CHAPITRE III Les devoirs de l’homme envers lui-même
82. Dans quel sens l’homme a des devoirs envers lui-même, — A Proprement parler on ne peut pas dire que l’homme a des devoirs envers lui-même. Tout devoir, en effet, correspond à un droit, il com- porte des obligations vis-à-vis d’un autre qui possède.
ce droit. Le sujet du droit est donc réellement distinct du sujet du devoir. Cependant, par analogie, il est vrai d'affirmer que l’homme est en même temps sujet de droits et de devoirs envers lui-même, si on le considère à deux points de vue différents. Comme Personne
humaine, créature raisonnable, l'homme a le droit absolu de tendre à sa fin. Par ailleurs il est un être subordon né, tenu de soumettre les diverses inclinations qui s’opposent à la poursuite de la fin voulue par le créateur. En d’autres termes, l’homme, être subordonné a des devoirs envers l’homme, personne humaine, créature raisonnable. Mais c’est toujours le même homme,
83. Les devoirs de l’homme envers lui-même sont négatifs et positifs. — Tous les devoirs de l’homme envers lui-même se ramènent aux deux formules suivantes : «Tu n'endommageras pas ton être », { Travaille ton être pour qu'il progresse et prospère ». La première défend, elle renferme les devoirs négatifs. La deuxième commande, elle comprend les devoirs positifs. L'homme est un composé de corps et d'âme, de ces deux parties résulte tout son être. Il a donc des devoirs et vis-à-vis du corps et vis-à-vis de l’âme.
84. Les devoirs relatifs au corps et à l'âme. — Les deve” ‘égatifs obligent l’homme à éviter tout ce qui nuit a sun corps soit par sa destruction complète, comme le suicide, soit par sa détérioration plus ou moins notable, comme l'alcoolisme ou les désordres des ss.
L’accomplissement des devoirs négatifs concourt sur-
tout à la conservation du corps. Les devoirs positifs
contribuent à sa perfection. Les principaux devoirs positifs se ramènent à l’hygiène et à la lempérance. Les devoirs à l'égard de l’âme sont aussi négatifs et positifs et concernent surtout l’intelligence et la volonté. Ilfaut que l’homme éloigne avec soin de son intelligence tout
ce qui est de nature à la dégrader, comme l’ignoranc:,
l'erreur (devoirs négatifs), et lui procure la vérité par l'instruction (devoir positif). La volonté, il doit aussi
en écarter les dangers (devoir négatif) et la cultiver en vue de la fin à obtenir (devoir positif).
85. Le suicide est défendu. — Le suicide est l'acte par lequel un homme, de sa Propre autorité, se donne volontairement la mort. La vie est un don de Dieu, don on ne peut plus estimable mais onéreux. Il comporte des obligations auxquelles de son plein gré ne peut pas se soustraire celui qui en a été gratifié. C’est pourquoi, en se donnant volontairement la mort, de sa propre autorité, l'homme est injuste envers Dieu, et partant, commet un acte immoral. C’est l’une des fautes les plus graves dont il puisse se rendre coupable puisqu'elle le met dans l'impossibilité de remplir ses devoirs les plus stricts. L'homme doit aussi concourir dans la mesure de ses forces au bièn de la société dont il est le membre. Par le suicide il se dérobe à cette nouvelle obligation. De ce chef, sa mauvaise action est encore une injustice envers la collectivité.
