‹ Leçons de morale [microforme]Chapitre 12 sur 31 · CHAPITRE V La moralité · texte numérisé non relu

CHAPITRE V La moralité

48. Définition de la moralité. — D’une manière générale, la moralité est ce qui donne à l'acte humain son caractère distinctif. Or le caractère distinctif de l’acte humain, c’est d’être juste, bon, honnête, ou bien, injuste, Mauvais, malhonnête, selon qu’il est conforme ou non aux règles de la loi morale. La moralité est donc ce Par quoi l'acte humain est juste, ton, honnête, ou encore, injuste, mauvais, malhonnête.

49. Moralité objective, moralité subjective, — La moralité objective est celle qui vient des objets auxquels les actes de la volonté tendent comme à leur fin. La moralité subjective est celle qui résulte du jugement porté par

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l’homme sur la valeur morale de son acte. Ce jugement est pratique, on l'appelle conscience morale. La moralité subjective vient donc de la conformité ou du manque de conformité d’un acte avec la conscience morale, Ainsi je juge comme bon l’acte que je viens de faire, parce qu’il est conforme à ma conscience qui est droite et certaine. Cette moralité de mon acte est subjective. Dans les numéros suivants il ne sera question que de la moralité objective.

50. Certains objets recherchés Par notre volonté sont de leur nature moralement bons ou moralement mauvais, — Par objet nous entendons ce que nous voulons. ? Dans l’ordre spéculatif il y a des propositions dont la vérité s'impose, En elles-mêmes, elles sont évidentes, telles que : tout effet a une cause, une chose ne peut pas être et n'être pas en même temps, etc. Ainsi dans l’ordre pratique, il y a des propositions qui s'imposent aussi, des actions dont la bonté ou la malice sont évidentes, comme aimer ses parents, éviter le mal, faire l'aumôêne. ® Chez tous les peuples les mots bon, mauvais, juste, injuste, sont connus ; et, avant toute loi, indépendamment de toute coutume, ils désignent certaius actes loués ou réprouvés,

51. La distinction entre le bien et le mal est fondée sur la raison humaine d'une façon pro- Chaine et sur l'essence divine d’une façon éloignée. — Il s’agit de la raison humaine, non pas dans tel ou tel individu, mais en général. De plusilest question de la raison droîte et non faussée, — Ce qui est conforme à le nature d’un être est dit bon pour lui. Par contre ce qui n’est pas conforme à la nature d’un être est dit mauvais pour lui. Or la nature spécifique de l’homme, c’est d’être raisonnable, c’est d’aroir une raison.

Tout ce qui est conforme ou non à Ja raison humaine est donc appelé bien ou mal, --- La raison humaine n’est que le reflet de la raison divine, laquelle se confond avec l'essence de Dieu. D'une façon éloignée, c’est

donc l'essence divine qui est le fondement de la distinction entre le bien et le mal.

52. Les faux systèmes au sujet du fondement de la distinction entre le bien etle mal —.A. Pour quelques-uns un acte est bon ou mauvais selon que l'opinion publique le juge tel. D’autres déclarent que ce sont les lois d’un Pays qui fondent la distinction entre le bien et le mal. — Comme l'opinion publique change à tout instart, il faudrait admettre qu’un acte bon aujourd’hui pourrait être Mauvais demain, et réciproquement. On voit à quelle absurdité conduit un semblable système, Quant aux lois, si elles étaient l'unique cause de la bonté :t de la malice des actes, la moralité serait laissée aux car rices des législateurs. Sans doute les oninions, les coutumes, les lois ont une certaine influence sur la moralité, mais elles ne la constituent pas. Il est vrai aussi que certaines cho.es sont mauvaises parce qu’elles

sont défendues par la loi, mais combien plus sont prohibées, parce qu'elles sont mauvaises,—-B, Les sensualites et des utilitaristes enseignent, les premiers, que tout ce qui fait plaisir et provoque la sympathie est bon ; les seconds, que tout ce qui est utile est bon, que tout ce qui n£ concourt pas à l'intérêt privé ou public, est mauvais. — Îl est facile de comprendre que ces deux systèmes mènent à la ruine de la moralité. A ce compte, il faudrait condamner comme mauvais tout ce qui coûte, tout ce qui exige un sacrifice , Aiv.s peu, très peu d’actes seraient bons, parce que la plupart nous coûtent, Et que dire de ces actions héroïques, de ces renonce-

