‹ Leçons de métaphysique, publiéesChapitre 17 sur 36 · XXX PREFACE · texte numérisé non relu

XXX PREFACE

l'attention des auditeurs, soit parce que la liaison des idées fait tourner le professeur sur lui-même.

La Cosmologie est traitée avec beaucoup de lucidité. Desdéfinitions parfaitement nettes, desdivisions justes, permettent de résoudre d'une manière satisfaisante, au moins hypothétiquement, des questions aussi élevées que celle de l'unité ou de la pluralité des mondes, du commerce des substances , et des événements surnaturels. Cette dernière question, entre autres, est traitée avec beaucoup de profondeur et de sagesse.

On désirerait seulement plus de méthode dans l'enchaînement des différentes parties de ce traité; ou, si la méthode y existe véritablement, on la voudrait plus apparente.

Dans la Psychologie empirique, Kant s'attache d'abord à donner des sciences, surtout des sciences philosophiques, une division plus rationnelle qu'on ne l'avait fait avant lui. Il essaie le même travail pour les facultés de l'ame en général; et, au lieu de s'attacher à des points de vue accessoires, ou d'énumérer les facultés d'une manière fortuite et tout empirique, comme on ne le fait encore que trop souvent, il part d'un point de vue a priori, clair et supérieur, qui lui permet de dominer sa matière, et de la traiter avec assez de bonheur.

Il reconnaît, établit môme, et d'une manière plus satisfaisante qu'on ne l'avait fait jusque là, que toutes nos idées ne viennent pas des sens, bien que l'exercice des sens soit la condition de l'activité intellectuelle qui les produit. Puis il fait remarquer aus-

DU TRABUCTEUR. XXXÏ

sitôt que celles qui ne viennent pas des sens ne sont cependant pas innées, comme une foule d'esprits légers, prévenus ou ignorants en philosophie, le lui ont fait dire en France '.

Il distingue, surtout dans sa Logique, les jugements d'apparence des jugements d'expérience; les premiers sont ceux que l'esprit porte, sans réflexion, à la vue des phénomènes, jugements qui n'ont qu'une valeur purement subjective, tandis que les jugements d'expérience ont une valeur générale, et sont l'expression de quelque loi de la nature.

Il divise très-bien l'imagination par rapport aux trois parties du temps, rattache à cette division des considérations ingénieuses sur l'imagination, ou plutôt sur les aspects divers sous lesquels on peut en faire l'étude. Ce n'est pas avec moins de justesse qu'il distingue les idées symboliques par analogie des idées générales ; qu'il appelle jugement la faculté de subsumer le particulier au général, de même que Ventendement est la faculté collective de généraliser, et la raison celle de conclure.

Il affirme avec vérité que l'entendement humain ne peut connaître les choses telles qu'elles sont : c'est là un point capital sur lequel il revient souvent ailleurs; mais ce qu'il y a de très-vrai et de très-digne de remarque à ce sujet, c'est la réflexion que la croyance du contrtfire ouvre la porte au mysticisme.

< Entre autres Porlalis, qui n'a rien entendu, absolument rien, à la philosophie de Kant.

'ïi

XXXIl PREFACE

Kant a distingué profondément le sentiment de sa cause, ainsi que le sentiment physique ou le sentiment-sensation, du sentiment non physique. Il a bien aperçu que la force, dont les partisans de la philosophie leibnizo-wolffienne se payaient trop facilement comme d'une idée fondamentale dans la philosophie de la nature, n'est cependant qu'une qualité, laquelle réclame par conséquent un sujet.

La Psychologie rationnelle est exécutée avec beaucoup de méthode; le cadre en est bien tracé, complet, et les questions sont décidées avec la retenue imposée parles principes de la critique de la raison pure. Quelques-unes sont de Tordre le plus élevé.

Des deux morceaux du même auteur qu'on pourrait y rattacher, celui qui est intitulé : LaFin de toutes Choses, joint la sagesse à la hardiesse, ce qui est difficile. C'est la science qui rend Kant hardi, et la rectitude parfaite de son esprit qui le rend sage. Cette hardiesse n'est pour lui que de la logique : car il ne hasarde rien; tout est déduit, motivé, expliqué.

Kant est d'avis que l'ame pense toujours, et que si, dans le sommeil le plus profond, elle cessait de rêver, elle cesserait par là même de vivre, puisqu'elle cesserait de penser, et que la pensée est la vie de lame. C'est par suite de cette haute idée qu'il se fait de la pensée, et de la nécessité du commerce de nos semblables pour l'alimenter, l'activer et enrichir notre être intellectuel, qu'il regarde ailleurs comme un crime de lèse- humanité la défense de lire et d'écrire librement en matière de spéculation. On comprend eu effet

Page 1