CHAPITRE IV Les devoirs de l’homme envers ses semblables
93. Les devoirs de justice et les devoirs de charité. — Les devoirs de l’homme à l’égard de ses semblables sont de deux sortes : les devoirs de justice et les devoirs de charité. Les premiers sont exigibles en vertu d’un droit strict. Les autres ne le sont pas. (C’est un devoir de justice que de ne pas calomnier son prochain. Celui-ci a un droit strict à sa réputation. C’est un devoir de charité que de donner quelques sous au mendiant qui passe : celui-ci n’a pas un droit strict à :
(1) Cfr. Leçons de Psychologie, p. 66.
l’aumêne qu’il réclame. Les devoirs de justice sont négatifs, ils obligent toujours et pour toujours. Les devoirs de charité sont positifs, ils n’obligent pas toujours et pour tou jours.
9%4. Tous les devoirs de charité sont fondés sur l'amour du prochain. — Il faut aimer son prochain comme soi-même, tel est le grand précepte de la charité. L'amour du prochain consiste à lui vouloir du bien. C'est à cela que se ramène la loi fondamentale de la charité. L'amour qu’elle commande, est un amour de bienveillance. L'homme commence par s'aimer soimême, et, dans son prochain, il se retrouve, puisqu'il Y a ressemblance entre les deux. Par conséquent, son semblable. — son prochain — étant pour ainsi dire [uimême, il duit l'aimer aussi. , La similitude, en effet, est la cause de l'amour. — De plus, l’homme doit aimer Dieu et ses œuvres. Or, ses semblables, comme lui, sont l’œuvre de Dieu.
Puisaue la ressemblance avec le prochain est la cause de l’amour que l’on doit avoir pour lui, il s’ensuit qu’il y a des degrés dans cet amour, la similitude n'étant pas toujours la même. Ainsi il est évident que nous ne pouvons pas aimer un étranger autant que nousmêmes, que nos Parents et que tous ceux qui nous sont intimement unis. Il y a plus de ressemblance entre l’homme et lui-même, entre l’homme et ses parents, entre l’homme et ses amis, qu'il n’y en a entre l’homme et ceux qui lui sont complètement inconnus. Cependant, à cause de cette similitude spérifique — raison fondamentale de l'amour — qui existe entre tous les hommes, les uns et les autres doivent s’aimer, c’est-àdire se vouloir mutuellement du bien.
95. Les principaux devoirs de charité. — Il y a les devoirs d’h&manité, de bienfaisance et de gratitude. Les devoirs d'humanité sont très faciles à remplir. Tels sont les secours donnés dans différentes occasions, l'indication du chemin à un étranger, l'offre d'un verre d’eau à celui qui a soif, etc. Parmi les devoirs de bienfaisance il y a surtout l’aumône qui doit être distribuée avec ordre et sagesse. Viennent ensuite les devoirs de gratitude par lesquels on exprime à d’autres sa reconnaissauce soit pour un service rendu, soit pour une marque de sympathie donnée dans le malheur. Les devoirs de gratitude sont malheureusement trop négligés. Aussi a-t-on dit non sans quelque raison que La reconnaissance n’est pas une vertu de ce monde.
96. Les devoirs de justice. —- Les devoirs de justice __ont pour objet les droits du prochain. Celui-ci a droit à la vie, à son honneur, à sa liberté et aux biens matériels qui dans les vues de la Providence lui procurent une certaine aisance, une certaine prospérité. Les devoirs de justice à l'égard du prochain comprennent donc le respect de la vie, le respect de l'honneur, le respect de la liberté et le respect des biens matériels.
97. L'homicide est défendu. — L’homicide est l’acte par lequel un particulier, de sa propre autorité, sans motif plausible, enlève la vie à son prochain. L’homicide lèse les droits de Dieu, les droits de la société et ceux de la victime. Dieu seul est le maître de la vie humaine. Il peut en disposer comme il le veut. Sur cette terre, c’est le Pouvoir public, son légitime représentant, qui a le droit d’infliger la peine de mort aux coupables. — La société, pour remplir sa mission a besoin de tous ses membres. Celui qui l'en prive par homicide, ne fût-ce que d’un seul, la blesse donc
plu: sacrés. — Quant à la victime, elle’ aussi 4 droit à la vie.