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ments sublimes qui ont illustré la vie de certains personnages ? Quant à l'intérêt, ne savons-nous pas que son unique recherche favorise singulièrement l'égoïsme ? Au demeurant, si l’utilité de l’homme publique ou privée était le critère de la moralité, l’ordre moral convergerait seulement vers l'homme et non vers Dieu, comme il le doit.

53. Les sources de la moralité objective. — Les sources de la moralité objective sont l'objet, la fin st les circonstances. L'objet est ia raisoa d'être d'un acte, ce pour quoi il existe. Ainsi l'objet de l’aumône est de secourir les malheureux. La Jin est le but que se propose celui qui fait l'acte. Les circonstances sont un ensemble de choses, de contingences qui entourent l'acte, comme le temps, le milieu, la condition de celui qui agit, etc. L'objet, la Jin et les circonstances forment

la source où l’acte va puiser sa moralité, L'objet étant

la raison d’être de l'acte, ce Pour quoi il existe, fait donc l’acte ce qu’il doit être, c'est-à-dire bon au mauvais. La fin est le motif pour lequel on agit : sans fin pas d'action. La fin est une des causes de l’acte. L'acte doit done emprunter sa moralité — sa bonté ou malice — à la fin, puisque l'effet dépend de la cause, Les circonstances, on les compare aux ornements. Ceux-ci en effet concourent beaucoup à la valeur de l'édifice. Il en est de même pour l’acte humain. N'oublions pas que la bonté morale d’un acte résulte de ces trois élé- ments réunis : objet, fin, circonstances. La malice d'un acte résulte du défaut de l’un des trois. Ainsi l’aumône honnête en elle-même (objet), faite dans un but louable (fin), perd son caractère de bonté à cause de l’absence d’un elément par ex<ruple, si elle n’a pas été faite dans une circonstance co.:venable. Tel serait le cas de celui

qui, pour faire la charité aux nécessiteux, compromettrait gravement les intérêts de sa famille,

54. Imputabilité et responsabilité, — L'imputabilité est la propriété par laquelle un acte humain est attribué — comme l'effet à sa cause — à celui qui en est l'auteur. La responsabilité est la situation qu'à vis-à-vis de l'acte, celui qui l’a librement commis. L'imputabilité regarde l'acte, la responsabilité concerne celui qui a fait librement cet acte. Le fondement de l’imputabilité et de la responsabilité est la liberté humaine, Que les actions ou omissions doivent être imputées à celui qui les a librement commises, cela est évident. L'effet est toujours attribué à la cause. Sont imputables encore les effets résultant de ces actions et omissions et sûrement prévus comme tels. Qui veut la cause, veut les effets qui en découlent. Les actions d'autrui sont aussi imputables à celui qui sciemment et volontairement a prrticipé à leur décision (coopération morale) ou à leur exécution (coopération physique). 4

55. Mérite et démérite. —- Le mérite est le droit à une récompense. Le démérite est l'obligation de subir un châtiment. Un acte est méritore ou déméritoire lorsqu'il est utile ou nuisible à quelqu'un. — L'homme peut mériter ou démériter de Dieu, de ses semblables et de la société. Par ses actes il peut augmenter ou diminuer

la gloire de Dieu, partant, lui être utile ou nuisible. Sans doute Dieu reste toujours lui-même, mais sa gloire extrinsèque, c’est-à-dire la connaissance de ses attributs divers par les créatures, les louanges dont ces mêmes attributs sont susceptibles, tout cela dépend beaucoup

(1) Cfr. Farges, et Barbedette, Cours de Philosophie scolastique, t. IF, pp. 432-433. Castelcin, Morale, pp. 24, 47,

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des actes que l’homme fait chaque jour. De ses semblables comme de la société l'homme peut aussi mériter parce qu'il est en son pouvoir de travailler à leur avantage comme à leur désavantage.