86. Futilité des motifs invoqués en faveur du suicide. —-1 La vie, dit-on, est un bienfait, Nous sommes donc toujours libres d'y renoncer. — Sans doute la vie est un bienfait, mais un bienfait spécial qui comporte des obligations que nous n’avons pas le droit de ré user. Dieu ne nous permet pas de choisir, Il veut ,jue chaque homme emploie sa vie pour la fin surnaturelle à laquelle il est destiné. Se dérober à la
tâche imposée est un crime plus grand que d’y faillir, — ? Le suicide, ajoute-t-on, est parfois nécessaire puisqu'il est le seul moyen d'échapper au déshonneur. — On se méprend souvent sur ce mot déshonneur. Veut-on exprimer par là une certaine façon de faire nv. de se conduire condamnée par un monde dont les vrincipes et la morale n'ont rien de recommandable, comme serait
par exemple le cas de celui qui refuse de se battre en duel? Alors, et est-i! besoin de le dire, absolument déraisonnable est l'acte de celui qui renonce à la vie pour si peu, Mais y eût-il véritable déshonneur., Dans ce cas-là aussi, le suicide ne serait pas plus justifiable. Le déshonneur est la conséquence d'une action honteuse. Celui qui veut commettre le suicide pour s'y soustraire, ou it est coupable ou il est innocent. S'il est coupable, qu'il vive pour expier sa faute et la réparer ; s’il est innocent, qu'il vive encore pour démontrer qu'il n'est pas-responsable du crime qu'on lui a faussement imputé, —® Les souffrances de la vie, dit-on encore sont parfois intolérables. — Souvenons-nous que Dieu ne saurait nous imposer un fardeau au-dessus de nos forces. Au reste, il est vrai de dire que nous exagérons souv it nos peines en laissant errer notre imagination et en ne recourant pas assez aux remèdes efficaces. — ® La vie est ennuyeuse. —- Certes chacun a son lot icibas. Mais l'expérience de tous les jours démontre que l’accomplissement généreux de ses devoirs quotidien: procure des joies indicibles qui dépassent de beaucoup les chagrins de toutes sortes. Cela prouve abondanment que Îa vie vaut la peine d’être vécue. — 5 On ne saurait uicr au suicide le mérite du courage. --— C'est plutôt une lâcheté. Celui qui s’en rend coupable a peur des contrariétés de la vie, le poids de l'existence l’effraye. Au contraire, tenir bon devant les difficultés, lutter afin de ne pas se laisser vaincre, voilà qui s’appelle le vrai courage.
87. Il y a des circonstances où il est permis d’ex- Poser sa vie. — Quand des intérêts supérieurs sont en jeu, il est noble, voire nécessaire d’exposer sa vie, On ne saurait trop louer le soidat qui, sur le champ de
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bataille, affronte le danger pour le salut de sa patrie, Le médecin, la sœur de charité, le missionnaire qui courent au devant de la mort pour soigner les pestiférés et porter les lumières de l’évangile sont dignes de notre admiration. En pareils cas, ce n’est pas la mort qu’ils cherchent, mais le salut de leurs semblables, le bien des âmes. Ils sont prêts à l’accepter, si elle se présente,
non parce qu'ils ont peur de vivre, mais parce qu'ils
désirent mieux vivre.
88. L’alcoolisme. —- L'alcoolisme est l'habitude de boire des boissons spiritueuses, souvent et à petites doses, même sans aller jusqu’à l'ivresse. Il est un état résultant de l’usage habituel d’une quantité même faible de boissons enivrantes. L’ivresse est un accident. Aussi bien il arrive fréquemment que l’alcoolique ne s’enivre jamais. Les faits et la science proclament à l’unanimité que l’alcoolisme est on ne peut plus préjudiciable au corps et à l’âme. Les liqueurs alcooliques sont un poison lent mais sûr pour celui qui en fait un fréquent usage. Elles débilitent petit à petit l’organisme, elles lui enlèvent toute chance de lutter efficacement contre ses ennemis et en font un terrain merveilleusement préparé à recevoir la semence de toutes les maladies, surtout, de la tuberculose. Qui dira tout le mal fait par l'alcoolisme à, l'intelligence et à la volonté ? Ne sommes-nous pas tous les jours témoins des ruines intellectuelles et morales qu’il sème après lui? Rien ne résiste à ce redoutable fléau. Il fournit la clientèle aux maisons d’aliénés, aux prisons et aux hôpitaux. Combien nombreux ceux qui le maudissent parce qu’il leur a fait manquer un avenir rempli des plus belles espérances . Et au point de vue économique les désastres de l’alcoolisme ne se comptent plus. L’alcoolisme
est donc un grand mal qu’il faut éviter à tout prix. Ce qui importe d’abord, c’est de le prévenir. On arrive à ce résultat en créant une juste mentalité à son sujet. Par un enseignement théorique et pratique les jeunes surtout doivent être mis au courant de ses méfaits. Quant à ceux qui ont déjà contracté l’habitude de boire leur cas est souvent bien diffirile. Les alcooliques n’ont qu’une volonté très affaiblie, et c’est pourquoi le grand remède auquel il leur faut recourir, c’est la prière. Dieu seul peut leur donner la somme d’énergie dont ils ont si grandement besoin. Qu'ils s’enrôlent aussi dans les sociétés de tempérance, à condition, cependant, d’en observer scrupuleusement tous les règlements.