-elle un | proche parent, nn père, une mère, il devient un affreux
! | parricide ou matricide universellement réprouvé.
| 98. Le cas de légitime défense. — Quelqu'un est Î injustement attaqué sans qu’il Y ait eu provocation de | sa part. L’agresseur attente à ses jours. Pour sauvegarder sa vie il a droit de tuer celui qui veut la lui enlever, parce que, dit-on, il est dans le cas de légitime défense. La Personne attaquée a un droit inviolable à Li son existence ; et ne pas la conserver cette existence, | quand on le peut, c’est une sorte de suicide. D’autre ll part, l’agresseur a aussi droit à sa vie. Les deux droits viennent donc en conflit. Alors, c’est le droit moralement le plus fort qui l'emporte. Or dans le cas de légitime défense le droit de l’innocent est moralement le plus fort. En effet, en vertu de Ja charité bien orc née l’innocent peut préférer son bien au bien TT égal de l’assaillant.
il l’expose, tement cherché. Enfin au point de vue de l'intérêt public il est plus utile que l’innocent vive. Au reste, si la personne injustement attaquée ne pouvait se défendre contre son agresseur, celui-ci se plairait à multiplier ses crimes et jouirait d’une quasi-impunité.
Cependant l’homme qui se défend doit user d’une certaine modération. C'est dire qu’il doit faire
son
possible pour ne pas sacrifier la vie de son adversaire, et de se contenter, s’il le peut, de mettre ce dernier hors d’état de nuire.
99. Le duel est défendu. — Le duel est (un combat entrepris d'autorité privée et Pour une cause privée, en vertu d’une convention réglant le temps, le lieu et les armes, avec le péril voulu de blessures graves et même de mort ». ® C’est une action immorale, et partant défendue, parce qu’elle est contraire au droit de Dieu et au devoir de charité que chacun est tenu de remplir à son égard et à l'égard du prochain. En effet il faut
infiniment sage accorde semblable Permission dans le cas du duel où il n’y a aucun motif sérieux mais seulement un but aussi ridicule que celui de trancher par ce moyen une question d'honneur. La charité bien ordonnée pour soi-même demande que l’on conserve sa vie, le plus précieux de tous les dons naturels ici-bas, et qu’on ne —l’expose pas pour la satisfaction déraisonnable de son amour-propre. La vie du prochain, on la doit aussi respecter, et la charité défend de la sacrifier à une passion désordonnée. Le duel est encore funeste à l’ensemble des membres de la société, en raison du scandale qu’il cause. Et parce qu’il tend à développer la barbarie des mœurs, il est donc un danger pour la
(1) Castelein, ouv. cit, p. 97.
sécurité publique. Le duel compromet gravement les intérêts de la vérité et de la vertu.
100. Le duel judiciaire, le duel public. — Le duel judiciaire est un combat commandé par l'autorité publique Pour une cause privée. Il a existé au moyen-âge. Souvent impuissante à faire la conciliation entre l’accusé et l’accusateur, la justice humaine les autorisait à se battre à armes égales, e: ‘omptant l'intervention de la divine Providence en faveur de l’innocent. L'histoire rapporte que Charlemagne lui-même ne put abolir cet usage superstitieux. Le duel public est un combat commandé par l'autorité Publique pour une cause publique. Un exemple typique de ce duel, c’est le combat légendaire des Horaces et des Curiaces. S'il était possible de remplacer les guerres sanglantes de notre temps Par un duel public entre deux groupes choisis, il n’y aurait là rien, ce semble, de contraire au droit naturel. Le duel a été introduit en Europe par l'invasion des barbares. ÆEn 1752 Benoît XIV a condamné comme { fausses, scandaleuses et pernicieuses » cinq nropositions qui dans certains cas légitimaient le duel proprement dit dont il est question au numéro précédent.
