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CHAPITRE PREMIER

Le droit et le devoir

61. Définition du droit. — Le droit est le pouvoir moral qu’a l’homme de faire, de posséder ou d'exiger quelque chose. Le droit est un pouvoir moral, c’est-à-dire,

Un pouvoir conforme à la raison et aux règles de la

morale, Ilest donc complètement distinct de la force. Celle-ci peut n’avoir aucun droit. Là où est le droit, souvent la force n’y est Pas. L’enfant au berceau a le droit de vivre sans avoir la force de se défendre contre celui qui veut le tuer.

62. La source du droit. — Nous venons de le dire, le droit est essentiellement distinct de la force : celle-ci ne donne pas naissance à celui-là. Le droit vient-il du désir ? Tout d’abord les désirs tllégitimes ne peuvent pas être la source du droit. Celui-ci, ne l’oublions pas, est conforme à la raison et aux règles de la morale.

Quant aux désirs légitimes, pas plus que les autres, ils ne peuvent revendiquer ce titre. Je suis pauvre, mon voisin est très riche. J'ai le ferme désir — bien légitime — qu’il m'aide à payer certaines dettes qui me pèsent beaucoup. Ce désir me donne-t-il le droit d’aller prendre la somme d’argent nécessaire dans sa Caisse ? Pas le moins du monde. Le besoin serait-il par hasard la source du droit ? Sans doute celui qui est exposé à

mourir de faim a droit de se procurer de quoi à manger

où que ce soit. C’est son besoin extrême qui lui confère ce droit. Mais d’une façon générale le besoin n’est pas extrême, aussi pouvons-nous dire qu’il n’est pas la source du droit. J’ai besoin de cent piastres pour faire honneur à une obligation. Ai-je pour cela le droit d’aller chercher cette somme dans le gousset du riche ? Qui oserait soutenir pareille doctrine ? Selon quelques-uns, l’autorité est la source du droit. Pas plus que la force, le désir et le besoin, l’autorité ne peut revendiquer cet honneur. Son rôle est de faire respecter le droit, et non de l’engendrer. La source du droit est la loi morale à laquelle tout être intelligent est soumis. Cette loi nous impose l’obligation de poursuivre notre fin morale, et, pour atteindre ce but, nous avons le droit de poser les actes qui y conduisent et de repousser les obstacles ari en éloignent. 4

63. L’inviolabilit- ‘: :oercition, la limitation et le conflit du dro::. - L'inviolabilité du droit est une conséquence de la loi morale qui en est la source. En effet l'obligation qu’a l’homme de tendre à sa fin de toutes ses forces, comporte nécessairement le droit intangible, inviolable d’agir d’une façon conforme à cette fin. Sans l’inviolabilité le droit n’a plus sa raison d'être. La coercition vient au secours de l’inviolabilité en mettant à sa disposition la force physique. L’expérience ne prouve-t-elle pas que sans la coercition les droits les plus sacrés seraient souvent méconnus ? La limitation dit au droit : tu iras jusque-là, pas plus loin. Il va sans dire que le bien commun impose des limites au droit individuel. C’est pourquoi, il arrive des occasions où la loi défend à quelqu'un certaines choses auxquelles il a droit, et cela, en vue du bien

() Cfr. Guibert, Cours de Morale, pp. 228, 230,

général. Le conflit existe lorsque deux droits sont en Opposition. Comme deux droits ne Peuvent pas être en même temps vrais, il s’ensuit que leur opposition n’est qu’apparente. Dans un cas de conflit de droits °n met en pratique la règle qui veut que l’inférieur doit

toujours céder le Pas au supérieur.

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