89. Les désordres des sens. — Comme l’alcoolisme, les plaisirs désordonnés de la chair dégradent et avilissent l’homme. En voulant donner satisfaction à ses sens, le voluptueux mine son corps et ruine son intelligence. A force de commettre ces actions honteuses, il endurcit son cœur, il éteint toute sensibilité et en vient à mépriser tout ce qui est noble et beau. Il ne se sent plus de courage pour quoi que ce soit ; sa volonté affaiblie se traîne péniblement dans l’ornière de la vulgarité et du vice. Ses satisfactions charnelles, il n’en jouit qu’en secret ; sans cesse il a peur d’être découvert. Mais un jour arrive où sa réputation est compromise. Tout l’échafaudage de son hypocrisie s'écroule et sa vie est pour toujours empoisonnée. La prière et la vigilance sont les principaux remèdes dont doivent faire usage les victimes du vice impur. Il faut que les sens soient mâtés, soumis à une discipline sévère. La mortification sagement pratiquée leur imposera le frein capable d’enrayer leurs mouvements désordonnés.
90. L'hygiène et la tempérance, — L’hygiène est la science qui a pour objet les moyens d’améliorer, de développer, de Conserver la santé du corps, comme l'air, la nourriture, la Propreté et l'exercice. L’air vivifie l'organisme, la nourriture le conserve et le répare, la propreté le Prémunit contre bien des germes de maladie, l'exercice, Par des mouvements répétés
et uniformes, favorise la circulation du sang et le débarrasse de certains corps étrangers qui sont la cause des maladies infectieuses. — La tempérance est une vertu qui modère l’homme principalement dans le boire et le manger.‘ La sobriété en tout est le médecin le plus recommandable, Le dicton populaire : la fourchette à tué plus de gens que l'épée, exprime une grande vérité. Une civilisation mal comprise fait la guerre à la tempérance. Mais les faits se chargent de prouver que cette lutte rend de fort Mauvais services à l’humanité. C’est donc un devoir pour l’homme que d’éviter l'excès dans le boire et le manger. Autrement il pèche Par gourmandise sans compter les conséquences néfastes et pour son corps et Pour son âme, dont il devient aisé-
91. Les devoirs envers l'intelligence, — Les devoirs à l’égard de l'intelligence sont aussi négatifs et positifs. Les premiers protègent l'intelligence contre ses ennemis qui sont l’ignorance et l'erreur, ils en assurent l’exercice normal, Les autres concourent au perfectionnement de l'intelligence en lui procurant l’instruction. L’ignorance fait de l'intelligence une terre inculte, abandonnée ; l’erreur l’ensemence d'idées fausses qui préparent de funestes moissons pour l’avenir. On fait disparaître l'ignorance et l'erreur par une culture intellectuelle sagement ordonnée, D’abord, tout
homme doit savoir ce qui est nécessaire à la conduite morale de sa vie, et ensuite, posséder les connaissances
que requiert son état. C’est pour lui un devoir de conscience.
92. Les devoirs envers la volonté. — La volonté est une faculté éminemment précieuse qui joue un rôle très important dans la vie de chacun ici-bas. Est-elle droite, ferme, énergique, alors elle est la source d’un bonheur et d’une paix indicibles, parce que, dans ce cas, elle éloigne tout ce qui ordinairement est cause d’ennui et de chagrin. Est-elle, au contraire, languissante, faible, elle devient l’artisan du malheur, elle fait naître tous ces déboires qui gâtent tant d’existe ‘ces. Il importe donc que la volonté soit bien éduquée. Et Pour arriver à ce but, on doit la soumettre à certaines règles dont il a été question en psychologie. (4)