101. Aucune raison ne légitime le duel. — Les partisans du duel invoquent plusieurs motifs en faveur de leur thèse, La réputation, l'honneur, disent-ils, obligent parfois quelqu’un à accepter de se battre en duel. S’il refuse, il Passera pour un lâche et souvent son avenir sera à jamais brisé. Ils ont soin d’ajouter que le duel est une excellente occasion de faire montre de son courage, qu’il répond aux instincts naturels de l’homme, et que, pour toutes ces causes, les pouvoirs publics tentent vainement de le faire disparaître. — Toutes ces raisons s’appuient sur une fausse suppo-
sition. Elles laissent entendre que le duel est l'unique moyen de réparer l’injure faite à l'honneur et de donner une preuve tangible de son courage, (C’est en cela que se trompent précisément les tenants du duel. Si l’on veut décider une quest'on d'honneur, que l’on fasse appel aux tribunaux éclairés ou à un jury d’arbitrage. Dans le duel, le vainqueur a raison, le vaincu a tort. Mais ne voit-on pas tout de suite combien
déraisonnable, voire immorale, est cette façon de pro-
céder? La plupart du temps, le vrai coupable est le vainqueur , Après avoir enlevé l’honneur à sa victime, il lui ôte la vie. — L'opinion publique est souvent et gravement égarée sur la nature de l’honneur personnel; aussi son appréciation ne doit Pas être ordinairement prise comme critère dans une question de si majeure importance. Et d’ailleurs, on l’a vu, un acte n’est pas bon ou mauvais seulement parce qu’il est conforme Ou non au sentiment de tous (52). — Quant au courage, le duel ne le Prouve pas plus que le suicide. Cette folle bravade ne peut pas être comparée à la force de caractère dont fait preuve celui qui refuse de se battre Parce que les lois divines le défendent, quoi qu’en pensent et quoi qu’en disent tous ceux — et combien nombreux — qui font plus de cas des jugements des hommes que des commandements de Dieu. — En vain les partisans du duel font-ils appel aux instincts naturels pour tenter de justifier les gouvernements qui permettent ou encouragent cette façon barbare de régler les différends, Sans doute les gouvernements n’ont Pas pour mission d’extirper tous les défauts, tous les vices ; mais, au moins, ce qu’ils doivent faire, c’est d’en limiter les développements, d’en empêcher les effets qui, comme le duel, sont contraires à l’ordre public. Au demeurant, si, comme on le prétend, le duel est un
effet nécessaire des instincts naturels, comment se fait-il qu’il n’a pas été pratiqué par tous les peuples ?
102. Devoirs à l'égard de l'intelligence et de la volonté du p” chain. — A part la vie corporelle, il y a aussi chez ie prochain la vie de l’âme. Celle-ci agit par les deux nobles facultés qui font surtout l’h.mme : l'intelligence et la volonté. Il faut donc resperter l’intelligence et la volonté du prochain. Or l'intelligence et la volonté agissent normalement lorsqu’elles tendent vers la vérité et vers le bien. Le prochain a droit à ce qu'on éloigne de lui tout ce qui est de nature à favoriser l'erreur et le mal, comme le mensonge et le scandale qui sont tous les deux intrinsèquement mauvais : le mensonge parce qu’il détruit l’ordre établi par Dieu: la parole en effet nous a été donnée pour exprimer nos
pensées, et si nous l’employons pour dire le contraire de ce que nous avons dans l'esprit (c’est en cela que consiste le mensonge), nous faisons le mal ; le scandale, parce qu’il viole la grande loi de la charité qui nous défend d'entraîner le prochain au mal d’une façon quelconque (c’est en cela que consiste le scandale).
103. Respect de l'honneur du prochain.—L'honneur est un bien inestimable dont la perte compromet à jamais l'existence. Chacun ici-bas a besoin de son honneur s’il veut remplir comme il faut le rôle à lui assigné par la Providence. En effet l’homme a le droit de compter sur l’estime de ses semb'ables, estime résultant de sa probité ou de ses talents reconnus (c’est la definition de l’honneur). C’ : pour lui un stimulant au bien et en même temps une source de joies réelles et légitimes. La réputation est d’un si grand prix, qué la Sainte Écriture nous dit : « Ayez le souci de votre
renommée », curam habe de bono nomine, On porte atteinte à l’honneur du prochain par l’outrage, la calomnie et la médisance. L'outrage est une parole, une action par laquelle on manifeste son mépris au prochain, La calomnie met à son compte certains défauts, certains vices, certains crimes qui ne sont pas vrais. La médisance révèle sans raison des actes dont le prochain s’est rendu coupable. Elle parle à plaisir des défauts, des vices du prochain, et toujours avec exagératiou. Le tort fait à l'honneur du prochain doit être réparé.