56. La vertu et le vice. — La vertu est une habitude qui incline l’homme à faire le bien. Le vice est une habitude qui incline l'homme à faire le mal.

57. Les vertus cardinales. — Les vertus cardinales sont celles qui sont à la base de l’ordre moral. Elles sont au nombre de quatre : la prudence, la justice, la force et la tempérance. La prudence est l'l’habitude de bien juger de la bonté et de la malice des actes libres en vue de leur fin dernière. La justice est l'habitude qui incline l’homme à rendre à chacun son dû. La force est une habitude par laquelle on résiste aux difficultés et aux périls de toutes sortes rencontrés sur la route du bien. La tem- Pérance est une vertu qui modère et maintient dans de justes limites l'attrait pour les plaisirs sensibles.

58. L'acte vertueux réside dans un juste milieu. — Il y a deux façons de s'éloigner du bien : l'excès et le défaut. Or l'éloignement du bien, c’est le vice. La vertu — l'opposé du vice — évite donc l'excès et le défaut, elle est dans un juste milieu. En toutes choses la proportion est de mise et les extrêmes sont insupportables. Et cela est vrai pour l’ordre physique, l’ordre intellectuel, comme pour l’ordre moral, celui de la vertu. (1)

En pratique il est assez difficile de trouver ce juste milieu. Il y a, disent les moralistes, le milieu qui

(1) E. Janvier. Conférences de N.-D. de Paris, La vertu, 1906, pp. 242, 243

dépend de la réalité et le milieu qui dépend de la raison. Or la raison doit tenir compte de la vertu elle-même et . des circonstances.

a) Dans toutes les vertus qui ont trait à la justice, c’est la réalité qui fixe le Juste milieu. Ai-je fait perdre la réputation à quelqu’un, ou encore, ai-je volé son bien, je suis obligé à une réparation égale à la gravité de l’injure. Suis-je dans l'impossibilité de restituer ce que j'ai reçu, il me faut compenser autant que faire se pourra.

b) Dans les vertus distinctes de la justice il faut tenir compte de la vertu elle-même et des circonstances. I] appartient à la prudence de peser toutes choses et de tenir compte des circonstances afin de bien déterminer la mesure à garder. Un père de famille qui se dépouille de tous ses biens au détriment de ses enfants passera Pour un criminel ou un insensé. Le religieux qui veut

posséder, devenir riche, manque à ses vœux et à sa vocation. Ainsi ce qui est bon pour l’un est mal pour l’autre. La juste mesure varie avec les personnes, les temps et les lieux.

FiN DE LA PREMIÈRE PARTIE

DEUXIFME PARTIE

59. Définition de la morale spéciale. — La morale spéciale est la science des droits et des devoirs de l’homme considéré comme individu et membre de la société. Tandis que la Morale Générale traite des lois qui régissent les actes humains en eux-mêmes sans s'occuper de leur auteur, la Morale Spéciale applique ces lois aux actes humains en tenant compte de celui qui en est l’auteur et des situations différentes dans lesquelles il se trouve. Mais l’application des lois morales aux cas particuliers donne naissance aux droits et aux devoirs. En effet la loi morale fondamentale : fais le bien, fuis le mal, comporte obligation, partant, devoir. D'autre part, au devoir correspond le droit ; le devoir de faire ceci ou d'éviter cela entraîne le droit de prendre les moyens nécessaires. C’est pourquoi la Morale Spéciale se définit avec raison la science des droits et des devoirs.

60. Divisions de la morale spéciale. — Nous diviserons la morale spéciale en neuf chapitres. Après avoir donné quelques notions sur le droit et le devoir (cb. D), nous déterminerons les devoirs de l’homme envers Dieu (ch. IT), envers lui-même (ch. III) et envers ses semblables (ch. IV). Tous ces devoirs, l’homme doit les remplir comme individu. De plus, il est membre de la =

société, et envers elle, il a sussi des devoirs . Cette

société, elle est familiale (ch. V, VI), nationale (ch. VID), internationale (ch. VIID) et religieuse (ch. IX).

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