous n'avons celui de toute autre loi de ce genre.

7^Kant a dit en différents endroits de ses ouvrages, particulièrement dans son Anthropologie et sa Psychologie expérimentale, que nous avons un grand nombre d'idées dont nous n'avons pas conscience. Cette opinion m'a toujours semblé très - paradoxale. On nous donne cependant des exemples : c'est la vue de la voie lactée; celle d'un homme, d'une maison vus de loin; c'est, par exemple, encore la notion de droit ou de liberté, etc. Comment, dit-on, aurions-nous la perception de la voie lactée, où nous ne distinguons à l'œil nu aucune étoile, si cependant nous n'avions pas la perception de chaque étoile dont elle est formée? Comment saurions-nous qu'un animal que nous voyons dans le lointain est un cheval, si nous n'en voyions la tête, les jambes et le tronc, et même les différentes parties des membres et du corps de cet animal, parties que nous ne distinguons pourtant pas : car la

XXI ï PnÉFACE

tête n'est tête, et n'est visible comme telle, que par les parties qui la constituent, depuis la plus petite jusqu'à la plus grande, etc. ?

Il nous semble que cet argument prouve beaucoup trop pour qu'il puisse prouver quelque chose. En effet, si le tout n'est visible que parce que ses parties le sont, comme il ne peut l'être que par ses parties réelles, et que ces parties réelles ne sont que des atomes, des infiniment petits, et que des infiniment petits pourraient fort bien n'être qu'une hypothèse métaphysique, et qu'en tous cas, lors même qu'ils seraient quelque chose de plus, comme on l'admet généralement, ils ne sont pas visibles pris un à un, il s'ensuit qu'ils ne peuvent pas l'être réunis: car leur réunion n'est qu'une idée de rapport, et ce n'est pas cette idée qui peut être visible. Si le tout n'est visible que parce que ses parties le sont, il s'ensuit donc rigoureusement que si les parties ne le sont pas, le tout ne l'est pas lui-même. Telle est la conséquence du principe en vertu duquel Rant conclut que nous avons une foule d'idées dont nous n'avons pas conscience.

S'il s'était contenté de dire que nous avons des idées obscures, indéterminées, dans l'ordre empirique comme dans l'ordre rationnel, nous n'aurions rien eu à reprendre; mais dire que nous avons des idées dont nous n'avons pas conscience, c'est, à ce qu'il nous semble, dire que nous avons des idées qui ne sont pas des idées, que nous avons des idées que nous n'avons pas.

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