104. Respect de la liberté du prochain. — L'homme jouit du grand privilège de la liberté. ® I] peut à son gré faire des actes qui ressortissent à son corps et à son âme. Il a droit à sa liberté et peut en faire usage, pourvu qu'il ne lèse pas un droit supérieur. On peut porter atteinte à la liberté corporelle de son prochain par la prison, la séquestration et l'esclavage. Les prisons sont aux mains des pouvoirs publics, et souvent elles sont nécessaires. Mais il y a atteinte grave à la liberté corporelle, chaque fois qu'on emprisonne un homme notoirement innocent ou accusé faussement. Sont aussi gravement coupables ceux qui, sous prétexte de vigilance, séquestrent à tort leurs enfants, leurs femmes ou leurs vieux parents, La gravité de la faute varie selon la condition de la personne séquestrée, suivant le degre de liberté dont elle est privée. L’esclavage est condamné par la raison et le christianisme comme injurieux à la dignité humaine.
Le prochain a aussi droit à la liberté de son intelligence et de sa volonté. Ainsi, sans subir aucune violence, il a le droit de donner son vote conformément à
(1) Eccli, xur, 15, (2) Cfr., Leçons de Psychologie, p. 69.
sa conscience. Il peut aussi, dans une certaine mesure, et sans manquer de respect pour les pouvoirs établis, par la voix des journaux, ou par des conférences, critiquer tel ou tel acte public vraiment repréhensible, donner ses préférences à un parti politique d’ailleurs non condamnable, se prononcer pour telle ou telle forme de gouvernement. C’est ce qu’on appelle l: liberté politique. Quant à ses opinions scientifiques ou philosophiques, le prochain a-t-il la liberté de les manifester sans aucune contrainte ? Il est évicjent qu'il ne peut pas, lorsqu'elles sont fausses ou dangereuses, énoncer ses idées et les communiquer aux autres. Il y aurait péril pour les individus et pour la société. Seuls la vérité et le bien 16 des droits. Il n’a pas non plus le droit de penser ce qu’il veut de Dieu et de la religion catholique +! de profcsser n'importe quel culte Cette liberté, :pi'elée liberté de conscience est en elle-même impie. Cependant, pour éviter un plus grand mal, et
vue € d’un bien plus grand à obtenir ou à conser-
‘ ®, la liberté de conscience peut être tolérée.
105. Respect de la propriété du prochain. — Le respect de la propriété suppose que le prochain a le droit de posséder, «le droit de jouir et de disposer d’une chose à l'exclusion des autres », c’est-à-dire le droit de propriété. Ce droit est naturel, il est basé sur la nature de la personne humaine qui, sans lui, ne peut atteindre convenablement sa fin. L'homme, en effet, a le devoir de travailler à l'épanouissement de toutes ses facultés. Pour cela, il faut qu’il possède quelque chose : des aliments nécessaires à sa subsistance, des instruments de travail, etc. Il a encore besoin, pour progresser, d’une certaine liberté, d’une certaine sécu-
(1) Léon XIII, Libertas præstantissimum.
rité, de certains loisirs, que seul peut lui procurer le droit inviolable à la propriété, Autrement il serait à la merci de toute éventualité, et partant, incapable d'arriver à sa fin. — Le travail de l’homme légitime encore son droit à la propriété, La terre inculte — n’appartenant à personne — :;u'il remue, qu'il ensemence, devient sienne parce qu'il a placé en elle son activité, et donc, sa personne, ou quelque chose de luimême. Aussi que de choses sont nôtres non pas dans 3 -la mesure où nous en avons besoin mais dans la mesure 0ù elles sont le fruit de notre travail.
Le droit de propriété n’est pas l’apanage exclusif de l’homme en tant qu'individu, il appartient encore à la famille et à la société, Celles-ci, comment pourraientelles arriver à leur but, si elles n'avaient pas le droit de posséder ? La sécurité des enfants. du père et de la mère, comme celle des citoyens, exige que la famille et la société aient une certaine réserve de biens dont la jouissance exclusive leur soit assurée, — Disons encore que le droit de propriété répond aux tendances de la nature humaine. N'est-il pas vrai que Dieu à mis au cœur de tout homme un penchant très prononcé pour la propriété ? Et d'ailleurs chez les peuples les plus anciens l’on constate l'existence du droit de propriété. C'est là l'indice certain d’une loi de nature.
