‹ Leçons de métaphysique, publiéesChapitre 12 sur 36 · DU TRADUCTEUR. XXIII · texte numérisé non relu

DU TRADUCTEUR. XXIII

En efifel, et sans attacher à la rétorsion précédente plus de valeur qu'elle n'en a peut-être, puisque rétorquer, comme dit l'école, n'est pas répondre, attachons-nous au sens du mot idée, et voyons s'il n'est pas nécessaire que toute idée soit accompagnée de conscience. En elTet, qu'est-ce qu'une idée, sinon un état avec conscience, un état du moi? Si la conscience n'accompagnait pas cet état, l'idée serait-elle un état de l'esprit, du moi, un état qu'un être intelligent pût dire sien, un état cognitif, une illumination d'un sujet pensant? Evidemment non : ou bien il faudrait admettre qu'un pareil état n'a pas plus d'existence aux yeux du sujet qui en est revêtu, que la gravité ou la dureté pour la pierre qui nous présente ces qualités. Mais est-il possible que les idées soient ainsi des états ignorés, nous ne disons plus du moi. car il y a évidemment contradiction , mais de la substance du moi; ce qui, comme j'ai essayé de l'établir ailleurs, n'est pas à beaucoup près la même chose? Une pareille idée serait un état de vie d'un sujet qui serait pourtant comme mort, inanimé, à cet égard : car l'idée, la pensée, est la vie du moi; dire qu'il peut avoir des idées sans en être revêtu à ses propres yeux, c'est dire qu'il peut être sans être.

En deux mots, des idées sont essentiellement des états du MOI, c'est-à-dire des états avec conscience; que cette conscience soit, du reste, spontanée ou réfléchie, peu importe ici : donc des idées sans conscience seraient des états du moi qui n'en seraient pas : ce qui csl conlradicloire.

.'iXIV PREFACE

Qu'il y ait des idées qui passent si rapidement ou si légèrement dans la conscience qu^elles n'y laissent point ou presque point de trace, je l'accorde; mais alors encore ce n'est pas la conscience qui manque , c'est la mémoire.

Qui ne voit, d'ailleurs, que dans les exemples cités il y a un sophisme per subreplionem, puisque l'on n'y tient pas compte d'un raisonnement secret qui s'opère dans l'esprit de chacun de nous quand nous reconnaissons de loin un oî>jft. Si je vois dans le lointain un animal que je reconnais être de telle espèce, ce n'est pas parce que j'en perçois toutes les parties distinctement, mais uniquement parce que la configuration de sa masse se dessine suffisamment à mes regards pour que mon imagination reproductive puisse s'emparer de cette donnée sensible, et achever dans ma représentation le reste de l'image, lui donner les détails que les sens ne donnent pas. C'est précisément par suite de cette intervention de l'imagination à l'aide du souvenir et de l'induction, que l'erreur est possible dans tous les cas analogues. Si la perception du tout n'élait qu'une affaire de sens, on ne pourrait se tromper, on ne pourrait prendre un sujet pour un autre, un sujet d'une espèce pour un sujet d'une autre espèce. Or, c'est ce qui arrive souvent. Donc les perceptions ne fournissent pas toute la matière de l'idée; donc, si l'idée est complète, et détaillée même, ce n'est que par le secours de l'imagination. Nous devons donc avoir conscience de V image entière, bien

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