DU TRADUCTEUR. XXV
que nous n'ayons pas conscience d'une perception entièrement adéquate à son objet.
J'insiste un peu sur cette question, parce que l'opinion que je combats présente un côté favorable au mysticisme, et que le mysticisme est essentiellement antirationnel , antiphilosopbique.
8*^ Kant divise les facultés en supérieures et en inférieures, suivant que nous sommes actifs ou passifs dans leur jeu. Mais , outre que nous ne sommes sans doute jamais exclusivement passifs ni actifs, il ne nous semble pas avoir assez approfondi cette division, non plus que celle des facultés intellectuelles en supérieures et en inférieures encore, suivant que les connaissances qui en sont le produit sont rationnelles ou empiriques.
9^ « La mémoire, dit notre philosophe, n'est que » l'imagination du passé » , et non une faculté spéciale. Il aurait peut-être été plus juste de dire que ce n'est point une faculté simple, mais qu'elle est composée de l'imagination et de la raison : car c'est la raison qui donne la forme au souvenir, qui fournit les conceptions de temps, d'identité, etc.
10^ Ce qu'on peut appeler la théologie positive rationnelle de Kant, se trouve compris dans quatre ouvrages, dont deux ne sont que des leçons recueillies par dilTé rentes mains, et peuvent être regardés comme n'en formant qu'un seul. Nous n'avons à nous occuper que de ceux-ci.
Si nous oublions un instant le résultat négatif de la critique de la raison spéculative en matière théo-
XXVI PRKFACE
logique, le plus grand reproche que nous aurions à faire alors à la théologie rationnelle positive de Kant, serait d'avoir présenté Dieu comme Vomnitudo realitatis. Cette manière de l'envisager, empruntée à Wolff, à Fénélon, à Descartes, à S. Anselme, etc., conduit tout droit au panthéisme ^ ; et l'on ne peut se dissimuler que Spinosa ne soit le plus conséquent de tous les logiciens qui sont partis de cette fausse idée métaphysique de Dieu. On voit ou l'on croit voir maintenant le panthéisme partout : la raison en est toute simple, c'est qu'il est une conséquence inévitable d'un des plus forts argumen Is métaphysiques en faveur de l'existence de Dieu, et que cet argument n'a cessé depuis longtemps d'être donné dans toutes les écoles, ecclésiastiques ou autres. Cet argument est celui qui cumule en Dieu toute la réalité, qui en fait Vétre proprement dit, l'être absolu, l'être par excellence, l'être unique; argument qui vient de la Bible (Je suis Celui qui suis... Celui qui est...), aussi bien que de Platon. Et l'on est surpris après cela de voirie panthéisme imminent, de le voir sortir des doctrines de ceux-là mêmes qui le repoussent avec le plus de sincérité ! Il faut être bien peu logicien, pour
1 Ce qui ne veut pas dire du tout que ces grands hommes voulussent le panthéisme; il ne serait déjà pas plus équitable de les en accuser, qu'il ne l'est aujourd'hui de faire le même reproche aux héritiers de leurs doctrines. Les ennemis de l'Université , et de la philosophie en particulier, devraient au moins être plus prudents, s'ils ne veulent absolument pas être justes.