106. Les adversaires du droit de propriété. — Ceux qui nient le droit de propriété s’appellent socialistes. On les ramène à trois groupes : les partageux, les communistes et les collectivistes. Les Partageux demandent que l'égalité soit établie entre tous les hommes Par une parfaite répartition des biens meubles ou immeubles, — Dans ce cas la portion de chacun serait bien médiocre. Au surplus, l'égalité disparaîtrait
bientôt, étant données les capacités diverses de chaque membre qui s’ingénierait à augmenter sans cesse son pécule. Les communistes veulent que tous les biens soient mis en commun et que chacun y prenne suivant ses besoins. — C’est encore là une chimère irréalisable. Qui sera juge de ces besoins ? De plus, cette communauté de biens sera le coup de mort de toute industrie, de toute initiative. Personne, en effet, ne sera encouragé au travail en songeant qu’il peine pour satisfaire les appétits de son voisin. Le père de famille, avec pareil système, n’a pas même la légitime consolation de léguer quoi que ce soit à ses enfants. Mais, dira-ton, chacun prendra selon sa capacité et son travail. Alors l'égalité rêvée par les communistes disparaît. Les collectivistes veulent que tous les biens et les instruments de travail appartiennent à la collectivité qui doit gérer la fortune de tous et encaisser les bénéfices. Au moyen de bons distribués suivant la tâche fournie, chaque ouvrier peut se procurer, dans les magasins de l'association, tout ce dont il a besoin pour lui et pour sa famille. — La théorie collectiviste ne supprime pas l'inégalité. En effet, la tâche fournie par chacun n’est pas la même, et, par conséquent, tous ne seront pas rétribués de la même façon. Celui qui fait plus, a droit de recevoir plus que celui qui fait moins. Ajoutons que ce système, parce qu'il fait disparaître l’épargne individuelle, tarit la source de toute ambition. Pourquoi s’ingénier à perfectionner son travail, à le faire de mieux en mieux quand on n’a pas la consolation de toucher au revenu qu'il produit ? Le collectivisme compte sur l'épargne de l'association, c’est-à-dire de l'État. Celui-ci. c’est le témoignage de l’histoire, est un grand dissipateur. Et s’il parvient à éviter la ban-
queroute, c’est grâce aux fortunes privées auxquelles il __ fait appel très souvent.
107. La question sociale. — La question sociale est le problème que fait naître dans la société la situation inégale des différentes classes. Il y a les pauvres et les riches, ceux qui travaillent et ceux qui ne travaillent pas, les privilégiés et les déshérités de la fortune. Tout cela crée une inégalité, cause bien des misères, et donne lieu souvent, du côté des classés inférieures, à des plaintes parfois exagérées, parfois justifiées, et qui, selon les circonstances, se manifestent par des actes regrettables. Plusieurs ont tenté de résoudre ce grave problème. Les diverses solutions présentées sont de deux espèces : la solution socialiste et la solution morale. On sait déjà que les socialistes de tout acabit rendent la propriété individuelle responsable des misères qui existent. Et ils ont proposé différents remèdes qui, nous l’avons vu ( 106), sont aussi inefficaces les uns que les autres. Quant à la solution morale, elle est celle de l’Église catholique. On la trouve exposée surtout dans les encycliques de Léon XIIT et de Pie X. Ces deux pontifes ont bien soin de rappeler cette grande vérité, à savoir que l'inégalité des classes est voulue par Dieu. L'égalité est unc chimère irréalisable, une utopie imaginée par les socialistes. Ensuite, aux riches comme aux pauvres, aux patrons comme aux ouvriers, ils enseignent leurs devoirs réciproques. Mieux ces devoirs seront remplis de part et d’autre, plus vite disparattront les misères dont tous gémissent. Ceux qui ont de la fortune ne doivent pas vivre dans l’oisiveté, Qu'ils
-mploient leurs richesses à faire rayonner autour d'eux plus de joies et plus de bien-être. Que les patrons traitent leurs employés non comme des esclaves, mais
avec le respect que comportent la personne humaine et ses besoins. De leur côté, les ouvriers et les pauvres ont aussi des devoirs à remplir. Qu'ils ne jugent pas leurs patrons trop hâtivement ou d’après les caricatures qu’en font les prétendus amis de la classe ouvrière. Tous les employeurs ne sont pas des ambitieux cherchant à s’enrichir aux dépens de leurs subalternes. 5 « Les patrons ont une grande responsabilité et aussi très .: souvent une somme de travail à fournir beaucoup plus considérable que celle de l’ouvrier. Le respect de ses maîtres, la noble ambition de faire bien sa besogne, la prévoyance, l’épargne, la tempérance, l’accomplissement de tous ses devoirs religieux, voilà autant d’ar- 2 ticles qu’un véritable ouvrier doit inscrire à son pro- ” gramme quotidin. C’est à cette seule condition qu’il trouvera du bor.heur à faire sa tâche de tous les jours, si humble soit-elle,
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